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Full text of "Le livre: Historique--fabrication--achat--classement--usage et entretien ..."

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LE LIVRE 



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A LA MÊME LIBRAIRIE 



ALBERT CIM 



LE LIVRE 

Historique — Fabrication — Achat — Classement 

Usage et Entretien 

5 volumes illustrés, format in-i6 double couronne. 

Prix (lu volume : 5 fr. 
Chaque volume se vend séparément. 

I. — Historique, I : L'Amour des livres et de 1 
lecture depuis l'antiquité jusqu'à nos jours. — Préd 
lections particulières et Auteurs préférés. — Index. 

II. — Historique, Il : La Religion des Lettres. - 
Premières lectures. — Diverses façons de lire. - 
Choix des livres. — Relectures. — Bibliomanes < 
Bibliolâtres. — Biblioclastes et Bibliophobes. — Le 
femmes et les livres. — Prêt des livres, etc. - 
Index . 

III. — Fabrication : Papier. — Format. — Impres 
sion. — Illustration. — Reliure. — Index, 

IV. — Achat des livres. — Aménagement d'une biblic 
thèque et Rangement des livres. — Catalogues et Classi 
fication. — Index. 

V. — Usage et Entretien des livres. — Appendice 
Abréviations. — Locutions latines. — Termes géogra 
phiques latins. — Chiffres romains. — Signes typo 
graphiques, etc. — Index général. 



57937. •— Imprimerie La^hure, rue de Fleurus, 9, à Paris. 



ALBERT CIM 

Bibliothécaire du Sous-Secrétariat d'État des Postes et des Télégraphes 



LÇ LIVRE 

'' HISTORIQUE 

FABRICATION — ACHAT — CLASSEMENT 
USAGE ET ENTRETIEN 



Ne S4>parons pas l'Minour dei 
livres de l'amuur des Lctlres. 



IV 



Achat des livres. -. . . 

. ».».- - * «-«••"/ 
Aménagement id'lilie I»iftiôlli^Airê -!"-** 

et Rangem*ent''3*es Jivjps^ * ^«^ 
Catalogues et Clîi*ssîfiG»fij>tJi. :*- 



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PARIS 

ERNEST FLAMMARION, ÉDITEUR 

26, RUE RACINE, 26 



'907 

Droits de traduction et de repruductinn réserves pour tous les pnys 
y compris la Suède et la Norvège. 



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TABLE DES MATIÈRES 



De l'Achat des livres 



[Quels livres acheter? — L'embarras du choix. — Pos- 
séder un petit nombre d'amis et beaucoup de rela- 
tions. — Ouvrages de référence. — Classiques latins 
et grecs. — Ouvrages de bibliographie, d'histoire : 
mémoires historiques ; d'histoire littéraire, d'art, etc. — 
Livres d'écolier. — Livres de chevet : ne vous prodiguez 
pas. — Classiques français : collections modernes de 
nos grands écrivains. — Collections des chefs-d'œuvre 
de l'humanité. — La France et l'étranger : rien ne 
réussit mieux en France que ce qui n'est pas fran- 
çais. — La librairie * d'occasion ». — En quoi consiste 
une belle édition. — Premières édition^ ^t yieux 
livres. — Bouquinistes et étala£ri5yte&>,' k; pfcws|p, de 
bouquiner. — Livres troi^^s^rrés sjar leur» -rayoïiîi ou 
dans leurs boîtes. — Moyen .rapi/lo ,d3 se renseigner 
sur le contenu et la valeur daîncOSYTege, ^'. de s'assu- 
rer qu'il ne manque pas de pages ths(ns un livrç relié. 

— Méfiez-vous des bouquJnisles"»qui n'in^iqu^ïnt pas 
d'avance le prix de vente ce leiirs-vohiiiîQS» -r Cata- 
logues de liîjrairie. — Trop de livres « rarissimes •». 

— Il est utile que l'adresse du libraire se trouve sur 
chaque page de son catalogue. — Pas de catalogues 
trop volumineux; pas de catalogues non coupés. — 
Expéditions par la poste : éviter de rouler les cata- 
logues, brochures, etc. — Méfiez-vous des souscrip- 
tions. — Primes offertes par certains libraires. — 
Amateurs qui attendent, pour acheter un livre, qu'il 
soit au rabais. — Nombre des bibliophiles existant 
en France et dans le monde entier. — Collections de 
journaux et de périodiques. — Œuvres choisies et 
anthologies. — Livres expurgés, mutilés et falsifiés, — 



II TABIxE DES MATIÈRES. 



.■ 



Le livre, étrange marchandise, dont la valeur réelle 
ne peut être déterminée, qu'il est permis de falsifier 
y au bout d'un certain temps. — Règle à suivre pour 

r Tachât des livres. — Ne pas acheter au hasard. — Le 

[ bonheur des collectionneurs. — Pourquoi acliète- 

t-on un livre? — Importance du titre. — Le sort des 
livres. — Le livre et le journal. — Envahissement du 
journal parle théâtre et les sports. — La réclame. — 
« Cent millième édition! » — Le succès : de quels 
éléments il se compose. — La gloire littéraire : la 
f vertu n'est pas toujours récompensée. — L* « équi- 

table postérité •. — « Le plus heureux des hommes. »» 



II 

De l'Aménagement d'une bibliothèque et du Rangement 
; ^ des livres 



/ 



Comment les livres étaient rangés autrefois. — Livres 
enchaînés : catenali. — Meubles en épis. — Conditions 
d'une bonne installation pour une bibliothèque : ex- 
position, emplacement, local, meubles, etc. — Rayon- 
nage, « partie essentielle de la bibliothèque • : 1» à 
supportsjjitçs: 2°^à^supports mobiles; 5* à supports 
1 hybridesj îefe Hiiis',|îxe*tj,^eâ *a(itrje^ mobiles. — Cré- 
maillère» «etf lfa5fsd!aux.v^*CrtJ\^tes-supporls. — Bi- 
bhothèques t»^la\\'iq\i^^ —^|i* supports à coulisses; 
— extensibles^*— ÏJwfhart^; — de table; etc. — 
Appui-livrç. ^ FffiHSifiep*^ Pupitres, lutrins, cheva- 
lets-liseus^y, ^*oueK f{^ïid]?î efcc. — Divers modes de 
rangement Ot^(î(;{a9S€fth«tilJle3 livres.— * Un homme 
de lettres nedevrait janiais*flî>\nénager. » — Méthode 
normale : classement horizontal, de gauche à droite, 
par ordre alphabétique de noms d'auteurs. — Méthode 
serpentante. — En bas, les livres de grand format; au 
milieu, les moyens; en haut, les petits : la fable le 
Gland et fa Citrouille. — Classement par ordre chro- 
nologitiuo. — raul-il commencer le rangement par les 
rayons du bas ou par ceux du haut? — Classement 
vertical, par ordre de matières. — Classement ad H- 
hitum : les plus beaux livres ou les plus aimés sur le 
devant, par derrière les vilains ou les moins appré* 
cies 4 — *..«••«..• .■-....« itio 



TABLE DES MATIÈRES. III 



III 



Des Catalogues et de la Classification bibliographique 

Différentes sortes de catalogues. 

Catalogue alphabétique ou par noms d'auteurs. — Re- 
gistres ou fiches? — Rédaction des fiches : mot 
d'ordre, cote, adresse, etc. — Timbrage et rondage 
des volumes. — Ex-libris et ex-dono, — Pour les fiches, 
comme sur les registres, l'écriture droite est préfé- 
rable à l'écriture penchée. — Fiches imprimées. — 
Détermination du mot dordre, et classement des 
fiches : nombreux cas douteux et principales difficul- 
tés. — Particule nobiliaire : comment classer les 
noms précédés de de, de la, du, des, et de von, zum, 
zur, van, ten, mac, da, di, délia, etc. ? — Classement 
et cataloguement des homonymes, des noms de 
princes et de saints, des pseudonymes. — Catalo- 
guement des ouvrages faits en collaboration, des 
ouvrages traduits, des pièces de procédure, etc. — 
Fiche complète ou principale et fiches de rappel ou 
de renvoi. — Encore les reciœils factices. — Boites- 
livres ou boites-reliures. — Cataloguement des ouvra- 
ges anonymes : nombreux cas spéciaux. — Catalo- 
guement des journaux et périodiques et des ouvrages 
publiés en livraisons : graves inconvénients de ce 
genre d'imprimés pour les bibliothèques. — Catalo- 
guement des collections d'ouvrages, des œuvres 
complètes détaillées, des manuscrits, incunables et 
livres précieux. — Reliures mobiles : biblorhaples^ 
grébiches, etc. 

Catalogue méthodique ou systématique, c'est-à-dire 
par ordre de matières. — Premiers essais de classi- 
fication bibliographique : Conrad Gesner, Christophe 
de Savigny, Lacroix du Maine, Jean Mabun, Gabriel 
Naudé, Claude Clément, Jean Garnier, Gabriel Mar- 
tin, etc. — Classification de Jacques-Charles Brunet. 

— Encore les fiches de rappel. — Titres trompeurs. 

— Autres systèmes de classification : Aristole, Bacon, 
d'Alembert, Auguste Comte, etc. — Classement des 
livres à la Bibliothèque nationale, à la Bibliothèque 



IV TÂBrX DES MATIÈRES. 

(le la Sorbonne, à la Bibliothèque de la Ville de Paris 
{Musée Carnavalet), etc. — Claseillcation par mots- 
souelie» ou Diclîonary-Catalogue. — Cl as si 11 cation 
Uécimale 319 



Index alpiiabétique SOS 



LE LIVRE 



TOME IV 



I 



DE L'ACHAT DES LIVRES 



Quels livres acheter? — L'embarras du choix. — Posséder un petit 
nombre d'amis et beaucoup de relations. — Ouvrages de référence. 

— Classiques latins et grecs. — Ouvrages de bibliographie, d'his- 
toire : mémoires historiques; d'histoire littéraire, d'art, etc. — 
Livres d'écolier. — Livres de chevet : ne vous prodiguez pas. — 

'Classiques français: collections modernes de nos grands écri- 
vains. — Collections des chefs-d'œuvre de l'humîinilé. — La 
France et l'étranger: rien ne réussit mieux en France (jue ce (jui 
n'est pas français. — La librairie « d'occasion )>. — Lu <|noi con- 
siste une belle édition. — Premières éditions et vieux livres. — 
Bouquinistes et étalagistes : le plaisir de bo»i<i»iiner. — Livres 
trop serrés sur leurs rayons ou dans leurs boîfes. — Moyen rapide 
de se renseigner sur le contenu et la valeur d'un ouvrage. — de 
s'assurer qu'il ne manque pas de paj^^es dans un livre relié. — 
Méfiez-vous des bouquinistes qui n'indiciucnt pas d'avance le prijL 
de vente de leurs volumes. — Catalogues de lil)rairie. — Trop de 
livres « rarissimes ». — 11 est utile que l'adresse du libraire se 
trouve sur chaque page de son catalogue. — Pas de calalogues 
trop volumineux ; pas de calalogues non coupés. — Expéditions 
par la poste : éviter de rouler les catalogues, brochures, etc. — 
Méfiez-vous des souscriptions. — Primes olTerles par certains 
libraires. — Amateurs qui atlendenl, pour acheter un livre, qu'il 
soit au rabais. — Nombre des bibliophiles existant en France et 
dans le monde entier. — Collections de journaux et de périodiques. 

— Œuvres choisies et anthologies. — Livres expurgés, mutilés 
et falsifiés. — Le livre, étrange marchandise, dont la valeur réelle 
ne peut être déterminée, qu'il est permis de falsifier au bout d'un 
certain temps. — Règle à suivre pour l'achat des livres. — Ne 
pas acheter au hasard. — Le bonheur des collectionneurs. — Pour- 
quoi achète-t-on un livre? — Importance du titre.— Le sort des 
livres. — Le livre et le journal. — Envahissement du journal par 
le théâtre et les sports. — La réclame. -— « Cent millième édi- 
tion !» — Le succès : de quels éléments il se com[)ose. — La gloire 
littéraire : la vertu n'est pas toujours récompensée. — L' « équi- 
table postérité ». — « Le plus heureux des hommes. » 

LE LITRE. — T. IV, \ 



»i 



2 LE LIVRE. 

Maintenant que nous connaissons les quatre élé- 
ments ou conditions matérielles et essentielles du 
livre : papier, format, impression (et illustration), re- 
liure (ou brochure), voyons quels livres il convient 
d'acheter, quels types d'éditions méritent nos préfé- 
rences, et comment doivent s'effectuer ces acquisi- 
tions. 

Tout d'abord l'innombrable multitude des pro- 
duits de la pensée vous arrête et vous déconcerte. 
Que choisir parmi tant, tant et tant d'œuvres? Com- 
ment se guider dans un tel dédale? 

Nous ne pourrions que répéter ici ce que nous 
avons dit, dans notre tome II, en traitant du « choix 
des livres^ », et nous renvoyons à cette partie de 
notre travail, qui forme une véritable introductionau 
présent chapitre. Après les opinions de Sénèque, de 
Pline le Jeune*, de Marc-Aurèle, de Pétrarque, Mon- 
taigne, Gui Patin, Saint- Évremond, Racine, etc., on 
y verra les conseils des bibliographes les plus auto^- 
risés, de La Mothe-Le Vayer, de Formey, de Gabriel 
Peignot, de M. Gustave Moura vit, etc. 

Goethe et Lacordaire nous ont engagés tous deux 
à « ne lire que les chefs-d'œuvre : nous n'avons pas 
de temps pour le reste'' » ; et Voltaire est d'avisi qu'il 

1. Pages 80 et siiiv. Voir aussi notre tome I, pages 15 et 
suiv. 

8. Mullum legemhim esfte, non mit l ta» (Pline le Jeune, 
Lettres, VII, 9.) 

3. Cf. supra, t. I, pp. 189-100. 



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^ V. ,_ L 



ACHAT DES LIVRES. 3 

faut en user avec les livres comme avec les hommes : 
« on ne vit pas avec tous ses contemporains, on choi- 
sit quelques amis* ». 

Nous avons remarqué, d'autre part*, que, si Ton 
ne peut avoir qu'un petit cercle d'amis, c'est-à-diro 
un petit nombre de livres qu'on lit et relil, on a inté- 
rêt à posséder beaucoup de relations, on (Tautros 
termes, à être abondamment pourvu d'ouvraf^es à 
consulter, de livres de référence, dictionnaires, an- 
nuaires, etc.; que, là, seuls, remplacement et la 
fortune doivent limiter nos exigences. 

Francisque Sarcey disait' que tout ce dont il avait 
besoin, en fait de connaissances, il le trouvait « dans 
le Larousse». Cette vaste publication, accompagnée 
de ses deux suppléments*, peut tenir lieu, on olTol, 
d'une bibliothèque. Malgré ses imperfections, mal- 
gré ses erreurs, moins fréquentes que d'aucuns se 
plaisent à l'insinuer, peu nombreuses m(^me, en 
somme, si l'on considère l'énorme quantité de textes 
qu'elle renferme, elle réalise bien le grandiose pro- 
jet de son auteur et fondateur, elle est bien la véri- 
table Encyclopédie du xix^ siècle. 

1. Cf. supra, t. II, p. 101. 

'2. Cf. si())ra, t. II, pp. 155 et suiv. 

5. En 1886, dans le journal VFstafotlp : voir Larousse, 
(irnnd Dictionnaire, 2" supplément, art. Larousse. 

4. Accompagnée aussi des sept volumes du Nouvmu 
Lurousse illustré, auquel on est en train d'adjoindre un sup- 
plément. 



4 LE LIVRE. 

La Grande Encyclopédie^ commencée, en 1889, par 
réditeur Lamirault, et terminée, non sans difFicultés, 
et quelque peu sommairement et brusquement, en 
1904, contient, surtout dans ses premiers volumes, 
d'excellents articles, rédigés avec soin, amplement 
documentés, et portant leur empreinte personnelle. 

D'autres recueils encyclopédiques, comme le Die- 
tionnairede la Conversation ^VEncyclopédiemodemeAQ 
Didot, etc. , ont eu leu r vogue et ont encore leur valeur; 
mais ils datent de loin déjà, et ne sont plus à jour^ 

Mentionnons encore la Biographie universelle an- 
cienne et moderne de Michaud, dont la seconde édi- 
tion (45 volumes in4, 1840-1865) est bien préférable 
à la première ; la Nouvelle Biographie générale du doc- 
teur Iloefer; le précieux Dictionnaire historique de 
la France de Ludovic Lalanne ; le Dictionnaire uni- 
versel des contemporaiyis de Vapereau, etc. , et n'ou- 
blions pas le Dictionnaire historique et critique de 
Hayle, œuvre de génie, d'une si intéressante lecture; 
ni le volume de Jal, son Dictionnaire critique de bio^ 
graphie et d'histoire^ errata et supplément pour tous 
les dictionnaires historiques*. 

1. A propos de V Encyclopédie de Diderot et de d'Alem- 
bert, (luc j'aurais également pu rappeler ici, on connaît Tirré- 
vérencieuse boutade, plus drolatique que judicieuse, de lord 
Chcsterfield à son fils : « Oui, mon fils, vous achèterez VEn^ 
cyclopédicy et vous vous assoirez dessus pour lire Candide ». 
(Cf. Henri Mazel, Ce qu'il faut lire dans sa vie, p. 126.) 

2. Sainte-Beuve, tout en rendant hommage au travail de 
Jal, qui le pressait, en 18C7, dé faire un article sur son 



ACHAT DES LIVRES. 5 

Pour la langue française, rhistorique et remploi 
des mois, rien, — pas même le récent ouvrage d*Hatz- 
feld, Darmesteler et Antoine Thomas : Diction- 
naire général de la langue française^ — rien ne rem- 
place l'admirable dictionnaire de Litlré, qui n'a 
qu'un défaut, c'est d'avoir trop restreint ses alinéas, 

Diclionnaire^ ne lui a pas ménagé les reproches. « ... M. Jal 
n'a justifié qu'en partie tous ces éloges anticipés. L'auteur, 
en effet, si estimable par ses patientes recherches, manque 
trop souvent de critique.... En même temps qu'il redresse 
quantité d'erreurs en circulation, lui-mOme il en (îommet 
bon nombre à côté. » (Nouveauté Lundis, t. X, p. 410. note 1.) 
Et, dans la lettre qu'il adresse à Jal le '24 mars 1867 [Corres- 
pondance, t. IL pp. 150-152), Sainte-Beuve relève les erreurs 
suivantes : « Vous faites querelle à je ne sais qui d'avoir dit 
de Trousset Valincour^ et non du Troussot \'alinrc»u/*, et 
d'avoir mis un ^ à Vahncour ; or, dans votre mèine livre, 
ailleurs, Valincour est écrit avec un t.... A tout moment, au 
lieu de vous borner à des faits certains, vous donnez vos 
jugements et vos conjectures. Vous dites, h propos do II. de 
Latouche, qu'il a donné la meilleure édition d'André Chcnicr; 
puisque vous alliez sur ce terrain-là, vous aviez à dire 
(ju'il avait donné la première et la moins honne édition de 
ce poète.... Je reproche donc à votre excellent livre de man- 
quer à sa propre méthode; de ne pas s'en être tenu aux 
faits rectificatifs et positifs; et, là où vous sortez du docu- 
ment précis, d'introduire presque autant d'erreurs que de 
conjectures.... Excusez, mon cher Jal, » etc. (Voir toute la 
lettre.) Le « cher Jal • ne dut pas « excuser •» cette franchise 
ni ces topiques arguments, et, encore plus mécontent peut- 
ôlre du silence de Sainte-Beuve, — qui, troi) occujx'' sans 
doute et de pliis en plus soufTrant, ne fit pas Tarticle 
demandé, — il supprima, dans la seconde édition de son Dir- 
tionnaire (1872), le nom de Sainte-Beuve. — Voir aussi les 
notes d'Assézat, dans son édition des Œuvres couiplètes de 
Diderot (Paris, Gamier, 1875), t. I, pp. xxxix, xlvi. lxiii, qui 
contienneat de justes critiques à l'adresse de Jal. 



6 LE LIVRE. 

de les avoir supprimés notamment dans ses cita- 
tions de vers, ce qui fait ressembler ceux-ci à de la 
prose*. Au dictionnaire de Littré ajoutez celui de 
notre ancienne langue et de ses dialectes du ix® au 
xv« siècle de Frédéric Godefroy, ainsi que des 
vocabulaires grecs , latins (Ducange, — basse lati- 
nité, — et Freund ou Quicherat, par exemple), et des 
principales langues vivantes. 

Nous nous occuperons tout à Theure des « Clas- 
siques français ». Pour les « Classiques latins », — 
je laisse de côté les éditions savantes, — vous avez 
le choix entre la Bibliothèque latine de Firmin-Didot, 
avec la traduction de Désiré Nisard, dont les 29 vo- 
lumes «^n^and in-8 à deux colonnes sont malheureuse- 
inc^iit d'un formai peu commode; la Bibliothèque 
laliiie-françcfise de Panckoucke, 211 volumes in-8, 
([u'on rencontre assez facilement d'occasion, et qui, 
d'ailleurs, existent encore en librairie chez Garnier; 
et la Nouvelle Bibliothèque latine- française^ 81 vo- 

1. Il aurail (Hé égaleiiKiiit bien iréférable, au lieu de 
inellre dos initiales en tète de cliaciue page, dans le litre 
courant, pour in(li(pier les articles (aim, ano, bar,... ^)ar 
exemple), d'écrire on entier, dans ce litre, le mot auquel est 
consacré le dernier article de la page (aimable, anoblisse- 
ment, BARBE, BARBILLON, BARBURE, BARGUIGNER, BARON, 

barri:...). On comprend sans peine combien cette dernière 
disposition typographique, adoptée, du reste, en général, 
l)ar tous les nouveaux diclionnaircs, toutes les récentes 
nomenclalures, facilite les recherches, surtout lorsque les 
mois commençant par la même syllabe sont en très grand 
nombre. 



ACHAT DES LIVRES. 7 

lûmes in-i8, publiée par ce même éditeur. Pour les 
« Classiques grecs », je ne vois guère que les tra- 
ductions éparses chez Hachette, Garnier, Didot, 
Charpentier, Lemerre, etc., à moins que vous ne 
préfériez les 70 volumes in-8 à deux colonnes de la 
Bibliothèque grecque^ avec traduction latine et index, 
publiée chez Firmin-Didot. 

Si vous vous occupez de bibliographie, le Manuel 
du libraire de Jacques-Charles Brunet, la France 
littéraire et les Supercheries littéraires de Quérard, le 
Dictionnaire des anonymes de Barbier, et le Cata- 
logue général de la librairie française d'Otto Lorenz, 
continué par Jordell, vous sont indispensables. 

h' Histoire des Grecs et YHistoire des Romains de 
Duruy, V Histoire ancienne des peuples de r Orient de 
Maspéro, et les Origines du Christianisme de Renan ; 
YHUtoire de France d'Henri Martin, de Michelet, de 
Lavisse; la collection des Mémoires relatifs à i'His- 
toire de France : de préférence, celle de Petitot et 
Monmerqué, la plus maniable, mais, si on le peut, 
complétée parcelle (moins correcte et moins soignée) 
de Michaud et Poujoulat*; YHistoire des Français 

1. Les mémoires dils historiques ne sont que trop sou- 
vent d'éhontées spéculations de librairie, dépourvues de toute 
authenticité, de tout intérêt et de toute valeur. Les considé- 
rations suivantes, empruntées à un historien contemporain, 
serviront à édifier nos lecteurs sur ce genre de commerce. 
- Il y avait à Londres une courtisane vieillie, connue sous le 
nom d'Ida Saint-Elme, qui, après avoir longtemps trafiqué de 
ses charmes eu France, sous l'Empire, et dans les preinto^s 



b LE LIVRE. 

des r/â'ers étais d'Alexis Monteil; les quelques vo- 
lumes, si remplis el si lumineux, d'Augustin Thierry, 
et les éludes, non moins savantes et fécondes, de 
Fustel deCoulanges ; les curiositéshistoriques du doc- 
teur Cabanes et de M. G. Lenôtre ; VHistoire de la 
Hrcu/ulion, parThiers, Michelel, Louis Blanc, Lamar- 
tine (Uistnlredcs (i/yo;?'//«8), Carlyle,(}uinel,etc. ; les 

années de la Restauration, était venue, après la chute de 
(illarl(^s X, échouer misérahlement en Angleterre, où elle se 
livrait à une sorte de conïinerce de chantage en vendant 
des letlres ou pièces ayant trait à des personnages connus, et 
(juc ces personnages avaient tout intérêt à lui racheter. Déjà, 
en 18'27, un libraire s[)éculateur, nommé Lavocat, avait publié 
d'elle, sous le titre de Mémoires dune Contemporaine, des sou- 
venirs (pie Ton disait pleins d'intérêt au point de vue histo- 
riciue. Or, cette compilation, où l'on voyait figurer tous les 
personnages un peu importants de la République el de 
rKiupire, était remplie d'inventions, de faussetés et de 
mensonges. In écrivain de quelque talent, M. Malitourne, 
n'avait pas cnuiit de s'associera cette œuvre malhonnête de 
M. Lavocat el d'Ida Saint-Elme, en prêtant le concours 
vénal de sa plume à l'arrangement de ces mémoires, et en 
habillant de son style élégant et facile les souvenirs galants 
et p()liti(iues de la Contemporaine. Nous avons eu plu- 
sieurs fois déjà l'occasion d'api)eler la méfiance de nos lec- 
teurs sur tons les mémoires particuliers. Quand ils sont 
reeuvrc d'hommes consciencieux et honorables, ayant 
occupé une grande situation politique ou littéraire, ils 
peuvent ((uehiuefois éclairer d'une vive lumière certaines 
parties de l'histoire contemporaine: mais encore doivent-ils 
être lus avec l'attention la plus scrupuleuse et un sévère 
esprit de critique, parce que, de la meilleure foi du monde 
souvent, leurs auteurs présentent comme l'expression de la 
vérité absolue ce qui n'est, la plupart du temps, que. celle 
de leurs préjugés et de leurs prissions [)ersonnelles. L'his- 
torien <iui y puise presc^ue tous les matériaux de sesJivres 



ACHAT DES LIVRES. 9 

Origines de la France contemporaine de Taine ; Y His- 
toire du Consulat et de l'Empire de Thiers, avec celle 
de la Chute du premier Empire (1814-1815) de Henry 
Houssaye ; sur la Restauration et la Monarchie de 
Juillet, les ouvrages de Vaulabelle, d'Ernest Hamel 
et de Thureau-Dangin, V Histoire de Dix Ans de Louis 
Blanc, suivie de V Histoire de Huit An>i d'Elias 
Regnault,etde la Révolution de ISJSpnv Daniel Sterh, 
Hippolyte Caslille ou Garnier-Pagès ; le Second 
Empire par Taxile Delord ou par Pierre de la 
Gorce ; l'histoire de la Guerre de 1870-71 et de la 
Troisième République (Charles de Mazade, Albert 
Sorel, Jules Claretie, Théodore Duret, Louis Fiaux, 
Alfred Duquel, Lehautcourt, le lieutenant-colonel 

ne peut faire une besogne sérieuse; son œuvre ne sera 
jamais qu'une œuvre de parti. Quant aux mémoires analogues 
à ceux de la Contemporaine, comme il en a tant paru sous 
la Restauration, ce sont les égouts de Thistoire, et aucuu 
écrivain qui se respecte ne saurait y puiser. Ceux d'Ida 
Saint-Elme étaient tombés déjà dans l'oubli et le mépris 
public, lorsque, vers 1835, leur auteur se transporta à 
Londres pour y établir, hors d'alteinte des lois françaises, 
une véritable officine de chantage. Elle essaya d'extorquer 
de l'argent au roi Louis-Philippe en lui faisant proposer de 
lui vendre à gros prix les originaux des lettres (pi'il avait 
écrites autrefois ou qui lui avaient été attribuées. Des négo- 
ciations furent même ouvertes par M. Guizot avec cette intri- 
gante, lorsqu'il était ambassadeur, pour débattre la ciuestion 
de prix: mais les prétentions de la Contemporaine furent si 
exorbitan.tes, et le nombre des lettres qu'elle disait avoir en 
sa possession était si considérable, qu'on prit le parti d'aban- 
doiuier Taffaire. » (Ernest Hamkl, Histoire du t'cjiie dr Lmiis- 
PhilippCy t. II, chap. XIII, pp. 245-245.) 



»". •.- 



-i 



10 LE LIVRE. 

Roussel', etc.), vous permettront de suivre, des ori- 
gines du monde jusqu'à nos jours, — en étudiant 
plus particulièrement la France, — les événements 
et les progrès deTliumanité. Comme complément de 
colle bibliothè([ue historique, procurez-vous la col- 
lection des ouvrages de Paul Lacroix (bibliophile 
Jacob) sur les arts, sciences, lettres, institutions, 
usages, costumes, etc., au moyen âge, à l'époque de 
la Renaissance, au xvii'- et au xvm*^ siècle, sous le 
Directoire et le Consulat, avec le Napoléon de Roger 
i^eyrc, et le A7A'' siècle de John Grand-Carteret, — 
collection remplie d'illustrations documentaires 
(gravures sur bois, photogravures, chromolilhogra- 
pliies, etc.), formant un véritable musée des arts, 
sciences, lettres, costumes, etc. 

Mi( hc^lel est, sans conteste, bien plus intéressant 
et entraînant qu'Henri Martin* ; mais celui-ci possède 
un avantage des plus appréciables pour les travail- 
leurs et les chercheurs. Il a eu le bon esprit de 
joindre à sa grande histoire une table analytique et 
alpliabétique, qui comprend tout un volume (le 
XVII') et permet de trouver instantanément le ren- 

1. On a reproché à l'ouvrage de M. le lieutenant-colonel 
Uour^seLriur la ij::ueiTe de 1870 de n'élre qu'une compilation 
et parfois une copie textuelle des écrits de divers historiens : 
(•r. le journal /c Malin, 23 octobre 1900. 

2. Par une singulière hyperbole, George Sand déclare 
(llistoivc de m<i vie, t. I, chap. vi, p. 232) « VHistoire de 
France d'Henri Martin, le plus beau des livres d'histoire 
publiés jusqu'à ce jour, parce qu'il est le plus complet ». 



"^^-"■(•F 



ACHAT DES LIVRES. 11 

seignemenl désiré. Michelel étant, par un très fâ- 
cheux et déplorable oubli, entièrement dépourvu de 
tables détaillées, les recherches sont presque impos- 
sibles à travers ses quarante ou cinquante volumes'. 

i. Il est vraiment inexplicable que ni Michelet, ni plus 
tard sa veuve, qui a fait paraître chez quantité dVditeurs 
(Flammarion, Lemerre, Hetzel, Calmann Lévy, Rouff, etc.) 
quantité d'éditions de VHistoire de France et de la Révolu- 
tion, n'aient songé à cette table analytique générale. Jules 
Levallois, — qui avait été très lié avec le grand historien, et 
fut chargé par Mme "Michelet de la revision des épreuves de 
plusieurs de ces éditions; qui, lui-mchne, a publié, sous le 
titre De la Restauration à nos jours : 1815-1900 (Paris, Rouff, 
s. d., grand in-8, 696 pages), une « Suite à l'Histoire de la 
Révolution française par J. Michelet », suite très soigneuse- 
ment faite, écrite par une plume de lettré et d'homme de 
goût, travail amplement documenté et très personnel, 
qui n'a d'autre tort que d'être édité dans un format 
incommode, format dit populaire; — Jules Levallois m'a 
plus d'une fois conté que Mme Michelet s'était plutôt 
préoccupée de multiplier et de répandre les éditions des 
œuvres de son mari que d'en améliorer l'impression et 
d'en faciliter l'étude et l'emploi : voir à ce sujet la i»ré- 
face de l'ouvrage de Michelet, Rome, préface signée de 
Mme Michelet, pages 55 et suivantes (Paris, Flammarion, 
1891). On sait d'ailleurs (cf. notamment V Inlerinédiaive des rhcr- 
rfu'urs et curieux, 2'i avril 1901, col. 608, et '22 juin 1901, col. 
1071 ; et MiCHKLET, Ma Jeunesse, p. I8r> et p((ssim [Paris, 
Lévy, 1884], où Mme Michelet a substitué son texte à celui 
de son mari) qu'elle ne se privait pas de retoucher, délayer 
et « tripatouiller » la prose de Michelet; certains volumes 
posthumes, parus sous ce nom illustre, sont manifestement 
et prescpie en entier de la main de ladite veuve. Ouant à Miche- 
let, (lui a toujours beaucoup voyagé, écrit tantôt ici et tan- 
tôt là, travaillé sur toutes les routes, et forcément sans 
documents suffisants ni notes intégrales, ses ouvrages, 
malgré leur très haute valeur et de superbes et admiral)les 
envolées, se ressentent (surtout les derniers) de ce manciuc 

J 



tm 



12 LE LIVRE. 

Il serait d'ailleurs facile de citer nombre d'ouvrages 
où cette môme lacune existe, au grand dam et 
désespoir des travailleurs et fureteurs. Qui ne 
regrette et ne déplore, par exemple, que les volumes 
consacrés par les frères Edmond et Jules de Concourt 

de précision, de ce défaut d'ordre, de ponctualité et de 
nnHhode. Les sources et références y sont très souvent 
vagues et trop peu nombreuses ; et Ion comprend bien que 
Sainte-Beuve, qui avait l'horreur de l'inexactitude et de Ta 
peu près, ait toujours témoigné peu de sympathie pour le 
plus fantaisiste de nos historiens, « le fondateur de Técole 
illuinince, •• comme il l'appelle (Chroniques parisiennes^ XX, 
'28 juillet 1845, p. 80. Cf. aussi les Nouveaux Lundis, t. IX, 
p. 9 : « Il est tel homme de lettres des plus célèbres en ce 
temps-ci, tel éloquent écrivain et historien ({ui bien sou- 
vent pourtant a heurté mon goût, froissé mes habitudes, 
et que j'ai été tenté mainte fois de reprendre assez vivement. 
Mais, d'autre part, continue Sainte-Beuve, j'ai un jeune 
ami tles plus distingués, [son secrétaire, Jules Levallois], à 
qui, dans un mou vcMnent d'explosion sincère, il est arrivé de 
dire devant moi, à proi)os de ce même historien : « Le jour 
« où Michelot disparaîtrait, je sentirais une fibre se briser 
« dans mon c(eur ». « J'ai compris dès lors que, pour être 
ainsi aimé et chéri, pour exciter en des ûmes d'éhte de tels 
tressaillements, il fallait que cet homme aux brillants 
défauts, à la parole pénétrante, eût quelque chose d'à part 
et de profond », etc.). 

Les négligences, les erreurs, les bourdes, les enfan- 
tillages aussi, abondent dans Michelet, malgré, encore une 
fois, ses géniales qualités, ses merveilleux aperçus, son 
ardente passion pour le bien et le juste. Il place, par exemple, 
en Amérique, « dans les Antilles », l'île de Cabrera, qui se 
trouve sur les côtes (rEsi)agne, près des Baléares {Histoire du 
xi\' siècle, t. III, p. 200; Paris, Marpon et Flammarion, 1880). 
Il attribue à Benvenuto d'Imola une aventure arrivée à 
Boccace, dans le couvent du Mont-Cassin, et que Benvenuto 
ne fait (pie rapporter {IJisluive de France, t. IX, IntroducUon, 



ACHAT DES LIVRES. 13 

au x\aii* siècle {la Femme au xviiic siècle, rArt du 
xviii^ siècle. Portraits intimes du xviii^ siècle. Histoire 
de la société française pendant la Révolution^ etc.), 
volumes si nourris, si bourrés de faits, de por- 
traits, d'anecdotes, où les noms propres fourmillent 

p. 54). Dans ce môme tome (p. 50, note), il annonce quMI 
parlera des Juifs « à la fin du volume -, et, à celte fin, il 
n'en souffle mot. Le célèbre navigateur Jacques Cartier 
devient pour lui « Jean Cartier • {op. cit., t. X, p. 555). Il 
fait mourir en 1664 Molière, mort en 1675 (op. cit., i. XV, 
p. 207). Il fait, sans preuve ni raison, naître Cartouche à 
Bar-Ie-Duc {op. cit., t. XVII, p. 526), et naître de même à 
Cologne Rubens {Sur les Chemins de l'Europe, p. 251, note), 
qui est né à Siegen (Nassau) : cf. A.-J. Wauters, la Peinture 
flamande, p. 200; et Larousse, Michaud, Hoefer, op. cit., etc. 
Il affirme, dans l'Étudiant (Conclusion, p. 201), avoir vu, 
en 1848, • des hommes misérables, et presque sans pain, qui 
donnaient du pain à manger aux chevaux de:^ cuirassiers, » 
et « ces chevaux, dès ce moment, devenaient incapables de 
charger ». Il écrit (//t.s/oire de Fiance, t. XVIII, pp. 185-184), 
dans son style si volontiers haché et sibvllique : « Le roi, 
l)endant ce temps, avait eu sa victoire. La victoire achetée, 
et que d'autres avaient euf . Les chiffres parlent. Il l'eut 
le 10. Du 17au27, notre armée fut gelée. Le 19, cette fille se 
montra triomphante à l'Opéra, qui l'applaudit.... » Quelle 
fille? Impossible de le deviner. « Nos pères, lestes marcheurs, 
pouvaient quelquefois passer dans la boue.... Les nôtres, 
au contraire, que font-ils de leurs passions 1 » {Histoire du 
XIX* siècle, t. I, préface, p. x.) Les nôtres, qui ? quoi ? Nos 
pères encore ? « Un volume dépareillé de Racine, acheté 
sur le quai, par hasard, a fait le poète de Toulon. » [Le 
Peuple, première partie, chap. ni, p. 101.) Quel est-il, ce 
poète de Toulon, et pourquoi ne pas le nommer? 11 s'agit 
sans doute de Charles Poney, né à Toulon en 1821 ; mais il 
n'est pas question de lui et son nom ne figure pas dans les 
lignes qui précèdent. Dans ses Origines du Droit français 
(Paris, Calmann Lévy, s. d.), Michelet emploie presque à. 



U LE LIVRE. 

à chaque page, soient dépourvus d'index alphabé- 
ticfues? De mc^me pour 17//.s/o2>^ des Français de Théo- 
phile Lavallée (encore celle-ci a-t-ejle au moins une 
lable dos matières détaillée); pour YHUtoire de France^ 
d'aprêii les documents originaux et les monuments de 

chafiue pasjo l'abréviation G., sans nous dire ce qu'elle sipjni- 
(ie probablement Grimm : cf. p. 4 : G. 461 ; p. 5 : G. 401 ; p. 6 : G. 
459; etc.). Dans le même ouvrage, page 280, il dit en note : 
• ... Voyez l'extrait qu'en a donné M. Saint-Marc Girardin. » 
Mais où M. Saint-Marc Girardin a-t-il donné cet extrait? Dans 
jVo.s I-ils (livre II, cbap. vu, p. 112), il écrit : « Jusqu'en l'an 
1200, le Pt'^re [Dieu le Père] n'a plus ni temple, ni autel, ni 
symbole. (V. Didron.) -Où « voir • [V.] Didron? Et plus 
loin (livre III, cbap. v, p. 176) : « // ne s'aperçoit pas que, 
j)ar ce dur chemin, sans s>?i apercevoir, il retourne au 
passe....* (Voir d'autres exemples des inadvertances et 
incohérences de Michelet dans l'ouvrage de M. Emile Fa- 
(iiKT. Il'ftides littéraires sur le xix" siècle, pp. 365 et suiv.) 
Presque jamais de références précises, chez lui, rien qui 
peiinette de vérifier les assertions, souvent étranges, de 
l'historien national. * Michelet, a fort justement dit Jules 
Levallois, dans son Journal manuscrit, cahier XXIII, 1889, 
p. 77 (inédit), m'apparaît comme un merveilleux artiste 
plutôt que comme un historien. Il peint les événements 
et les fait voir tels qu'il les voit, mais je ne suis pas 
du tout sur qu'il les voie comme ils se sont passés. • Et 
nous ne saurions mieux résumer notre sentiment surMiche- 
Icl que par cette appréciation et cet hommage : « Avec tous 
ses défauts, qui sont peut-être inséparables de ses qualités, 
son Histoire de France est la seule que nous ayons, parce 
((ue, seul de tous les historiens qui ont tenté l'entreprise, 
il a eu l'im.igination assez forte pour « personnaliser » la 
patrie, et ainsi donner à son histoire quelque chose de ce 
vivant intérêt qui est celui de la biographie. Toutes les 
autres ne sont que des compilations. » (Ferdinand Bru- 
NETiKRE, Manuel de riiistoire de la littérature françaisCy 
p. 457.) 



ACHAT DES LIVRES. 15 

Vart de chaque épo^/wé^, par Henri Bordier et Edouard 
Charton, etc., etc. 

Rien de plus utile, rien de plus précieux qu'une 
table ou index alphabétique, < accessoire obligé de 
toute bonne, complète et commode édition, » et Ton 
comprend bien qu'un chancelier d'Angleterre, lord 
Campbell, ait voulu demander, en 4850, qu'on pri- 
vât de ses droits de propriété littéraire tout écrivain 
qui publierait un livre sans index*. 

Les Causeries du lundi de Sainte-Beuve-, ses Por- 
traits littéraires^ ses Portraits contemporains^ ses 
Nouveaux Lundis et son chef-d'œuvre, Port-Royal, 
constituent la plus accessible et la plus vivante his- 
toire delà littérature française que nous possédions, 
histoire biographique et monographique, mais suf- 
fisamment détaillée et complète. Ajoutcz-y, comme 
complément ou correctif, sinon quelques gros ou- 
vrages, tels que la monumentale Histoir<^ littérdlre 
de la France^ entreprise par les Bénédictins de 
Saint-Maur, et continuée par des membres de l'In- 
stitut (Fauriel, Daunou, Viclor Le Clerc, Paulin 

1. Cf. A. DE BoiSLiSLE, Mémoires de Saint-Simon, Avertis- 
sement, t. I, p. Lxxi. (Paris, Hachette, 1879; collection des 
Grands Écrivains de la France.) Sur l'utilité, « l'absolue 
nécessité «• des index alphabétiques, voir notre tome II. 
pages 77-79. 

2. « ... Ces admirables Lnndîs, qui sont comme VEnry- 
clopédie des Lettres.... ». (Jules Claretie, Un secrétaire de 
Sainte-Beuve [Jules Levall ci s ], /e FzV/aro, 18 septembre 1905.) 
Cf. notre tome I, pages 197 et suiv. 



16 LE LIVRE. 

Paris, Reuan,etc. *), bien lourde probablement pour 
voire humble collection d'amateur et de jouisseur 
lilléraire, les « cours » de Villemain et de Saint-Marc 
Girardin', V Histoire de la littérature française de 
Désiré Nisard, et d'agréables et consciencieuses 
études, inspirées par l'érudition et le goût modernes 
et mises au point (Taine, Emile Montégut, Paul 
Albert, Emile Deschanel, Gaston Paris, Petit de 
Julleville, Ferdinand Brunelière, Paul Stapfer, 
Emile Faguet, Anatole France, Jules Lemaître, 
Jules Levallois, Gustave Merlet, A. Gazier, René 
Doumic, Paul Bourget, Gustave Lanson, Georges 
Pellissier, Léo Claretie, Edouard Rod,etc.). 

La Bibliothèque de V Enseignement des Beauay Arts ^ 
qui est d un prix relativement minime, et compte 
actuellement (1906) 58 volumes, tous accompagnés 
de nombreuses illustrations, nous sera d'un grand 
secours pour tout ce qui touche la peinture, la 

1. « Le premier volume de V Histoire tiltéraire de la France 
par les religieux bénédictins de la congrégation de Sainl- 
Maur (dom Rivet, dom Tallandier et dom Clément) parut en 
1755. Elle s'arrôta, lors de la Révolution, au douzième volume 
in-i; l'Institut de France en publie la suite.... >• (Ambroise 
FiRMiN-DiDOT, Esmi sur ta typographie, col. 842".) VHistoire 
littéraire de la France comprend actuellement (1906) 33 volumes 
et s'arrête au \\* siècle. 

2. ViLLHMAiN, Cours de littérature française : Tableau de la 
littérature du moyen âge, 2 vol., Tableau de la littérature au 
xviir siècle, 4 vol., etc. (Paris, Librairie académique, dates 
diverses); — Saint-Marc Girardin, Cours de littérature dra- 
matique, 5 vol. (Paris, Charpentier, dates diverses). 



ACHAT DES LIVRES. 17 

sculpture, Tarchileclure, la gravure, Tarchéologie, 
le mobilier, la tapisserie, etc., etc. Je vous signale- 
rai encore, dans ce même genre d'études, YUistoire 
de Vart dans V antiquité de Perret et Chipiez; et le 
Dictionnaire des antiquités grecques et romaines de 
Charles Daremberg, Edmond Saglio et Edmond 
Pottier, en cours de publication (190G : 3 volumes 
parus; le tome III, 2« partie, comprenant les lettres 
L.-M) ; mais que ces gros et savants ouvrages ne 
vous empêchent pas d'avoir sous la main le bon petit 
Dictionnaire des antiquités romaines et grecques 
d'Anthony Rich. Puis le Cicérone^ guide de Vart 
antique et de Vart moderne en Italie, de Burckhardt; 
V Histoire des peintres de Charles Blanc; V Histoire de 
fart pendant la Renaissance d'Eugène Muntz; les 
ouvrages de M. Emile Gebhart sur T Italie et la 
Renaissance, etc. 

Les dix-neuf volumes de la Géographie wdversdle 
d'Elisée Reclus, Xq Dictionnaire géograpidque et admi- 
nistratif de la Fiance de Paul Joanne, et une collec- 
tion des Guides Joanne et Baedeker (Joanne pour la 
France surtout) vous rendront en maintes occasions 
de signalés services. 

N'oubliez pas non plus le Code et quelques bons 
ouvrages de droit, un manuel ou dictionnaire de 
médecine usuelle, le Bottin avec V Annuaire Ha- 
chette, et une collection complète d'un ou de plu- 
sieurs périodiques, — toujours selon la place dowV 

LE LIVRE. — T. 17. 1 



18 LE LIVRE. 

vous disposez : — V Illustration ou le Monde illustré^ 
par exemple, où sont consignés, retracés par la 
plume et le crayon, les faits marquants de chaque 
semaine, et qui offrent, dans leur ensemble, l'histoire 
écrite et illustrée de notre temps*; la Nature; Vin- 
iennédlalre dd^ clu^rclmurs cl curieux^ un des recueils 
les. plus appréciés de tous les érudils et travailleurs; 
et le doyen de nos journaux à gravures sur bois, le 
Magasin pilforesffue (fondé en 1835), que, dans ses 
« Matériaux de la bibliothèque », M-. Guyot-Daubès 
place très justement en tète des collections à consul- 
ter, ce ({ui, ajoute-t-il, peut se faire aisément, grâce 
aux tables récapitulatives ^ Ces tables s'arrêtent 
maliieureuscment à Tannée 18812. 
Rappelons enfin, — et c'est par là que nous au- 



i. Mieux encore que ces deux grands périodiques, au 
point de vue qui nous occupe, au point de vue de la docu- 
mentation et des bibliothèques, la Revue encyclopédique ou 
nniversetle, fondée en 1801 par M. Georges Moreau, de la 
maison Larousse, et dirigée i)ar lui avec tant de compé- 
tence et de soin, offrait, au fur et à mesure des événements, 
l'histoire écrite et illustrée de toute la vie contemporaine. 
(chaque année avait son index alphabétique, et, tous les 
cinq ans ou au bout de dix ans, ces index étaient réunis et 
fondus ensemble. Les recherches étaient ainsi des plus 
faciles, et cette publication, belle et bonne entre toutes, 
était en état de rendre à tous les écrivains et à tout 
le monde les plus signalés services. A la fin de décem- 
bre 191)5, la Revue universelle, au grand et très grand regret 
de tous, a cessé de paraître : on peut dire que rien ne la 
remplace. 

'2. Glyot-Daubès, /Vlrf de chu^ser les notes..., pp. 108-101). 



ACHAT DES LIVRES. 19 

rions dû commencer, — rappelons une autre sorte 
d'ouvrages dont on ne devrait jamais se dessaisir, 
qui semblent destinés à devenir le point de départ 
et la base de toute bibliothèque particulière ; nous 
voulons parler des livres de classes, < de ceux qui 
ont servi à notre éducation, même depuis son début; 
de tous les livres dont l'étude nous a été imposée 
dans , les écoles primaires, secondaires ou supé- 
rieures; en un mot, de toutes nos grammaires, nos 
dictionnaires, nos livres élémentaires d'histoire, de 
géographie, de sciences, de mathématiques. Ces 
ouvrages nous ont donné généralement assez de mal 
dans notre jeunesse, nous ont occasionné assez 
d'ennuis, de travail et de fatigue pour que nous les 
connaissions. 

€ Si plus tard, dans la vie, notre mémoire nous 
fait défaut, au sujet des connaissances acquises dans 
notre enfance, nous aurons près de nous le livre 
même dans lequel nous avions puisé ces connais- 
sances, et nous saurons où retrouver rapidement la 
page, l'alinéa, se rapportant à notre recherclie. 

< Toute notre éducation première sera ainsi ré- 
sumée, condensée dans nos anciens livres occupant 
quelques rayons de notre bibliothèque ; ce sera, en 
un mot, la représentation matérielle de toute la pre- 
mière période de notre vie intellectuelle*. » 

I. Guyot-Daubês, op, cil.^ pp. 106-107. Sur les livres de 
classes, les volumes d'écolier, « les bons vieux livres de 



£0 LE LIVRE. 



Voiîâ tino série d'ouvrages pouvant servir de fond 
;\ toute bibliolhèque, une réunion d'excellents outils, 
pnvieux à tous ceux qui lisent, écrivent et étu- 

ditMll- 

Mai> ce ne sonl là en quelque sorte que des ^éné- 
r,i'i:t'<\ Or. chacun de nous a ses besoins et ses goûts 
partu uliors, chacun de nous, par vocation ou néces- 
>ito. par plaisir ou devoir, est poussé vers tel ou tel 
iTcniv de loctun^s et d'études*, où il arrive peu à peu 
cl forcement à se restreindre et se confiner; d'abord 
parce que nous nous plaisons tous à fréquenter 
lie prclcrcncc les gens et les choses que nous con- 
nai>>iM\> déjà, à approfondir, goûter et savourer de 
plu> en phis ce que nous savons: et parce que chaque 
ii»in lie 1 infini domaine de la science est à lui seul 
une immcnsilé. 

loUôiro . \oir, dans noire tome II, page 100, des strophes 
oiiiprunloo^ à un volume de M, Jacques Normand. 

1. ... On doit rechercher, dans le choix de ses livres, deux 
cli»»s«'> principales : 1^ un ensemble encyclopédique pou- 
vant iiou< donner tout au moins un renseignement som- 
maire MU* quehiue sujet que ce soit; — 2<» une collection 
d'ouvrages spéciaux aux études qui nous intéressent d'une 
façon particulière. - ^(iivoT-nAunÈs, op. cit., p. 105.) 

2. « ... les bibliothèques ne pouvant mieux estre compa- 
rées qu'au i>ré de Sénèque, où chaque animal trouve ce qui 
luyest propre : Bus hcvOdmj canis leporem, ciconia lacer tuni.» 
(Gabriel Naudé, AdvU pour dresser une bibliothèque, chap. in, 
p. "H.) Cf. supra, t. I, p. 150. 



ACHAT DES LIVRES. 21 

Les uns se cantonnent ainsi dans Thisloiro, dans 
une histoire spéciale, celle, je suppose, <le leur pro- 
vince ou de leur ville natale ; d'autres s'adonnent à 
Texamen de questions scientifiques, voire d'une 
seule question; d'autres s'attachent à une époque, à 
un groupe, une école, ou môme à un personnage de 
notre littérature. Nous avons vu* que le législateur 
Sieyès et l'idéologue Destutt de Tracy « lisaient per- 
pétuellement Voltaire : arrivés au <lernier tome, 
ils reprenaient le premier et recommençaient- » ; que 
(juizot lisait chaque soir quelques sonnets de 
Pétrarque < pour se rasséréner l'esprit », qu'Al- 
phonse Daudet, dans les dernières années de sa vie, 
avait arrêté son choix sur Montaigne ol l'ail des 
Esscfis son unique livre de chevet : et comhien par- 
tagent ce culte fervent pour rinronijjarahle mora- 
liste, en qui revit, résumée et condensée, toute l'an- 
tiquité! Combien se sont de même passionnés pour 
Horace, pour Dante ou pour Shakespeare, et h com- 
bien Rabelais, Régnier,. Molière, La Fontaine ont on 
auraient pleinement suffi!'' 

Tenez-vous-en donc, dans vos lectures, an pré- 
cepte de Sénèque, de Pline et de Voltaire : no vous 
prodiguez pas, ne vous gaspillez pas. ('c n'est qu'à 
la jeunesse qu'il convient d'aspirer à tout connaître, 

1. Supra, t. I, pp. 278, t>81 et '282. 

2. Sainte-Bki'VE, Portrnils liltérah-en^ t. II, p. i37. 

3. Cf. notre tome I, pp. 225 et suiv., PitHlilections parlicu- 
lières et Auteurs préférés. 



22 LE LIVRE. 

à tout voir el tout lire, et de s'espacer, s'égailler^ 
courir çà et lu, partout, au hasard des circonstances. 
Vous, voire choix est fait, votre cercle d'études est 
tracé, la liste de vos auteurs préférés est close... ou 
à peu prés. Si vous voulez profiter et jouir de vos 
lectures, ne quittez pas ce champ, si restreint qu'il 
soit et que vous l'ayez fait; appliquez-vous à le creu- 
ser, à le fouiller et le retourner : 

Un trésor est caché dedans, 

comme dans celui du vieux laboureur de La Fon- 
taine, et 

C/csl le fonds qui manque le moins. 






Prenons un cas des plus habituels, le plus fré- 
quent sans doute chez nous, en France. Supposons 
que ce soit vers nos grands écrivains, du xvi^ au 
xx*^ siècle, que se dirigent vos préférences, — quitte 
à vous d'opérer une sélection et de vous limiter dans 
ce vaste et glorieux patrimoine. Rappelons que 
ce sont des volumes de format moyen (in-18 jésus 
environ) qu'il nous faut*, imprimés correctement sur 

i. Nous ne saurions trop insister sur ce point, sur Tex- 
trôme importance de la commodité du format. On ne lit pas 
(surtout les myopes, et presque tous les fervents liseurs 
sont ou deviennent myopes) les volumes de grand format, 
les in-folio, les in-4 ni même les grands in-8, trop encom- 
brants et trop lourds à la main ; on les consulte sur une table 



ACHAT DES LIVRES. 23 

bon papier, en caractères bien lisibles, et de prix 
abordables, — ne dépassant pas, par exemple, le 
prix de la nouvomité, T) francs ou o fr. 50. Quelles^ 
éditions allons-nous choisir? 

Un de nos devanciers, .Jules Richard, dans son 

* 

traité de VArt de former une bibliothèque^ s'est déjà 
posé la question, et n a pu la résoudre : aucune 
édition existant actuellement en librairie ne remplit 
les conditions requises. 

< J'ai toujours, écrit-il S déploré le sans-géne avec 
lequel on fabrique les livres pour le peuple. Généra- 
lement c'est honteux! Dans ce temps de doctrines 
humanitaires, où Ton parle tant d'instruction gra- 
tuite et obligatoire, je ne conçois pas qu'une Snrirté 
des bons livides, ayant pour but de fournir à bon 
marché au peuple une édition convenable dos clas- 
siques français et étrangers, ne se soit pas formée» 
sous la protection ou en dehors du gouvornonioiiL 
Le goût du livre est enfanté par le goût do la lec- 
ture, et il ne faut pas que le goût de la leclnre soit 
entravé par les apparences repoussantes du livre. » 

ou un pupitre : on ne lit que les livres faciles à tenir et à 
manier. Voilà pourquoi les publications dites populaires, ces 
romans illustrés publiés en livraisons de luiit pages in-8 
colombier (O,^^ x 0,315} ou même in-8 jésus (0,17r) x0,27:)), 
destinées à être reliées, ne peuvent, sous cetle dernière 
forme, réunies en énormes, épais et pesanls volumes, (pie 
décourager les plus avides « bonnes volontés », et leur faire 
l>crdre le goût de la lecture. Cf. supra, t. 111, pp. 110-117. 
1. Op. cit., p. 120. 



24 LE LIVRE. 

< Mellre à la portée des petites bourses des édi- 
tions portatives, bien faites et agréables à Tœil, » 
tel est le but que Jules Richard*, comme tant 
d'autres amis des livres et du peuple, aurait voulu 
voir alleinl, et qui reste toujours éloigné, toujours 
à rétat de projet ou de rêve, malgré les plus pres- 
santes, les plus légitimes et on peut dire aussi les 
plus patriotiques réclamations*. 

s. 

1. Op. cit., p. 121. 

2. Parmi ces réclamations, je rappellerai celle du biblio- 
graphe A. -A. Renouard, dans cette description de sa propre 
bibliotIu''que, qu'il a publiée sous le titre de Catalogue de la 
Inbliolhèque d\m amateur : « Il faudrait destiner nos impri- 
meries à l'emploi qui de tous me semble le plus utile et 
aussi le plus honorable, la fabrication très soignée d'édi- 
tions presque de luxe, quoique d'un prix à peu près ordi- 
naire, de livres à l'usage de ceux qui, sans être curieux ama- 
teurs, ni possédés du démon de la bibliomanie, savent ce- 
pendant très bien distinguer et préférer l'édition la plus 
nette et la plus élégante. » (Renouard, ap. Gustave Moura- 
viT, le Livre et la Petite Bibliothèque d'amateur, p. 181.) Voilà 
un programme excellent en tous points : malheureusement 
ce n'est qu'un programme. Déjà au xviir siècle, vers 1730, 
Voltaire écrivait : * Quel service l'Académie française ne 
rendrait-ellepasauxlettres, à la langueetàla nation, si... elle 
faisait imprimeries bons ouvrages du siècle de Louis XIV, 
épurés de toutes les fautes qui s'y sont glissées!... Les bons 
livres français, imprimés avec ce soin aux dépens du roi, se- 
raient un des plus glorieux monuments de la nation. J'ai ouï dire 
que M. Despréaux avait fait autrefois cette proposition, et 
qu'elle a été renouvelée par un homme dont l'esprit, la sa- 
gesse et la saine critique sont connus; mais cette idée a eu 
le sort de beaucoup d'autres projets utiles, d'être approuvée 
et d'être négligée. >» (Voltaire, Lettres anglaises, xxiv ' 
Œuvres com})lètes, t. VI, p. 00; Paris, édit. du journal /e 
Siècle, 1869.) Cependant, en 1761, l'Académie parut revenir à 



ACHAT DES LIVRES. 25 

Certes, il n'y a que des éloges à décerner à la 

9 

collection des Grands Ecrivains de la France, entre- 
prise, vers i860, par la maison Hachelle, sons la 
direction de Térudit Adolphe Régnier. Mme de Sé- 
vigné, Malherbe, La Bruyère, La Rochefoucauld, 
Corneille, Racine, La Fontaine, Molière, le cardinal 
de Retz* figurent dans celte collection, entièrement 
terminés. Pascal et Saint-Simon sont en cours de 
publication. Par le contrôle et la pureté de leur 
texte, le soin et la science apportés à leurs nom- 
breuses notes et à leurs volumineux lexiques, aussi 
bien que par le choix de leur papier et leurs qualités 
typographiques, ces éditions se recommandent entre 
toutes, méritent d'être citées en première lij^no. 
C'est l'honneur de la librairie moderne et un véri- 
table monument élevé à la gloire dos Ici 1res fran- 
çaises. Mais ce sont des éditions savantes, do gros 
volumes in-8, cotés 7 fr. 50, et qui sont, pnr consé- 
quent, en dehors et au-dessus de nos dosidcMala. 

Une aulre collection, éditée par la mémo librai- 
rie et commencée jadis par Timprimorie Laliiiro, 
les (Kuvres des principaux écrivain>< français (HT) vo- 
ce projet et vouloir le mettre à exécution : « elle décidait de 
faire une collection annotée des grands auteurs du xvir sit'- 
cle; les académiciens devaient se partager entre eux le tra- 
vail... «.(Georges Avenel, Avertissement pour les Connuen- 
taires sur Corneille : \oltau\e, Œuvres romplèles^, t. IV, p. 571.) 

1. Pour les Œuvres du cardinal de Relz, la taj)lc al[)liabé- 
tique et analytique des matières et la notice biographi(|ue 
ne sont pas encore publiées. 



26 LE LIVRE. 

lûmes in- h», aujourd'hui à \ fr. 25), œuvres la plu- 
pari complètes, répondrait à nos vœux, si elle 
nélait imprimée en caractères trop fins, et, consé- 
quence de son bas prix, sur papier de qualité infé- 
rieure. Les anciens volumes, parus anlérieuremeni 
à 1862, et dont certains contenaient plus de pages 
que ceux d'aujourd'hui, ont été tirés sur papier 
meilleur : il est vrai qu'ils se vendaient presque le 
double, 2 francs. Selon une remarque plus d'une 
fois faite, et qu'on ne saurait trop répéter, les édi- 
teurs ne sont pas seuls coupables du mauvais état 
présent de la librairie ; la faute en est surtout au 
public, qui exige avant tout et en dépit de tout du 
« bon marché* ». On lui en fournit, hélas! 

Les quelques « classiques » publiés par Louandre 
dans le catalogue Charpentier* (volumes in-18 jésus, 
marqués 7) fr. 50 et vendus couramment à l'état de 
neuf 1 fr. 75) nous conviendraient assez, ainsi que 
les C fie fs-cV œuvre de la lUtéralitre française de Fir- 
min-Didot (environ 1 50 volumes in-i 8 jésus à 5 francs, 

L « Une bonne et consciencieuse fabrication est in- 
compatible avec ce qu'on appelle aujourd'hui le bon mar- 
ch«>, » etc. (Crapelet, Robert Estienne et le roi François ./*•", 
p. 2i, notes.) Sur cette question du bon marché des livres et 
de leur mauvaise fabrication, voir notre tome III, pp. 195 et 
suivantes. 

2. Charles Louandre a qualifié ses éditions [Montaigne, 
Corneille, Racine, Molière, Pascal, etc.) d' « éditions vario- 
rina », abrcvialif de cuin notis variorum scriptorum, « avec 
des notes de plusieurs commentateurs »: cf. Littré, o/). cit. y 
art. Variorum, 



ACHAT DES LIVRES. 27 

vendus de même 1 fr. 75 ou 1 fr. 50), ou encore la 
Collection des meilleurs ouvrages français et étran- 
gers^ anciens et modernes^ ('^ditée par Garnier (envi- 
ron 280 volumes, même format, môme prix) ; mais 
ces collections sont incomplètes d'abord, — ainsi 
Voltaire et Rousseau n y figurent que très partielle- 
ment; — en outre, les derniers tirages, c'est-à- 
dire ceux qu'on trouve actuellement en librairie, 
sont généralement inférieurs aux anciens , aux 
tirages de i850 ou 1860, qui étaient faits sur meil- 
leur papier et avec des clichés non fatigués*. Quant 
à la Bibliothèque française de Didot, qui donne en 
forts volumes in-8 jésus à deux colonnes (54 vo- 
lumes) les œuvres complètes, soigneusement revues 
et annotées, de la plupart de nos auteurs célèbres, 
elle est, par son format, et plus encore que la collec- 
tion des Grands Écrivains d'Hachette, en dehors 
de notre programme. 

La Nouvelle Bibliothèque classique , fondée par 
Jouaust en 4876, et qui se compose d'une soixantaine 
de volumes (in-i6 elzevierien, à 5 francs), marque 
certainement un grand progrès sur les précédentes 
collections à bon marché. Le texte en est plus cor- 
rect; les notices et les notes (celles-ci placées à la 
fin des volumes) sont mieux rédigées, le papier prin- 

1. J'ai entendu plus d'une fois exprimer le vœu que des 
tirages de ces modestes éditions soient elTectués, — à con- 
dition que les clichés se trouvent en parfait état, — sur 
beau et bon papier, sur hollande, par exemple. 



28 LE LIVRE. 

cipalemonl est de beaucoup supérieur, Timpression 
est aussi plus nette et plus soignée; mais cette im- 
pression est faite en elzevier, et certains lecteurs 
n'aiment pas ce type de caractères et préfèrent le 
romain. D'autres aiment mieux avoir les notes et 
traductions de texte au bas des pages, près du texte 
même, ce qui, en effet, est plus commode dans bien 
des cas, pour Montaigne, par exemple, dont chaque 
paii^e^chacjue phrase est émaillée d'une citation latine. 
(Juoi qu'il en soit, c'est Jouaust, — qui fut un édi- 
teur de l'ancienne mode, lettré, érudit, laborieux, 
oxtrc^moment soucieux de son œuvre, et passionné 
pour elle*, — qui se rapproche le plus de notre 

1. Dainnse Jouaust (1834-1893) « était de la famille des 
grands éditeurs, hommes de goût et véritablement hommes 
do lettres par le soin qu'ils prennent de faire valoir les 
œuvres qu'ils publient, et de les présenter aux amateurs 
sous le séduisant aspect qu'assurent un papier de choix, 
des types élégants et bien lisibles, une correction impeccable, 
illustrées de gravures finement en harmonie avec le texte, 
et d'autant i)lus précieuses qu'elles sont moins encom- 
branles. Son nom sera cité dans Thistoire de son art h la 
suite des maîtres qui en ont fait la gloire à travers les 
âges. » (G. Bkiiardi, V Indépendance belge, dans Uttùmi, 7wtes 
et r/ironi(/HeSyp.9', Paris, imprimerie D. Jouaust, 1891 ; in-18, 
78 pp.) — «« Pendant trente ans il (Jouaust) a fait la joie des 
lettrés; il leur a donné de fins joyaux, que les amateurs du 
siècle i)rochain se disjîuteroiit avec passion.... » (Adolphe 
BnissoN, les Annales politiques et littéraires, ibid., pp. 14- 
15.) — « Il (Jouaust) a été un lettré et un artiste avant 
d'être un commerçant. Il avait recueilli et il a su continuer 
parmi nous les traditions des Elzevier et des Plantin More- 
tus.... » (J, CoRNKLY, le Matin, ibid., p. 18.) 



ACHAT DES LIVRES. 29 

idéal. Malheureusement il n'a pas eu le temps de 
réunir dans sa Nouvelle Bihliotltèque classique lous 
les chefs-d'œuvre dignes d'y entrer, et des noms 
illustres, Pascal, Mme de Sévigné, Buffon, Saint- 
Simon, etc., n'y figurent pas *. 

Je citerai encore la Bibliothèque elzévirienne, fondée 
par Jannet,et la Nouvelle Collection Jannel-Picard^, 
consacrées surtout à nos anciens écrivains. 

Tout récemment la maison Flammarion a entre- 
pris une collection : Les Meilleurs Auteurs clas}iique.< 
français et étrangers^ volumes de même format que 
ceux des collections Charpentier, Didot et Garnier, 
dont il vient d'être question, très soigneusement 
revus comme texte, et non moins soigneusement 
imprimés, cotés seulement au prix de fr. î)»'), 
au lieu de 1 fr. 75. Une vingtaine de chefs-d'œuvre 
(Homère, Dante, Rabelais, Corneille, La Fontaine, 
Boileau, La Bruyère, Fénelon, Beaumarchais, etc.) 
ont déjà paru, et font on ne peut mieux augurer de 
la suite. 

Il est juste enfin de ne pas oublier, dans cette 
sommaire énumération, la petite Bibliolhèfjue natio- 
nale, collection des meilleurs auteurs anciens et yno- 
(àernes^ créée en i8G5, et destinée, comme le dit son 
sous-titre, «t à faire pénétrer au sein des plus mo- 

1. Celte Irèri intéressante collection est continuée par 
l'éditeur Ernest Flammarion, qui y a dernièrement ajouté 
les Cunfesaiona de J.-J. Rousseau et Paul et Hn/inie. 

2. Sur la collection Jannet-Picard, voir supra, t. III, p. 5. 



30 LE LIVRE. 

desles foyers les œuvres les plus remarquables de 
toutes les littératures, les œuvres constituant le 
Trésor littéraire de Tllumanité ». t ... Une nation 
qui aurait franchement adopté cette Bibliothèque 
comme sienne serait à la fois lettrée et solide, » a 
écrit Sainte-Beuve, en remerciant les ouvriers typo- 
graphes, fondateurs de la Bibliothèque nationale^ qui 
lui avaient envoyé la collection complète de leurs 
publications*. Ces petits volumes in-16 à couverture 
bleue, cotés à fr. 25 pièce, comparables à Tan- 
cieniie collection stéréotype entreprise en 1799 par 
Pierre Didot*, ont rendu et rendent journellement à 
nombre d'écoliers, d'étudiants et de modestes et 
fervents lecteurs d'inappréciables services. Malheu- 
reusement, bien que comptant plus de quarante 
années d'existence, la petite Bibliothèque nationale 
ne comprend encore que le maigre chiffre de 7)44 vo- 
lumes. O^i^ii'^il^^ d'œuvres françaises importantes et 
qui rentreraient d'elles-mêmes dans le cadre de 
cette libérale et démocratique collection, le Diction' 
naim philosophique et V Essai sur les mœurs, par 
exemple, V Esprit des lois, etc., n'ont pu y prendre 
place : on les a jugées trop étendues, et il paraît que 
les ouvrages dépassant quatre ou cinq volumes se 
vendent bien moins que les autres. Puis, le format 

1. Sainte-Beuve, Nouvelle Correspondance, p. ''HO, \eiire du. 
:, juillet 1SG7. 

2. Cf. notre tome III, p. 488, notes. 



ACHAT DES LIVRES. 31 

de ces petits livres, commode pour la poche, no 
convient guère à une bibliothèque, et leur papier 
aussi bien que leur exécution typographique laissent 
parfois beaucoup à désirer. 

Les Allemands, eux, sont, à cet égard, mieux par- 
tagés que nous*. Us possèdent une excellente collec- 

i. Je ne saurais trop protester cependant contre celte mode 
ou monomanie, si répandue en France, aujourd'hui plus (pie 
jamais, de toujours nous dénigrer nous-mêmes et nous en- 
gouer de l'étranger. Rien ne réussit mieux en France que 
ce qui n*est pas français : on Va dit souvent et depuis long- 
temps : « Les Français ont toujours eu cela de bon (entre 
autres mauvaises grâces) de prester plus volontiers audience 
et faveur aux estrangers qu'aux leurs propres. - (Bouaven- 
ture DES Periers, Nouvelles Récréations, Nouvelle 88, p. 222; 
Paris, Delaliays. 1858.) « Estimer ce qui se fait chez nous î 
Eh! où en serait-on, sil fallait louer ses compatriotes? lis 
seraient trop glorieux, et nous trop humiliés. Non, non ; il 
ne faut pas donner cet avantage-là à ceux avec qui nous 
vivons tous les jours, et qu'on peut rencontrer partout. 
Louons les étrangers, à la bonne heure î Us ne sont pas là 
pour devenir vains.... On ne saurait croire le plaisir ({u'uii 
Français sent à dédaigner les meilleurs ouvrages iiatioiianx, 
et à leur préférer des fariboles venues de loin. ' (Marivaux, 
rindigent Philosophe, ap. Emile Gossot, Marivaux nioraN^^te, 
pp. 245-246; Paris, Didier, 1881.) « Chose remarquable ! di- 
sait M. Chauvelin (ministre en 1754), ce sont les Franrnis 
eux-mêmes qui avaient propagé cette opinion défavorable. 
Les Français se livrent volontiers aux étrangers, et même 
plus volontiers qu'à leurs compatriotes; ils font à l'étourdie 
les honneurs d'eux-mêmes, « de sorte que ce goût frondeur, 
" qui domine principalement dans la bonne compagnie, ayant 
« porté nos Français à dire mille maux de la faiblesse de la 
• nation... », en un mot de V abaissement de la France, il n'é- 
tait pas extraordinaire que les étrangers eussent rapporté 
dans leur pays ces impressions.... » (Sainte-Beuve, C<ui sé- 
ries du lundi, t. XIV, p. 257.) * Nous nous chargeons volon- 



32 LE LIVRE. 

lion à 120 pfennig (0 fr. 25) le volume, YUniversal- 
Bibliothe/t, de Philippe Rcclam, éditée à Leipzig, 
qui compte actuellement près de 5000 volumes 
(mai 1906 : 4790), comprend les plus célèbres écri- 
vains de tous les temps et de toutes les nations, et 

tiers (en France) d'être nos propres mépriseurs.... Le mot de 
Philibert Delorme, qui s'en plaignait amèrement en son 
temps, est juste encore : « Le naturel du Français, disait-il, 
« est de priser beaucoup plus les artisans et artifices des 
« nations étranges [étrangères] que ceux de sa patrie, bien 
« qu'ils soient très ingénieux et excellents. »• (Sainte-Beuve, 
Xouvcau.c Lundis, t. VII, p. 185.) « En France, on aime assez 
i{\ic les idées, comme les vins, nous reviennent de Tétran- 
ger. Un petit voyage d'outre-mer ou d'outre-Rhin ne fait pas 
mal pour mettre en vogue. C'est ainsi depuis longtemps 
dans les plus petites comme dans les grandes choses : 
Dufrcny, avant Wathcly, avait déjà tenté le genre des jar- 
dins dits anglais, qu'on a repris ensuite de l'Angleterre, 
tout comme Beaufort ou Pouilly nous est revenu par Nie- 
buhr, comme le rationalisme de Richard Simon nous revient 
par Strauss. » (Sainte-Beuve, Portraits contemporains, t. III, 
pp. 447-448.) L'original et si curieux romancier anglais 
II. G. Wells, dont les œuvres nous ont été en quelque sorte 
révélées par les habiles traducteurs Ilenry-D. Davray et 
B. Kozakicwicz, trace le parallèle suivant entre la librairie 
anglaise et la librairie française : « Il existe, dans le monde, 
une prédis[)OPition, que partagent les Français eux-mêmes, 
à dénigrer grossièrement ce qui est français et à douter de 
la durabilité des entreprises françaises; et cela vient, sem- 
blc-t-il, de ces deux faits : que les Français, en 1870, furent 
vaincus par les Allemands, et qu'ils ne possèdent pas les 
vertus prolili(iues des lapins et des nègres. [Nous venons de 
voir que cette prédisposition dénigrante a des origines bien 
antérieures à 1870.J Mais ce sont là des considérations qui 
n'alîectent que fort peu l'expansion de la langue française.... 
Le nombre des livres publiés en fiançais dépasse celui des 
livres i)ubliés en anglais, et un ouvrage français est ac- 



ACHAT DES LIVRES. 33 

ces volumes, de même formai que ceux de notre 
petite Bibliothèque nationale^ sont bien mieux im- 
primés et sur bien meilleur papier. 

Une autre collection allemande, Bibliothek der 
Gesamt'Literatur (Bibliothèque de la littérature uni- 
verselle), a été fondée postérieurement à VUniversal- 

cueilli par un public intelligent et critique ; — or, c'est une 
des choses qu'apprécie le plus l'écrivain. ... Il suffit de con- 
templer une librairie parisienne, en se souvenant d'une librai- 
rie anglaise, pour se rendre compte que le français occupe 
une position exceptionnelle; les rangs serrés des volumes 
à couverture jaune embrassent tous les domaines de la pen 
sée et de la curiosité humaines, sans aucune interdiction 
ni limites.... Je me rappelle avec quel étonncment je décou- 
vris, chez un libraire de Tavehue de TOpéra, trois exemplai- 
res d'une traduction des Principes de psychologie, ce merveil- 
leux ouvrage du professeur William James, — trois 
exemplaires d'un livre que je n'ai jamais vu, en Angleterre, 
ailleurs que sur les rayons de ma bibliothèque, et je suis 
pourtant un explorateur attentif des vitrines de libraires.... 
Et les livres français, tous d'un aspect et d'un format si 
agréables, coûtent si bon marché î Ils sont vraiment desti- 
nés à des gens qui achètent pour lire. Pensez ensuite à la 
boutique du libraire anglais, avec son étalage criard, aux 
couvertures gaufrées et dorées, ses romans horriblement 
imprimés et encore plus horriblement illustrés, la diversité 
inutile et exaspérante des formats et de l'épaisseur des 
volumes. Le livre anglais produit l'effet d'un objet vendu 
par un marchand de bric-à-brac, sincèrement navré que la 
chose soit un livre, et qui a fait de son miçux pour remédier 
à ce défaut. Et tout le contenu de la boutique se compose 
de romans tout battants neufs, ou de voyages illustrés, ou 
encore d'éditions dorées des classiques, fabriquées pour 
être vendues à vil prix, comme cadeaux. Au contraîre; la 
boutique du hbraire français exhale un parfum de vie 
intellectuelle contemporaine. Actuellement déjà ces diffé- 
rences sont à l'avantage du français, et, à l'avenir, la balance 

LE LIVRE. — T. IV. 7j 



3i LE LIVRE. 

Bibliothek, par Téditeur Otto Hendel, à Halle-sur- 
Saale. Elle se compose présentement d'environ 
2000 volumes, dont chacun coûte 25 pfennig (0 fr. 55), 
et qui sont consacrés aux chefs-d'œuvre de la litté- 
rature allemande et à des traductions des chefs- 
d'œuvre étrangers. 

Je mentionnerai encore la célèbre collection 
Tauchnilz, exclusivement réservée aux auteurs an- 
glais, américains et allemands. Cette collection, 
éditée à Leipzig, comprend, à l'heure qu'il est, envi- 
ron 4000 volumes, à 2 francs l'un. 



* 



Puisque la librairie « courante » actuelle ne peut 
nous fournir exactement et complètement ce que 

penchera de plus en plus en sa faveur et contre l'anglais. 
Le français a aussi la supériorité sur l'allemand. Malgré le 
nombre plus important de livres publiés en Allemagne [nous 
verrons, dans notre tome V, Appendice, Additions et 
Corrections, que, d'après un rapport de M. IL Le Soudier, 
ce point est contesté, et que le nombre des livres publiés 
annuellement en Allemagne est de beaucoup exagéré], il est 
douteux que le lecteur allemand ait devant lui un festin 
aussi varié et aussi complet que le lecteur français. Il existe 
une masse de romans allemands probablement aussi dénués 
d'intérêt pour un étranger que l'est le roman populaire 
anglais ou américain. Comparé au français, l'allemand est 
une langue peu mélodieuse, difficilement maniable, et affli- 
gée d'un alphabet hideux et confus, que l'Allemand est trop 
patriote pour abandonner. » Etc. (IL G. Wells, Anticipa- 
tions ^ pp. 271-273, trad. Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz; 
Paris, Mercure de France, lî»04.) 



ACHAT DES LIVRES. 35 

nous voulons, essayons de la librairie c d'occasion » ; 
à défaut de livres récemment parus et « à Tétat de 
neuf », voyons parmi les ouvrages édités jadis et 
échoués chez les bouquinistes. 

Là, en eflfet, nous avons chance de rencontrer ce 
que nous cherchons : des volumes de format conve- 
nable, bien imprimés, de prix modi({ue; nous pou- 
vons espérer surtout, comme nous l'avons précé- 
demment expliqué*, que ces volumes seront tirés 
sur papier meilleur que celui de nos malheureux 
livres populaires d'aujourd'hui. En outre, prcs([ue 
toujours, nous trouverons ces ouvrages reliés ou 
cartonnés, puisque la coutume de vendre les livres 
brochés est relativement récente et ne remonte 
guère au delà du xix*^ siècle*. Nous avons donc 
tout avantage à diriger nos recherches du côlé de 
ce qu'on nomme en librairie « l'occasion ». 

Gomme il ne s'agit pas ici d'éditions princeps ni 
de livres rares, mais de volumes tout simples , 
« communs », propres et maniables, il est inutile de 
dresser une liste de nos éditions préférées : ces vo- 
lumes abondent, et cette liste serait forcément très 
incomplète, forcément interminable"*. 

1. Voir supra, t. III, chap. i, pp. 18-19. En ce tcnips-là, 
c'est-à-dire antérieurement à la seconde moitié du 
XIX' siècle, on ne savait en quelque sorte pas faire de 
mauvais papier. 

2. Cf. supra, t. III, chap. v, p. 3C2, notes. 

3. Je mentionnerai cependant, en bas de page tout au 



36 LE LIVRE. 

Laissons donc chacun choisir à sa guise, sous ré- 
serve toutefois qu'il veuille bien se souvenir de ce 
que nous avons dit sur l'importance de la qualité du 
papier, de la commodité du format, et de la grosseur 
et netteté du caractère. Quant à cette autre essen- 

moins, les mignonnes éditions Cazin, collection qui com- 
prend plus de 500 ouvrages, parus vers la fin du xviii* siè- 
cle, et qui, bien que n'ayant pas un « format de biblio- 
thèque » (format in-12 ordinaire ou in-8), méritent d'arrêter 
notre attention. Longtemps délaissés, les Cazins sont 
aujourd'hui très appréciés. « Cet engouement... a pour 
cause première le manque de place dans les appartements 
modernes, où l'on ne peut loger des bibliothèques spacieu- 
ses : une série complète des Cazins, comprenant la plupart 
des chefs-d'œuvre de l'esprit humain, tient, en effet, sur 
quelques rayons : le Cazin est un livre, et presque un 
bibelot. Ajoutons qu'ils méritent à tous égards d'être re- 
cherchés : choix parfait d'ouvrages des poètes et des litté- 
rateurs les plus célèbres; textes impeccables; le plus joli 
petit format in-18 qui existe; papier vergé d'une résistance 
à toute épreuve; impression mignonne d'une netteté remar- 
quable; quand ils sont illustrés, vignettes ou portraits dus 
au crayon et au burin des Marillier, des Cochin, des Delvaux, 
des Duponchel, et de tant d'autres artistes connus. Enfin 
une des créations typiques du « Siècle gracieux». Le célèbre 
libraire Cazin, né à Reims, en 1724, mort à Paris en 1795, 
d'une blessure reçue à la première décharge des canons 
placés par Bonaparte devant Saint-Roch, n'est pas, comme 
on le croit généralement, le créateur du genre de livres qui 
l)ortcnt son nom : il en est le propagateur, et l'éditeur de la 
plus jolie des séries. Ses premières publications certaines 
datent de 1780 environ. Or, dès 1773, Lille, Lyon et Orléans 
donnèrent le jour aux premiers volumes de ce format pu- 
bliés en France. L'identité du format et de la reliure, les in- 
dications fausses de lieu d'édition, et surtout le nombre con- 
sidérable d'imitations et de contrefaçons ont rendu diffi- 
cuUueuse au possible la bibliographie des Cazins. En 1865, 



ACHAT DES LIVRES. . 37 

lielle condition, rauthenticité et la pureté du texte, 
elle est le plus souvent, presque toujours, en har- 
monie avec le soin apporté à Texécution typogra- 
phique. 

Mais que celte simplicité, cette c pauvreté » ne 
nous empêche pas de reconnaître et proclamer tout 
Tattrait, tout le délicat et suave plaisir, Texquise 
jouissance que goûte un véritable ami des Lettres à 
lire un chef-d'œuvre dans une édition réellement 
belle, une édition qui soit elle-même un chef- 
d'œuvre*. 

«... Ce n'est cependant pas que, s'attachant 
exclusivement au mérite intrinsèque d'un ouvrage, 
il faille, a écrit Gabriel Peignot*, en négliger le ma- 
tériel extérieur, c'est-à-dire la partie typographique. 
Au contraire, nous pensons qu'il est de la plus 

un libraire bibliophile de Reims, Brissard-Binet, publia im 
Caii7i, sa vie et ses éditions assez complet, mais rempli 
d'inexactitudes.... Vers 1876, le libraire Corroenne, cherchou. 
consciencieux, connaissant admirablement les Cazins qu'il 
- potassa » toute sa vie, entreprit, avec l'aide de cazinopbiles 
distingués, des publications qui forment tout ce qu'il existe 
de plus complet sur Cazin....»> {Bibliographie des éditions Cazin , 
dans le Catalogue de la librairie Lucien Dorbon, io avril 1U04.) 
Voir aussi, sur les Cazins et sur d'autres célèbres collec- 
tions typographiques, Ferdinand Dems, P. I^inçon et de 
Martonne, Nouveau Manuel de bibliographie universelle (Ma- 
nuels Roret), t. ÏII, pp. 604 et suiv. 

1. « Lire un ouvrage excellent dans une condition parfaite, 
cet idéal du plus délicat, du plus raffiné des bibliopliiles 
classiques, Ustade de Sacy, n'était pas à l'usage do Napo- 
léon.... » (Gustave Mouravit, Napoléon bihliopldle, p. li:).) 

2. Manuel du bibliophile, t. I, p. 12. 



38 LE LIVRE. 

grande importance de toujours rechercher les édi- 
tions les meilleures, les plus correctes et les mieux 
imprimées; car, ainsi que le dit le sage Rollin, une 
' belle édition qui frappe les yeux gagne l'esprit, et, 
par cet attrait innocent^ invite à Vétude. C'est ce que 
Ton éprouve surtout quand on a le bonheur de ren- 
contrer ces excellentes éditions d'auteurs anciens, 
si recherchées des amateurs. Il n'y a pas de doute 
que la beauté d'une impression très soignée con- 
tribue à faciliter l'intelligence du texte, et semble 
en insinuer le sens avec plus de charme et de déve- 
loppement dans l'esprit du lecteur. » 

Et ailleurs * : 

« ... Le matériel d'un Hvre est, pour les produc- 
tions de l'esprit humain, ce que le corps est à l'âme; 
et y a-t-il, dans la société, quelque chose de plus 
attrayant, de plus enchanteur qu'une belle âme dans 
un beau corps, in bel corpo anima bellat N'en est-il 
pas de même pour les bons ouvrages dont le mérite 
est encore relevé par les avantages d'une belle im- 
pression? » 

Mais en quoi consiste une belle édition? 

Ici encore le créateur ou tout ou moins « le défri- 
cheur* » de la science bibliographique, le bon et 
érndit Gabriel Pcignot, va nous répondre. 

1. Gabriel Peignot, op. cit., t. II, pp. 127-128. 

2. L'expression est de M. Fertiault, dans ses Légendes du 
livre, p. 39. Sur Gabriel Peignot, cf. notre tome I, pp. 17C- 
481. 



' ACHAT DES LIVRES. 39 

« Une belle édition consiste dans la netteté d'un 
beau caractère, et dans sa proportion avec le for- 
mat; dans une sévère correction qui conserve le 
texte et chaque mot en particulier dans toute leur 
intégrité, et l'orthographe dans toute sa pureté*; 
dans Télégante disposition du frontispice, des titres 
de chapitre, des notes, etc. ; dans une justification 
(longueur des lignes) qui ne soit ni trop grande ni 
trop petite ; dans de belles marges; dans l'uniformité 
du tirage, et surtout de la couleur de l'encre, qui, ni 
trop noire ni trop pâle, doit être de la même nuance 
pour toutes les pages; enfin, dans la beauté et la 
solidité du papier*. » 

Quant aux premières éditions, aux éditions prin- 
ceps^, nul doute de leur importance, nul doute que, 
pour nombre de lettrés et de délicats, elles ne pos- 
sèdent une saveur toute particulière, un charme des 
plus pénétrants, des plus captivants. 

1. » La beauté des caractères, celle du papier, mais sur- 
tout la pureté du texte, sont les premières qualités qui 
constituent la bonté d'une édition, » dit, de son côté, un 
contemporain de Gabriel Peignot, un autre pionnier de la 
bibliographie, Etienne Psaume (1769-1828), dans son Diction- 
naire bibliographique^ t. I, p. 120. 

2. Gabriel Peignot, op. cit., t. I, p. 13; et Traité du choix 
des livres, pp. xv et xvi. Voir aussi, dans notre tome II, 
pp. 148 et 149, ce que dit d'un beau livre l'historien de Timpri- 
merie parisienne, André CheviUier : « Rien n'est phis 
agréable aux yeux.... On ne se lasse point de le regarder -, 
et en quels termes il décrit une belle édition. 

3. Sur ce mot, voir supra, t. III, p. 86. 



40 LE LIVRE. 

Écoutons M. Jules Lemaîire, qui, dans une ré- 
cente « lecture » faite devant les membres de l'In- 
stitut, a très éloquemment, en bibliophile expert et 
fervent, traité cette question : 

«... Le contenu de ces vieux livres y semble bien 
meilleur que dans une réimpression moderne. Je 
songe surtout ici à certains textes du second rang, 
qui sont curieux, qui ont jadis paru beaux, qui ont 
encore leur prix, mais dont la lecture, dans une édi- 
tion d'aujourd'hui, est tout de même un peu labo- 
rieuse. Eh bien! lisez-les dans un volume, sur du 
papier et dans des caractères qui leur soient contem- 
porains, la lecture vous en deviendra facile. Ce sera 
comme si l'aspect et le toucher du vieux livre vous 
inclinaient à l'état d'esprit des ancêtres pour qui ces 
moralités et ces histoires furent écrites. Les locu- 
tions aujourd'hui vieillies vous surprendront moins, 
et vous entrerez .plus aisément dans le genre d'affec- 
tation ou de pédantisme propre au temps où ce 
bouquin vénérable fut imprimé. J'irai plus loin; je 
crois que les grands écrivains eux-mêmes gagnent 
à être lus dans une édition de leur âge. Que sera-ce 
dans la première édition, dans l'édition originale ! 

« Ici, un homme sensé pourra dire : « Je com- 
« prends que l'on recherche les vieilles reliures au 
« même titre que les vieilles assiettes. Avec les 
« vieilles reliures, d'ailleurs, on fait de très joHs 
€ sous-mains.... Mais qu'est-ce qu'une édition origi- 



ACHAT DES LIVRES. 41 

« nale a de si excitant? En quoi la première édition 
« d'un ouvrage classique diffère-t-elle de la deuxième 
« et des suivantes, sinon par une date sur le titre? 
« Et cette différence justifie-t-elle des écarts de prix 
« qui vont communément à quelques centaines 
« d'écus? » 

< Ah! messieurs, que voilà des propos superfi- 
ciels! J'espère pour vous que si vous aviez entre 
les mains l'édition originale du Cid, d'Andromnque 
ou de VÈcole des femmes^ vous sentiriez bien autre- 
ment. A coup sûr, vous entreriez en méditation et 
vous vous diriez : 

« Ainsi, les caractères imprimés sur ce papier 
« jauni sont les premiers, — les premiers! — qui 

< aient traduit aux yeux tel chef-d'œuvre du génie 
« humain. Ils sont les premiers où Corneille, Ra- 
« cine, Molière aient reconnu leur pensée devenue 
« visible, et détachée d'eux-mêmes. Auparavant, ces 
« œuvres n'existaient que sur des feuilles manu- 
« scrites disparues et sous le front de leurs au- 
« teurs. J'en tiens dans mes mains la première 
« expression matérielle, publique et durable. J'as- 

< siste, pour ainsi parler, à leur naissance, qui fut 

< un moment auguste de l'histoire littéraire. » 

c Ah! ces vieux feuillets sont pleins de vie.... La 
veille, on ne les connaissait pas.... Un jour, ils ont 
paru tout à coup, sous leur modeste habit de veau 
ou de vélin, dans la boutique de Barbin, au Siqne 



42 LE LIVRE. 

de la Croix, ou de Ribou, à V Image Saint- Louis, sur 
le perron de la Sainte-Chapelle. Tel bourgeois plein 
de prud'homie, tel gentilhomme ou telle dame — 
habillés comme on les voit encore aujourd'hui dans 
les pièces du répertoire — ont aperçu à Tétalage le 
volume tout neuf et l'ont acheté trente sols. Mme de 
Sévigné peut-être ou Mme de la Fayette Ta fait de- 
mander par son laquais, ou bien, passant par là, est 
descendue de sa chaise ou de son carrosse, et, après 
avoir échangé avec Barbin quelques phrases obli- 
geantes, elle a acheté elle-même son exemplaire, — 
un exemplaire pareil à celui que je tiens, celui-là 
même peut-être, — et, remontée dans sa voiture, elle 
s'est mise à le feuilleter, en attendant la fin d'un de 
ces embarras de rues décrits par M. Despréaux.... » 

Jamais on n'a mieux parlé des vieux livres, mieux 
exposé les raisons de les aimer, que ne l'a fait là 
M. Jules Lemaître*. 

Et ceci encore : 

« Jadis, vous le savez, l'impression d'un ouvrage, 
même de proportions modiques, durait générale- 
ment de longs mois. On n'était pas pressé. Les ou- 
vriers imprimeurs étaient, pour la plupart, assez 
ignorants. En outre, les auteurs n'étaient pas très 
attentifs à la correction de leurs épreuves, ou même 

1. Les Vieux Livres, lecture faite à la séance publique 
annuelle de l'Institut du 26 octobre 1905 : Supplément au 
journal le Temps, 26 octobre 1005. 



ACHAT DES LIVRES. 43 

s'en remettaient à leur libraire. On tirait d'abord 
quelques exemplaires. L'autour y jetait l'es yeux, et 
y découvrait des fautes qu'il faisait corriger dans le 
reste du tirage. 

< Vous direz : t Ces exemplaires corrigés valaient 
« donc mieux, et ce sont ceux-là qu'il faut avoir. » 
Et vous répéterez de faciles railleries sur l'amalour 
qui achète à prix d'or, quand il peut le renconirer, 
l'exemplaire avant les cartons, < l'exemplaire avec 
la faute ». 

« Messieurs, la manie de cet amateur n'est peut- 
être pas si absurde. 11 se dit que trouver et tenir 
l'exemplaire faulif, qui est vraiment le premier, c'est 
faire une petite conquête de plus sur le passé, puis- 
que c*est se rapprocher encore un peu de rheure 
émouvante où la pensée de l'auteur s'est exprimée 
pour la première fois par des signes typographi(iues. 

« Et je ne parle point de ces cas où des correc- 
tions et des suppressions importantes et significa- 
tives ont été faites (în cours de tirage, si bien (pie les 
exemplaires tirés d'abord sont réellement beaucoup 
plus intéressants que les autres, — comme il est 
arrivé, par exemple, pour les Pensées de Pascal ou 
pour le Don Juan de Molière. Ici, mon amateur 
d'exemplaires avant les cartons n'a presque plus 
besoin d'être justifié. 

« Mais l'homme sensé reprendra : « Ces textes pri- 
« mi tifs et complets, vous les trouverez à moins de 



44 LE LIVRE. 

« frais dans quelque édition moderne. Vos plaisirs, 
« en somme, sont plaisirs de pure imagination. » 

« Assurément; mais vous m'accorderez qu'ils sont 
innocents, et qu'ils ont même leur noblesse. Ils im- 
pliquent certains sentiments ou certaines disposi- 
tions fort louables : respect , curiosité , don de 
sympathie. Et si ce sont plaisirs d'imagination, celui 
qui se les crée est donc, lui aussi, à son rang, un 
modeste inventeur de voluptés, une manière de 
poète. 

« Et enfin, à supposer que sa manie s'amortisse 
un jour, il ne sera jamais complètement déçu, s'il 
prend la peine de lire ce qu'il a collectionné. Ces 
bouquins, qu'il recherchait principalement à cause 
de leur date ou de leur habit, ce sont des livres dont 
le texte vaut par lui-même ; et ainsi la collection 
rare pourra bien être, par surcroît, la plus substan- 
tielle des bibliothèques. 

« Je ne veux pas donner dans ce paradoxe banal 
que les derniers venus n'ont rien trouvé de nouveau, 
et que tout a été dit depuis qu'il y a des hommes. Il 
est toujours vrai que tout a été dit ; mais ce n'est 
jamais tout à fait vrai. Il est possible que plusieurs 
écrivains du xix^ siècle aient été d'une intelligence 
plus souple et plus étendue que les classiques, et il 
est possible que certains autres aient eu une sensi- 
bilité plus affinée. Je crois, en tout cas, qu'ils ont 
singulièrement développé, enrichi et nuancé le con- 



ACHAT DES LIVRES. 45 

tenu des livres d'autrefois.... Mais il demeure fort 
probable qu'avec Corneille, Racine, Molière, La 
Fontaine , avec Rabelais , Montaigne , Descartes, 
Pascal, Bossuet, La Bruyère, on a déjà toutes les 
remarques essentielles sur la nature humaine, sur 
rhomme religieux, l'homme politique, l'homme so- 
cial. El il faut avouer que ces réflexions, ces obser- 
vations, ces peintures, même ces lieux communs, 
ayant rencontré là, pour la première fois, une expres- 
sion à peu près parfaite, gardent une fleur, une 
saveur, une plénitude, une grâce ou une force qu'on 
n'a guère retrouvées depuis. Il n'est donc pas 
déshonorant de s'en contenter, et il est au surplus 
délicieux d'y revenir par le plus long, — j'entends 
après avoir joui des enrichissements ajoutés par les 
âges récents à ce trésor primitif et essentiel. 

« Et alors c'est une volupté complète de goûter, 
dans les dessins et les tons de la reliure que tant de 
mains ont maniée et polie, dans la couleur et le 
grain du papier, dans la date du privilège du roi, 
dans la forme des caractères typographiques, dans 
les sentiments ou les pensées que ces caractères 
expriment aux yeux, dans Iç tour même et raccent 
de ces pensées et de ces sentiments, — et dans tout 
cela à la /ois, — le charme mystérieux du passé. » 



Mais laissons ces trésors el splendeurs, et revenons 
auxlivresplushumblesctbicn moins chers, revenons 
aux volumes d'occasion. 

11 n'est pas un ami des livres, sinon môme pas un 
Parisien sachant lire, qui ne connaisse le plaisir de 
bouquiner le long des quais ou devant les étalages 
des libraires'. 11 faut l'avoir goûté, ce plaisir, 
■ pour — selon l'expression du bibliophile Jacob' — 
lui rendre grâce, comme à un génie bienfaisant et 
consolateur. Si, continue le même écrivain, ce 

I M Gabnel IIanotai'x, dans l'avant-propos de son livre 
In Siiiie et tet (Juaie, jirointnadei <r un bibliophile (p. in),a trts 
juBtcincnl cl joliment dit ; - Paris e^l la seule ville du 
monde qui ■<!!. ma bibliothËqui; en plein air. Lcr boiteii des 
quaiB font partie de nos perspeclives. Elles ateompagnent 
les proltls du I.uuvre et font un premier plan aux galeries 
el aux touiri de Noire-Dame. ■ El Ciiaupklelby {les Aveu- 
Cures de MadcmoiseUe Mariette, p. 1(12; Paris, Michel Lévy, 
lljtiô) : - A partir du Ponl-N'euf, une librairie considérable, à 
bon marclié, s'Élale sur le parapet pendant une demi-lieue; 
tout en rcuillctant une brochure, 11 est facile de jeter un 
regard sur la Seine, qui coule derrière les rares grands 
arbres vert» de Paris. • Etc. — Sur les bouquinistes des 
quais, leur commerce, leur clientèle, etc., voir l'ouvrage de 
M. Octave Uz AN NE, Bouquinistes et Bouquineurs; Physiologie 
des quais de Paris, du Poul-Royal au Pont Sully (Paris, May. 
1803; in-8). Voir aussi noire tome 11, cbap. xi, Biblioiuanes 
et Bibliolâtres, pp. 216-202. 

2. P. L. Jacob (Paul Lacroix), les Amateurs de vieux livres, 



ACHAT DES LIVRES. 47 

plaisir n'était pas plus doux et plus fidèle que tous 
les autres, plus fort de ses émotions diverses, plus 
favorable aux organisations tendres et pensives, 
plus réel, plus vrai, plus matériel, verrait-on des 
jeunes gens s'y livrer avec emportement, des hommes 
de talent et d'esprit s'y plaire sans cesse, des riches 
et des puissants s'y délecter de préférence à tous les 
jeux de la puissance et à tous les hochets de la 
richesse! » 

Un autre amoureux- des livres, Adolphe de Fon- 
taine de Resbecq (1813-1865), a rédigé la relation de 
ses Voyages littéraires sur les quais de Paris ', un inté- 
ressant petit volume,où il a rassemblé ses souvenances 
et résumé ses impressions de « voyageur » et de lettré. 
Une anecdote qu'il nous conte montre bien quelh* 
ténacité et quelle puissance possède la passion du I)Ou- 
quinage. Un des confrères de Fontaine de Resl)ocq, 
M. IL.., étant devenu aveugle, se faisait conduire 
par son domestique sur le quai Voltaire, sa prome- 
nade favorite. « On l'approchait des boîtes, il passait 
alors légèrement les mains sur les livres, parcourait 
ainsi quelquefois plusieurs mètres sans rien dire, 
puis, saisissant quelque mince volume, il disait à 
son guide : « N'est-ce pas de chez Barbin? » (ou tel 
autre nom de libraire célèbre). II se trompait sou- 
vent sans doute, mais il lui est arrivé plus d'une fois 
de deviner juste; alors sa joie était inexprimable; il 

i. Paris, Furne, 1857 (et 1864); i vol. in-16. 



48 LE LIVRE. 

achetait, dans ce cas, ce qu'il avait déjà ou Ce qui 
lui était indifférent. C'était, disait-il, sa manière de 
remercier le Créateur de lui avoir conservé l'ombre 
d'un sens perdu : cela fait vivre le marchand, Dieu 
sera satisfait! Telle était sa pensée*. > 

Et ces curieuses remarques, à propos du publiciste 
et historien Louis Teste (1844-?. . .) ; 

« ... De souffrant et chétif qu'il était. Teste est 
devenu « solide comme un chêne ». « Il nous livre son 
secret, dans ses Notes d'histoire contemporaine, qu'il 
a, je pense, bien souvent recueillies en passant les 
ponts, lorsqu'il faisait « sa cure sur les quais ». 

* Mais il faut une passion qui vous soutienne et 
vous guide, pour répéter chaque jour la même pro- 
menade avec une ponctualité scrupuleuse : le simple 
souci de la santé purement égoïste n'y suffirait 
pas. Cette passion sera celle des bouquins, — non 
pas de tous les bouquins , mais d'une certaine 
espèce, quelle qu'elle soit, que l'on chasse et que 
l'on rechasse » le long des étalages. « Chacun doit 
choisir la sienne [sa passion] à son goût et s'y dévouer 
exclusivement, comme le naturaliste qui va chas- 



1. Op. cit., pp. 3-4. Glissons ici, à ce propos, cette tou- 
chante réflexion de S. de S acy {Variétés tiUcraires,tl,p.2bO, 
Catalogue de la bibliothèque de feu J.-J. de Bure) : « Je 
deviendrais aveugle que j'aurais encore, je le crois, du 
plaisir à tenir dans mes mains un beau livre. Je sentirais 
du moins le velouté de sa reliure, et je m'imaginerais le voir. 
J'en ai tant vu ! » 



ACHAT DES LIVRES. 49 

sant des insectes, ou des plantes, ou des minéraux. 

« Il est à remarquer qu'on trouve toujours ce 
qu'on aime. C'est peut-être une faveur du Ciel, mais 
c'est, en tout cas, un fait très positif et prouvé par 
l'expérience de tous les chercheurs. Ils trouvent 
toujours ce qu'ils aiment, et ils font des découvertes 
merveilleuses dans l'ordre des choses qu'ils pré- 
fèrent. 

« Si vous n'avez pas un certain feu sacré, vous 
ne trouverez rien dans les boîtes des bouquinistes; 
mais si vous vous appliquez à collectionner tous les 
livres se rapportant à une certaine ville de France 
que vous aimez particulièrement et que vous portez 
dans votre cœur, ou les éditions d'une certaine 
époque, ou les ouvrages d'un certain auteur, alors 
vous faites des découvertes étonnantes, qui tiennent 
du miracle et qui vous transportent de joie au troi- 
sième ciel*. > 

Cependant ce n'est pas du côté des bouquinistes 
échelonnés au bord de l'eau que je vous engagerai 
à effectuer le plus assidûment vos recherches. Vous 
pouvez certainement faire chez eux d'excellentes 
trouvailles, rencontrer dans leurs boîtes des « occa- 
sions » qu'il vous est loisible de qualifier, avec plus 
ou moins d'exagération, de « superbes > ; mais ces 
ouvrages ont très souvent un défaut capital, une 

4. Revue bîeue^ 23 juillet 4898, p. 426 : article intitulé Autres 
Choses et signé Paul André. 

L«î LIVRE. T. IV. ht 



50 LE LIVRE. 

tare indélébile : conlinuellement exposés au vent et 
à la poussière, au soleil ou à la pluie, ils ont néces- 
sairement souffert de ce manque d'abri, ils gardent 
des traces plus ou moins apparentes, mais imman- 
quables, mais fatales, des intempéries de l'air. 

Les livres en étalage extérieur, rangés sur des 
rayons fixés à une muraille, ne sont guère moins 
menacés, guère moins éprouvés*. 

C'est dans les magasins et arrière-boutiques des 
libraires d'occasion que vous avez, à mon sens, 



1. Voir, dans les Amateurs de vieux livres^ par P. L. Jacob, 
p. 34, un curieux portrait du marchand bouquiniste-étala- 
giste : « ... L'étalagiste est d'ordinaire Normand, comme le 
vendeur de salade ; il connaît mieux le prix des pommes que 
celui des livres; il ne juge guère sa marchandise que 
d'après le premier venu qui la marchande; il surprend dans 
vos yeux l'envie qui vous émeut à la vue de ce livre, et il le 
taxe à proportion de cette envie, qu'il démêle dans un geste 
d'empressement, même dans une indifférence composée. Le 
seul Manuel du libraire qu'il étudie, c'est la physionomie des 
acheteurs : Tun sourit, l'autre soupire, celui-ci fronce les 
sourcils, celui-là pince les lèvres; un cinquième, plus 
exercé, touchera vingt volumes avant de mettre la main sur 
le volume qu'il lorgne; tous enfln se trahissent d'une façon 
particulière, qui n'échappe pas à Yétalagisle, aussi fin, aussi 
astucieux qu'un diplomate du cabinet de Saint-James. » — 
En général, comme Ta remarqué L. Derome {le Luxe des 
livres^ p. 66), les livres anciens coûtent moins cher chez les 
libraires parisiens de la rive gauche que chez ceux de la 
rive droite, « qui ont une clientèle princière et la confiance 
des riches amateurs étrangers, tandis que les marchands de 
la rive gauche sont réduits à celle des savants et des lettrés, 
qui connaissent mieux la valeur des livres et ne peuvent se 
permettre certaines folies. » Etc» 



ACHAT DES LIVRES. 51 

intérêt à vous rendre et à fouiller; c*est là que vous 
découvrirez le plus de bons livres en bon état. 

Mais n'oubliez pas qu'il n'y a rien d'absolu en ce 
monde, et n'hésitez pas à vous arrêter devant tout 
étalage de livres, à bouquiner partout où vous en 
aurez l'occasion : c'est d'ailleurs là une recomman- 
dation superflue, les livres, n'iftiporte lesquels, atti- 
rant à eux irrésistiblement et comme par enchante- 
ment tous ceux qui les aiment. 






Beaucoup de libraires, de bouquinistes et d'étala- 
gistes ont l'habitude de tasser et presser leurs livres 
tant qu'ils peuvent sur leurs tablettes ou dans leurs 
boîtes ; ils trouvent à cela deux avantages : d'abord 
d'y faire tenir un plus grand nombre de volumes, 
puis d'empêcher la poussière de pénétrer à rinic- 
rieur de ces volumes ou d'en ternir les plats. Mal- 
heureusement, ces deux avantages sont surpassés et 
de beaucoup par l'inconvénient qui résulte de ce 
système, la difficulté de retirer les volumes : bro- 
chés, on risque de déchirer les couvertures; reliés, 
d'abîmer la coiffe. Dans le cas particulier, cet indes- 
tructible et insupportable serrement, cette aggluti- 
nation, présente un autre danger, c'est de faire dé- 
guerpir le client, qui aime à feuilleter et examiner 
avant d'acheter^ et ne tient nullement à se c9iÇi?>ç^t 



52 LE LIVRE. 

les ongles en essayant d'extirper de leur geôle ces 
infortunés prisonniers. 

Certains bouquinistes ont une autre manie, c'est, 
dès qu'ils aperçoivent un passant arrêté devant 
leurs rayons ou leurs boîtes, de se précipiter 
sur lui, ou de s'avancer sournoisement, selon les 
tempéraments ou le» circonstances, et de lui faire 
leurs offres de service, de lancer, en d'autres termes, 
le grappin sur lui. « Trouvez- vous ce qu'il vous faut, 
monsieur?... Voyez donc, j'ai ici quelque chose... Si 
vous voulez entrer?... Un instant seulement, mon- 
sieur... Vous vous rendrez compte... Une série d'ou- 
vrages... tout ce qu'il y a d'avantageux.... » C'est 
encore là, paraît -il, un immanquable moyen de 
mettre en fuite l'amateur. Pour l'attirer, pour le 
retenir, le mieux est de ne pas le pourchasser ni le 
tarabuster, de le laisser libre. 

Si vous désirez vous renseigner rapidement et suc- 
cinctement sur le contenu et le mérite d'un livre, d'un 
livre mis en vente, par exemple, et exposé en rayon 
ou en étalage, ne vous bornez pas à jeter un coup 
d'œil dans l'intérieur de ce volume; voyez plutôt 
s'il possède une table des matières et une préface, 
et parcourez-les : c'est là que vous trouverez le 
mieux et immédiatement un aperçu de l'ouvrage*. 

1. Cf. Jean Darche, Essai sur la lecture, p. 204. Sur l'impor- 
tnnce des préfaces et des tables des matières pour con- 
naître rapidement le contenu des livres, voir, dans notre 



ACHAT DES LIVRES. 53 

S'il s'agit d'un dictionnaire, d'une encyclopédie, 
d'un guide de voyage, etc., consultez les articles 
traitant de sujets, — personnages célèbres, ques- 
tions littéraires ou scientifiques, descriptions de 
localités, etc., — qui vous sont particulièrement 
connus : si ces articles sont rédigés avec soin et 
vous paraissent bons, il y a évidemment des 
chances pour que les autres leur ressemblent. 

Afin de vous assurer instantanément qu'il ne 
manque pas de pages à un livre relié, examinez 
la tranche de ce livre, et vérifiez les endroits où elle 
n'est pas unie, où des cahiers ou des feuillets dé- 
passent. Ce moyen n'est pas infaillible; une page a 
pu être si délicatement et soigneusement enlevée, 
que la tranche n'accuse pas cette absence, ce vide ; 
mais quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent le procédé 
est efficace. 

Lorsqu'un bouquiniste n'indique pas ses prix de 
vente sur ses boîtes ou sur ses volumes, c'est mau- 
vais signe ; c'est signe qu'il n'a pas de prix, cpiil 
établit ses chiffres et fait ses conditions selon les 
circonstances, « d'après la tête du client ». 11 est des 
amateurs qui, pour réagir contre cette déloyale 
coutume, ont pris le parti de ne jamais acheter un 
livre dont le prix n'est pas marqué d'avance, el, aux 
propositions et instances du marchand, de réi)on(lre 

tome II, pp. 59 et suiv., notes, (rhumoristiques et intéres- 
santes considérations empruntées à Théophile GauUet. 



54 LE LIVRE. 

invariablement par la déclaration de cette formelle 
résolution *. 

Mais que ce prix de vente ne soit jamais inscrit à 
l'encre sur le volume, qu'il soit tracé au coin d'une 
des gardes de la couverture, sur le premier ou le 
dernier plat, et toujours au crayon, d'une main dis- 
crète et légère, de façon à pouvoir être enlevé aisé- 
ment avec la gomme. J'ai plus d'une fois rencontré 
de beaux et bons livres, des volumes de valeur, dété- 
riorés et gûtés par les gros chiffres, les lourds, péné- 
trants et inelfaçables grimoires du marchand. 

Un grand nombre de libraires d'occasion publient 
des catalogues mensuels, bimensuels ou trimestriels, 
qu'ils adressent à leurs clients, et ce procédé de 
vente est, paraît-il, des plus fructueux pour ces com- 
merçants*, d'autant plus fructueux que quelques-uns, 

4. Certain bibliophile, « quand il voulait acheter des livres, 
disait que le meilleur temps était la veille ou le lendemain des 
principales fcles. Et sa raison était que les libraires, si on 
leur achetait la veille, faisaient bon marché de leurs livres, 
pour avoir de quoi se réjouir pendant les fêtes; et que, le 
lendemain, ils se relâchaient de leurs prix pour se rembour- 
ser de l'argent qu'ils avaient dépensé. Bien des causes, 
aujourd'hui, et souvent aussi peu sérieuses, influent sur la 
valeur des livres. » (Le bouquiniste Laporte, le Collabora- 
leur des érudits et des curieux, 1895, n« 6.) 

2. D'après des renseignements verbaux, recueillis auprès 
de plusieurs libraires parisiens, les catalogues de livres 
d'occasion provoquent plus de demandes d'ouvrages parmi 
la clientèle de province que dans celle de Paris, et relative- 
ment plus encore à l'étranger qu'en province. A Paris, par 
suite de Texiguïté des appartements, et en raison aussi de 



ACHAT DES LIVRES. 55 

sinon la plupart, ont contracté l'habitude de forcer 
la note, de surélever tous les prix. Ils partent de ce 
principe, très judicieux, il faut l'avouer, que, si vous 
avez vraiment besoin d'un ouvrage porté sur un de 
ces catalogues et en vain cherché par vous jus- 
qu'alors, vous ne lésinerez pas sur la somme à dé- 
bourser pour vous le procurer*. Et c'est ainsi que des 
livres tout ordinaires, cotés jadis trente ou quarante 



la vie en dehors, — visites, dîners, théâtres, sorties de toutes 
sortes, — la vie agitée et de moins en moins intime qu'on y 
mène, il n*est, en général, pas facile de collectionner des 
livres, de rassembler une bibliothèque supérieure à un 
millier de volumes, ni de trouver le temps de lire, — de lire 
autre chose que des journaux ou des ouvrages dont on a 
besoin pour ses affaires, des livres pratiques ou techniciucs. 
De plus en plus, par exemple, les romans ne se lisent que 
dans les périodiques, les revues et magazines. 

\. De même qu'il n'est pas un ami des livres qui ne soit 
magnétiquement attiré par un étalage de bouquiniste et ne 
succombe à la tentation de s'y arrêter, il n'en existe pas 
non plus qui ne soit tenté par un catalogue de librairie et 
puisse se résignera ne pas- le feuilleter. « Pour tout homme 
qui s'intéresse aux sciences ou aux belles-lettres, pour 
toute personne curieuse des choses de la littérature, pour 
celui, en un mot, qui aime le livre, un catalogue est tout 
autre chose qu'une liste banale de titres, qu'un vulsraire 
prix courant. En tombe-t-il un sous les yeux de l'amateur, 
il le feuillette avec curiosité et... il y voit non seulement 
l'effort de la pensée sous toutes ses formes, mais la quin- 
tessence de la pensée elle-même, qui doit servir de nourri- 
ture à son intelligence et l'aider dans ses travaux. On ne 
saurait donc apporter trop de soin à la rédaction d'un cata- 
logue de livres..., » (H. Le Soudier, De la classification 
méthodique dans les catalogues de librairie, Rapport au 
Congrès international des éditeurs, Bruxelles, iuini^Q'l,v^^^ 



56 LE LIVRE. 

SOUS, et qui se vendraient encore ce prix directe- 
ment , sans l'intermédiaire des catalogues , sont 
tarifés sur ceux-ci à cinq francs, dix francs, voire 
davantage. Pour justifier cette hausse , le libraire 
ajoute volontiers à la suite de l'annonce du livre 
quelque audacieuse et fallacieuse mention : «Édition 
recherchée», «Épuisé», «Peu commun», «Devenu 
rare », « Rarissime », etc.*. 

1. Tous les acheteurs de livres ne sont pas dupes de ces 
catégoriques, tranchantes et banales déclarations, aujourd'hui 
si usées et ridicules, tant elles ont traîné à la suite de titres 
de volumes aussi peu « rares » que Therbe des champs, 
aussi « communs » que les pavés des rues. On lit, par 
exemple, dans V Intermédiaire des chercheurs et curieux, du 
20 septembre 1904, col. 425-426, l'avertissement suivant : 
« Dictionnaire de Richelet. — Les bibliophiles nous 
sauront gré de les mettre en garde contre une notice qu'ils 
voient passer périodiquement dans les catalogues de 
presque tous les libraires; et, disant : presque tous, je n'en 
excepte pas les plus savants. Chaque fois qu'un libraire 
annonce la première édition du Richelet, il a soin d'ajouter: 
i*» que cette édition est rare ; 2° qu'elle est recherchée pour une 
quantité de traits satiriques que ne contiennent pas les édi- 
tions suivantes ; 5» que son entrée en France a été rigoureuse- 
ment prohibée sous Louis XIV. Or, tout ceci est controuvé. 
1° Rien n'est plus commun que cette édition originale de 
Genève, 1G80 : elle est en vente chez vingt libraires. 2° Les 
fameux « traits satiriques » qu'elle contient sont reproduits 
dans toutes les éditions suivantes pendant un quart de siècle, 
et n'ont été expurgés que dans les dernières réimpressions. 
Il est mOme établi que l'édition de 1080 est /a moins sr/^jm/we 
de toutes les premières, et, dès 1855, le Bulletin du bibliophile 
signalait celle de 1710 comme plus complète à cet égard. 
5" S'il est vrai que le livre ait été prohibé au moment de 
son apparition, il est évident que la mesure a été immédia- 
tement rapportée, puisque la même année un libraire de Lyon, 



ACHAT DES LIVRES. 57 

En revanche, il faut reconnaître qu'il y a de ces 
catalogues qui sont très bien faits et dignes d'inté- 
resser tous les amateurs de livres ; par exemple, les 
catalogues de la librairie ancienne A. Claudin, qui 
paraissent actuellement (1906, 20*^ année) tous les 
mois, sous le titre d'Archives du bibliophile ; ceux du 
libraire-expert A. Durel, publiés, aussi mensuelle- 
ment, sous le titre de V Intermédiaire des bibliophile>i, 
libraires, amateurs^ et dont Mme Renée Pingrenon, 
très initiée à toutes les questions d'impression et de 
librairie, est en ce moment le rédacteur en chef; etc. 
Si les libraires appliquent ainsi, pour la plupart, 
à leurs catalogues un titre de journal, c'est dans 
Tespoir de profiter de l'énorme ditîérencc do tax(* 
d'affranchissement qui existe entre les catalogues cl 
les périodiques : jusqu'ici, hélas î l'administration 
postale s'est absolument refusée à admettre celte 
assimilation. 

Fréquemment, mus par un louable désir d'écono- 
mie, certains libraires ou bouquinistes inscrivent (mi 
belle place, sur la couverture de leurs catalogues, 
une mention par laquelle ils daignent avertir leurs 
clients que l'envoi du catalogue leur sera supprimé, 

Benoisl Bailly, enlreprenail la réimpression du Diflionnairr, 
«vec permission donnée par le Roi, les '22 et '20 novembre 
IG80, el, loin de retrancher aurime des célèbres facéties qui 
parsemaient le premier tirage, il en ajoutait plusieurs, qui 
jus(iue-là s'étaient dissimulées dans les « Remarques » 
séparées du texte.... » 



58 LE LIVRE. 

s'ils tardent trop longtemps à demander quelque 
article et à donner signe de vie. Ces libraires, s'ils 
exécutaient ponctuellement cette sentence, risque- 
raient fort d'être les premiers punis. Il est des clients, 
et ce ne sont pas les moindres, tant s'en faut! 
qui, pour épargner leurs pas et démarches et sim- 
plifier leurs opérations, ne veulent avoir affaire qu'à 
un seul libraire : c'est donc ce libraire intermédiaire, 
ce commissionnaire, qu'ils chargent d'effectuer tous 
leurs achats, et comme celui-ci ne donne pas le 
nom du client pour le compte duquel il opère, 
comme ce nom n'apparaît pas et ne peut être deviné 
par l'expéditeur du catalogue, il serait aussi inique 
que maladroit de mettre, sans preuve certaine, 
ladite menace à exécution. 

Une très bonne habitude de la plupart des libraires 
et bouquinistes qui expédient des catalogues, 
c'est, d'inscrire leur nom et leur adresse sur 
chaque page de ces catalogues, en tête ou en 
pied. C'est du reste ce que fait la Bibliographie de 
la France : dans ses annonces de librairie, comme 
titre courant de chaque page, figurent le nom et 
l'adresse du libraire que la page concerne. On com- 
prend, en effet, que si un client désire acheter un 
des volumes annoncés, et, ayant besoin, pour effec- 
tuer ou faire effectuer cet achat, d'indiquer le titre 
du volume, enlève la page où ce titre est porté, il 
court risque de ne plus savoir chez qui le volume 



ACHAT DES LIVRES. 59 

est en vente, si le nom du libraire n'est pas men- 
tionné sur la page. 

Il est bon aussi, dans l'intérêt des libraires expé- 
diteurs, que les catalogues de livres d'occasion ne 
soient pas trop volumineux et n'effraient pas le client : 
un catalogue de vingt ou trente pages ne man- 
que jamais d'être lu par tout bibliophile entre les 
mains de qui il tombe ; un catalogue de l'épaisseur 
d'un dictionnaire est sûr d'être jeté au panier sans 
même avoir été feuilleté. Il ne faut jamais qu'un 
catalogue, — si attrayante que soit cette lecture 
pour tous ceux qui s'intéressent aux livres et les 
aiment, — entraîne un long dérangement el repré- 
sente une fatigue. On cite le nom d'un bouquiniste 
parisien qui, au lieu de faire huit ou dix catalogues 
par année, croit être très habile en n'en faisant que 
trois ou quatre, « afin d'épargner les frais de poste », 
et qui ne cesse de s'étonner du peu de succès de ses 
envois et de s'en lamenter: « La librairie se meurl î 
On ne lit plus ! On n'achète plus rien ! » Etc. 

Par la même raison, MM. les libraires agiront 
sagement en faisant couper d'avance, — ainsi d'ail- 
leurs qu'ils en ont presque tous l'habitude, — les 
feuillets de leurs catalogues : laisser ce soin au client, 
c'est trop compter sur sa complaisance et sur les 
loisirs dont il dispose. 

MM. les libraires feront bien encore d'éviter, autant 
que possible, de rouler leurs catalogues ou les autres 



60 LE LIVRE. 

papiers, brochures, plaquettes, etc., qu'ils expédient 
par la poste ou autrement. Le rouleau a le double 
inconvénient de donner au papier un pli très gênant, 
un enroulement qu'il a tendance à garder ; et, tout 
d'abord, d'exposer cetle plaquette, et particulière- 
ment sa couverture, à êlre déchirée, lorsqu'on la 
retire de son étui. Recommandez donc à vos librai- 
res d'éviter le rouleau chaque fois qu'ils le pourront, 
et d'efîectuer leurs envois à plat. 

Méfiez-vous des ouvrages publiés par souscrip- 
tions: je vous dirai même: « Ne souscrivez jamais à 
un ouvrage inachevé ». Vous risquez — on n'en voit 
que trop d'exemples — de demeurer en panne et de 
perdre voire argent*. Je ne ferai d'exception que 
pour les publications entreprises par de très grandes 
maisons d'édition, dont la solvabilité et la solidité 
sont inébranlables. Mais ces maisons-là ne publient 
jamais ou presque jamais d'ouvrages par sous- 
criptions. 

1. « Règle générale qui a peu d'exceptions : Ne vous 
abonnez jamais à des souscriptions. Librairie, gravure, mu- 
si(iue, tout est compris. 1<» Quand la souscription est termi- 
née, vous payez toujours l'ouvrage meilleur marché que 
les souscripteurs. 2° La plus belle entreprise, la mieux sou- 
tenue, peut man(iuer. » (H. de Balzac, Code des gens hon- 
»/r^'s, livre II, .^ tl, p. 65; Paris, Librairie nouvelle, 1854.) 
— Sur les souscriptions et la responsabilité des libraires 
([ui en proposent au public, cf. le « Règlement pour la Librai- 
rie etriniprimerie de Paris, du 28 février 1725, rendu obliga- 
toire... le 24 mars 1724, » titre III, ap. Edmond Werdet, 
JJistoirc du livre en Frcuiee, t. II, pp. 255-234. 



ACHAT DES LIVRES. 61 

Quant aux industriels qui vous oiïreiil. ronimc* 
primes à des achats de livres, des pendules avec 
candélabres, des boîtes de couverts en ruolz, dt*s 
jumelles pour théâtre ou campagne, etc., faites 
mieux que de vous méfier : n'achetez pas ! Ne 
vous mêlez pas à ces trafics : la pendule ne vaut 
rien, la jumelle non plus, et les livres — soldes ou 
rossignols — encore moins. 

Nombre d'amateurs n'achètent jamais un livre (hî 
luxe dès le jour de sa mise en vente : ils attendent 
que l'ouvrage « soit au rabais »; tant de fois ils y 
ont été « pris », ils en ont tant vu, de ces ouvrages, 
et des plus artistiques, des plus beaux, catalogués, 
six semaines après leur apparition , à 00 ou 80 
pour 100 au-dessous du prix fort* î 

Remarquons encore que la plupart des collec- 

1. D'après Jules Richard {VArt de former une fnhlioth(u/ur, 
p. 7), on comptait, en 1883, « tant à Paris qu'en France et à 
l'étranger, environ 1000 personnes qui collectionnent les 
beaux livres. Si l'on veut y ajouter les amateurs posséd.uit 
une bibliothèque de plus de 3000 volumes reliés, on ix'iil 
liardiment quadrupler ce chiffre » (soit iOOO nniatoiirs 
dans le monde entier). D'après les renseignements (pio j'ni 
recueillis, — autant toutefois ([u'on en j)eut recueillir en 
matière aussi fugace et difficile, — il paraît qu'on trouve 
aujourd'hui en France, 3000 possesseurs de bibliolhèques, 
— non seulement de ces bibliophiles dont vient de nous 
parler Jules Richard, collectionneurs de beaux livres et 
amateurs de volumes reliés, — 5000 possesseurs de biblio- 
thèques comportant 2000 volumes et au-dessus, et ache- 
teurs plus ou moins assidus de livres, principalement de 
« nouveautés ». 



62 LE LIVRE. 

lions de périodiques perdent de leur valeur en vieil- 
lissant; d'abord parce que le public se lasse de tout, 
et que lesdites publications vieillissent, puis parce 
que la place manque pour caser cette quantité de 
volumes qui s'accroît sans cesse, vous envahit de 
plus en plus. Aussi rencontre- 1- on, dans maints 
catalogues d'occasion, des collections de la Revue 
bleue, de la Revue scientifique, de V Illustration , du 
Monde illustré, etc., à des prix d'un bon marché 
dérisoire. 

Pour certains volumes rares, une des causes de 
dépréciation est la réimpression. 

« Un spéculateur, écrit le bibliographe Sylvestre 
Boulard*, voit passer dans le commerce une pièce 
peu volumineuse, mais qui est portée à un prix 
excessif; il s'imagine que, s'il la réimprime, il fera 
une excellente affaire, et qu'en la vendant la ving- 
tième partie du prix -auquel elle s'élève ordinaire- 
ment, on s'empressera de l'acquérir. Cependant il 
est bientôt détrompé; la plupart de ceux qui l'ont 
fait monter si haut n'en veulent plus à aucun prix, 
dès qu'ils savent qu'on peut se la procurer facile- 
ment; le prix de l'ancienne édition tombe prodigieu- 
sement, et la nouvelle ne se vend pas du tout. 
En voici un exemple : le livre intitulé VEnfer de la 
mère Cardine s'est vendu de trois à quatre cents 
livres dans les ventes pubhques, et j'ai vu refuser 

i. Traité élémentaire de bibliographie, pp. 67-68. 



ACHAT DES LIVRES. 63 

des exemplaires de la nouvelle édition qu on offrait 
pour un écu. » 



» ♦ 



La multiplicité des livres aussi bien que Texiguïté 
de nos appartements, surtout dans les grands cen- 
tres comme Paris, obligent plus d'un lecteur à se 
contenter d'éditions partielles, d' « œuvres choisies ». 
Francisque Sarcey (1828-1899) se montrait partisan 
de ce genre d'ouvrages, de ces compendia, et il a 
émis à ce sujet les considérations suivantes* : 

«... En général, je ne suis pas pour les œuvres 
complètes, qui encombrent inutilement une biblio- 
thèque. Je ne regarde pas sans mélancolie, dans la 
mienne, les soixante-dix volumes de Voltaire, les 
quatre-vingts de Victor Hugo, sans parler de tant 
d'autres, qui usurpent chez moi une si grande 
place, qu'après avoir acheté deux maisons pour les y 
loger, il ne me reste plus de coin de muraille où 
accrocher un dessin, une tablette d'armoire où caser 
un bibelot.... J'ai chez moi trois éditions des œuvres 
complètes de Corneille, des éditions savantes, avec 
force notes et commentaires historiques. Quand j'ai 
besoin ou envie de relire une des quatre ou cinq 
pièces qui sont demeurées chefs-d'œuvre, je vais les 
prendre dans un petit Corneille à l'usage des classes, 

i. Dans la Revue hebdomadaire, 9 juillet 1898, pp.^SI-'I^'S. 



64 LE LIVRE. 

qui lient dans un joli volume. Il faudrait garder les 
éditions d'œuvres complètes pour les bibliothèques 
publiques, où les curieux et les lettrés viendraient 
les consulter. Mais, pour le commun des mortels, 
une demi-douzaine de volumes enfermeraient Vol- 
taire, trois ou quatre suffiraient pour Chateaubriand. 
A combien réduirait-on Balzac? à combien George 
Sand? Nous périrons étouffés sous l'énorme amas 
des vohimes à lire; et le vers de Tépigrammatiste 
me remonte à la mémoire : 

Amis, rendons-les courts en ne les lisant point. 

« Hélas! on ne lit plus guère que le journal. L'ar- 
ticle de revue même paraît trop long aux lecteurs 
affairés et impatients de notre fin de siècle. Nous 
n'avons plus le temps de rien. Un jour viendra que 
nos fils ne liront plus que juchés sur une bicyclette 
et pédalant à toute vitesse. » 

La grande objection à faire aux « œuvres choi- 
sies », c'est, on le devine, « l'embarras du choix ». 
Telle œuvre qui plaît à celui-ci n'agrée pas à celui- 
là. Dans Voltaire, par exemple, que vient de citer 
Francisque Sarcey, l'un voudra toute la Correspon- 
dance, l'autre le Dictionnaire philosophique et VEssai 
sur les mœurs en entier ; celui-ci ne tient pas à la 
Heririade, mais exige la Pucelle\ celui-là place au 
premier rang les Contes et Romans^ cet autre les 
Poésies légères, etc. C'est là surtout qu'il est impos- 



ACHAT DES LIVRES. 65 

sible de contenter tout le monde; et comme il est 
également impossible de prévoir de quel ouvrage, 
— de quel traité ou opuscule de Voltaire, pour 
nous en tenir à lui, — nous aurons besoin dans nos 
études et nos recherches, le mieux est certaine- 
ment, — quand on le peut, quand la place vous le 
permet, — de posséder les œuvres complètes. 

Ernest Renan est allé plus loin que Sarcey : il a 
déclaré que non seulement nous serions tôt ou tard 
contraints d'éliminer les « œuvres complètes » des 
grands écrivains, mais môme leurs « œuvres choi- 
sies >, qu'il faudra nous en tenir à la simple his- 
toire littéraire : « l'histoire littéraire est destinée à 
remplacer en grande partie la lecture directe des 
œuvres de l'esprit humain* ». 

« Cette phrase, riposte M. Gustave Lanson*, est 

1 . Ernest Renan, VAy^enir de la science^ p. 220. 

2. Histoire de la littérature française. Avant-propos, p. vi. 
Voir aussi les objections de M. Paul Stapfer [Des Réputa- 
tions littéraires, t. I, p. 55) : •« Cela n'est vrai (la théorie de 
Renan) que des œuvres qui ne tiennent pas de la forme et 
du style une portion essentielle de leur valeur.... Notre litté- 
rature du moyen âge, par exemple, peut être remplacée 
tout entière fort avantageusement par une analyse bien 
faite. L'art n'a pas tenu assez de place dans le travail lillé- 
raire du xviii* siècle pour que l'histoire, venant au secours 
du lecteur studieux, ne puisse lui résumer très suffisam- 
ment une partie considérable des deux cents volumes de 
Voltaire, de Diderot et de Rousseau lui-même.... Mais l'his- 
toire littéraire pourra-telle jamais remplacer par aucune 
analyse les Essais de Montaigne, les Fables de La Fontaine, 
le théâtre de Racine, de Molière, de Corneille, les Mcdita- 

Ui LITRB. — T. IV. l^ 



66 LE LIVRE. 

la négation même de la littérature. Elle ne la 
laisse subsister que comme une branche de This- 
toire, histoire des mœurs, ou histoire des idées. 
Mais pourtant, même alors, c'est aux œuvres 
mêmes, directement et immédiatement, qu'il fau- 
drait se reporter, plutôt qu'aux résumés et aux 
manuels. On ne comprendrait pas que Thistoire de 
l*art dispensât de regarder les tableaux et les sta- 
tues. Pour la littérature comme pour Fart, on ne 
peut éliminer l'œuvre, dépositaire et révélatrice de 
l'individualité. Si la lecture des textes originaux 
n'est pas l'illustration perpétuelle et le but dernier 
de l'histoire littéraire, celle-ci ne procure plus qu'une 
connaissance stérile et sans valeur. Sous prétexte 
de progrès, l'on nous ramène aux pires insuffisances 
de la science du moyen âge, quand on ne connais- 
sait plus que les sommes et les manuels. Aller au 
texte, rejeter la glose et le commentaire, voilà, ne 
l'oublions pas, par où la Renaissance fut excellente 
et efficace. » 

Outre les « œuvres choisies > d'un seul écrivain, il 
y a les recueils d'extraits de plusieurs auteurs, les 
clirestomathies et anthologies. Ces ouvrages, qui 
embrassent d'ordinaire toute une période littéraire, 
et sont le plus souvent destinés à la jeunesse*, peu- 

tions de Lamartine, les poèmes épiques et lyriques de 
Victor Hugo ? • 
1. Bossuet n'était pas partisan des « morceaux choisis > à 



ACHAT DES LIVRES. 67 

vent, à l'occasion, être consultés avec plaisir et avec 
fruit par Tâge mûr. Parmi ce genre de livres, je 
citerai les trois remarquables volumes d'Alexandre 
Vinet (1797-1847)*, Chrestomathie française ou Choix 

Tusage de la jeunesse. Voici ce qu^il écrit; dans son opus- 
cule De l'instruction de monseigneur le Dauphin^ fils de 
Louis XJV, lettre au pape Innocent XI (Œuvres diverses, t. I, 
p. 5; Paris, Hachette, 1868) : « Nous n'avons pas jugé à pro- 
pos de lui faire lire les ouvrages des auteurs par parcelles, 
c'est-à-dire, de prendre un livre de VÊnéidey par exemple, ou 
de César, séparé des autres. Nous lui avons fait lire chaque 
ouvrage entier, de suite, et comme tout d'une haleine, afin 
qu'il s'accoutumât peu à peu, non à considérer chaque 
chose en particulier, mais à découvrir tout d'une vue le but 
principal d'un ouvrage et l'enchaînement de toutes ses par- 
ties : étant certain que chaque endroit ne s'entend jamais 
clairement, et ne parait avec toute sa beauté, qu'à celui qui 
a regardé tout l'ouvrage comme on regarde un édiiice, et 
en a pris tout le dessin et toute l'idée. » — Victor Hugo par- 
tageait absolument, à cet égard, l'avis de Bossuet. Le chef 
d'une des principales maisons d'édition de Paris étant un 
jour allé lui proposer de publier un choix de ses œuvres, 
un recueil analogue aux Lectures pour tous de Lamartine, le 
grand Olympio lui répondit par cet apologue, aussi humo- 
ristique et péremptoire que dénué de modestie : « Vous 
voulez faire connaître à quelqu'un le Mont-Blanc, dont vous 
avez jadis fait l'ascension, et rapporté, comme souvenir, 
trois ou quatre des plus jolis cailloux rencontrés sous vos 
pieds. Ces cailloux, vous vous avisez de les étaler et de les 
montrer aux gens, pour leur donner une idée du Mont- 
Blanc. Vous leur dites : « Approchez ! Regardez ! Voilà le 
Mon^Blanc! » Eh bien, non, non! Ce n'est pas cela! Ce 
n'est pas du tout le Mont-Blanc! Aussi, malgré l'exemple 
que vous me citez de Lamartine, je refuse énergiquement 
votre offre. ■ (Renseignement personnel provenant de ladite 
maison d'édition.) 

1. • M. Vinet, professeur à Lausanne,... cet homme si 
distingué, qui, placé à Paris, eût pris son rang dîvivs\ô.\\aMV^ 



6& LE LÎVliE. 

de morceaux tirés des meilleurs écrivains français ; et 
ceux de Gustave Merlet (1828-1891), Extraits des 
classiques français (Prose et Poésie, Cours supé- 
rieurs, Cours moyens, Cours élémentaires), dont les 
deux premiers tomes, consacrés aux Origines de la 
littérature française du ix« au xvn*= siècle^ sont par- 
ticulièrement dignes d'être signalés*; puis, comme 
s'adressant plus spécialement au grand public, les 
quatre volumes de Crêpe t : les Poètes français, re- 
cueil des chefs-d'œuvre de la poésie française, depuis 
les origines jusqu'à nos jours (notices par Charles 
Asselincau, Hippolyte Babou, Charles d'Héricault, 
Edouard Fournicr, Louis Moland, A. de Montaiglon, 
Valéry Vernier, Eugène Noël, Jules Levallois, etc. ; 
mtroduction par Sainte-Beuve) ; — et Y Anthologie 
des poètes français du xix^ siècle, quatre volumes 
publiés par l'éditeur Alphonse Lemerre. 

Mais que dire des livres expurgés et châtrés, en 
d'autres termes, altérés et falsifiés? 

Considéré au point de vue strictement commer- 
cial, le livre, force est bien de le reconnaître, est 
une étrange marchandise, qui ne ressemble vrai- 
critique élofiuente, tout aussitôt après MM. Cousin et 
Villemain, et non au-dessous d'eux. * (Sainte-Beuve, Noi4r- 
veaux Lundis, t. VII, p. 213.) 

1. Dans les nombreuses notes jointes par Gustave 
Merlet à ses morceaux choisis, on rencontre notamment 
de fréquentes et très intéressantes comparaisons des écri- 
vains entre eux, des réminiscences et parallèles de leurs 
œuvres, etc. 



ACHAT DES LIVRES. 6^ 

ment à aucune autre. Sa valeur, par exemple, — 
valeur commerciale, encore une fois, — n'esl jamais 
équitablement déterminée et ne peut pas l'être, puis- 
que l'élément le plus important, le fond même de 
l'œuvre, n'entre pas en ligne de compte, et que la 
forme et Textérieur : papier, impression, illustra- 
tion, reliure, etc., règlent seuls le chiffre de vente. 
Si bien qu'on arrive à ce résultat singulier et d'une 
choquante injustice : tandis qu'un tableau de Rem- 
brandt ou de Raphaël coûte toujours plus cher 
qu'une croûte quelconque, si bien encadrée soit- 
elle, un tome de Virgile, de Shakespeare ou de Mo- 
lière peut se vendre et se vend couramment à bien 
plus bas prix que le plus inconnu des romans, que 
la plus plate et la dernière des inepties. C'est sur- 
tout en librairie qu'on ne juge les gens que sur la 
mine. D'où cette remarque, applicable non seule- 
ment aux libraires,' mais aux écrivains, à tous les 
gens de lettres : « C'est la seule profession dans 
laquelle le salaire n'est pas proportionné à la bonté 
de l'œuvre accomplie* ». 

1. Cf. le Mémorial de la librairie française, 11 février 1897, 
page 77. Ajoutons cette autre humoristique et souvent troi) 
véridique constatation, faite par Balard de Lancy (....-1850), 
publiciste, administrateur de la bibliothèque Sainte-Gene- 
viève, touchant les écrivains, dont les gains, selon lui, sont 
toujours en sens inverse du mérite de leurs œuvres et du 
temps qu'ils y ont consacré: • Ainsi l'ouvrage sérieux écrit 
avec soin, qui a demandé de longues études, de profondes 
réflexions, un temps considérable..., et qui peut être d'une 



70 LE LIVRE. 

En outro, el pour comble, il est admis qu'au bout 
d'un certain laps de temps, lorsque Fauteur n'est 
plus là pour se défendre, et que son œuvre est 
« tombée dans le domaine public >, on peut tronquer, 
maquiller et sophistiquer cette œuvre, cette mar- 
chandise, comme bon semble. Personne n'a rien à y 
voir, et Ton aurait beau protester contre cette fraude 
et co dol, réclamer contre ce dommage et ce préju- 
dice, la plainte n'entraînerait aucune sanction légale 
et demeurerait lettre morte*. 

grande utilité, ne rapporte presque jamais d'argent à son 
auteur, ou lui en rapporte si peu, que ce n'est pas la peine 
d'en parler. Mais, à mesure que les œuvres perdent en 
valeur réelle, elles sont payées davantage, et les choses 
tout à fait grossières et grotesques ont plus de chances 
qu'aucune autre de valoir de l'argent à leur auteur. » (Mme 
Angelot, /es Salons de Paris^ p. 161.) Dans les pages suivan- 
tes, Mme Ancelot conte la curieuse expérience que fitM.de 
Lancy pour vérifier cette loi : il s'amusa, avec un de ses 
amis, à composer une idiotie, la plus • stupide histoire » 
qu'on pût rêver, Histoire merveilleuse du mari de la rue 
Mou/fetard, qui a rendu trente-neuf corbeau^œ vivants j et « ce 
joli ouvrage, qui se vendait deux sous, » rapporta, en 
une seule journée, et tous frais payés, neuf cents francs. 
« C'est tout ce que ma littérature m'a valu », répétait volon- 
tiers et en riant de bon cœur M. de Lancy, qui n'avait 
jamais touché un liard pour ses articles d'économie politique, 
pas plus que pour ses études administratives. 

1. Ce qui est encore pis, il est même loisible d'attribuer à 
un écrivain, qui peut être un honnête et modeste érudit 
comme Jean Meursius (1615-1654), ou une vertueuse femme 
comme Louise Sigée (Aloysia Sigea, de Tolède ; .... -1560), 
surnommée « la Minerve de son siècle », et * dont la pudi- 
cité égalait l'érudition » (Michaud, Biographie universelle), 
toutes les turpitudes et les ordures que l'on veut : per- 



ACHAT DBS LIVRES. 71 

C'est ainsi qu'on trouve des Virgile et des Horace 
ad tLsum Delphini *, des Fables de La Fontaine, des 
Boileau et des Racine même' t expurgés », des Let- 

sonne, la victime et ses héritiers ayant disparu, personne n'a 
qualité pour protester et défendre l'honneur de ce nom, 
si indûment et perfidement sali. 

1. On sait que de mutilations et d'interpolations furent 
infligées par les premiers chrétiens aux ouvrages de l'anti- 
quité grecque et latine : je me borne à rappeler le fait. A 
propos de Thistorien Tacite, dont pas un exemplaire n'a pu 
nous parvenir intact et complet, quoique l'empereur Tacite 
ait peuplé des œuvres de son parent toutes les bibliothèques 
du monde (cf. notre tome I, p. 227), Montaigne estime que 
ce zèle intolérant et destructeur, « ce désordre, a plus porté 
de nuisance aux lettres que tous les feux des barbares » 
(Essais, Uvre II, chap. xix; t. III, p. 107). Les écrits de Fla- 
vius Josèphe, de Pline le Naturaliste, etc., furent tronqués et 
altérés de même : cf. Bernardin de Saint-Pierre, Études de 
la nature, viii, p. 119 (Paris, Didot, 1868; in-18); etc. 

2. Oui, de saintes gens ont trouvé Racine trop libre, 
Racine obscène, et l'ont « épuré ». Dans sa tragédie 
d'Alexandre te Grand (acte V, se. m), par exemple, au lieu 
de ces deux vers : 

Aimez, et possédez l'avantage charmant 
De voir toute la terre adorer votre amant, 

ils ont mis : 

Aimez, et possédez l'avantage si doux 
De voir toute la terre adorer voire époux. 

Dans les Plaideurs (acte II, se. ix), ils ont supprimé le 
mot bâtard et l'ont remplacé par le mot fils : 

Monsieur, je suis le fils de votre apothicaire. 

Dans Esther (acte I, se i), ils ont remplacé ces deux vers : 

Lorsque le roi, contre elle enflammé de dépit, 
La chassa de son trône ainsi que de son lit, 



72 LE MVRE. 

t7*es i]c Mme de Sévignc et des Siècle de Louis XIV 
que Mme de Sévigné et Voltaire auraient bien de la 
peine à reconnaître. 

Et cependant faire dire à un écrivain tout le con- 
traire de ce qu'il a dit, substituera ses mâles accents 
toutes sortes de veuleries et de sottises ; le ranger 
ainsi, ce polémiste et cet apôtre, sous un drapeau 
opposé à celui qu'il a défendu toute sa vie, pour 
lequel il n'a cessé de combattre, pour lequel peut- 
être il a versé son sang, c'est bien de la plus cruelle 
ironie. Molière écrit Tartii/fe, et certains prétendus 
éducateurs de la jeunesse font de notre grand 
comique l'intime compagnon et le suppôt des 
jésuites; ils publient ses œuvres « arrangées » : 
('élimène, du Misanthrope^ y change de sexe, s'ap- 
pelle Cléomène, et devient le neveu d'Alceste. 

Alî! mon neveu, mon faible est étrange pour vous! 

s'écrie l'oncle, qu'on croirait amoureux de ce jeune 
homme*. 

Vers le milieu du xvni® siècle, l'abbé de Marsy 
s'avise d'émonder et de rajeunir Rabelais, et il con- 
vient lui-même charitablement, dans son édition, 

par ceux-ci, où le mot « lit », trop suggestif, a disparu : 

Lorsque le roi, contre elle ii^Hté sans retour, 
La chassa de son trône, ainsi que de sa cour. 

(Cf. Edmond Texier, les Choses du temps présent, pp. 202- 
204 ; Paris, Hetzel, 1862.) 
1. Cf. A. AuLARD, fleuMC Bleue, 22 avril 1899, p. 484. 



ACHAT DES LIVRES. 73 

qu'on y trouvera bien • de l'insipide et de l'en- 
nuyeux »*. 

Il y a quelques années, un autre « rajeunisseur » 
imagina de « traduire les Contes drolatiques de Balzac 
en français moderne ». — « Vous avez bien lu, 
n'est-ce pas? écrit, à ce sujet, M. Octave Mirbeau, 
dans un vigoureux article', tout enflammé d'indi- 
gnation et aussi d'amour pour notre patrimoine 
littéraire. Vous avez bien lu ? Les Contes drolatiques 
de Balzac, traduits en français moderne, par M.... Et 
le pauvre Balzac s'appelait Honoré ! Comme c'est 
bien ça!... La Censure, les neuf dixièmes du temps, 
est parfaitement inutile, et, pour le reste, qui ne 
comporte qu'un dixième, elle est nuisible. Eh bien î 
ne pourrait-on l'utiliser à quelque chose, et mOme à 
quelque chose de bien ? Pourquoi ne l'emploierait- 
on pas à la préservation de notre domaine intellectuel ? 
Au lieu d'interdire, par à-coups et sans raison, des 
pièces d'une haute portée sociale..., pourquoi ne 
serait-elle pas quelque chose comme un tribunal qui 
empêcherait qu'on portât la main sur nos grands 
écrivains, aux œuvres desquels on n'a pas le droit de 
loucher, précisément parce qu'elles appartienneiil à 
tous ? Pourquoi ne protégerai L-elle pas contre les 
attentats du genre de ceux que je viens de dire le 

1. Cf. A. Gazier, Petite Histoire de la littérature française, 
p. 73. 

2. Le Journal j 9 mars 1902. 



7^ LE LIVRE. 

domaine intellectuel commun? Je livre cette idée 
pour ce qu'elle vaut. On peut y réfléchir et en tirer 
peut-être un bienfait. En tout cas, il est vraiment 
extraordinaire qu'une société capitaliste, fondée 
exclusivement sur le droit de propriété, se déclare 
impuissante, indifférente même, quand des cambrio- 
leurs détroussent si allègrement, si impunément, le 
plus précieux trésor que nous possédions : notre 
histoire, notre langue, nos chefs-d'œuvre. » 

En 4796, le fameux vicomte de Bonald < proposa 
sérieusement à l'Administration de faire faire des 
éditions châtiées et exemplaires des auteurs célè- 
bres : on extrairait de chaque auteur ce qui est 
grave, sérieux, élevé, noblement touchant, et on 
supprimerait le reste »*. Restait à définir, par 

1. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. IV, p. 433. Derniè- 
rement un éditeur publie des Pages choisies de Louis 
Veuillot, et il s'avise d'introduire, dans ce recueil, quantité 
de modifications de texte, uniquement dues à son igno- 
rance ou à sa négligence. Se figurant, par exemple, que le 
mot lion est monosyllabique, au lieu de ces vers de Veuillot : 

Tous nos lions sont enragés... 
Soudain nos lions sont bergers... 

il imprime: 

Nos lions paraissent enragés... 
Soudain nos lions se font bergers. 

« Il change les titres. Il change la ponctuation, à laquelle 
Veuillot était si attentif. Dans la dernière pièce de vers 
qu'il reproduit: Marsyas, il n'y a pas moins de huit fautes, 
dont une donne un vers faux (par l'écriture encore au lieu d'en- 
cor)y dont une autre, par la substitution d'un mot à un au- 



^CHAT DES LIVRES. 75 

exemple, ce qu'on entendrait par c grave, sérieux, 
élevé », etc. C'est là que les flûtes auraient cessé 
d'être d'accord ! 

Mais non, le concert a eu lieu, le système a été 
mis en pratique et exploité par l'industrie privée, 
notamment par la maison Marne, de Tours, dont les 
nombreuses collections, < revues et purgées avec 
soin par une société d'ecclésiastiques », sont connues 
de tout le monde. Et ces falsifications et mensonges, 
ces tromperies et escroqueries, ne scandalisent ni ne 
choquent personne; beaucoup même y applaudis- 
sent comme à œuvres pies,' saintes et méritoires. 

Inutile de vous exhorter à vous garer comme de la 
peste de ces « faux », de ces livres fabriqués et tru- 
qués à plaisir, qui ne pourraient que vous induire 
en erreur, et ne sont bons qu'à mettre au cabinet ou 
au pilon. 



* 



Richard de Bury a consacré un chapitre de son 
Philobiblion^ à cette question : « Comme quoi on 
doit toujours acheter les livres, si ce n'est dans deux 

Ire (vie pour voix), modifie fâcheusement le sens. Une troi- 
sième procure un véritable non-sens.... Peut-on s'imaginer 
la fureur de Veuillot, de ce puriste, 

Du malheureux li-on lan^çuissant, triste et monie, 

à voir son texte ainsi tripatouillé? »» {V Intermédiaire des cher- 
cheurs et curieuxj 10 et 20 novembre 1906, col. 672 et 761.) 
i. Chap. III, pp. 27-50. Trad. Cocheris. 



76 LE LIVRE. 

cas, » cl ces deux cas réservés sont : 1^ la crainte 
d'être trompé par le libraire; 2° l'espoir d'un mo- 
ment plus opportun, d'une meilleure occasion. 

« Il y a peu de dépenses, de profusions, je dirais 
même de prodigalités plus louables que celles qu'on 
fait pour les livres, écrit, de son côté, le savant jésuite 
bibliographe Claude Clément*, lorsqu'en eux on 
cherche un refuge, les voluptés de l'âme, l'honneur, 
la pureté des mœurs, la doctrine et un renom im- 
mortel. » 

Jules Richard* déclare qu* « un bibliophile ne 
conserve pas les livres qu'on lit une fois, mais seule- 
ment ceux qu'on relit avec plaisir, et que, par con- 
séquent, on relie plus ou moins richement ». Sous 
sa forme humoristique et plaisante, l'avis a du bon, 
surtout pour les amateurs parisiens, logés toujours 
si à Tétroit, et il mérite d'être retenu. 

Est-il raisonnable, — les ouvrages de référence à 
part, comme nous l'avons dit au début de ce cha- 
pitre, — d'acheter plus de livres qu'on n'en peut 
lire, et n'est-ce pas une excellente habitude de n'ef- 
fectuer do nouveaux achats qu*après avoir terminé 
la lecture des acquisitions précédentes? 

Il semble, à première vue, qu'il ne puisse y avoir 



1. Musxi, sioe hibliothecœ..,, lib. III, p. 408 (Lugduni, 1635, 
in-4), ap. Gustave Mouravit, le Livre et la Petite Bibliothèque 
d'amateur, pp. 05-66. Cf. t. I, pp. 127-128, et infra, p. 310. 

2. Op. cit., p. 139. Cf. supra, t. III, p. 264, note 3. 



ACHAT DES LIVRES. 77 

doute à ce sujet, et qu'il faille répondre à cette der- 
nière question par l'affirmative. 

Un écrivain que Fà-peu-près n'effrayait pas et qui 
a commis bien des hérésies en bibliographie et 
ailleurs, J-ules Janin, a émis ce conseil, dans un 
opuscule « fort joli et bien écrit, mais dont le prin- 
cipal mérite est d'être rare*, » r Amour des Hvre-^ : 
« N'achetez aujourd'hui que si vous avez lu, d'un 
bout à l'autre, le livre acheté il y a deux mois, il y a 
six semaines. Furetière demandait un jour à son 
père de l'argent pour acheter un livre : — « Or çà, 
« répondait le bonhomme, il est donc vrai que tu 
« sais tout ce qu'il y avait dans l'autre, acheté la 
« semaine passée? » C'était bien répondre ^ » 

1. L'appréciation est de M. Jules Le Petit, V Art iV aimer les 
livres, p. 40. On pourrait appliquer à Jules Janin ce que 
Sainte-Beuve a dit de Charles Nodier : « Nodier avait le 
don de t' inexactitude. Comme érudit, il ne pouvait écrire 
deux lignes de suite sans qu'il y eût quelque erreur. » 
(Sainte-Beuve, les Cahiers de Sainte-Beuve, p. 55.) « Jules 
Janin, c'est de la crème fouettée. » {Id., ap. Louis Nicolar- 
DOT, Confession de Sainte-Beuve, p. 81.) « ... Janin, qui 
donna tant d'entorses à l'histoire littéraire.... » (Octave 
UzANNE, Zigzags d'un curieux, p. 170.) Or, la bibliographie, 
dont Janin ainsi que Nodier étaient des adeptes, et non des 
moindres, est avant tout et plus que toute autre, selon la 
formelle déclaration d'Edmond Werdet {Histoire du livre en 
France, i.lY^ p. 288), « une science d'exactitude et de détails 
minutieux ». 

2. Jules Janin. op. cit., p. 14. — A propos des ouvrages 
nouveaux, Jules Janin [a]). Gustave Mouravit, op. cit., p. 109) 
donne aussi ce conseil : « N'achetez que le livre dont vous 
avez fait la lecture cinq ou six semaines auparavant, « -- <l'ç,^V.- 



78 LE LIVRE. 

Non, car, avec ce système, vous vous priveriez de 
livres cherchés en vain par vous depuis longtemps 
et dont vous avez le plus grand besoin; vous lais- 
seriez échapper les aubaines les plus belles, les plus 
inespérées. Encore une fois, rien d'absolu sur terre. 
Évidemment Jules Janin a eu raison de mettre en 
garde les bibliophiles contre les entraînements aux- 
quels ils sont si tentés de succomber; il a eu raison 
de les dissuader d'encombrer leurs rayons de livres 
qu'ils ne liront jamais; très justement il conclut 
qu' « avec cette nécessité de lire entièrement ce 
qu'on achète, on y regarde à deux fois avant d'ache- 
ter; on se méfie un peu plus de ce qui est rare et 
curieux, pour se tenir aux chefs-d'œuvre honorés 
de l'assentiment du genre humain* ». Mais ce « bon 
gros critique, comme le remarque si bien M. Jules 
Le Petit*, n'a jamais dû connaître à fond la passion 
des livres, ni la joie intime que nous procure l'acqui- 
sition d'un volume souhaité, ni le serrement de 
cœur qu'on éprouve à voir passer en d'autres mains 
l'objet qu'on espérait obtenir ». 

« Le premier motif qui doit nous pousser à acqué- 
rir un ouvrage, dit encore M. Jules Le Petit^, c'est 

à-dire le livre dont vous avez eu loisir de vérifier et éprouver 
la valeur. « En ce temps de réclame, combien ont pu expéri* 
menter la sagesse de ces paroles! • ajoute M. Mouravit. 

1. Jules Janin, op. cit., p. 15. 

2. Op. cit., p. 40. 

5. Op. cit*i pp. 40-41. 



ACHAT DES LIVRES. 79 

le désir de le lire, soit immédiatement, soit plus 
tard, dans des moments de loisir. Il arrive bien sou- 
vent, hélas! que ces moments-là ne viennent pas 
vite ou ne viennent jamais... »; du moins on a 
le volume sous la main, on sait qu'il est là, qu*on 
peut rouvrir, le consulter, le parcourir, et c'est ce 
qu'on finit toujours par faire un jour ou l'autre, ne 
fût-ce qu'un instant. « ... J'en jouis [de mes livres], 
comme les avaricieux des trésors, nous avoue Mon- 
taigne S pour savoir que j'en jouirai quand il me 
plaira : mon âme se rassasie et contente de ce droit 
de possession.... Il se passera plusieurs jours et des 
mois, sans que je les employé; ce sera tantost, 
dis-je, ou demain, ou quand il me plaira : le temps 
court et s'en va ce pendant sans me blesser; car il 
ne se peult dire combien je me repose et séjourne 
en cette considération, qu'ils sont à mon costé pour 
me donner du plaisir à mon heure, et à recognoistre 
combien ils portent de secours à ma vie. C'est la 
meilleure munition que j'aye trouvé à cet humain 
vovao^e'.... » Etc. 

L'essentiel, c'est de ne pas acheter au hasard et au 
tas, comme ce fameux Boulard^, qui avait fait em- 

\. Esmis, livre III, chap. m; t. III, p. 306. (Paris, Char- 
pentier 1862.) 

2. Cf. mpra, t. I, p. 124. 

5. Sur Antoine-Marie-Henri Boulard (1754-1825), cf. notre 
tome II, chap. xi, Bibliomanes et Bibliolâtres, pp. 251-250. 
Ne pas confondre, comme nous l'avons déik A\V, \vt \y\^\\Q- 



80 LE LIVRE. 

plette de plusieurs centaines de mille de volumes, 
dont il avait rempli cinq ou six maisons de Paris, de 
la cave au grenier. L'important, l'intéressant et Tat- 
trayant, c'est d'avoir un but, de poursuivre une 
piste, — c'est d'avoir vos sujets d'étude préférés et 
vos auteurs attitrés, et de vous y tenir*. 

Et alors vous goûterez vraiment et savourerez 
pleinement vos livres; vous ferez partie de cette 
phalange d'hommes heureux dont parle Balzac', de 

nianc Antoinc-Marie-lIenri lioulard avec M.-S. [Martin-Syl- 
vestre] Boulard, imprimeur, librah^e et bibliographe, à qui 
est empruntée la note suivante. 

1. « Un amateur, à moins que sa fortune ne soit considé- 
rable et ses ressources immenses, ne doit s'attacher d'abord 
qu'à un genre de livres, et môme qu'à la classe dont la pos- 
session le flatte le plus ; il sera toujours à môme d'étendre 
ses jouissances, et de passera une autre, lorsque la pre- 
mière sera portée au degré de perfection qu'il pouvait dési- 
rer. Je. lui conseille, en outre, d'avoir toujours une somme 
en réserve pour les cas extraordinaires; en négligeant cette 
méthode il est quelquefois obligé de laisser passer l'occa- 
sion d'acquérir un objet unique, qu'il n'a jamais l'espoir de 
retrouver dans la suite, et il s'expose à des regrets qu'il 
n'aurait pas éprouvés en prenant la précaution que j'in- 
dique. » (M.-S. Boulard, Traité élémentaire de bibliographie, 
p. 11.) 

2. Cf. le Cousin Pons, principalement chap. ii, p. 11 (Paris, 
Michel Lévy, Librairie nouvelle, 1870) : « ... Il possédait son 
musée pour en jouir à toute heure, car les âmes créées pour 
admirer les grandes œuvres ont la faculté sublime des vrais 
amants ; ils éprouvent autant de plaisir aujourd'hui qu'hier, 
ils ne se lassent jamais, et les chefs-d'œuvre sont, heureu^ 
sèment, toujours jeunes.... Vous tous qui ne pouvez plus 
boire à ce que, dans tous les temps, on a nommé la coupe 
du plaisir, prenez à tâche de collectionner quoi que ce soit 



ACHAT DES LIVRES. 81 

ces collectionneurs, qui, — dussent-ils, dans leur 

hôtel ou leur mansarde, ne s'ingénier qu'à réunir 

des affiches ou aligner des tabatières, — connaissent 

les moins précaires et les plus douces joies de ce 

monde. 

(on a collectionné des affiches!), et vous retrouverez le 
lingot du bonheur en petite monnaie.» « ,...Vous connaissez 
rimniense et riche collection du vieux Cayeux. Nous Tavons 
couchée en joue, mais infructueusement. Le bonhomme me 
dit : « Monsieur, je ne mets point de prix à mon bonheur. 
« Quand vous auriez rempli ma chambre de louis, il n'y en 
•c aurait toujours qu'un. Celui-là vu, j'aurais vu tous les autres. 
« Au lieu que sur mes soixante mille estampes, il n'y en a 
« pas deux qui se ressemblent. » Que répondre à cela? rien; 
surtout quand un homme aime mieux boire de Peau, man- 
ger des croûtes, et voir des estampes. «• (Diderot, Lctlrea à 
Fatconetf XIV, juillet 17(57 : Œuvres complètes : t. XVIII, 
p. 249; Paris, Garnier, 1876.) « Les collectionneurs sont 
des gens heureux, ils savent toujours où placer leurs 
économies. » (Edmond About, cité dans le Magasin pitto- 
resque,ib mai 1902, p. 238.) « Aimez l'étude, les tableaux, la mu- 
sique; faites-vous, s'il le faut,bibliomane (et collectionneur 
de papillons!); mais ayez Tin goût quelconque, une maiiie pour 
vos vieux jours, sans quoi vous périrez. » (Prince de Met- 
te hnich, ap. Fertiault, les Amoureux du livre, p. 257.) « Et 
ces deux citations, déjà mentionnée^ dans notre tome I, 
p. 215, note 5, et p. 212 : « Il est bon d'exercer son esprit 
pour se procurer des plaisirs à tous les Ages; il est bon do 
se former des plaisirs intellectuels qui servent d'entr'actes 
aux plaisirs des sens. » (Séxac de Meilhan, ap. Sainte- 
Beuve, Causeries du lundi, t. XII, p. 475.) « ... Parmi les goûts 
si divers que la Providence a départis aux humains, l'amour 
des livres est celui qui, après avoir donné, pendant la pros- 
périté, les plus grandes, les plus vérital)les jouissances, 
ménage, pour toutes les peines de la vie, les plus douces 
les plus pures, les plus durables consolations. » (Tenant 
DE Latour, Mémoires d'un bibliophile, pp* 250-252). Cf. supra^ 
t. I, p. 212. 

tk livre: -^ T. iVt v\ 



82 LE LIVRE. 



* 



« Pourquoi achèle-t-on un livre? » 

Cette question a été récemment posée par un 
libraire anglais, qui a eu Tidée de joindre à un vo- 
lume tout nouvellement paru une carte postale, où 
il priait rachetcur de vouloir bien lui faire connaître 
le ou les motifs (jui l'avaient poussé à effectuer cet 
achat. 

Environ oOO réponses lui parvinrent, nous apprend 
la l'osHkrhe ZeilungK Sur ces 500 acheteurs : 

2 déclaraient s'être laissé séduire par la couver- 
ture; 

tî par les illustrations; 

25 par le titre du volume: 

49 par la réclame ; 

59 par les annonces (qui pourraient se confondre 
avec la réclame) ; 

09 par la recommandation d'amis ou de parents; 

70 parce qu'ils avaient déjà lu d'autres ouvrages 
du môme auteur; 

et ItiO parce que le commis ou le patron de la 
li!)rairie leur avait chaleureusement vanté l'ouvrage. 

Restent 92 acheteurs dont le mobile ne nous est 
pas révélé. 

1. La Cinzcllc- de Voss (de Berlin), citée dans le Mémorial de 
hi Uhriirir française, 24 déco ml)re 1905, pp. 711-71*2, et dans 
le Courrier du lit^re, 1" janvier 1004^ p; 11; 



ACHAT DES LIVRES. 63 

D'autre part, Stendhal a remarqué que, pour bien 
se vendre, un livre doit remplir trois conditions : 
l** Avoir un joli titre ; 
2" Être écrit sur un sujet à la mode ; 
0" Être facilement compris*. 
Laissons de côté cette dernière clause, qui paraît 

» 

être, au contraire, et en bien des cas, un obstacle 
à la vente, le public, comme on l'a maintes fois 
constaté, semblant trop souvent admirer de con- 
fiance et rechercher de préférence ce qu'il comprend 
le moins. 

L'actualité, le sujet à la mode, est un attrait plus 
certain et très puissant. 

Mais le titre, — le titre et le nom do l'auteur, - - 
voilà ce qui arrête le mieux le passant, ce qui amorce 
le plus sûrement l'acheteur. Aussi ne saurait-on 
trop recommander à un débutant, — puisqu'il no 
peut compter sur son nom, qui est ignoré de la 
foule, — d'apporter tous ses soins au choix du litre 
de son volume. « Souvent d'un titre dépend le sort 
d'un livre. Il faut un titre dont la disposition flatte 
l'œil, dont la consonance chatouille l'oroillo, i)as 
trop long, quelque chose de précis, de vif, de sym- 
pathique*. » La remarque date de loin, d'ailleurs : 

1. Stendhal, article sur l'ouvrage de M. Jouy, De la mo- 
rale appliquée à la politique, ap. Albert Collki.non, rArl et 
la Vie de Stendhal, p. 221. 

2. Charles de Boigne, Petits Mémoires de t Opéra, Préface, 
page II. 



8'i LK LIVRE. 

un rcrivain qu'un peut considérer comme un des 
pores (lu roman moderne, Antoine Furetière (1620- 
ir»SS), Ta très justement dit : • Un beau titre est le 
vrai proxénète d'un livre, et ce qui en fait faire le 
plus prompt débit* ». Tel était aussi l'avis de Sainte- 
Hcuve, dont l'autorité est si grande en la matière : 
€ Les libraires |é(lileursj veulent avant tout aujour- 
d'hui d»* ffons titres aux livres qu'ils achètent, des 
lilros sonores... et alléchants;... en notre républi- 
qu<* des lettres, un livre bien iilré fait son chemin 
aussi sùrem(Mit <[ue le faisait jadis à l'armée un gen- 
tilhomme de bonne maison* ». 

1. Antoine TL-nmiKHE, fc Rom'in bouryeuis, l. II, p. 100. 
^I*aris,collectionJannet-Picard,1878.) Et ce distique et jeu de 
mots du bon La Monxoye [np, Gabriel PeiGxNOT, Essai.,, sur 
hi vi'Hure, p. 41, noto 1) : 

Ul litulum vidi, libri sum cnplus amore ; 
n lihnini b'^i, bber omorc fui. 

"1. Saintk-îîkivi:, Piemiers Lundis, t. II, pp. 197-198. EL 
rinïportance des litres n'est pas moins grande, est plus 
jrrando mt^nie peut-être, pour les pièces de thét^tre que pour 
les œuvres de librairie. Eugène Scribe disait à ce sujet : 
« Hien n'est difficile comme de trouver un bon titre de 
pièce, un titre qui sonne bien à l.oreillej qu'on retienne 
bien, et qui plaise à Tœil sur l'affiche. J'ai deux ou 
trois moyens pour arriver à ce résultat. Comme der- 
nière ressouice. on peut toujours mettre le nom du 
héros ou de l'héroïne; mais c'est bien dangereux avec 
les jalousies des comédiens : tous veulent être titulaires ; 
avec un nom : Louise ^ Piei^c ou Paul, on a tous les acteurs 
contre soi; avec les Huguenots, tes Diamants de la Couronne, on 
a la paix assurée. Reste à satisfaire le public avec son titre. 
Voici comment je procède : quand j'en ai à peu près trouvé 



ACHAT DES LIVRES. 85 

Mais quelles difficultés de trouver un bon titre, 
surtout pour les romans et avec Fénorme et immense 
surproduction de ce genre d'ouvrages qui se fait 
depuis trente ans!* C'est le cas, ici plus qu'ail- 
leurs, plus que jamais, de remarquer que tout a été 
dit et pris, qu'on vient trop tard.... Pour comble, 
tel titre convient à une classe de lecteurs ou à 
une région, et non à une autre. Ainsi, paraît-il, le 
mot amour (les Amours d'une grande dame, Amour 

deux ou trois dans mon esprit, je prie le directeur de les 
faire imprimer en afflches ; mon domestique va les piquer 
dans mon cabinet, et, quand je rentre, mes yeux se portent 
forcément sur Tune d'elles; c'est celle-là qui me donne le 
titre de ma pièce ; on ne sait pas la force de l'assemblage 
des lettres; le succès du Lorgnon a peut-être tenu à ce qu'il 
y a deux o dans le mot! Ce titre a l'air de vous regarder. » 
(H. DE ViLLEMESSANT, Mémoires il' uïi joumali S tc, t. VI, p. 59.) 
i. Déjà au xvir siècle, on se plaignait de la quantité de 
romans qui encombraient « le marché ». Dans la préface de 
son Berger extravagant, Charles Sorel (1597-1074) fait les 
remarques suivantes : • Aujourd'hui, le recours des fainéans 
est d'écrire et de nous donner des histoires amoureuses 
et d'autres fadaises, comme si nous étions obligés de perdre 
notre temps à lire leurs œuvres, à cause qu'ils ont perdu le 
leur à les faire.... Cela fait que l'imprimerie nous est à 
charge, et, grâce à nos beaux écrivains, le peuple, voyant 
tant de recueils de folie que l'on lui donne i)uur des livres, 
en a tellement ravalé le prix des lettres, qu'il ne met point 
de différence entre un auteur et un bateleur ou un porteur 
de rogatons, et que, si un honnête homme vient à écrire, 
il ne saurait plus voir son nom qu'à regret sur le frontis- 
pice de son ouvrage, et est contraint de désavouer son 
enfant légitime. » (Cité en note par Emile Colombe y, dans 
son avant-propos à la Vraie Histoire comique de Francion, 
par Charles Sorel, p. 3; Paris, Delahays, 1858.) 



86 LE LIVRE. 

et Mariage, etc.) est excellent pour attirer les lec- 
teurs parisiens, tandis qu'il effraye et met en fuite 
certains clients de province*. 

Dans bien des cas aussi, le nom de Téditeur, < sa 
couverture »,peut servir de recommandation, d'indi- 
cation tout au moins. On sait que telle maison se 
montre difficile sur le choix de ses auteurs, qu'elle ne 

publie que de bons ouvrages, et Ton achète de con- 

< 

fiance. On sait que telle autre, au contraire, édite 
n'importe quoi et volontiers aux frais des auteurs ; 
il en résulte que les volumes adressés aux libraires 
par celle-ci ne sont fréquemment pas même mis 
en étalage: « La place nous manque.... Nous ne 
pouvons la gâcher » ; que les ballots expédiés par 
elle ne sont môme souvent pas ouverts, et lui sont 
retournés tels quels. Un livre de médiocre valeur, 
mais revêtu de la firme d'une bonne et puissante 
maison d'édition, a de fortes chances de bien se 
vendre; publié dans une petite et piètre maison, 
dans une cave, un chef-d'œuvre court grand risque 
de n'obtenir aucun succès et de tomber à plat^ 

1. C'est surtout des livres de fond, et non des nouveautés. 
que je m'occupe dans ce travail. Je ne fais donc qu'effleu- 
rer ici la vente des romans, qui, par suite de cette incalcu- 
lable surproduction et de cet encombrement inouï, par suite 
aussi de la concurrence des journaux et périodiques à bas 
prix, de l'engouement pour la bicyclette, l'automobile, les 
sports, etc., subissent de plus en plus la loi de l'offre et de 
la demande, c'est-à-dire se vendent de moins en moins. 

2. Sur le sort des livres, voici, à titre simplement docu: 



ACHAT DES LIVRES. 87 

Quant aux articles de journaux, annonces et ré- 
clames, leur action sur la vente des livres, notam- 
ment des nouveautés à 3 fr. 50, semble s'affaiblir de 
jour en jour, et cela à cause môme de la quantité 
de ces volumes et de l'abus et de loutrecuidance de 
ces réclames. On en a tant lancé, de ces « échos », 

mentaire, une statistique, publiée par un journal anglais, 
dont j'ignore le nom, et reproduite par le Petit Journal et 
par le Journal des Amateurs de livres (janvier 1904, p. HO ; 
Paris, Librairie H. Daragon). On remarquera que, dans ces 
calculs, le total des ouvrages parus dans le cours des xvir 
et xviir siècles (50000 et 80000) ne correspond guère aux 
totaux donnés par nous, d'après Gabriel Peignot, dans notre 
tome II, page 87. « Un journal anglais vient de se livrer à un 
curieux travail de statistique, d'où il résulte que, sur lOOOli vres, 
il y en a 600 qui ne font pas leurs frais, 200 qui joignent 
tout juste les deux bouts (looping the loop), et 100 qui rap- 
portent un bénéfice insignifiant. Le reste, soit une centaine, 
représente un profit plus ou moins considérable. Sur ce 
même nombre (1000) de volumes nouveaux, 750 sont, avant 
la fin de Tannée de leur publication, tombés dans l'oubli ; 
100 environ tiennent bon pendant un an ou deux ; 100 autres 
résistent pendant trois années; 40 environ survivent plus 
longtemps; mais, au bout de vingt ans, c'est à peine s'il en 
est 10 dont on se rappelle encore le titre dans certains mi- 
lieux. Sur les 50 000 ouvrages édités au cours du xvir" siècle, 
il n'en a pas surnagé 50. Sur les 80O00 édités pendant le 
xviir siècle, qui fait pourtant époque dans l'histoire de la 
pensée humaine, c'est tout le bout du monde si, sur 500 en- 
viron qui n'ont pas totalement disparu de la mémoire do? 
lecteurs, 300 mériteraient les honneurs d'une réimpression. 
Depuis les débuts de l'écriture, c'est-à-dlro depuis quelque 
chose comme 33 ou 54 siècles, il n'y a pas 000 ouvrages, en 
comprenant dans ce maigre total les œuvres des plus grands 
écrivains de toutes les races et de tous les pays, qui aient pu 
résister impunément à l'action dévorante du temps. Voilà 
qui est plutôt pour rabattre la superbe des gens de kV\xçi"!i>\^ 



88 LE LIVRE. 

où les mots : chef-d'œuvre, gloire, génie, etc., où 
les épithèles : admirable, incomparable, unique au 
monde, impeccable, impérissable, etc., se répercu- 
tent à outrance et à satiété, que le public, — le 
public intelligent, tout au moins, — a fini par n'y 
plus croire, à ces sornettes et billevesées, par ne 
plus même les lire, ces dithyrambiques, folles et 
dispendieuses petites notes. Elles l'écœurent et le 
dégoûtent. Quand il en rencontre quelqu'une sous 
ses yeux, il hausse les épaules et la saute bien vite : 
• Encore une! Oh! assez! Grâce!* > 

1. Il ne messiérait peut-être pas de donner ici quelques 
échantillons de ces drôleries. Un écho du Journal (15 no- 
vembre 1902) nous informe qu*« un critique (lequel?) a écrit : 
Ce livre puissant et artiste, fe Fumiste, s'il était de Balzac, 
SERAIT SON chef-d'œuvre.... Le Fumiste est le missel d'un 
8IÈCLE TOUT ENTIER. » « Dcpuls cinquante ans, affirme un 
autre (qui aurait aussi bien pu dire cinq cents ans, et dont 
il faut admirer la modestie), aucune œuvre aussi émou- 
vante et empoignante, aussi forte, aussi grandiose et su- 
blime n'avait vu le jour.... » « On sait la place considérable 
qu'a prise Tartempion dans notre littérature, • déclare sans 
rire un troisième. Et un quatrième : « Du premier coup, 
l'auteur (Tartempion II) vient de se classer parmi les 
MAITRES du roman moderne... » «...en tête des écrivains 
contemporains, » proclame plus carrément un cinquième, 
« X..., le maître styliste que nous connaissons tous (un 
autre illustre inconnu), vient, par ce livre, de se classer au 
premier rang des écrivains de ce temps et de tous les 
temps.... Jamais, dans aucun pays ni dans aucune langue, 
pareil livre ne vit le jour..., monument élevé à toute une 
race, h. toute une époque.... Les Confessions de Jean-Jacques 
ne sont qu'un pâle grimoire à côté de ces pages toutes 
chaudes de vie, » etc. (Le Journal, 12 mars 1906.) Et dire 
que toutes ces platitudes et ces sottises n'obtiennent d'autre 



ACHAT DES LIVRES. 89 

Les journaux ont, d'ailleurs, tous, ou presque tous, 
cessé de rendre compte des livres nouveaux, et n'in- 
sèrent plus que lesdites réclames payées, et payées 
très cher, vingt, trente, quarante francs la ligne 
souvent, et avec un minimum de lignes obligatoire. 
Ainsi, d'une façon générale, pour mériter et obtenir 
l'attention de la presse, l'argent est, non pas la con- 
dition première, mais la condition absolue. Tunique 
condition : • Silence au pauvre î » encore une fois *. 
C'est là, du reste, une vérité de tous les temps, et il 
n'y a nullement lieu de s'étonner : je constate, voilà 
tout. 

Oui, tandis qu'il n'est pas de gazette qui ne con- 
sacre soir ou matin plusieurs colonnes à toutes les 
choses du théâtre : analyse de la pièce, soirée pari- 
récompense que le ridicule, et sont peine perdue î A touri 
ces affamés de publicité et de célébrité on pourrait appli- 
quer l'anecdote suivante contée par Barbier, médecin de 
Louis XV, dans son Journal (septembre 172(3 ; t. I, p. 445) : 
• On rompit, il y a deux jours, un nommé La Haye, grand 
voleur dans la Bretagne, qui n'avait que trente ans, et qui 
avait assassiné ou vu assassiner plus de trente personnes. 
Il avait tout avoué dès la prison; il s'attendait à être rompu, 
et avait la liberté de causer dans la prison du For-l'Kvéque, 
où il avait été d'abord. On lui a entendu dire que son chagrin 
était que, deux jours après sa mort, on ne parlerait plus de 
lui, tandis qu'on parlerait toujours de Cartouche, qui n'était 
qu'un misérable voleur de maison. » 

L Sur ce mot de Lamennais, sur l'argent et son inlluencc 
en littérature, cf. notre tome II, pp. 206 etsuiv.,et le présent 
tome, pp. 106 et suiv. Voir aussi P.-J. Proudhon, De la Justice 
dans la Révolution et dans V Église, t. I, pp. 258 et suiv. 
(Bruxelles, Lacroix, 1868.) 



90 LE LIVRE. 

sienne, échos de coulisses, racontars sur les artis- 
tes, etc., et aux nouvelles du sport, de tous les 
sports : courses hippiques, cyclisme, automobilisme, 
athlétisme, yachtisme, escrime, football, pelote 
basque, pêche à la ligne, etc., sur la littérature et 
les livres, plus rien, — rien que ce que l'argent 
permet ou impose*. 

Ce mercantilisme de la presse et cette infériorité 
du livre vis-à-vis de la comédie ou de l'opérette ont 
été maintes fois constatés et déplorés. « Le théâtre 
est le tyran du jour, disait Barbey d'Aurevilly.... 
Est-ce que le plus idiot vaudeville, pour peu qu'il 
soit représenté, ne trouve pas toujours à son ser- 
vice le compte rendu qu'un livre fort, réduit à sa 
seule force, ne trouverait jamais? Lisez les jour- 
naux et jugez! Les journaux, qui devraient être 
les éducateurs du public et qui n'en sont que les 
courtisans, quand ils n'en sont pas les courti- 
sanes, ont créé des espèces de chaires de littéra- 
ture théâtrale.... » c Jamais, reprend M. Octave 
Uzanne, après avoir cité ce passage*, jamais on n'a 

1. Sur les rapports du livre avec le journal, et surla crise 
du livre, « crise que le livre subit dans le monde entier », 
voir un article très documenté du comte de las Navas, Bi~ 
bîiotcrario mayor de S. M. le roi d'Espagne, Amis et Enne- 
mis des livres^ dans la Espana moderna, l*'' novembre 1904, 
pp. 40-53. 

2. Octave Uzanne, Zigzags d'un curieux, pp. 7-9. Tout ce 
procès fait par Barbey d'Aurevilly à l'omnipotence théâtrale 
(dans la préface de son livre Théâtre contemporain) serait 



ACHAT DES LIVRES. 91 

exprimé plus nettement que d'Aurevilly rincroyable 
envahissement du théâtre, ni fait aussi judicieuse- 
ment germer une idée de révolte, qui devrait entrer 
logiquement dans la tête de tous ceux qui mcltent 
du noir sur du blanc. » 

Et cette remarque d'Edmond de Concourt' : 
« Pour être connu en littérature, pour être uni- 
versellement connu, on ne sait pas combien il im- 
porte d'être homme de " théâtre ; car le théâtre , 
pensez-y bien, c'est toute la littérature de nombre 
de gens, et de gens supérieurs, mais si occupés 
qu'ils n'ouvrent jamais un volume n'ayant pas trait 
à leur profession : l'unique littérature, en un mot, 
des savants, des avocats, des médecins *. » 

Pas plus que des cyniques réclames de la presse^, 

à citer : il est plein d'intérêt et du plus vigoureux I)on 
sens. 

1. Journal des Goncourt, 1892, t. IX, p. 7. 

2. « Le théâtre est ordinairement la littérature des gens 
du monde qui n'ont pas le temps de lire. » (Sainte-Bfaivk, 
Causeries du lundi, t. XI, p. 22.) Cf. notre tome II, p. 143. 

3. Il y aurait une bien curieuse étude à faire sur la « publi- 
cité » dans les journaux, la « réclame » et ses mille formes, 
mais cette étude sortirait trop du cadre de notre travail. (Ju'il 
nous suffise de dire qu'il n'y a guère plus de soixante ans 
qu'on ose imprimer couramment, dans un journal, le nom 
d'une femme autre qu'une femme de théâtre ou de lctlreï=, 
ou une femme galante. Voir, par exemple, les Letlres pari- 
siennes de Mme Emile de GinAnoiN (Paris, Librairie pari- 
sienne, 1856; 3 vol.), — lettres originairement publiées dans 
le journal la Presse, de 1856 à 1848, sous le titre de Courrier 
de Paris et signées : le vicomte Charles de Launav : il est 
très rare que l'auteur écrive en toutes lettres le nom d'une 



92 LE LIVRE. 

le public n'est dupe de ces impudentes mentions 
qui s'étalent, le matin sinon la veille de la mise en 
vente, sur les couvertures de certaines nouveautés : 

des grandes dames ou d'une des riches bourgeoises dont il 
dépeint les réceptions et les toilettes (cf. notamment t. III, 
pp. 75, 96, 107, 148, 149, 181, 215, 238, 257, 260...). Un quart de 
siècle auparavant, en 1818, le fameux bibliophile anglais 
Dibdin, voyageant en France et ayant été invité à dîner chez 
l'imprimeur G.-A. Crapelet, crut devoir, dans la relation qu'il 
publia de ce voyage, parler de cette invitation et faire 
l'éloge de Mme Crapelet : « Mme Crapelet, qui a maintenant 
(autant que je puis croire) à peu près vingt-cinq à vingt-six 
ans, et que l'on peut ranger dans la classe des plus jolies 
femmes de Paris, fît les honneurs de la fête de la plus 
agréable manière.... ^ SVoyage bibliographique...^ en France, 
t. IV, pp. 101-102.) Or, voici la note que Crapelet, en tradui- 
sant cet ouvrage, épingla à la suite de cet endroit (p. 106) : 
• Comment M. Dibdin a-t-il pu oublier le respect que l'on 
doit aux lecteurs, jusqu'à leur faire le récit de dîners qu'il 
a reçus chez des particuliers, comme s'il rendait compte de 
dîners d'auberge? Comment n'a-t-il pas senti tout ce qu'il y 
avait d'inconvenant et de désobligeant à mettre en scène les 
personnes avec lesquelles il s'est trouvé, et même les 
maîtresses de maison? > Convenons qu'on est à présent 
moins timoré, et que c'est du contraire précisément que se 
plaindraient aujourd'hui nos maîtresses de maison et leurs 
dignes époux, c'est d'être oubliés par les reporters, de ne 
pas se voir imprimés tout vifs et tout au long dans les 
« échos » des « papiers publics ». De même, il y a quelque 
cinquante ans, les signatures des articles de journaux, qui 
s'étalent aujourd'hui en énormes caractères gras, surtout 
lorsque ces signatures sont celles des rédacteurs en chef 
ou coryphées du journal, ne s'imprimaient que très discrè- 
tement, en lettres microscopiques : voyez, par exemple, le 
journal le Siéc/e, années 1857, 1858, 1859... les articles signés: 
Léonor Havin, Emile de la Bédollière, Léon Plée, Louis 
Jourdan, Taxile Delord, etc. A présent, quantum mutalus!... 
Vers ce même temps (1855), Sainte-Beuve, qui détestait • le 



ACHAT DES LIVRES. 93 

Quinzième édition^ vingt-huitième édition^ soixantième 
mille, cent cinquantième mille, etc.*. 

Dans la préface de son historiette Monsieur Tringle, 

baniment et la réclame », se fâcha tout rouge contre M. de 
Galonné, dii'ecteur de la Remie contemporaine, j>arce que 
celui-ci, pour annoncer la publication de certains arliclos du 
célèbre critique et faire ainsi « mousser » sa revue, avait on 
rincroyable audace d'imprimer le nom de Sainte-Beuve « en 
gi'osses lettres » sur les affiches placardées aux coins de 
rues. (Cf. Jules Troubat, Sainte-Beuve intime et familier, 
p. 19; Paris, L. Duc, 1903.) l\ estdes r.éclames, en apparence 
tout opposées aux précédentes, des réclames dissimulées, 
insidieuses et sournoises, « qui n'ont pas l'air d'y toucher », 
qui semblent même repousser et mépriser la réclame, et (fui 
ne l'atteignent que mieux, ny touchent que davantage. 
Voyez celle-ci, empruntée au Journal, n" du '27 novembre 
1898 : « La modestie, a écrit La Bruyère, est au mérite ce 
« que les ombres sont aux figures dans un tableau : elle 
« lui donne de la puissance et du relief. • — « Forte de sa 
réputation, déjà si ancienne, la Maison *** évite tout ce 
qui pourrait ressembler h une réclame, et cette indilTérence 
apparente fait plus pour sa prospérité, toujours croissanlo, 
que les moyens, si ingénieux soient-ils, employés sans suc- 
cès pour la concurrence. • (Le texte exact de La Bruv^hr 
[Caractères, \y\i mérite personnel, p. 49; Paris, Dezobry. 1X41)| 
est : « elle lui donne delà force et du relief ».) 

1. Ajoutons que les tribunaux eux-mémos refusent lonlc 
créance et toute valeur à ces mentions. « Le tribunal civil 
de la Seine avait à juger naguère un poète, M. Billard, et 
deux éditeurs, Mme Saint- Yves-Michaud et M. Charles. 
M. Billard, auteur d'une Ode au Drapeau, avait vendu le 
droit de publication à Mme Saint-Yves-Michaiid pour dix 
ans, moyennant 200 francs par édition, la première de 
1500 exemplaires, les autres de 1000. Ce contrat ayant été 
résilié peu après le premier tirage, M. Billard vendit son 
droit de publication à un autre libraire, M. Charles. i^uoA ne 
fut pas l'étonnement de ce dernier d'apercevoir à la vitrine 
du premier éditeur des exemplaires potlaul i cmquxèm'e èdS- 



^^^' 



94 LE LIVRE. 

Clianipfloury se raille avec humour de ces farceurs 
qui lonl si rapidement monter le chiffre de leurs 
tirages. Lui, dil-il. il s'en tiendra pour ce conte à 
six éditions seulement, « six éditions spontanées 
pour commencer.... La première est tirée à 200 exem- 
plaires.... Une faute typographique est intercalée à 
un certain endroit de la troisième'.... » 

Victor Hugo s'entendait à merveille à c lancer » 
et faire « mousser » ses volumes, à mettre en branle 
toutes les cloches et carillons de la réclame. « Il 
savait la vertu des prospectus, des mirifiques an- 
nonces, et, l'avant-veille du procès qui suivit la pre- 
mière représentation du drame le Roi n'amuse, il 
écrivait à Renduel : « Je crois, mon cher éditeur, 
€ qu'il est important pour vous, pour moi, pour le 

lion î II assigna en dommages-intérêts le poète, qui assigna 
Mme Saint-Yves-Micbaud en garantie. Celle-ci affirma — et 
prouva — qu'il n'y avait eu de sa pari qu'un seul et unique 
tirage à 1500 exemplaires. Seulement, pour « parer» la bro- 
chure et fixer l'attention du public, elle enflait sur la cou- 
verture le chiffre des éditions. Le tribunal a fait bon accueil 
à cette « parure ». Il a déclaré Charles mal fondé en sa de- 
mande de dommages-intérêts, et Billard, pris dans le ca- 
rambolage, a été condamné aux dépens de son action en 
garantie. De sorte que voici la jurisprudence qui s'établit : 
la mention d'un certain chifl're d'édition sur la couverture 
d'un volume ne constitue plus une présomption sérieuse 
que le tirage du livre ait été recommencé un nombre de fois 
égal à ce chifl're. » (Journal la République française^ 1" juil- 
let 1897, art. signé Ryp.) Cf. notre tome III, pp. 84 et suiv., 
sur le chiïTre de tirage des éditions. 

1. Cil AMPFLErnY, Afo»sieMrTrûi<//e, Préface, pp. vu et suiv. 
(Pans, Denlu, 1866.) 



ACHAT DES LIVRES. 95 

« retentissement du drame et de l'affaire, que la 
« chose soit énergiquement annoncée la veille par 
. € les journaux. Voici sept petites notes que je vous 
€ envoie, en vous priant d'user de toute votre in- 
€ fluence pour qu'elles paraissent demain dans les 
« sept principaux journaux de l'opposition *. » 

Et Lamartine? A des amis, qui lui reprochaient 
un jour d'user de la réclame, il répondait spirituel- 
lement et magnifiquement : « Dieu lui-même a 
besoin qu'on le sonne* >. 

Ce qui, avec le titre du livre et le nom de l'auteur, 
et plus efficacement que les articles et les échos des 
journaux, peut aider à la vente et déterminer le 
succès, ce sont les recommandations verbales, 
« les conversations, les : Avez-voiis lu tel livre ? 
qui vont de la rue au salon, du café au boudoir. 
C'est surtout, continue M. Octave Uzanne, à qui 
j'emprunte ces très judicieuses considérations ^ c'est 
surtout ce je ne sai^ quoi qui fait qu'un ouvrage 
arrive à son heure, qu'il se fraye un passage dans 
l'air ambiant et les idées du moment.... D'un bout à 
l'autre de la France, des acheteurs gogos llairent les 
livres d'après cette banalité des on-dit, et corrobo- 
rent par cette légèreté le trop véridique aphorisme 



1. Paul Stapfer, Des répulnlions litléviiire.^, t. II. p. 170. 
*2. Id., op. rit., t. II, pp. 177-178; el Edouard (îiœmkr, Sou- 
venirs littéraires: Revue bleue, 20 août 1892, p. 254. 
5. Octave Uzanne, Nos amis lea livres, pp. 255-257. 



96 LE LIVRE. 

de Chamlort : « Le succès attire le succès comme 
c l'argent attire l'argent ». 

Et le même expert bibliographe et très sagace et 
impitoyable observateur ajoute, en forme de conclu- 
sion : 

« Ah! si Ton pouvait analyser le lancement d'un 
livre, on verrait tout ce qu'il en Ire parfois de gro- 
tesques et ignobles éléments, de viles servitudes, 
dans cette manifestation éclatante dont révent tous 
les écrivains, et qu'on nomme triomphalement le 



fiuccès î » 



Lo succès! « De combien d'infamies se compose 
un succès? » se demandait un jour Balzac parla voix 
d'un de ses personnages*. « Cette réputation tant 
désirée, disait-il encore*, est presque toujours une 
prostituée couronnée. > 

La vérité est que, d'une façon générale et exceptis 
excipiendis^, au point de vue de la morale stricte et 

1. Le Faiseur, acte II, scène iv. 

2. JUiisions perdues. Un grand homme de province à Paris, 
t. I, p. 205. (Paris, Librairie nouvelle, 1857.) 

3. Sainte-Beuve a môme fait cette remarque qu'à part 
deux hommes seulement, Épaminondas et Washington, aucun 
grand homme d'État n'est arrivé et n*a gouverné par des 
moyens honnêtes et irréprochables. Et plus l'homme d'État 
est considérable. . et considéré, admiré et célébré, plus, 
d'ordinaire, il s'est montré fourbe et traître, perfide et gre- 
din, plus il est et devrait être odieux. Voyez Louis XI, 
Richelieu, Mazarin, Frédéric le Grand, Catherine la Grande, 
Napoléon le Grand, Talleyrand, Bismarck, etc. Combien de 
forç^ats sont des innocents et dés anges, en comparaison de 



ACHAT DES LIVRES. 97 

de la purej vertu, on n'arrive pai> sans se compro- 
mettre et sans se salir, sans déchoir; pour nous ser- 
vir du mot de Saint-Just, on n'arrive pa innocem- 
ment^. 

ces criminels ! « Depuis et avant Cé^ar juscju'A Xnpol(W>n. 
tout ce qui a brillé et influé on tête des nations, ii:ran(l roi 
ou grand ministre, n'a songé et n'est parvenu à réussir qu'à 
l'aide d'une dose de machiavélisme plus ou moins mai dis- 
simulée; tellement qu'on est en droit de se demander si le 
contraire est possible, el si l'enlière vertu n'api)orle pas 
son obstacle, son échec avec elle. On n'a, pour opposer 
véritablement à cette triste vue que le nom de Washington, 
qui va rejoindre, à travers les siècles, ces noms presque 
fabuleux des Épaminondas et des héros de la Grèce. » 
(Sainte-Beuve, PoWrat7s littéraires, t. II, p. 101.) « ... Tous les 
grands politiques ont été plus ou moins de grands dissimu- 
lateurs, pour ne pas dire un autre mot.... Osons bien nous 
l'avouer, oui, c'est au prix de cette connaissance et aussi de 
cet emploi du mal que le monde est gouverne, qu'il Ta été 
jusqu'ici. » (ïd.. Portraits contemporain.^^ t. V, i»p. tiiS-ti'iO.) 
Socrate a môme été jusqu'à dire qu' « il est impossible de 
vaquer aux choses publiques en honnête homme et de s'(mi 
tirer sain et sauf. » (Ap. iD.,o;>.c?7.,t. IV, p. 507.) « Happele/- 
vous qu'en révolution, il ne faut jamais se metlre du côté 
des honnéles gens : ils sont toujours balayés. >• (Le ^^énér.il 
Menou, ap. ID., Causeries du lundi, t. XIII, p. ."57.) 

1. Complétons et corroborons, par quelques autres témoi- 
gnages, cette sévère mais équitable appréciation du succks : 
« La gloire, c'est douze mille francs d'articles {h payer aux 
journaux), et mille écus de dîners : demandez à l'auteur 
du Solitairel » (II. de Balzac, I/iusions jterduns^i. I, j>. 202.) 
« ... A Paris, il y a des impôts sur tout, on y vend tout, on y 
fabrique tout, même le succès! » (In., o/>. cit., t. II. p. 58.) 
« ... Ce Paris, oii tout est cabotinage, jusqu'à l'œil en cou- 
lisse de la Renommée, cetle première grande sauteuse des 
féeries en carton de la Gloire. » (Octave Uzanni:, Zif/za/js 
dUoi curieux, p. 12.) « Dans ce monde, en fait de bonheur 
et de succès, le premier rang est au llatteur, \c ^ç^^iowOv \\\\ 

is livre; — r. in 1 



98 LE LIVRE. 



♦ » 



Il faut abandonner au vulgaire cette douce, con- 
solante et réconfortante illusion que la vertu est tou- 
jours et forcément récompensée, que le mérite est tou* 
jours et inévitablement reconnu, qu'un chef-d'œuvre 
est toujours et immanquablement et nécessairement 

sycophanle ou caloninialeur, les gens de mœurs corrompues 
viennent en troiràièine lieu. - (Ménandre, ap. Sainte-Beuve, 
Portraits conte niporains^ l. V, |). 259.) « ... Tout appartient aux 
impudents : les honneurs, les espérances et les richesses. • 
(PÉTRARQUE, Moïi Secvct, trad. Victor Develay, p. 156.) « Il 
ne faut qu*estre effronté pour obtenir des faveurs. • 
(BÉROALDE DE Verville, le Moyeu de parvenir^ ap. H. de 
Balzac, Contes drolatiques j Premier Dixain, Épilogue; t. I, 
p. 305; Paris, Librairie nouvelle, 1859.) « L'estimation vul- 
gaire et commune se voit peu heureuse en rencontre; et, 
de mon temps, je suis trompé si les pires escrits ne sont 
ceux qui ont gagné le dessus du vent populaire • (obtenu 
le plus de renom). (Montaigne, Essais, Vivre IH, chap. ix; 
t. IV, p. 81; Paris, Charpentier, 1862.) « ... Il faut faire 
connaître votre talent.... Prenez un liacre, et courez de 
porto en porte ; c'est ainsi qu'on acquiert la célébrité.... 
Comptez qu'il importe plus d'être charlatan qu'habile...» 
(J. -J.Rousseau, ^'/ni/e, livre III ; t. I, p. 576; Paris, Hachette, 
1862.) « Le vrai talent, plus simple et moins charlatan, n'y 
fait point fortune (en France). La modestie y est la vertu 
des sols. >• (Id., op. cit., livre II; t. I, p. 518, notcl.) « Au 
ton qui règne depuis dix ans dans la littérature..., la célé- 
brité littéraire me parait une espèce de diffamation qui n'a 
pas encore tout à fait autant de mauvais effets que le car- 
can; mais cela viendra. » (Ciiamfort, Œuvres choisies, t. IL 
p. 24; Paris, Librairie des bibHophiles, 1879.) • Si vous 
voulez parvenir dans le monde, tuez votre conscience. • 
MiBABEAV, Conseils à un jeune bomme^ ap, Louis Blanc; 



ACHAT DES LIVRES. 99 

prôné, proclamé et magnifié; qu'à défaut des vivants, 
la postérité, c Téquitable postérité », ne se dérobe 
jamais à son devoir, qui est de tirer de l'ombre 
tous les génies méconnus, et de leur demander grâce 
en fanfarant leurs noms et érigeant au pinacle et en 
pleine lumière leurs images taillées dans le marbre 
ou coulées dans le bronze. Hélas non î il n'en va pas 
ainsi ; et, pas plus que les honneurs et les richesses 

Histoire de la Réoolution française, t. III, p. 110.) * Il se fait, 
dans la société, un brigandage de succès, qui dégoûte d'en 
avoir. » (Prince de Ligne, ap, Sainte-Beuve, Causeries du 
lundi, t. VIII, p. 270.) « Les habiles en littérature sont ceux 
qui, comme les jésuites de Pascal, ne lisent point, écrivent 
peu et intriguent beaucoup. » (P.-L. Courieh, Lettres à 
M. Renouard, (Ewvres, p. 277; Paris, Didot,1865 ;— et Pascal, 
Lettres provinciales, III : Œuvres complètes, t. I, p. 40; Pari.s, 
Hachette, 1860.) « ... Les jeunes gens quelquefois se pas- 
sionnent pour l'étude; c'est la perte assurée de quiconque 
aspire aux emplois de la littérature.... L'étude rend pares- 
seux; on s'enterre dans ses livres, on devient rêveur, dis- 
trait, on oublie ses devoirs, visites, assemblées, repas, céré- 
monies.... » (P.-L. Courier, Lettre à Messieurs de l'Académie, 
op. cif., p. 307.) « ... Selon vous, on s'élève toujours par la for- 
tune, jamais par le mérite. — Franchement, le mérite a fort 
peu de part à tout cela.» (Id., Conversation chez la comtesse . 
d'Albany, op. cit., p. 322.) « Jeunes gens, ne m'imitez pas; ne 
passez pas tout votre temps dans votre cabinet de travail. 
Courez, trottez chez les libraires, chez les journalistes : ne 
laissez pas chômer votre nom. Noire siècle est encombré 
de grands hommes ; la renommée s'enroue à les proclamer. 
Malheur à ceux qui se laissent oublier! • (Viennet, ap. 
Staaff, la Littérature française, t. II, quatrième cours, 
p. 667, note.) « Rien ne m'a plus donné un absolu mépris du 
succès que de considérer à quel prix on l'obtient. ■ (Gustave 
Flaubert, Correspondance, t. I, p. *204.) * Pour rèu^&vc ^^^x'à 
leslettres» il faut un peu de talent el beaucouv <^^ n^- 



100 1^ LIVRE. 

ne sort l'apanage îtiraillible du zèle pour le bien 

public, du travail, du savoir et du talent, la gloire 

n'est pas et ne peut pas être le couronnement assuré 

du génie. Toute l'histoire est là pour nous le dé. 

montrer. 

Des poètes aussi c^'lèbres, sinon même plus célè- 
bres, qu'Homère et que Virgile, ont vécu à Athènes 
et à Rome, et leurs écrits ont disparu, sans qu'on 

nité. • (Jules SiMijN. U» De.rnierK Mémnires des autres, le Péché 
originel, p. 2im.) ■ J'aime l'obacurilé. Les absurdes gloires 
qu'on nous fait en quatre jours avec les Irompes (et tes 
Ircmperies!) des journaux me font trouver l'obscorilé une 
cliose charmante... ■ (BAnBEv d'Aurevilly, Ba*-Bïetis, p.lïB.) 
■ Cour ([ue nous en soyons si fiers, qu'est-ce que la gloire î 

— Le bruit du concert des aveugles, s'ils étaient, par-dessus 
le m arche, des sourds. • (Id-, Pensées détadUte, pp. S-9; Pnris, 
Lemerre, 1S80,)- Toujours, toujours, lorsqu'il y a quelque 
cliose à donner, une place, une croix, une faveur, grande 
ou petite, elque deux candidats sont en présence, d'un 
cAté,un brave homme, pas bien fort, mais modeste et méri- 
tant, et, de l'autre, quelque farceur qui n'a pour lui que 
son suvoir-faire; toujours c'est le farceur qui l'emporte et 
le bon monsieur qui est blackboulé. • (Henry Becçue, ta 
ParUieiine, acte [l, se. vu.) - On pense à moi pour une 
place : mais, par malheur, j'y étais propre ; il fallait un cal- 
culateur, ce fut un danseur qui l'obtinl. • {Beaumarchais, 
le Marlige de Figaro, acte V, se. m.) 

Le mùrile ae cache, il faut l'aller Irouvor. 

{FLoniAS, Fables, livre I, iix.) 

• Ce n'est que dans les contes de fées que l'homme obtient 

ce qu'il mérilfl ou mérile ce qu'il obtient.- • (GoLEmor.!!, 

cité dans (e Mugaiin pilloreague, septembre 1857, p. 510.) 

Kl, poui' conclura, cette sentence de t'Ecclésiasle (I.K. 11): 

- ... J'ai vu que, sous le soleil, le prix n'est point pour ceux 
qui sont les plus légers à la course, ni la victoire A la guerre 



ACHAT DES LIVRES. 101 

puisse en démêler nettement la cause, — peut-être 
parce que ces livres n'étaient pas, comme r Iliade ou 
r Enéide^ en usage chez les écoliers de Tépoque ; — 
leur mémoire est quasiment abolie parmi nous. 
Connaissez-vous c Panyasis, que les critiques pla- 
çaient très haut, à la suite d'Homère ; — Varius, 
qu'on ne séparait pas de Virgile ; — Philetas, que 
Théocrite désespérait jamais d'égaler; — Euplio- 
rion, etc.?... Combien, s'écrie Sainte-Beuve, après 
avoir tracé les lignes précédentes, combien, et des 
meilleurs et des plus charmants, qui ont ainsi suc- 
combé sans retour, et n'ont laissé qu'un nom que 
les érudits seuls remuent encore parfois aujour- 
d'hui ! * » 

* Entre le v® siècle avant l'ère chrétienne et le 
vi« siècle après Jésus-Christ, — remarque M. Paul 
Stapfer, dans un ouvrage des plus instructifs, des 

pour les plus vaillants, ni le pain pour les plus sages, ni les 
richesses pour les plus habiles, ni la faveur pour les meil- 
leurs ouvriers, mais que tout se fait par rencontre et à 
l'aventure ». Ce que notre vieux Mathurin Régnier (Satires y 
III, vers 23-24) a traduit en ces termes : 

Le inonde est un brelan où tout est confondu : 
Tel pense avoir gagné qui souvent a perdu . . . 

Et Voltaire {Nanine, acte I, se. ix) : 

Ce monde-ci n'est qu'une loterie 

De biens, de rangs, de dignités, de droits, 

Brigués sans titre, et répandus sans choix. 

1. Sainte-Beuve, Por^rai7s contemporains, Euphorion ou De 
l'injure du temps, t. V, p. 447. 



102 LE LIVRE. 

plus suggestifs, et à citer en première ligne pour 
Tétude qui nous occupe en ce moment*, — on 
compte, seulement en Grèce, plus de six cents histo- 
riens, parmi lesquels, au dire du savant Egger, une 
trentaine étaient de premier ordre, soit par le talent, 
soit par rérudilion. Des deux cent trente-trois dis- 
cours authentiques de Lysias il en reste une trentaine ; 
des six cents tragédies grecques mentionnées tout 
à rheure, trente-deux; et des trois cent cinquante 
poètes tragiques, trois. Mais qu'est devenu Stési- 
chore, grand poète épique et lyrique? Simonide, 
cinquante-six fois vainqueur dans les concours? 

1. Paul Stapfer, Des Réputations littéraires, Essais de 
morale et d'histoire; nouvelle édition : Paris, Fischbacher, 
1901; 2 vol. in-16; t. I, pp. 224-226. • Le livre de M. Paul 
Stapfer vaut le plus beau sermon du monde sur la vanité 
de la gloire. » (Emile Faouet, Joibrnat des Débats, 22 décembre 
1893.) « ... Les Réputations tittéraires... livre digne d'être 
médité, appris par cœur, et que peu de personnes ont lu. » 
(Gaston Deschamps, te Temps, 22 novembre 1896.) «... Des 
Réputations littéraires, un des meilleurs livres de ces trente 
dernières années. » (J. Cornély, le Figaro, 25 juillet 1898.) 
« Max Nordau n'hésite pas à placer le livre de Paul Stapfer 
sur les Réputations littéraires parmi les chefs-d'œuvre de 
la critique moderne. •• (La /îeuae [ancienne Revue des Revues], 
l*"^ novembre 1904, p. 55.) Sur les bizarreries et iniquités de 
la gloire littéraire, principalement sur son inanité, voir 
Remy de Gourmont, la Gloire et l'Idée de l'immortalité. 
Mercure de France^ novembre 1900 : bon article, copieuse- 
ment documenté, dont il existe une analyse dans la Revue 
encyclopédique, 8 décembre 1900, p. 1015. Voir aussi l'article 
du marquis R. Paulucci di Calboli, les Grands Inconnus 
dans la littérature, la Revue (ancienne Revue des Revues), 
!•' novembre 1904, que nous venons de citer. 



ACHAT DES LIVRES. 103 

Corinne, qui remporta cinq victoires sur Pindare 
lui-même, et qu'on nommait la dixième Muse?... 
Parthenius, maître de Virgile? Euphorign, mort 
deux fois, puisque Gallus, son imitateur latin, en 
qui il put espérer revivre, comme Ménandre revit 
chez Térence, a, lui aussi, péri tout entier? 

« Le témoignage de Virgile, d'Ovide et de Pro- 
perce ne laisse subsister aucun doute sur le rare 
talent de Gallus et sur la grande réputation dont 
jouit ce poète, tant que ses ouvrages vécurent pour 
l'entretenir et la justifier. Quel ne devait pas être le 
génie de Varius, dont Virgile, à ses débuts, avouait 
la supériorité, qu'Horace proclamait, à son tour, le 
premier parmi les épiques?... Pollion, à la fois poète, 
orateur et historien, fréquemment loué, ou, pour 
mieux dire, chanté par Virgile et par Horace en 
termes émus et respectueux, était un des hommes 
les plus célèbres de son temps. Calvus disputa à 
Cicéron l'empire du barreau, et, meilleur poète que 
Cicéron, il écrivit des vers qui lui valurent l'honneur 
d'être constamment nommé à côté de Catulle par 
Ovide, Horace et Propercc.... Le vénérable chef des 
poètes latins, summus poeta nostei\ comme l'appe- 
lait Cicéron, Ennius, a péri, avec Nœvius, avec 
Cinna, avec Varron de Narbonne, avec tant d'au- 
tres.... » 

Et pourquoi, je vous le demande, pourquoi Phi- 
letas, le maître et le modèle de Théocrite, dispa- 



104 LE LIVRE. 

rait-il, tandis que surnage ci triomphe son disciple 
et son inférieur? Pourquoi Corinne sombre-t-elle, et 
non Pindare, à qui elle était supérieure? Pourquoi 
Parthenius, et non Virgile; Varius, et non Horace; 
('alvus, au lieu de Cicéron, etc.? Que les partisans 
de « la justice immanente > veuillent bien nous 
donner la clé de ces énigmes*. 

Le plus curieux exemple peut-être des bizarreries 
(jue nous offre Thistoire des fortunes et infortunes 
lilléraires, c'est le sort du fabuliste Phèdre. Il vivait 
h Rome, sous l'empereur Auguste, dont il avait été 
lesclave, et qui l'avait affranchi. Il meurt en Tan 44, 
après avoir joui de quelque renom, mais d'un renom 
bien moindre que celui qu'il pensait mériter, et après 
avoir, en conséquence, lancé, lui aussi, un éner- 
gique ai)pol à l'impartiale, souveraine et vengeresse 
postérité*, il meurt, et tombe dans Toubli, le néant, 

1. D'après Max Bonnet (la Philologie classique, p. 47; ap. 
Paul Stapfer, op. cit., t. I , p. 227, note 1), « si Homère, 
Sophocle cl Euripide, si Tliucydide, Démosthène et Lucien 
ont survécu, c'est principalement parce qu'on en faisait un 
ol)jet d'études pour la jeunesse, le véhicule de la connais- 
sance du ^viic ancien et de l'antiquité classique en général. ■ 
(If. Jean Finot. la lirvue (ancienne Revue des Revues), 
l'^'- janvier 1000, p. 00. 

2. Si livor olïtrcclarc curam voluerit. 

Non tainen cripict laudis coiisricntiam.... 
l'iitalc oxitiuin corde «lurulo f<'mni, 
Douée fortunam criniinis piideat sui. 

« S'il plaît à l'envie de critiquer mon ouvrage, elle ne sau- 
rait détruire en moi le juste sentiment de son prix.... Je 



ACHAT DES LIVRES. 105 

disparaît totalement pendant quinze siècles. En 1562, 
un hasard, le pillage d'une abbaye catholique par 
une bande de protestants, fait choir le manuscrit 
de ses fables, manuscrit perdu dans la poussière 
d'une bibliothèque, entre les mains du jurisconsulte 
François Pithôu. Celui-ci le communique à son frère 
Pierre, un des auteurs de la Ménippée^ qui le fait 
imprimer, en 1596. Et voilà Phèdre ressuscité; on le 
traduit et on le commente dans toutes les langues 
et dans tous les collèges: P/iœdri fahxdarum Ubn 
quinque! Il devient le rival d'Ésope et l'un des four- 
nisseurs attitrés de La Fontaine*. 

Pro captu lectoris habent sua fata libelli. 

Le mot de Terentianus Maurus* est toujours de 
circonstance, éternellement vrai : les livres ont leur 
destinée, \q\xt fatum ^ « leur fatalité ». 

Que de fois j'ai entendu des éditeurs, et des plus 
habiles, des plus experts, déclarer qu'il leur était de 
toute impossibilité de connaître d'avance le sort 
d'un livre, — du livre qu'ils allaient lancer; et que 

supporterai d'un cœur ferme une si cruelle destinée, jusqu'à 
ce que la fortune rougisse de ses torts. » 

(Phèdre, Fables, livre II, Épilogue; trad. Nisard, p. 724.) 

1. Cf. Notice sur Phèdre^ pp. 687 et suiv., dans la collection 
des auteurs latins, trad. Nisard; — Gustave Merlet, 
Études littéraires^ t. II, La Fontaine, p. 179, note 1 ; — Alexis 
PiKRRON, Histoire de la littérature romaine^ pp. 402-470. 

2. Ap. II. GÉRAUD, Essai sur les livres dans l'antiquité, épi- 
graphe. 



106 LE UVRE. 

c'était cela même, cette incertitude et ces émotions, 
comparables à celles du joueur, qui faisaient le 
charme de leur métier! 

Un sujcl en vogue et tout à fait bien choisi pour 
piquer et exciter la curiosité des lecteurs, un 
scandale du moment, par exemple.'; puis de l'ar- 
gent, la forte somme', pour acheter toutes les trom- 

1. Cf. supra, p. 83, les Irois conditions qu'un livre doit 
remplir, d'après Stendhal, pour bien se vendre- ■ Le goût 
public se compose d'un élément passager, qui est )a mode, 
et d'un élément stable, qui est la médiocrité. Par ce dernier 
mot, j'enlcnds que le public aime et qu'il aimera toujours 
les choses et les qualités moyennes : des idées claires, géné- 
ralement rci^ues ; un style aisé, banal ;l'artince d'une intrigue 
Taisant régulièrement jouer les cordes dé la pitié et de la 
crainte, sans déconcerter ni la morale, chère au cœur, ni la 
logique voulue par l'caprit; • etc. (Paul Stapfeu, o;*. eil., l, I, 
p. 101.) En d'autres termes, ce qu'on pourrait appeler une 
médiocrité de premier ordre. 

2. • L'argent, l'argenl, on ne saurait dire combien il est 
vraiment le nerf et le dieu de la littérature d'aujourd'hui. ■ 
(Saote-Bel-ve, Portraits contemporains, t. III, p *3I.) 

L-argenl en honnête homme érige un scùlérat; 
Etc. etc. 
(BoiLEAU, Ëpitres, V, vers 85-87.) 

Et quelle affaire ne fait point 
Ce bienheureux mêlai, l'argent, maître du mande ? 

(La Fontaine, Coules, la Coupe enchantée, vers 319-313.) 



-, op. cit., Belphégor, Ters 08-100.) 
L'argSnt est le premier mobile des afTalres de c« 



ACHAT DES LIVRES. 107 

pelles de la renommée, faire résonner de loutes paris 
el à saliélé les mille voix de la presse, — si blasé 

monde.» (Voltaire, r/n^cnM,chap.vni : Œuvres complèleSf i.W, 
p. 222.) « Pour moi, ouvrant les yeux autour de moi, au 
sortir de Tenfance, je vis que Targeut et Tintriguc sont 
presque la seule voie pour aller à tout. » (André Chénier, 
ap, Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. IV, p. 146.) 

L'argent, mon cher, l'argent, c'est la seule puissance. 
(François Ponsard, V Honneur et i Argent, acte IV, se. v.) 

Il n'existe 
Qu'un mérite ici-bas, c'est d'être riche ; il n'est 
Qu'un esprit, et qui rend charmant le plus benêt. 
C'est d'être riche; il n'est, et ce siècle l'affiche, 
Qu'une beauté, toujours, partout, c'est d'être riche ; 
Etc. 

(Victor IIuGO, VAne, THomme vis-à-vis de lui-même, p. 150; 
Paris, Hetzel-Quantin, s. d.; in-i6.) 

« Rien ne déconsidère, fors la pauvreté. » (Paul Adam, le.^ 
Cœurs utiles, p. 526.) « En tous pays, on arrive avec de l'ar- 
gent, des protections et du savoir-faire. Cela est naturel; il 
n'y a pas là de quoi s'indigner ni s'étonner. » (Albert Colli- 
<;non, Notes et Réflexions d'un lecteur, p. 40.) 

« Comme il [Sylla] se vanta et glorifia, à son retour de la 
guerre d'Afrique, il y eut un personnage de bien et d'hon- 
neur qui lui dit : « Et comment serait-il possible que tu 
« fusses honnête homme, ayant si bien de quoi comme tu as 
« [ayant tant d'argent aujourd'hui], vu que ton père ne t'a 
« rien laissé? » (Plutarque, Vie de Sylla : Œuvres, trad. 
Amyot, t. IV, p. 68; Paris, Bastien, 1784.) Omnis divea aut 
iniquus est, aut hxres iniqui : « Tout homme riche est un 
malhonnête homme ou l'héritier d'un malhonnête homme ». 
(Saint JÉRÔME, cité dans l' Intermédiaire des chercheurs et curieux^ 
10 mars 1907, col. 356.) Le janséniste Domat, — qui « était in- 
fatigable au travail, ennemi de toute distraction et de tout 
relâche : « Travaillons, disait-il, nous nous reposerons 
« dans le Paradis-», — appréciait un jour en ces termes l'ar- 
gent et les puissants de la terre : « Cinq ou six pendards 
partagent la meilleure partie du monde et la plusricK^. Ow 



108 LE LIV;^E. 

que soit le public sur roulrecuidance et les men- 
songes de la réclame ; enfin, les relations de Tau- 
est assez pour nous faire juger quel bien c'est devant Dieu 
que les richesses. » (Sainte-Beuve, Por^/îoî/a/, livre VI, t. V, 
p. 522; et P.-J. Proudhon, De la Justice dans la Révolution et 
dans r£'(//îsc, troisième étude, chap.ii, t. I, p. 247; Bruxelles, 
1868.) « 11 y a si peu de grandes fortunes innocentes, que je 
pardonne à vos pères de ne vous en avoir point laissé. » 
(Mme DE Lambert à son fils, ap. Sainte-Beuve, Causeries 
du lundis t. IV, p. 222.) « ... Le peuple n'estime et ne loue 
plus que ceux qui font fortune. S'il porte encore (juclque 
respect aux talents et aux vertus, c'est qu'il les regarde 
comme des moyens de s'enrichir. Ce qu'on appelle même 
la bonne compagnie ne pense guère autrement. Mais je vou- 
drais bien savoir s'il y a qucl<iue moyen honnête de faire 
fortune, pour un homme sans argent, dans un pays où tout 
est vénal. Il faut au moins intriguer, plaire à un parti, se 
faire des protecteurs et des prôneurs; et, pour cela, il faut 
être de mauvaise foi, corrompre, flatter, tromper, épouser 
les passions d'autrui, bonnes ou mauvaises, se dévoyer 
enfin par quelque endroit. J'ai vu des gens parvenir dans 
toutes sortes d'états; mais, j'ose le dire publiquement, 
quelques louanges qu'on ait données à leur mérite, et 
quoique plusieurs d'entre eux en eussent en effet, je n'ai vu 
les plus honnêtes s'élever et se maintenir qu'aux dépens 
de quelques vertus. » (Bernardin de Saint-Pierre, fUia/es de 
la nature^ Réponses aux objections..., p. 91; Paris, Didot, 
1868; in-18.) « Si je ne vous paraissais pas trop outrée, je 
vous dirais que je hais, que j'abhorre l'argent, quand je 
viens à penser qu'il est le prix de tout. Fi! » (Mlle de Les- 
pinasse, Lettres, cxlii, 27 octobre 1775; t. II, p. 155; édition 
annotée par Gustave Isambert : Paris, collection Jaimet- 
Picard, 1876.) 

Sachez que, dans un temps si funeste au devoir, 
Où rien n'enrichit mieux que le crime et le vice, 
La pauvreté souvent est un heureux indice. 

(Fadre d*É(îlantine, le Philinte de Molière ou la iSuitc du 
Misanthrope, acte I, se. vi.) 



ACHAT DES UVRES. 109 

leur, sa situation et sa notoriété : tels sont, comme 
nous l'expliquions tout à Theure, les plus sûrs élé- 
ments du succès *. 

Le talent, qu'on est si désireux et qu'on serait si 
tenté de considérer comme le souverain promoteur, 
Tunique artisan de la réussite, n\ a souvent qu'une 
part très minime, souvent même aucune part. Suppo- 
sez encore une fois un livre de génie publié dans 
une de ces maisons d'édition appelées caves^ qui ira 
le déterrer, là 1 Comment le découvrir ? Par quelle 
grâce du Ciel s'apercevra-t-on de son existence'? Un 

1. « Paris reste bien la grande Tibrique centrale des répu- 
tations littéraires, et c'est à Paris que doit se rendre tout 
écrivain français qui veut parvenir. Qu'il fasse sa cour aux 
dames, comme autrefois ; aux puissances et aux hommes en 
place, comme de tout temps; mais surtout à Sa Majesté 
la Presse, reine des reines, impératrice du monde! C'est elle 
qui désormais est le seul grand organe des autorités qui 
mènent le public... •(PaulSTAPFEH, op. cit., t. II, pp. 120-121.) 

2. « ... Plus ma confiance diminue dans les réponses 
prudhommesques de la sagesse officielle : Le monde n'a pas 
d'i longues injustices! — Le temps remet enfin chaque chose à 
sa place! O sainte candeur que celle qui se repose sur ces 
sentences pompeuses! Bon jeune homme, laisse-moi tVm- 
brasserî Alors, tu crois que, du seul fait que ton œuvre est 
bonne, elle est assurée de la vie future? Mais vivre, malheu- 
reux, c'est sonner dans la mémoire des hommes, et, pour 
sonner, il faut bien que quelqu'un attache le grelot. Com- 
ment peux-tu donc être si sur de trouver un jour cet offi- 
cieux ami de ta gloire? Pour qu'il ne surgisse jamais, 
il n*est point nécessaire de supposer la noire envie cl 
je ne sais quelle horrible conspiration du silence : l'igno- 
rance et la paresse suffisent. » (Paul Stapfer, op. cit., t. II, 
pp. 188-189.) 



110 LE LIVRE. 

chef-d'œuvre de peinture ou de sculpture a la 
chance de pouvoir être remarqué du premier coup, 
d'un clin d'oeil; mais, un livre, il faut « prendre la 
peine » de l'ouvrir, « prendre la peine » de le lire. 
Aussi est-ce très justement et tout à fait exactement 
cfu' Alfred de Vigny a comparé le sort d'un livre à 
celui d'une bouteille jetée à la mer, avec cette 
étiquette : « Attrape qui peut! * » 

Quant à la gloire littéraire, pour revenir à elle, 
rien, encore une fois, de plus inconsistant et de plus 
fuyant, de plus aléatoire, de plus aveugle et de plus 
trompeur. 

« Le royaume de la gloire est aux violents et aux 
habiles d'abord ; il appartient aussi à quelques heu- 
reux, que choisit le hasard, pour se moquer de 
nous. 

« Qu'on le sache bien : l'histoire des réputations 
littéraires et de toutes les autres réputations n'est 
qu'un long répertoire d'erreurs, de méprises, de 
jugements ignares, injustes et faux, toujours sujets 



à revision*. » 



1. Alfred de Vigny, Journal d'un poète, p. 183. (Paiis, 
Charpentier, 1882.) Voir aussi, dans le môme livre de ce 
noble poète et de ce sage, pages 94 et 99, de remarquables 
considérations sur les succès de la inédiocriU : • ... J'ai 
peu d'eslime pour une pièce qui réussit, c'est signe de 
médiocrité ; il faut au public quehjue chose d'un peu 
grossier; » etc. 

2. Paul Stapfer, op, cit., t. II, p. 50. •« La gloire,... déesse 
plus aveugle que la fortune, que le destin et que l'amour ! » 



ACHAT DES LIVRES. 111 

Nous avons parlé des anciens, cité nombre de 
noms jadis illustres, retentissants entre tous, et qui 
ne nous disent plus rien du tout aujourd'hui, Pa- 
nyasis, Variua, Philetas, Gallus, Parthenius, Eu- 
phorion, etc.; passons aux modernes, et parlons du 
plus célèbre de nos contemporains, de Victor Hugo, 
dont nous admirons tous le génie, et dont vous avez 
peut-être vu les grandioses funérailles, qui se dérou- 
lèrent, durant toute une journée, le lundi l^** juin 1885, 
de TArc de Triomphe au Panthéon. Eh bien, les fu- 
nérailles de Delille, qui eurent lieu en i815, furent 
bien plus pompeuses encore et oifrirent mieux en- 
core Faspect d'une antique apothéose : «... Son 
corps resta exposé plusieurs jours au Collège de 
France, sur un lit de parade, la tête couronnée de 
laurier et. le visage légèrement peint. Tous ceux qui 
habitaient Paris à cette époque ont mémoire de son 
convoi*.... » Delille eut, de son vivant, une renommée 

(Leopardi, Poésies, XIX, Au comte Carlo Pepoli, p. 201, Irad. 
Eugène Carré; Paris, Charpentier, 1887.) « La postérité est 
une grande indifférente, qui prend son bien et son plaisir 
partout où elle le trouve, qui cueille çà et là à son gré.... » 
(Sainte-Beuve, Correspondance , t. II, p. 232, lettre à M. Jules 
Claretie, 18 novembre 1867.) « La prétendue justice de la 
postérité est une chimère. » (Henry Maret, le Journal, 
7 novembre 1900.) 

1. Sainte-Heuve, Portraits littéraires, t. II, p. 105. Et plus 
loin (p. lOi) : « L'abbé Delille, dans un voyage qu'il fit. en 
1786, à Metz, à Pont-à-Mousson, à Strasbourg, fut reçu dans 
chaque ville parles gouverneurs, par les colonels à la télé 
de leurs régiments, par les maréchaux de Stainville et de 
Gontades au sein de leurs états -majora, ^V. coYcvavaocwi^i. 



112 LE LIVRE. 

aussi bruyante, sinon plus, que celle de Victor 
Hugo. OnTavait surnommé « le* prince des poètes » ; 
on le portait en triomphe, comme Voltaire à 
IrèneK Que reste-t-il aujourd'hui de Delille? Un 
nom, un nom qui est l'expression d'un genre litté- 
raire, l'étiquette ou le symbole de l'école descrip- 
tive du xviii® siècle, — et c'est tout. Encore est-ce 
quelque chose, tandis que de quantité d'autres écri- 
vains, non moins glorieux, non moins vantés, adulés 
et prônés de leur vivant, il ne reste — en dehors des 
érudits et spécialistes — absolument rien. 

« Aucune gloire éteinte n'a surpassé en durée ni 
en étendue celle de Jean de Meung et du Roman de 
la Rose. Au commencement du xvi*' siècle, « Mon- 
seigneur Crétin » était considéré comme « souverain 
poète français, surpassant Homère, Virgile et Dante 
par l'excellence de son style* ».... « Au temps 
de Henri H, c'est-à-dire alors que Ronsard et ses 
amis brillaient dans toute leur splendeur, François 
Habert était surnommé le Poète royal, faisait échec 
à la gloire de la Pléiade et l'emportait sur elle^. » 
Qui se souvient aujourd'hui d'Habert, de Guillaume 
Crétin, de Jean de Meung? 

lui-môme les petites guerres. » Jamais, in.rrats (juo nous 
sommes, jamais nous n'en avons fait aulanl jiour Mclor llui^o. 

1. Cf. Sainte-Beuve, op. cit., pp. OG et suiv. et p. 10*2. 

2 Paul Stapfer, op. cit., t. Il, p. 205. 

3. C.-D. D'IlÉRiCAULT, op. Paul Stapfer, op. cit., l. H, 
pp. 265-266. 



ACHAT DES LIVRES. 113 

Du Bartas a de même éclipsé Ronsard, joui d'une 
gloire sans rivale, d'une gloire européenne : « Nul 
poète n'a peut-être eu, de son vivant et après sa 
mort, plus de renom, en son pays et à l'étranger, 
que du Bartas ^ » 

Et L'Hôpital, du Vair S Bodin, LaNoue, ... « quand 
on songe combien ils sont peu connus aujourd'hui, et 
combien la Satire Ménippée est, sinon lue, au moins 
connue, on ne peut s'empêcher de trouver un peu d'in- 
justice dans cette inégale répartition de la gloire'. » 

Si l'on classait les orateurs sacrés du siècle de 
Louis XIV d'après le nombre de stations que ce 
prince leur fît prêcher à fe cour, et qui devait vrai- 
semblablement correspondre à l'estime que l'opinion 
publique faisait d'eux, voici, selon M. A. Gazier*, 

1 . Sainte-Beuve, Tableau de la Poésie française au xvi* siècle^ 
p. 581. (Paris, Charpentier, 1869.) Cf. aussi Paul Stapfer, op. 
cit., t. II, pp. 246 et suiv. 

2. Sur Guillaume du Vair (1556-1621), que Richelieu consi- 
dérait comme un des meilleurs écrivains de son temps, 
cf. supra^ t. I, p. 233, notes. 

5. Gustave Lanson, Histoire de la liUérature française, 
p. 315. « Les traités de Guillaume du Vair, écrit encore 
M. Gustave Lanson {op. cit., pp. 336 et 337), sont la grande 
œuvre de la philosophie morale de ce temps-là. Il y eut peu 
d'âmes plus belles, plus fortes que celle de ce magistrat, 
qui mourut évêque.... Si Ton rassemble la belle suite des 
harangues de du Vair, son curieux Traité de l'Éloquence 
française, ses œuvres morales et ses discours chrétiens, 
on se convaincra que ce remarquable orateur n'a pas encore 
reçu la place à laquelle il a droit. » 

4. A. Gazier, Petite Histoire de la littérature française, 
p. 550. Cf. Paul Stapfeiî, op. cit., t. IL p. 264. 

LE LTVBE. — T. IV. ^ 



lU LE LIVRE. 

dans quel ordre ils se présenteraient : « Le roi des 
orateurs serait le Père Gaillard, jésuite, qui prêcha 
devant Sa Majesté quatorze avents ou carêmes; en- 
suite viendraient, sur la môme ligne, Bourdaloue et 
Mascaron; puis le Père La Rue, jésuite, et Torato- 
rien Le Boux, évoque de Périgueux. Bossuet occu- 
perait seulement le sixième rang, avec quatre sta- 
tions, deux avents et deux carêmes, et il serait suivi 
de près par le Père Quinquet, théatin, par les ora- 
toriens Soanen et Massillon. » 

Bossuet, lui, est à présent, et depuis longtemps, 
au pinacle, considéré comme une des lumières et 
des gloires de la France. Sainte-Beuve a même été 
jusqu'à dire que « la gloire de Bossuet est devenue 
l'une des religions de la France; on la reconnaît, on 
la proclame, on s'honore soi-même en y apportant 
chaque jour un nouveau tribut; ... on ne la discute 
plus' ». Si, on la discute encore, et Sainte-Beuve, 
lui-môme, le grand juge littéraire, Sainte-Beuve le 
reconnaît et l'établit tout le premier : « Les esprits 
curieux et libres, les esprits délicats et fins, sont 
enclins à ne pas goûter Bossuet, et ils ont leurs 
.raisons pour cette antipathie^ ». Combien, en effet, 
ont prétendu et prétendent que cette gloire est 
usurpée, que l'auteur du Discours sur Vhistoire uni- 
verselle aussi bien que des Orako)iS funèbres n'est 

1. Causeries du lundi (29 mai J854), t. X, p. 1 40. 

2. Nouveaux Lundis (19 mai 1862), t. Il, i). 539. 



ACHAT DES LIVRES. 115 

qu'un pompeux rhéteur, qu'un creux et sonore 
phraseur ! S'ils se plaisent encore avec Bossuet, 
c'est avec le Bossuet des Sermons^ — de ces ser- 
mons que La Harpe déclarait « médiocres' », et que 
la critique moderne a tirés de l'oubli et mis en valeur. 

Nous avons vu * en quels termes Renan apprécie 
l'aigle de Meaux et ses écrits : « ... Montrez hardi- 
ment ce qu'il a fallu de naïveté et de confiance 
dans les rhéteurs pour accepter comme des chefs- 
d'œuvre un ouvrage aussi puéril que VHistoire uni- 
verselle, qui, de nos jours, mériterait à peine de 
figurer parmi les ouvrages destinés à un pensionnat 
de religieuses ; la Politique tirée de V Écriture, ignoble 
parodie de la Bible au profit de Louis XIV ; » etc. 
« Quel livre, grand Dieu! que VHistoire universelle, 
objet d'une admiration conventionnelle, œuvre d'un 
théologien arriéré, pour apprendre à notre jeunesse 
libérale la philosophie de l'histoire ! » s'écrie ailleurs 
Renan ^. 

€ Bossuet est sans doute un homme à citer 
parmi les écrivains qui ont illustré le règne de 
Louis XIV; mais, déclare Grimm*, sa gloire périra 
et ne pourra résister aux efforts des siècles. Car, 
amen, amen, dico vobis, ce n'est ni par la contro- 

i. Cf. Gustave Merlet, <>p. cit., pp. 209 et 254. 

2. Dans notre tome I, pp. 279-280, notes. 

3. L'Avenir de la science, pp. 220-227. 

4. Correspomlance littéraire, octobre 1772; t. X, p. 79. (Paris, 
Garnier, 1879.) 



116 LE LIVRE. 

verse, ni par un tableau rapidement tracé d'un 
peuple barbare et malpropre, tel que les Juifs, ni 
par des sermons, ni par des oraisons funèbres*, que 

1. « ... Ln plupart des sermons, des oraisons funèbres,.*- 

sont des amplifications ennuyeuses, des lieux communs 

cent et cent fois répétés. » (Voltaire, Dictionnaire philoso- 

phiquCj art. Amplification: Œuvres complètes, t. I, p. 91; 

l*aris, édit. du journal le Siècle, 1807.) « Une oraison funèbre 

n'est (pi'une déclamation, » dit encore Voltaire {Siècle de 

Louis XIV, chap. xxv : Œuvres complètes, t. II, p. 441). Les 

oraisons funèbres, en outre, ne sont guère, et c'est forcé, 

(jue des tissus de « mensonges », ou, si vous préférez, 

d* « erreurs voulues ». Il n'est pas une oraison funèbre de 

Bossuctqui ne justiGe cette assertion. D'Anne de Gonzague, 

par exemple, femme de mœurs ultra-faciles, héroïne de 

nombreuses et très scandaleuses aventures, qui, abbesse 

d'un couvent, n'avait d'autres soucis que ses amoureuses 

équipées (cf. le cardinal de Retz, qui a dit d'elle [Mémoires, 

seconde partie, t. II, pp. 186-187; édit. des Grands Écrivains 

de la France] « qu'elle estimait autant la galanterie qu'elle en 

aimait le solide » ; — Mme de Motteville, Mémoires, passim ; 

— Tallemant des Réaux, Historiettes, t. III, pp.2t)etsuiv.; — 

Carte géographique de la Cour ou Carte du pays de Dracquerie, 

dans {'Histoire amoureuse des Gaules^ de Bussy-Rabutin, t. I, 

p. 274 [Paris, Delahays, 1858]; — la Revue encyclopédique, 

6 mai 1899, p. 353, où on lit : « A l'abbaye d'Avenay, près 

d'Ay, l'archevêque de Reims, Henri II de Lorraine, duc de 

Guise, retrouva ses deux belles cousines, les i)rincesses 

Anne et Bénédicte de Gonzague, et le trio se livrait à toutes 

les folies imaginables. Un soir, entre autres, renonçant à 

retourner à Reims, l'archevêque se fit dresser un lit dans 

le parloir de l'abbaye, et la princesse Anne coucha de 

l'autre côté de la grille; cette plaisanterie les amusa aux 

larmes.... Bref, l'archevêque eut une passion pour les deux 

cousines; mais, Bénédicte étant morte, il épousa Anne, le 

4 mai 1658, en présence d'un prêtre, chanoine de l'Église de 

Reims, » etc., etc.), — de celte « bonne robe >», comme on 

disait alors, Bossuet nous fait, sans éclater de rire et le 



ACHAT DES LIVRES. .117 

VOUS vaincrez le temps, et que vous vous assurerez 
radmiration constante de la postérité. » 

« On a dit, il y a longtemps, que Bossuet était 
inégal ; mais on n'a point dit assez combien il est 
long et froid, et vide d'idées dans quelques parties 
de ses discours*. » 

« Bossuet. . . . Qu'est-ce que son Histoire universelle^ 
Une puérilité. Écrire ce grand mot : Vllistoire ak 
V Univers, et faire tourner cet univers, avec ses 

plus sérieusement du monde, un modèle de vertu : « La jeune 
ahbesse (au couvent d'Avenay) devint un modèle de vertu! » 
(Bossuet, Oraison.'i funèbres^ p. 165; Paris, Dezobry, s. d.). 
La reine Henriette d'Angleterre meurt subitement, sans 
sacrements : « Elle était si bien préparée, s'écrie Bossuet, 
que la mort n'a pu la surprendre, encore qu'elle soit venue 
sous l'apparence du sommeil. » Tout se justifie et se sanc- 
tifie avec ce système. « La vérité, ajoute Sainte-Beuve 
{Port-Royal, t. IV, p. 557, note 1), justement à propos de cette 
oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre, est presque tou- 
jours (chez Bossuet) couverte d'une draperie ou d'un voile. » 
Et l'oraison funèbre de Michel Le Telher! « Si Bossuet, 
écrit encore Sainte-Éeuve (Causeries du lundi, t. XV, p. 271), 
s'oubhe jusqu'à faire de l'ancien secrétaire d'État LeTellier, 
de cet homme d'esprit doucereux et fm, une majestueuse 
figure de chef de justice et un pendant de L'Hôpital, on 
n'est pas fâché d'entendre l'abbé de Saint-Pierre réduire 
la figure à ses justes proportions, et mettant, comme on 
dit vulgairement, les pieds dans le plat, nous dire crûment: 
« Le Tellier n'eut, durant sa vie, que le même but,... et ce 
but fut d'enrichir sa famille et d'augmenter son pouvoir tous 
les jours par des charges, par des emplois, par des allian- 
ces, par des richesses, par des dignités et surtout par la 
faveur du roi. »• Etc., etc. 

1. Thomas, ap. cardinal Maury, Essai sur V éloquence de la 
chaire, chap. [lxviii, p. 369. (Paris,^Didot,;^i877.) 



118 LE LIVRE. 

quatre mille ans d'existence, avec tous les événe- 
ments qui les ont remplis, ... faire tourner tout cela 
autour d'une misérable tribu perdue dans un coin 
du monde.... Savez-vous ce qu'il fait, votre Bossuet? 
Il rapetisse Dieu ! Il rapetisse le monde ! Il rapetisse 
les hommes ! » Etc. ' . 

€ Parmi les grands esprits, il n'en est peut-être 
pas un chez qui Tincapacité d'entrevoir l'avenir ait 
été aussi profonde que chez Bossuet*. > 

« ... Bossuet ne possède à aucun degré le sens 
historique. Son Discours sur Vhisioire universelle 
n'est qu'une thèse religieuse des plus contestables; 
VHistoire des Variations n*est qu'un pamphlet et 
même une diatribe^.... » 

« Bossuet... n'a fait, en somme, que chanter toute 
sa vie, d'une voix pontificale et sonore, la grand'- 
messe du lieu conamun*. » 

Ce qui n'empêche que ce grand « chantre », — 
mais surtout, encore une fois, et de plus en plus, le 
€ chantre » des Sermons, — conserve nombre d'ad- 
mirateurs. 

Il est fort probable que si Voltaire n'avait pas 
gravé dans son Temple du goût les petits vers mé- 

1. Daniel Manin, ap, Ernest Legouvé, la Lecture en action, 
pp. 350 et suiv. 

2. LiTTRÉ, ap, Jules Levallois, Journal manuscrit, cahior 
XIV, p. 13. 

3. Jules Levallois, loc.cit., cahier XXIIl, p. 105. 

4. Paul Stapfer, op. cit. y 1. 1, p. 112. 



ACHAT DES LIVRES. 119 

diocres de Mme Deshoulières, le nom de cette muse 
serait vite tombé dans l'oubli*. 

Et Jean-Baptiste Rousseau, < en qui ses con^ 
temporains voyaient le Pindare, l'Horace de la 
France', » et qui certainement aujourd'hui est bien 
déchu de cette gloire, méritait-il de surnager, est-il 
vraiment digne de figurer parmi les « classiques 
français »? Il est permis d'en douter. 

Que d'écrivains ainsi surfaits, vraiment trop for- 
tunés, nous pourrions citer encore! 

Au contraire, il en est d'autres à qui plus de re- 
nom et meilleure chance semblaient réservés. 

« Richardson ! si tu n'as pas joui de ton vivant 
de toute la réputation que lu méritais, s'écrie Dide- 
rot^, combien tu seras grand chez nos neveux, lors- 
qu'ils te verront à la distance d'où nous voyons 
Homère! Alors qui est-ce qui osera arracher une 
ligne de ton sublime ouvrage (C/arisse Ilarlowe^ où 

1. Cf. Paul Stapfer, o/>. cit., t. II, j). 238. 

2. A. Gazieh, op. cit., p. ^00. Voir aussi lo portrait de 
J.-B. Rousseau par Sainte-BeIjve {Portraits littéraires, t. I, 
p. 143) : « ... Son style a de la gravité, quelque noblesse, 
mais peu d'images, peu de consistance, nulle originalité.... 
Le pire, c'est que l'auteur manque d'idées et qu'il se traîne 
pour en ramasser de toutes parts. >» Etc. 

5. Éloge do Richardson : Œuvres rhoiffies, t. T, p. 303. 
(Paris, Didot, 1847.) Voir aussi p. 292 : « O Ricliardsoii, 
Richardson, homme unique à mes yeux.... Tu me resteras 
sur le m^me rayon avec Moïse, Homère, Euripide et 
Sophocle, et je vous lirai tour à tour. » Sur Richardson, 
cf. notre tome II, p. 192, note 2. 



120 LE LIVRE. 

■ l'auleurne fait pas un pas qui oe soit de génie >)7... 
Siècles, hâtez-vous de couler, cl d'amener avec 
vous les honneurs qui sont dus à Richardson ! » Etc. 
Qui actuellement, en France, lit Richardson (1689- 
1761}? Clarisse Hartowe, aussi bien que Paméla, 
autre chef-d'œuvre du même génie, ne figure même 
plus dans aucun catalogue d'éditeurs, — d'éditeurs 
français, — et ne se rencontre plus que d'occasion. 
El Bamond? Qui lit, qui connaît aujourd'hui Ra- 
mond df! Carbonnières (1755-1827), l'auteur de pages 
si remarquables, notamment sur les Pyrénées? 
t Ramond, qui esl un Volney bien autrement élo- 
quent et ému, qui n'est pas seulement un dessina- 
teur, qui est un coloriste et parfois un Claude Lor- 
rain ou un Carie du Jardin des montagnes (il y a 
de quoi justifier ces rapprochements), ne fut 
apprécié que de quelques-uns. Depuis lors, la cri- 
tique littéraire, qui, aux mains des maîtres, ne s'est 
guère appliquée qu'à des époques plus éloignées, 
n'a pas daigné regarder ou du moins signaler ce 
qu'elle n'ignorait pas, ce que pourtani, je crois, elle 
ne prisait point assez et à sa valeur. On hésite tou- 
jours à se mettre en avant quand t'opinion de la foule 
ne nou» a pas frayé te chemin : il faut même, pour 
cela, une espèce particulière de courage, ce que j'ap- 
pelle le courage du jugement'. • Ce qui n'empêche 
pas, encore une fois et au point de vue de la stricte 

1. Sainte-Bevve, Gauêeries du lundi, t, X, p. ■470. Michelet 



ACHAT DES LIVRES. 121 

équité, de se demander pourquoi Volney nous reste, 
et pas Ramond, qui lui est si supérieur. 

Et Mme de Duras (1778-1829) et son roman 
Edouard, un de ces livres « que les cœurs oisifs et 
cultivés aiment tous les ans à relire une fois, et 
qu'ils veulent sentir refleurir dans leur mémoire 
comme le lilas ou Taubépine*, » etc. Y a-t-il, à 
riieure qu'il est, beaucoup de cœurs, « oisifs et 
cultivés » ou non, pour relire une fois par an, ou 
même une fois par dix ans, pour avoir même jamais 
lu ce livre « immortel »? 

Et Casimir Delavigne (1793-1845), dont Lamartine 
faisait tant de cas, au point de le comparer à Té- 
rence et à Molière ^ Delavigne, pour qui Ernest Le- 
gouvé professait une si vive admiration et dont il a 
si joliment parlé dans ses Soixante ans de souve- 
nirsl^ J'en connais plus d'un qui estime qu'il ne 

{la Montagne, pp. 92 et suiv.) fait aussi grand éloge de Ra- 
mond, « notre éloquent Ramond ». 
i: Sainte-Beuve, Portraits de femmes j p. 73. 

2. ... Nous relisons ces vers 

Où brille en se jouant ta muse familière, 
Qu'eût enviés Térence et qu'eût signés Molière. 

(Lamartine, Épître à M. Casimir Delavigne, Nouvelles Médi- 
tations poétiques, p. 246.) 

3. « ...Je Tavoue, je ne puis parler froidement de Casimir 
Delavigne, tant son nom se lie pour moi aux plus chers 
souvenirs de ma jeunesse, tant l'âme et le talent, l'homme 
et le poète, formaient en lui un rare assemblage. C'était 
vraiment une nature exquise. La simplicité va bien avec la 
gloire.... S'il vivait de notre temps, un seul de ses succès 



120 LE LIVRE, 

«i'auleurne fait pas un pas qui nesoit de génie »)?... 
Siècles, hâtez-vous de couler, cl d'amener avec 
vous les honneurs qui sont dus à Richardson ! » Etc. 
Qui acluellement, en France, lit Richardson (1689- 
1761}? Clarisse Harlowe, aussi bien que Paméla, 
autre chef-d'œuvre du même génie, ne figure même 
plus dans aucun catalogue d'éditeurs, — d'éditeurs 
français, — et ne se rencontre plus que d'occasion. 
Et Ramond? Qui lit, qui connaît aujourd'hui Ba- 
mond de Carbonniëres (1755-1827), l'auteur de pages 
si remarquables, notamment sur les Pyrénées? 
• Ramond, qui est un Volney bien autrement élo- 
quent et ému, qui n'est pas seulement un dessina- 
teur, qui est un coloriste et parfois un Claude Lor- 
rain ou un Carie du Jardin des montagnes (il y a 
de quoi justifier ces rapprochements), ne fut 
apprécié que de quelques-uns. Depuis lors, la cri- 
tique littéraire, qui, aux mains des maîtres, ne s'est 
guère appliquée qu'à des époques plus éloignées, 
n'a pas daigné regarder ou du moins signaler ce 
qu'elle n'ignorait pas, ce que pourtant, je crois, elle 
ne prisait point assez et à sa valeur. On hésite tou- 
jours à se mettre en avant<}uand ropinion de la foule 
ne nous a pas frayé le c/iemin : il faut même, pour 
cela, une espèce particulière de courage, ce que j'ap- 
pelle le courage du jugement'. > Ce qui n'empêche 
pas, encore une fois et au point de vue de la stricte 

1, Sainte-Beuve, Causeries dit lundi, t. X, p. 47G. Micselet 



ACHAT DES LIVRES. 121 

équité, de se demander pourquoi Volney nous reste, 
et pas Ramond, qui lui est si supérieur. 

Et Mme de Duras (1778-1829) et son roman 
Edouard, un de ces livres « que les cœurs oisifs et 
cultivés aiment tous les ans à relire une fois, et 
qu'ils veulent sentir refleurir dans leur mémoire 
comme le lilas ou l'aubépine*, » etc. Y a-t-il, à 
riieure qu'il est, beaucoup de cœurs, « oisifs et 
cultivés » ou non, pour relire une fois par an, ou 
même une fois par dix ans, pour avoir même jamais 
lu ce livre « immortel » ? 

Et Casimir Delà vigne (1793-1845), dont Lamartine 
faisait tant de cas, au point de le comparer à Té- 
rence et à Molière*, Delavigne, pour qui Ernest Le- 
gouvé professait une si vive admiration et dont il a 
si joliment parlé dans ses Soixante ans de souve- 
nlrsl^ J'en connais plus d'un qui estime qu'il ne 

{la Moniagnej pp. 92 et suiv.) fait aussi grand éloge de Ra- 
mond, « notre éloquent Ramond ». 
\: Sainte-Beuve, Portraits de femmes j p. 73. 

2. ... Nous relisons ces vers 

Où brille en se jouant ta muse familière, 
Qu'eût enviés Térence et qu'eût signés Molière. 

(Lamartine, Épître à M. Casimir Delavigne, Nouvelles Médi- 
tations poétiques, p. 246.) 

3. « ...Je Favoue, je ne puis parler froidement de Casimir 
Delavigne, tant son nom se lie pour moi aux plus chers 
souvenirs de ma jeunesse, tant l'àme et le talent, l'homme 
et le poète, formaient en lui un rare assemblage. C'était 
vraiment une nature exquise. La simplicité va bien avec la 
gloire.... S'il vivait de notre temps, un seul de ses succès 



120 LE LIVRE, 

«l'auleurne fait pas un pas qui ne soit de génie •)?... 
Siècles, hâtez-vous de couler, et d'amener avec 
vous les honneurs qui sont dus à Richardson ! » Etc. 
Qui actuellement, en France, lit Richardson (1689- 
1761}? Clarisse Harlowe, aussi bien que Paméla, 
autre chef-d'œuvre du môme génie, ne figure même 
plus dans aucun catalogue d'éditeurs, — d'éditeurs 
français, — et ne se rencontre plus que d'occasion. 
Et Ramond? Qui lit, qui connaît aujourd'hui Ra- 
mond de Carbonnières (1755-1827), l'auteur de pages 
si remarquables, notamment sur les Pyrénées? 
i Ramond, qui est un "Volncy bien autrement élo- 
quent et ému, qui n'est pas seulement un dessina- 
teur, qui est un coloriste et parfois un Claude Lor- 
rain ou un Carie du Jardin des montagnes (il y a 
de quoi justifier ces rapprochements), ne fut 
apprécié que de quelques-uns. Depuis lors, la cri- 
tique littéraire, qui, aux mains des maîtres, ne s'est 
guère appliquée qu'à des époques plus éloignées, 
n'a pas daigné regarder ou du moins signaler ce 
qu'elle n'ignorait pas, ce que pourtant, je crois, elle 
ne prisait point assez et à sâ valeur. On hésite tou- 
jours à se mettre en avant quand l'opinion de la foule 
ne nous a pas frayé te chemin : il faut même, pour 
cela, une espèce particulière de courage, ce que j'ap- 
pelle le courage du jugement'. » Ce qui n'empêche 
pas, encore une fois et au point de vue de la stricte 
i. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. X, p. 476. Michelet 



ACHAT DES LIVRES. 121 

équité, de se demander pourquoi Volney nous reste, 
et pas Ramond, qui lui est si supérieur. 

Et Mme de Duras (1778-1829) et son roman 
Edouard, un de ces livres « que les cœurs oisifs et 
cultivés aiment tous les ans à relire une fois, et 
qu'ils veulent sentir refleurir dans leur mémoire 
comme le lilas ou Taubépine*, » etc. Y a-t-il, à 
riieure qu'il est, beaucoup de cœurs, « oisifs et 
cultivés » ou non, pour relire une fois par an, ou 
même une fois par dix ans, pour avoir même jamais 
lu ce livre « immortel » ? 

Et Casimir Delavigne (1793-1845), dont Lamartine 
faisait tant de cas, au point de le comparer à Té- 
rence et à Molière*, Delavigne, pour qui Ernest Le- 
gouvé professait une si vive admiration et dont il a 
si joliment parlé dans ses Soixante ans de soiive- 
nirsl^ J'en connais plus d'un qui estime qu'il ne 

{la Montagnej pp. 92 et suiv.) fait aussi grand éloge de Ra- 
mond, « notre éloquent Ramond ». 
i: Sainte-Beuve, Portraits de femmes j p. 73. 

2. ... Nous relisons ces vers 

Où brille en se jouant ta muse familière, 
Qu'eût enviés Térence et qu'eût signés Molière. 

(Lamartine, Épître à M. Casimir Delavigne, Nouvelles Médi- 
tations poétiques, p. 246.) 

3. « ...Je Tavoue, je ne puis parler froidement de Casimir 
DelaA'igne, tant son nom se lie pour moi aux plus cliers 
souvenirs de ma jeunesse, tant l'àme et le talent, riiomme 
et le poète, formaient en lui un rare assemblage. C'était 
vraiment une nature exquise. La simplicité va bien avec la 
gloire.... S'il vivait de notre temps, un seul de ses succès 



120 LE LIVRE. 

■ l'auteur ne fait pas un pas qui ne soit de génie »)î... 
Siècles, hâtez-vous de couler, et d'amener avec 
vous les honneurs qui sont dus à Richardson ! • Etc. 
Qui actuellement, en France, lit Richardson {1689- 
1761)? Clarisse Harlowe, aussi bien que Paméla, 
autre chef-d'œuvre du même génie, ne ligure même 
plus dans aucun catalogue d'éditeurs, — d'éditeurs 
français, — - et ne se rencontre plus que d'occasion, 
Et Ramond? Qui lit, qui connaît aujourd'hui Ra^ 
mond de Carbonnières (1755-1827), l'auteur de pages 
si remarquables, notamment sur les Pyrénées' 
» Ramond, qui est un Volney bien autrement élo 
quent et ému, qui n'est pas seulement un des; 
leur, qui est un coloriste et parfois un Claude Lor- 
rain ou un Carie du Jardin des montagnes (il y a 
de quoi justifier ces rapprochements), ne 
apprécié que de quelques-uns. Depuis lors, la 
tique littéraire, qui, aux mains des maîtres, ne s'est 
guère appliquée qu'à des époques plus éloignées, 
n'a pas daigné regarder ou du moins signaler ce 
qu'elle n'ignorait pas, ce que pourtant, je crois, elle 
ne prisait point assez et à sa valeur. On hésite tou- 
jours à se mettre en avant quanti l'opinion de la foule 
ne nous a pas frayé le chemin : il faut même, pour 
cela, une espèce particulière de courage, ce que j'ap- 
pelle le courage du jugement'. • Ce qui n'empêche 
pas, encore une fois et au point de vue de la stricte 
1. Saint B-B EU VF,, Causeries du lundi, l. X. p. ilO. Michelet 



ACHAT DES LIVRES. 121 

équité, de se demander pourquoi Volney nous reste, 
et pas Ramond, qui lui est si supérieur. 

Et Mme de Duras (1778-1829) et son roman 
Edouard, un de ces livres « que les cœurs oisifs et 
cultivés aiment tous les ans à relire une fois, et 
qu'ils veulent sentir refleurir dans leur mémoire 
comme le lilas ou Taubépine*, » etc. Y a-t-il, à 
riieure qu'il est, beaucoup de cœurs, « oisifs et 
cultivés » ou non, pour relire une fois par an, ou 
même une fois par dix ans, pour avoir même jamais 
lu ce livre « immortel » ? 

Et Casimir Delavigne (1793-1845), dont Lamartine 
faisait tant de cas, au point de le comparer à Té- 
rence et à Molière*, Delavigne, pour qui Ernest Le- 
gouvé professait une si vive admiration et dont il a 
si joliment parlé dans ses Soixante an>> de souve- 
nirs V J'en connais plus d'un qui estime qu'il ne 

{la Montagne, pp. 92 et suiv.) fait aussi grand éloge de Ra- 
mond, « notre éloquent Ramond ». 
i : Sainte-Beuve, Portraits de femmes j p. 73. 

2. ... Nous relisons ces vers 

Où brille en se jouant ta muse familière, 
Qu'eût enviés Térence et qu'eût signés Molière. 

(Lamartine, Épître à M. Casimir Delavigne, Nouvelles Médi- 
tations poétiques, p. 246.) 

3. « ...Je Tavoue, je ne puis parler froidement de Casimir 
Delavigne, tant son nom se lie pour moi aux plus cliers 
souvenirs de ma jeunesse, tant l'âme et le talent, riiomme 
et le poète, formaient en lui un rare assemblage. C'était 
vraiment une nature exquise. La simplicité va bien avec la 
gloire.... S'il vivait de notre temps, un seul de ses succès 



120 LE LIVRE. 

«rauleurne fait pas un pas qui ne soit de génie »)?... 
Siècles, hâtez-vous de couler, et d'amener avec 
vous les honneurs qui sont dus à Richardson î » Etc. 
Qui actuellement, en France, lit Richardson (1689- 
1761)? Clarisse Harlowe, aussi bien que Paméla^ 
autre chef-d'œuvre du même génie, ne figure même 
plus dans aucun catalogue d'éditeurs, — d'éditeurs 
français, -^ et ne se rencontre plus que d'occasion. 
Et Ramond? Qui lit, qui connaît aujourd'hui Ra- 
mond de Carbonnières (1755-1827), l'auteur de pages 
si remarquables, notamment sur les Pyrénées? 
« Ramond, qui est un Volney bien autrement élo- 
quent et ému, qui n'est pas seulement un dessina- 
teur, qui est un coloriste et parfois un Claude Lor- 
rain ou un Carie du Jardin des montagnes (il y a 
de quoi justifier ces rapprochements), ne fut 
apprécié que de quelques-uns. Depuis lors, la cri- 
tique littéraire, qui, aux mains des maîtres, ne s'est 
guère appliquée qu'à des époques plus éloignées, 
n'a pas daigné regarder ou du moins signaler ce 
qu'elle n'ignorait pas, ce que pourtant, je crois, elle 
ne prisait point assez et à sa valeur. On hésite tou- 
jours à se mettre en avant quand V opinion de la foule 
ne nous a pas frayé le chemin : Il faut même, pour 
cela, une espèce particulière de courage, ce que j'ap- 
pelle le courage du jugement*. » Ce qui n'empêche 
pas, encore une fois et au point de vue de la stricte 
j, Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. X, p. 470. Michei^et 



ACHAT DES LIVRES. 121 

équité, de se demander pourquoi Volney nous reste, 
et pas Ramond, qui lui est si supérieur. 

Et Mme de Duras (1778-1829) et son roman 
Edouard, un de ces livres « que les cœurs oisifs et 
cultivés aiment tous les ans à relire une fois, et 
qu'ils veulent sentir refleurir dans leur mémoire 
comme le lilas ou l'aubépine*, » etc. Y a-t-il, à 
l'heure qu'il est, beaucoup de cœurs, « oisifs et 
cultivés » ou non, pour relire une fois par an, ou 
môme une fois par dix ans, pour avoir même jamais 
lu ce livre « immortel » ? 

Et Casimir Delavigne (1793-1845), dont Lamartine 
faisait tant de cas, au point de le comparer à Té- 
rence et à Molière*, Delavigne, pour qui Ernest Le- 
gouvé professait une si vive admiration et dont il a 
si joliment parlé dans ses Soixante ans de soiive- 
nlrs1^ J'en connais plus d'un qui estime qu'il ne 

{la MotUagnCj pp. 92 et suiv.) fait aussi grand éloge de Ra- 
mond, « notre éloquent Ramond ». 

1. Sainte-Beuve, Portraits de femmes^ p. 73. 

2. ... Nous relisons ces vers 

Où brille en se jouant ta muse familière, 
Qu'eût enviés Térencc et qu'eût signés Molière. 

(Lamartine, Épitre à M. Casimir Delavigne, Nouvelles Médi- 
tations poétiques, p. 246.) 

3. « ...Je Tavoue, je ne puis i)arler froidement de Casimir 
Delavigne, tant son nom se lie pour moi aux i)lus cliers 
souvenirs de ma jeunesse, tant l'àine et le talent, l'homme 
et le poète, formaient en lui un rare assemblage. C'était 
vraiment une nature exquise. La simplicité va bien avec la 
gloire.... S'il vivait de notre temps, un seul de ses succès 



122 LE LIVRE. 

iiK^rite pas le discrédit et l'oubli où il est tombé. 
Et Théodore Leclercq (1777-1851), dont les Pro- 
verbes ont eu tant de succès, il y a moins d'un 
siècle, Théodore Leclercq qui t a sa place... dans 
cette liste brillante qui, depuis et avant la Satire 
Ménippée^ se continue jusqu'à Beaumarchais et au- 
delà. Il a été Tun des plus remarquables de cette 
élite*, » etc. 

Et Lefèvre-Deumier (1797-1857), l'auteur des 
Martyrs (TArezzo et de Sir Lionel cV Arquenay , « un 
roman qui pourrait, à bon droit, figurer parmi les 
meilleurs et les plus profonds de ce siècle, et que je 
placerai, à mon sentiment, au premier rang des 
ouvrages de psychologie publiés depuis soixante 
ans.... Sir Lionel d'Arquenay! Connaît-on, à cette 
heure, le titre seul de ce livre singulier?... J'ignore- 
rais, certes, moi-même, ce roman hors ligne,... si 
un esprit d'élite, M. Barbey d'Aurevilly, ne me 
l'avait maintes fois signalé comme une œuvre réser- 
vée aux plus fins gourmets littéraires.... Lefèvre eut 
du génie dans ce roman, proclamait Barbey d'Au- 
revilly*. » 

d'autrefois suffirait à le rendre riche; vingt ans de triomphe 
lui assurèrent à peine une modique aisance... {Op. cit., t. I, 
pp. 57-58.) 

i. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. III, p. 544. 

2. Octave Uzanne, Nos amia lea livides ^ p. 250 . « Lefèvre- 
Deumier... bel exemple du naufrage complet d'une grande 
réputation littéraire, » écrit, de son côté, M. Gustave Laxson 
{op. rit.^ p. 927, note 2). 



ACHAT DES LIVRES. 123 

Et Théophile Gautier (1811-1875) : « Pourquoi de 
ce beau talent partout si égal à lui-même, si correct, 
si éclatant, si pur, semble-t-il ne devoir rester qu'un 
très petit nombre de monuments, quelques vers, 
conservés dans les anthologies, et, de sa splendide 
prose, peut-être encore moins? Pourquoi Toeuvre si 
amusante du romancier... est-elle déjà presque 
toute oubliée?* » 

Et Ferdinand Fabre (1830-1898), dont nous vous 
avons déjà parlé", ce profond observateur des mœurs 
ecclésiastiques, ce probe et magistral écrivain, est-ce 
que tout le monde n'est pas d'accord pour recon- 
naître qu'il méritait plus de renom de son vivant, et 
moins d'oubli depuis sa mort? Lui-même ne semble- 
t-il pas avoir protesté, dans l'aveu suivant, contre ce 
déni de justice? « J'avais révéla vie littéraire ainsi 
que la réalisèrent nos ancêtres des deux derniers 
siècles, pleine de convenance et de dignité.... Au- 
jourd'hui, la notoriété, la réputation, la gloire ne 
viennent pas à celui qui, dans la retraite, mûrit son 
œuvre, et, par la lenteur qu'il met à la produire, 
prouve le respect de son art^. » 

Qui se doute que le polémiste. socialiste Proudhon 
(1809-1865) est un des plus puissants et des plus 



1. Paul Stapfer, op, cit., t. I, p. 155. 

2. Supra, t. I, p. 212. 

3. Ap. C.-M. Savart, le Monument de Ferdinand Fabre : le 
Magasin pittoresque , 15 mai 1903, p. 222. 



124 LE UVRE. 

grands écrivains que la France ait produits *? Qui, à 
cette heure, lit Proudhon ? qui l'achète ? 

N*avez-vous pas aussi ouï dire, comme moi, que 
les romans de George Sand (1804-1876), si goûtés 
jadis, ne se lisent plus à présent, pas plus que ceux 
de Zola (1840-1902), qui, il y a quelques années, cinq 
ou six ans à peine, se vendaient d'emblée à 100000, 
150000 exemplaires? Et croyez-vous que la postérité, 
à qui la gloriole humaine en appelle si volontiers, 
sur qui nous nous déchargeons si allègrement, l'om- 
nipotente et complaisante postérité', aura le loisir 
ol le courage de lire des volumes, trente ou quarante 

1. « Notre grand discuteur [Proudhon], cet homme de bras 
fort et terrible, qui, secouant le pour et le contre, fait par- 
tout jaillir Tétincelle. » (Michelet, la Femme, p. 271 ; Paris, 
Hachette, 4860.) « ... Proudhon a de lui-même une bonne 
langue, forte et saine, puisée aux meilleures sources ; il sait 
bien le latin ; il écrit avec analogie et propriété dans le sens 
direct de Tétyniologie et de la racine. Toutes ses acceptions 
des mots sont exactes et justes.... Dans les corps à corps 
de la lutte et de la polémique, il a des expressions trouvées 
et de la plus neuve vigueur.... » (Sainte-Beuve, P.-J. Prou- 
dhon, pp. 89-90.) « Le xx* siècle, espérons-le, ne s'écoulera 
pas sans reconnaître que Proudhon est, avec Renan et 
Michelet, Tun des plus grands prosateurs et des plus pro- 
fonds penseurs de la France. » (Jules Levallois, De la Res- 
tauration à nos jours, p. 669.) « Proudhon... nous voyons en 
lui un des plus grands travailleurs, un des plus grands 
écrivains. » (Larousse, Grand Dictionnaire, t. XIII, p. 519, 
col. 4.) 

'2. Juste postérité, à tcsmoin je t'appelle, 

Toy qui sans passion maintiens l'œuvre immorlelle, 
Etc.... 

(Régnier, Satires^ II, vers 487-188.) 



ACHAT DES LIVRES. 125 

volumes, renfermant chacun, comme Lourdes, 
RomCy Parisy Travail^ de sept à huit cents pages 
compactes?* 

Et combien d'autres noms nous pourrions rap- 
peler encore ! Combien d'écrivains qui ont eu leur 
temps de vogue, leurs années de splendeur et de 
gloire même, qui ont pu s'imaginer, eux aussi, as- 
surés de l'immortalité, et aujourd'hui, un demi-siècle 
ou un quart de siècle à peine après leur mort, ne 
sont plus connus que des littérateurs et spécialistes, 
— et encore! 

Maurice de Guérin (1810-1839), V « immortel » 
auteur — jadis — de 1' « immortel » Centaure^ de 
qui Jules Levallois, le critique si influent et si au- 
torisé de V Opinion nationale^ disait, en soulignant 
sa phrase : « Maurice de Guérin a pris rang parmi 
l'élite des écrivains de ce siècle; il est de ceux qui 
resteront^ »; — Charles de Bernard (1804-1850), 

1. « On ne va point à la postérité avec un si gros bagage », 
disait Voltaire (Mémoires de Voltaire, in fine ; et Satires, 
Dialogues de Pégase et du Vieillard: Voltaire, Œuvres 
complètes j t. VI, pp. 55 et 6'25; Paris, édit. du jour- 
nal le Siècle, 1809). « Une dos premières conditions du 
succès est d'avoir écril en tout un petit volume, >» opinait 
Théodore de Banville (ap. Paul Stapfer, op. cit., t. I, 
pp. 122 et 145). Et l'on cite, à l'appui de ce dire, la Prin- 
cesse de Clèves, Manon Lescaut (bien que l'abbé Prévost ait 
produit quantité d'autres volumes), Paul et Virginie, Adol- 
phe, etc. Mais M. Paul Stapfer {ibid.) démontre que cette 
assertion est inexacte et qu'ici comme ailleurs il n'y a rien 
d'absolu. 

2. Jules Levallois, la Piété au xix' siècle, p. 40. (Paris, 



126 LE LIVRE. 

r « immortel » auteur de Gerfaut \ — Emile Sou- 
vestre (1806-1854), qui a publié plus de quarante ro- 
mans ; — Méry (1798-1866), le spirituel Marseillais ; 
— Léon Gozlan (1803-1866); — Ernest Feydeau 
(1821-1873), r « immortel » auteur de Fanny ; — Amé- 
dée Achard (1814-1875), V « immortel » auteur de 
Belle-Rose', — Louis Reybaud (1799-1879), r« im- 
mortel » auteur de Jérôme Pâturât-, — Jules Noriac 
(1827-1882), r « immortel i> auteur du ÎOÎ' Régi- 
ment',— Louis Ulbach (1822-1889), V « immortel » 
auteur de Monsieur et Madame Fernel-, — et tant 
d'autres « immortels ». 

Et je ne vous parle pas du théâtre, où, parmi les 
pièces de Shakespeare, une des moins bonnes. Pen- 
des, obtint le plus de succèç * ; — où /e Misanthrope 
fut froidement accueilli*; — où, « avant /a Folle 
journée [le Mariage de Figaro], les fastes delà scène 

Michel Lévy, 1864.) C*esl George Sand qui révéla au monde 
le génie de Maurice de Guérin. « Le 15 mai 1840, la Revue 
des Deux Mondes publia, avec une notice de George Sand 
qui y servait de préface, un magnifique fragment d'un poète 
mort l'année précédente à vingt-neuf ans, George-Maurice de 
Guérin. Ce morceau capital, intitulé le Cen^aî/rc, révélait une 
nature de talent si neuve, si puissante, si vaste, que le mot 
de génie semblait naturellement s'y appliquer. » (Sainte- 
Beuve, Causeries du lundi, i. XII, p. 231.) 

i. Cf. l'avertissement en tête de Périclès : Shakespeare, 
Œuvres complètes, trad. Emile Montégut, t. VIII, p. 141. 

2. Cf. la notice en tète du Misanthrope : Molière, Œuvres, 
t. V, pp. 559 et suiv. (Collection des Grands Écrivains de la 
France.) \ 



ACHAT DES LIVRES. 127 

française » n'ont offert « qu'un seul exemple d'une 
réussite aussi extraordinaire, c'est celui de Timo- 
crate^ tragédie faible de Thomas Corneille* » : vous 
pourriez fort judicieusement me répliquer que la 
postérité n'a fait ici que remettre les choses au 
point ; mais, à mon tour, je vous objecterais que, 
de tous les ouvrages du savant historien Anque- 
til (1725-1806), c'est le plus mauvais, ou plutôt le 
seul mauvais, qui est demeuré debout et a sauvé 
de l'oubli le nom de l'auteur, — sa pitoyable His- 
toire de France, qui a eu des milliers d'éditions*. 
Encore une fois, voyez-vous, 

... habent sua fata libelli '. 

1. L.-S. AuGER, Notice sur Beaumarchais, p. xiv, en lèle 
du Théâtre de Beaumarchais. (Paris, Didot, 1863.) « J'ai déjà 
cent fois, au théâtre, fait cette remarque : plus un cfini est 
absurde, plus il y a chance de réussir, si son absurdité va 
dans le même sens que Tabsurdité du public. « (Francisque 
Sarcey, le XÏX" Siècle, 18 février 1887.) Et il en est de 
la chanson comme du théAtre : des refrains ineptes, abso- 
lument idiots [J'ai un pied qui r'niue Et l'autre qui ne va 
guère, etc.; — Ohf Eh! les petits agneaux, Qu est-ce qui casse 
les verres, etc. ; — Rien )Cest sacré pour un sapeur ! — Sur le 
bi du bout du banc; — Viois, Poupoule, viens! — etc., etc.) 
réussissent, triomphent, se propagent instantanément d'un 
bout de la F'rancc à l'autre et jusqu'au fin fond des campa- 
gnes, s'implantent dans toutes les mémoires et vibrent sur 
toutes les lèvres, tandis que de charmants couplets, d'une 
jolie facture, pleins de grâce et de talent, tombent à plat 
aussitôt envolés, et meurent dans le plus prompt et le plus 
irrémédiable oubli. 

"1. Cf. Augustin TniEiiRY, Lettres sur lliisluire de France^ 
IV, pp. i\) et suiv. 

3. Terentianus M.vurus : cf. supruy p. 105. * Maisie, artiste 



128 LE LIVRE. 

Quant à « 1 iminorlalilé > académique, écoutons ce 
que disaient un jour entre eux deux philosophes et 
académiciens, deux « immortels », Caro et Jules 
Simon : 

< La réputation d'un académicien, quand cet aca- 
démicien n'est pas Corneille ou Victor Hugo, dure . 
deux arifi, » déclarait Caro. Jules Simon paraît 
trouver cette moyenne encore exagérée : « Il faut, 
remarque-t-il, trois mois au secrétaire perpétuel 
pour composer Téloge du dernier mort. Quand il ^ 
commence à l'écrire, la mémoire de son héros est 
présente à tous les esprits; elle est partout effacée, 
trois mois après, quand il écrit les dernières 
lignes*. » 

A propos de « la docte Compagnie », pourquoi — 
on se l'est demandé souvent* — pourquoi y rencon- 
trons-nous Montazet, Villar, Lacuée de Cessac, Mole, 
Carné, Campenon, Champagny, Roger, Tissot, Fé- 
Ictz, Empis, etc., qu'on ne lit plus, qu'on n'a jamais 

peintre, demande à Dick, dans un roman de Rudyard 
Kipling (The nUjht that failed) : « Ai-je tort de tâcher d'obte- 
nir un peu de succès? — Oui, répond Dick, parce que vous 
târhez. Un J)on ouvrage est une chose, le succès en est une 
autre. Klles n'ont point de rapport nécessaire. Le succès 
n'appartient pas à Tauteur d'un bon ouvrage comme sa con- 
séquence forcée; c'est un pur accident heureux qwi tombe 
sur lui on ne sait d'où. « (Paul Stapfeh, op. cit., t. II, p. 222.) 

1. Ap, Paul Stapfer, op. ci t. y t. II, p. 281. 

2. Voir notamment l'agréable et spirituel volume d'Arsène 
IIousSAYE, Histoire du ^l* fauteuil de V Académie française, 
nouvelle édit., Paris, Calmann Lévy, 1884. 



. ACHAT DES LIVRES. 129 

lu, si tant est qu'ils aient jamais écrit quelque chose, 
— plutôt que Pascal, Molière, La Rochefoucauld, 
Le Sage, Jean-Jacques Rousseau, Diderot, Beau- 
marcliais, Paul-Louis Courier, Stendhal, Balzac, 
Michelet, Théophile Gautier, Gustave Flaubert, 
Maupassant, Daudet, Zola, etc.? 

Et pourquoi, à tous nos carrefours, des statues 
d'illustres inconnus, de politiciens ignares et ba- 
vards, et rien, — à Paris du moins, — rien à Pascal, 
rien à Racine, rien à Montesquieu, rien à André 
Chénier, etc. ? 






Je ne fais qu'effleurer ici cette question du Succès 
et de la Gloire littéraire, qui se rapporte bien direc- 
tement à mon sujet, le commerce de la librairie, 
r a Achat des livres, » mais exigerait, je le sens, beau- 
coup d'autres développements'. 

Une remarque encore cependant, avant de con- 
clure : Ne croyez-vous pas que, dans quelques mil- 

1. J'aurais du, par exemple, expliquer pourquoi l'inven- 
llon de rimprimei-ie n'é[)argnera pas aux écrivains la 
disparition de leurs (euvres et le naufrage de leurs noms, 
— pourquoi la vente des romans et ouvrages d'imagination 
va toujours en décroissant, atteinte ({u'elle est de plus en 
plus par l'énorme surproduction de ce genre d'écrits et par 
la concurrence des innondjrahles périodiques; — etc. : je 
renvoie, encore une fois, pour la démonstration complète 
de la thèse, aux deux volumes de M. Paul Stapfer, Dc^^ 
Réputations littéraires. 

LE f.IVRK. — T. IV. ^ 



1 3n 



I.K MVHK. 



Vwv< UN nii^m*» scuilciïUMil (luoiques centaines d'an- 
ncM's. il V .iiira laiil el lanl eud'llomèros, d^Eschylcs, 
i\r I*lal(m<. d'Arishiles, i\c Vir^ilos, d'Horaces, de 
.Lurivrt's. (Ir (acrrons, de Tacites, de Dantes, 
dr 1j» Tass(»s, d(» Shaki^speares, de Miltons, de Cer- 
vanl(»s, de Camoëns, de Rabelais, de Montaignes, 
d«' I*;isr;d<. de ('orneill(*s, de Molières, de Racines, 
«le l.;i l'onlaint^s, de Vollaircs, de Rousseaux, de 
.Moulcsquieux', de Diderots, de Gœthes, de Schil- 
lers. d(» livrons, de (^Jiateauhriands, de Balzacs, de 
I)i('kens, d(> Lamarlin(»s, d'IIugos, — je ne cite que 
1rs coryplirc^s. l(*s pins grands parmi les plus grands, 
- qu'on ne sauni plus au(|uel entendre, qu'on 
n'anin j)his le loisir de lire une page, une seule 
patife (le chacun d'eux? ce sera matériellement 
iinpossihN»', <'l Ions c(»s sublimes penseurs, maî- 

1. (!(»U<' r(Mii;n(inc parai! (Mrc (mi désaccord avec ce (jui a 
(''!('' dit cidcssus, pp. ()[} cl siiiv., à propos des (ciivrcs choisies 
v\ anlludo^Hf^s; «-'est que inécédeminent j'envisageais rélaL 
actuel de la litléialure. el (pi'à présiMd je i)arlc de ce qu'elle 
sera dans sei)t, liuitou dix siècles. — «Au bout décent ans, 
— cent ans seulement, — un génie de i)reniier ordre est 
réduit à deux ou trois pages.... On s'imagine (jue l'immor- 
talité en littérature consiste à fie fttivc lire des générations 
futures. C'est là une illusion à laquelle il faut renoncer. Nous 
ne serons pas lus de l'avenir: nous le savons, nous nous 
en réjouissons, et nous en félicitons l'avenir. Mais nous 
aurons travaillé à avancer la manière d'envisager les choses, 
nous aurons conduit l'avenir à n'avoir pas besoin de nous 
lire. » Ktc. (Ernest W^iAKsJ'Aveinv de la acienre, pp. 224-225.) 
«... Pour entrer dans )a morale vraie et dans l'art vrai, il 
faut reconnaître que le moi n'est rien. Il faut accepter, sans 



ACHAT DES LIVRES. 131 

très prosateurs ou divins poètes, se trouveront 
étouffés et noyés dans la masse ; leurs noms, 
aujourd'hui retentissants entre tous, finiront par 
s'abolir de la mémoire hutnaine, bien obligée, selon 
la menace et sentence de Sainte-Beuve, de faire 
faillite, lorsqu'elle sera trop chargée ^ C'est ce qui 
faisait dire à Proudhon que « rechercher la gloire 
littéraire est un anachronisme* ». 

réserve et sans arrière-pensée, rhinnl>Ie rùle d'ouvrier gra^ 
luit de Tœuvre divine el de serviteur anonyme du genre 
humain.... « Celui qui, dans son temps, a fait sa besogne, 
« écrit Schiller, a eu sa part dans la ci*éation de choses qui 
« sont éternelles. Que de livres, perdus aujourd'hui dans 
« les bibliothèques, ont fait, il y a trois siècles, la révolution 
« (|ue nous voyons de nos yeux! Xos pères nous sontincou- 
« nus à nous-mêmes, mais nous vivons par eux. » Laeor- 
dairo disait : «« Quand j)ers()nne ne nous lirait plus dans 
« cent ans, <pf importe? La goutte d'eau qui aborde à la 
« mer n'en a pas moins contribué à faire le lleuvc^, et le 
« neuve ne meurt pas. » (Paul Stapfkr, op. rit., 1. II, 
j)p. 595-50 i.) 

1. Cf. Sainte-Beuve, Causeriez du lundi, t. XI, p. .Mo. 

2. Ap. Eugène Noël, Rotioi, promcmulca et causeries, p.2i. 
« Ah! (|ue le sage Iluet avait raison quand il démontrait 
prescjue géométriciuement (pielle vanité et quelle extrava- 
gance c'est de croire cpi'il y aune réjmlation qui nous appar- 
lienne après noire mort! » (Sainte-Beuve, op. cit., t. II, 
j). loi.) (\L aussi CicÉr.oN, Songe de Scipion, De hi Uépnbli- 
ijue, livre VI, chap. xiv, xv et xviii {(hJuvres com}>lètes, t. IV, 
p. 5l() et suiv. ; trad. Nisard) : «« Tu enim quam cele- 
brilatem sermonis hominum, aut quam expetendam glo- 
riam consc^'ui pôles ?... » Etc. (« Ouelle renoiimiée. 
([uelle gloire digne de tes vcrux, j)eux-tu acquérir parmi 
les hommes? Tu vois quelles rares et étroites conlrées 
ils occupent sur le globe terrestre.... Retranche toutes 
les contrées où votre gloire ne pénétrera pas, et vois 



132 LE LIVRE j 

Où s(Ma (loiir, en lin de compte, la récompense de 
Trc ri>aiii? Oiiel fruit retirera de son labeur lami 
des livres et des lellres? 

(letle réroiupense, elle sera toute dans le travail 
inc^uie, dans l'œuvre longuement mûrie, patiemment 
et passionnémiMil exécutée, religieusement enfantée. 
« Mon ('(l'ur s'csl réjoui di^ mon travail, et c'est tout 
«•e {\\w jai eu d(* mon travail, » dit, àpeu près en ces 
Icruu's, un vci'sot d(* rEcrlésirtHle '. Cette récom- 
])cnse, elle se trouvera surtout dans Tinfluence 



d.ins ((uellos (Mrniles limilos est renfermé pour elle cet 
univers «lu'olle vvo'il remplir. Ceux mêmes cjui parlent 
(le vous en parleront-ils loni^lemps ?... La plus belle 
renonmiée est tenue coptive dans ees bornes étroites où 
voire monde est réduit; elle n*a pns le don de l'immortalité, 
elle j>éril ave<' les li«>nunes et s'éleinl dans l'oubli de la pos- 
térité. »1 (U» ([ni n'a pas emi)è('lié Edmond de Concourt 
d'émellre.dans son Jonrnal (1888, 1. Vil, \). 277), cette bien 
naïve et drolalicpie l'éllexion : «< L'idée que la planète la 
Teire peut mouiii', peut ne i)as durer toujours, est une 
idée? (pii me met pai'l'ois du noir dans la cervelle. Je serais 
volé, moi (pii n"ai l'ail de la littérature (pie dans Tespérance 
d'une filoire à iterp'Huilé. l'ne gloire de dix mille, de vingt 
mille, de cent mille années seulement, (-a vaut-il le mal 
que Je me suis donné, les privations (jue je me suis impo- 
sées? Dans ces conditions, n'aurait-il j)as mieux valu... 
paresser imbécilement et délicieusement, en fumant les plus 
capiteux cigares? » Non, et l'amour des lettres, nous l'avons 
déjà dit et allons le <lire encore, comporte bien autre chose, 
et (pielque chose de bien plus sensé, de bien ]>Ius aj)pré- 
ciable, de bien plus digne et de bien plus relevé, ((ue cette 
enfantine et vaniteuse chimère, cette solLe et impossible 
immortalité. 
1. Chap. ni, vers. 22. 



ACHAT DES LIVRES. 133 

qu'exerce sur chacun de nous la fréquenlalion des 

* 

grands esprits, des sages de tous les temps et de 
toutes les nations; dans les perfectionnements de 
culture, d'observation et de méthode qui en résulte- 
ront pour nous; dans la force, le courage, la bonne 
humeur, la bonté, le jugement, l'expérience, tous 
les enseignements et les scnliments que nous puise- 
rons à cette merveilleuse source; dans les pures, 
profondes et inlassables joies que les livres et l'étude 
réservent à leurs adeptes ^ « Ni les années, atteste, 
dans une de ses paroles d'or, un des plus nobles pen- 
seurs de notre temps, le moraliste américain Emer- 
son (1803-1882)% — ni les années, ni la lecture des 

1. Cf. le portrait de Vhomme heureux et de Vluniune aafje, 
par Bl'ffon 'Sur la nature des animaux : Œuvres cu)n]>/ète!^, 
t. III, p. 492; Paris, Fume, 1857): « Le bonheur est au 
dedans de nous-mêmes, il nous a été doiuié; le malheur est 
au dehors, et nous Talions chercher. Pourquoi ne sommes- 
nous pas convaincus que la jouissance paisible de notre âme 
est notre seul et vrai bien; que nous ne pouvons l'augmen- 
ter sans risquer de le perdre; que moins nous désirons, 
et plus nous possédons?... Considérons l'homme sage... : 
maître de lui-môme, il l'est des événements;... se suffisant 
h lui-même, il n'a qu'un faible besoin des autres, il ne 
peut leur ôlre à charge; occupé continuellement à exercer 
les facultés de son âme, il perfectionne son entendonent, il 
cullive son esprit, il acquiert de nouvelles connaissances, 
et se satisfait à tout instant sans remords, sans dégoût; il 
jouit de tout l'univers en jouissant de lui-mémo. » 

2. Emerson, ap. Jules Levallois, Journal )H(ntuscrity 
cahier XXIII, 1887, p. 13. « Si j'avais à demander un goùt 
caj)able de m'étre en aide en toutes sortes de circonstances, 
d'être pour moi une source de bonheur et de joie à travers 



134 



LR LIVUF. 



livres n'ont pu enlever ce préjuge, enraciné en moi, 
qu'un lettré est un favori du Ciel sur la terre, Thon- 
neurde son pays, le plus heureux des hommes. » 

la vie, et une défense contre ses maux, quand tout irait mal 
et quand le monde serait contre moi, ce serait le goût de 
la lecture. Donnez à un homme ce goût et les moyens de le 
satisfaire, et vous ne manquerez guère de faire un homme 
heureux. Vous le mettez en contact avec la meilleure 
société de toutes les épo(|ues de riiisloire, avec les person- 
nages les plus intelligents, les plus spirituels, les plus 
sensibles, les plus braves, les plus purs, qui aient fait l'or- 
nement de l'humanité. Vous le faites citoyen de toutes les 
nations, contemporain de tous les âges. Le monde a été 
créé [)Our lui. » (John Kuski.n [ 1810-1000 i, a)>. lidouard Hor- 
VEYRE, l'un naissances ncressaùcs à un Ifihliojih'.lc, t. III, 
]). 20.) i\ï. aussi le mot de Goldsmitu, l'auteur du l'irnirc 
(le Wdkc/h'lff, cité dans notre tome I, p. 172 : «< La littérature 
est un sujet qui me fait toujours oublier mes misères » ; 
et, dans le môme tome: p. 128, une citation de Gassendi; 
p. 1(57, une de Mme du Chàtelet; pp. 218-219, une de Balzac et 
une d'Augustin Thierry. Voir, d'ailleurs, sur le réconfort, les 
joies et le bonheur que procure l'amour des lettres, tout le 
présent ouvrage, passiniy et principalement notre tome I, 
consacré à « l'Amour des livres et de la lecture ». 



II 



DE 



L'AMENAGEMENT D'UNE BIBLIOTHEQUE 
ET DU RANGEMENT DES LIVRES 



Comment les livres étaient rangés autrefois. — Livres enchaînés: 
calcnnti. — Meubles en épis. — Conditions d'une l)onne installa- 
lion pour une bibliolhèque : exposition, emplacement, local, 
meubles, etc.— Rayonnage, • partie essentielle de la bibliothèque » : 
1° à supports fixes ;i° à supports mobiles; 3* A supports hybrides, 
les uns fixes, les autres mobiles. — Crémaillères et tasseaux. — 
Clavelles-supports. — Bibliotbôques métalliques; — à supports 
à coulisses; — extensibles; — tournantes; — de table; etc. — 
Appui-livre. — Fantôme. — Pupitres, lutrins, chevalets-liseuses, 
roues d'étude, etc. — Divers modes de ranjj:ement et de classement 
des livres. — « Un homme de lettres ne devrait jamais déména- 
ger. ') — Méthode nornuile : classement horizontal, do gauclie à 
droite, par ordre alphabéti(iue de noms d'auteur. — Méthode sev- 
p('iit<iiil<\ — En bas, les livres de grand formai; au milieu, les 
moyens ; en haut, les petits : la fable Ir (iln)id et ta Citrouil'c. — 
Classement par ordre chronologicjue. — Faut-il commencer le ran- 
gement par les rayons du bas ou par ceux du haut? — Classement 
vertical, par ordre de matières. — Chiasemeni ad Ult il um : les ])lus 
beaux livres ou les plus aimés sur le devant, i)ar derrière les 
vilains ou les moins appréciés. 

Ainsi que d'anciens documents, notamment d'an- 
ciennes images ou gravures, nous l'apprennent, les 
livres se plaçaient autrefois à plat, couchés les uns 
à la suite des autres, sur des rayons le plus souvent 
inclinés et garnis de rebords. En raison de cette 
disposition, les titres des volumes étaient inscrits sur 



136 LE LIVRE. 

les plnls, e! l'on ne donnail aux dos. qu'on voyait à 
peine, aueun ornenienl. Des clous de cuivre a large 
lôte, fixés aux quatre coins des plats, préservaient 
ceux-ci du IVoltement contre le bois des rayons*. 
Le nombre des livres augmentant, on se décida à 

\. Cf. Ludovic L.ALANNE, Curiosi lés bibliographiques, p. 146: 
— Paul Lacroix, Edouard Fournier et Ferdinand Seré, 
llisloire de l imprime) ic, p. 42; — Henri Bouchot, le Livre^ 
niluslvnlun}. la Reliure, p[). 70, 258 et 268; — P. LouiSY, le 
Lirre el b's Arlsqui s'y ratlanhent, p. 191 ; — la Grande Ency- 
clopédie, art. Bibliothèque, t. VI, p. 067, fig. 7; — etc. Pour 
tout ce qui concerne les anciennes conditions du livre el 
les hil)li()llièques d'autrefois, coiisuller avant tout l'ouvrage 
(le II. (iKiivri), /s'.s'sa/ sur 1rs livres duns Vanliquilé, parlirulic- 
rcnu'iif, chez les Jimnaiiifi (Paris, Techener, 1840; in-8, 232 p]).; 
où il <'st question aussi des livres au moyen Age: cf. pp. 226 
et suiv., el passim), que j'ai déjà mis amjjlement à contribu- 
tion: — et celui de M. John W'illis Clark, secrétaire de 
rUiiiversité de Cambridge, Ihe Care of Books,... (le Soin des 
livres, Kssai sur le développement des bibliothèques et sur 
leurs installalions, depuis les temps les plus reculés Jusqu'à 
la fin du xviii" siècle; 2* édit., Cambridge, Imprimerie de 
l'Université, 1002; grand in-8, ô.Vi pj).). M. Clark a parcouru 
pres(jue toutes les contrées de rKur(q)e, examiné, étudié et 
« mesui'é » lui-même toutes les célèbres bibliothèques dont 
il parle, c'est-à-dire, outre les bibliothèques d'Angleterre, 
celles d'Italie : Vatican, Laurenlienne, Ambrosienne, Mont- 
Cassin, M()nte-01iveto,Urbin, C^esena, Saint-Marc; puis celles 
de Hollande : Leyde etZutphen; celles de France, etc. ; sauf, 
nous dit il (p. viii), celle de l'Escurial, qu'il n'a pas visitée. 
lOi photogravures représentant ces anciennes bibliothèques 
ou tout ce qui s'y rapporte (plans des établissements, 
casiers, rayons, supports, sièges, pupitres, lutrins, chaînes 
de raloKiliy etc.) accompagnent le texte de M. Clark, qui, 
bien (juil intitule modestement son livre Essai.... a étudié à 
fond et avec un soin extrême la question si complexe de 
l'aménagement et du mobilier des anciennes bibliothèques. 



AMÉNAGEMENT D'UNE BIBLIOTHÈQUE. 137 

les placer les uns sur les autres, el, pour cela, on dut 
commencer par supprimer Tinclinaison des rayons 
et les rendre tous* horizontaux. On cessa alors d'in- 
scrire le titre sur le plat supérieur, et Ton mit celte 
inscription en longueur au dos du volume. Puis, au 
lieu d'empiler les livres, qui abondaient de plus en 
plus, on trouva plus commode de les ranger debout 
sur la queue, alignés et serrés les uns contre les 
autres*. C'est encore ainsi qu'on procède. 

Dans certaines bibliothèques publiques, à la biblio- 
Ihèquc du chapitre de la cathédrale d'Hereford 
(Angleterre, pays de Galles ; fondée en ir»94)- ; à la 
bibliothèque Malalestienne de Cesena (Italie, près 
de Ravenne ; fondée, en 1 io2, par Domini(|ue Mala- 
testa) ; à la Laureutienne de Florence (1571)"', à la 

1. Cf. Henri Bouchot, le Livre, rilluslralion. la Reliure, 
p. 268. 

2. Cf. John Willis Claiuv, op. rit., pp. 108 et sniv. 

5. Nous avons dit, dans nuire lome II, pp. 92-0"), ([uo la 
Lanrcntienne ou l)il)li()lhè(pie Medireo-La^aenzicDKiayQili'Ki 
l'ondée en 1444. C'est à celle dale, en effet, (jue Cosine de 
Médicis, Cosme l'Ancien (l/>89-ii()4), constitua le premier 
noyau de celle collection, qu'accrut et enrichit Laurent P' de 
Médicis, Laurentle Magnifuiue (1448-1492), petit-fils de Cosine. 
Mais la Laurentienne n'était, au début, qu'une bibliothèque 
particulière; elle ne devint pul)li(iue qu'au siècle suivant. 
(Cf. la Grande Eneyelopédie, art. Florence, t. XVII, p. 028; 
— MiCHAUD, Bioffrnphie universelle', — B.t:deker, Italie ^ej)- 
tenlrionale, 1899, p. 45 i; — etc.) « Après la mort du i)ape 
Léon X [Jean de Médicis], en ir>21, son exécuteur testa- 
niontaire, le cardinal Jules de Médicis, qui fut plus lard le 
pape Clément VII, rendit à Florence les livres <iue leurs 
ancêtres avaient réunis, et chargea Micliel-Ange de construire 



■■■■lai 



AMÉNAGEMENT D'UNK nlBI-IOTHKQUE. 139 
bibliothèque deLeyde (ITiTS), etc., les livres éfaient 
attachés par des chaîneltes de Ter à leurs rayons ou ■ 
à leurs pupitres, de façon qu'on prtl les consulter sur 
place, mais non les emporter. Ces livrer, — rutcnali^ 




enchaînés, — dont les plats étaient en bois revêtu 
de peau ou d'étoile, et yarnis do fermoirs eL de 
coins, <!'l!iienl parfois très lourds: on montre encore 



une salle ))our les 
liiUlioUiériiii; faloijv 



recpvoir. Les travaux forciiL rréqiinn- 
H ce [le TqI qu'en lâTl |ll juin) quela 
■rtc ollieielleinenl. » (Jolin \Villi:i Ci.mik, 



AMÉNACESIENT B'tlSE llIBUOTIIÈnoi 




- : • y 



144 LE LIVRE. 

k la Lanronlienne, ainsi que nous Tavons dit*, un 
v<»linni!itHix rccuoil manuscrit des épîires de Cicéron, 
EjnMolœ ad fnmiUares, tout bardé de cuivre, qui, en 
tombant à plusieurs reprises sur la jambe gauche 
de Pétrarque, y engendra une grave maladie et 
faillit rendre Tampulation nécessaire. 

A la cathédrale d'IIereford aussi bien qu'à Leyde*, 
comme le font voiries gravures reproduites ci-dessus, 
les livres étaient non seulement rangés debout et en- 
chaînés, mais ils avaient le dos tourné vers le fond du 
rayon, c'est -àdire cjue la goffttièrc ou tranche latérale 
s(^ trouvait en avant. On a dit que, comme consé- 
(pience de ce mode* de rangement, les titres des vo- 

1. .<«;;/'/(, l. I, p. 101, note 2. 

2. « ... Gravure do Jean Cornelis Woudaniis montrant la 
Bil)li()lliè(ine de rUniversil('' de Leyde en IGIO. Les casiers 
ont été construits évidemment de façon à en loger le plus 
grand noml)re possil)le dans la salle. Chacun d'eux conte- 
nait une siniple rangée de livres enchaînés à une barre paral- 
lèle au casier: en outre, pour économiser l'espace ordinaire- 
ment occupé par un siège, les lecleursdevaient consulter les 
livres en se tenant debout. 11 y a onze casiers de chaque 
côté de la salle, chacun contenant de 40 à 48 volumes. A 
l'extrémité de la salle, se trouvent deux armoires, probable- 
ment destinées aux manuscrits. A sa droite, le spectateur 
peut voir une troisième armoire, portant l'inscription : Lega- 
tnm Joscphi Scaligeri. (Joseph Scaliger mourut en janvier 
IfiOO.) Enfin, comme exemple des dispositifs usuels consacrés 
à l'étude (pii se rencontrent dans les bibliothèques de cette 
époque, et sont fréquemment mentionnés dans les catalogues 
et les livres de comptes, je crois devoir appeler l'attention 
sur les globes (terrestres).... » (John WillisCLAmv, op. cit., 
p. 16i.) 



AMÉNAGEMENT l/UNE BIBLIOTHÈQUE. 145 

lûmes devaient être inscrits sur cette tranche gout- 
tière'; cependant, dans les gravures que nous pos- 
sédons et qui reprcscnlent des bibliothèques ainsi 
rangées, ces tilres n'apparaissent pas^ « Les livres 
(de la bibliothèque de Lcydc) étaient disposés dans 
des meubles en épW^^ à deux parties; la partie infé- 
rieure se corn posait d'une tablette-pupitre sur laquelle 
on pouvait travailler debout; le haut comprenait le 
rayon sur lequel le livre était placé, et n'excédait 
pas la hauteur qu'un homme peut atteindre; enfin, à 
la partie supérieure, se trouvait un liteau en pente 
sur lequel était inscrite la section bibliographique 
à laquelle appartenait l'ouvnige ^ » : Mal/icniatlci, 
P/iilo>>op/n, fJtteratores^ Theolocji^ etc. 

1. Cf. Edouard Roi'veyre, .Védil., l. 1, p. 110. 

'2. Outre les gravures données ci -dessus par nous, voir 
Paul Lacroix, XVlh ISicrte, Lettres, tSciences el Arts, p. HT}, 
lig. 5r>, représentant un «« jeune; lionime dans sa hiblio- 
lliè(iue », — bibliothèque où les livres sont encore rangés 
(au xvrr" siècle) la tranche en avant : aucun titre ne se lit 
ou ne se devine sur les li*anclies. 

7). « Épi. — On désigne sous ce terme un corps de rayon- 
nage placé dans le milieu d'une salle et j)résentant deux sur- 
faces pour loger les livres. » (Albert Maike, op. cit., p. 52S.) 
« Les ravonnages sont de deux sortes : fixés contre et tout 
le long du mur, ou posés en é]>is dans les salles, parallèle- 
ment entre eux. » (In., o}). rit., p. (H).) Les architectes emploient 
fréquemment, avec le môme sens, le mot épine. Lauocssk 
{(ii'find Dir.lionnaire) dit : « Épine, s. f. Antiquité lomaine : 
Mur baS; chargé de divers ornements, (jui régnait dans le 
milieu du cinjue, et dont les chars et les chevaux devaient 
faire le tour lorsqu'ils se disputaient le prix de la course ». 

4. Edouard Uouveyi^e, op. cit., .V édil., t. I, p. 113. 

LE LlVnE. — T. IV. \Vi 






U6 LE LIVRE. 



« 



Dans son célèbre Knlechism us derBibliothekenlehre, 
l(MloctourJulesPelzholdl(18l!2-18yi)»,« le vieux maî- 
tre (le la bibliographie allemande* », émet, à propos 
des bibliothèques publiques, des considérations qui 
ne sont malheureusement que trop exactes, et sur 
h^squelles on ne saurait trop appeler l'attention : 

« On bAlit des écuries pour les chevaux et pour 
les va('lies, et l'on n'oublie pas de rechercher si Ten- 
droil choisi et les conslruclions projetées remplis- 
sent les conditions voulues : — pour ces chers ani- 
maux, on ne néglige rien ! Ne serait-il pas équitable 
d(i demander que l'on apporte la môme attention et 
les mêmes soins à la construction de ces biblio- 
thèques, où des milliers de savants viennent en 
quelque sorte puiser la substance de leurs travaux? 

1. Petzholdt (docleur Julius), Katechismus der Bibliothe- 
kcnlelire ; Anleitnng zur Einrichtang iind Vervxdlung von 
Uibliolheken. (Leipzig, 185G.) Une deuxicnic édition de cet 
ouvrage parut en 1871, une troisième en 1877. En 1890, le 
docteur Arnim Graesel, bibliothécaire de FLuiversité de 
Halle (plus tard de l'Université de Berlin), en publia une 
nouvelle édition entièrement refondue et mise au courant 
des progrès accomplis dans la science bibliographique. 
C'est cet ouvrage, qui a pris le nom de Manuel de biblio- 
thcconomie^ c[ue M. Jules Laude a traduit en français (Paris, 
Weller, 1897; in-8). Cï. Graesel, op. cit., Préface, p. viii; 
et Victor Mortet, la Grande Encyclopédie, arL Petzholdt. 

2. Graesel, op. cit., p. 11. 



AMÉNAGEMENT D'UNE BIBLIOTHÈQUE. 147 

Espérons que Ton finira par se persuader, dans un 
avenir prochain, que de semblables exigences n'ont 
rien que de raisonnable*. » 

Même pour l'établissement d'une bibliothèque 
comme la nôtre, d'une bibliothèque privée et de mo- 
deste étendue, le vœu si légitime de Petzholdt méri- ' 
tait d'être rappelé, et il convient, toute proportion 
gardée, d'en tirer profil. 

Du rangement rationnel et commode, du bon 
ordre de nos livres dépendent, en effet, en très 
grande partie, le plaisir et les services que nous 
tirerons d'eux : selon une ingénieuse comparaison 
formulée par Herder (17i4-1805)^ une bibliothèque 
bien organisée est comme « un capital dont les in- 
térêts seraient perçus par rintclligence » ; et, bien 
avant lui, un de nos premiers bibliographes, — 
premiers, par droit d'ancienneté et par rang de 
mérite, — le savant Gabriel Naudé (1600-1655), nous 
a prévenus qu'une collection de livres en désordre 
ne mérite pas le nom de bibliothèque, qu'une biblio- 
thèque non rangée, c'est une bibliothèque qui 
n'existe pas^ 



i. Ap. Graesel, op. cit.^ p. 41; 

2. Ap. ID, op. cit., p. 584. 

5. « ... Sans cet ordre et disposition, tel amas de livres 
que ce peut estre, fust-il de cinquante mille volumes, ne 
mériteroit pas le nom de bibliothèque, non plus qu'une 
assemblée de trente mille hommes le nom d'armée, s'ils n'es- 
toient rangez en divers quartiers sous la conduit ^^ViXixs^ 



148 LE LIVRE. 

IVwn (\iio, viiMix de près de trois cents ans, les con- 
seils rassemblés par lui dans son Advis pour dresser 
uii'' hiffliothrfjur sont encore pleins d'utilité et d'à- 
propos ', et nous ne saurions mieux faire que de rap- 
peler ici ceux (jui ont trait à la question dont nous 
nous occupons, à remplacement et au rangement 
des livres : 

« Pour ce ([ui est de la situation et de la place où 
Ton doit baslir ou choisir un lieu propre pour une 
bibliothèque, il semble que ce commun dire : 

Canniiia serossnm scribenlis et olia quaTunt*, 

nous doive obliger à le prendre dans une partie de 
la maison plus reculée du bruit et du tracas, non 
scMilemcnt de ceux de dehors, mais aussi de la famille 
cl des domestiques, en l'éloignant des rues, de la 

cliofs et capitaines, ou une jurande quanlilc de pierres et 
maléi-iaux celui de palais ou maison, s'ils n'estoienl mis 
et })osez suivant qu'il est requis pour en faire un bastinienl 
parfait et accomply. - IJlc. (Gabriel Naudk, Advis pour dres- 
ser une hihtiotli('(jHt% chap. vu, pp. 8()-87.) 

1. Le docteur Graeskl [oj). cit., p. 13, note 1) cite cette 
é(iuitable et belle ai)préciation de Naudé et de ses écrits 
I)ar le bibliographe allemand Scbelhorn le Jeune (1755-1802; : 
« Un bibliothécaire qui ne connaît pas Naudé, qui ne connaît 
pas ses œuvres, pour rares (lu'ellcs soient, et qui ne 
cherche pas à en tirer profit, ne mérite i)as d'être regardé 
comme un bibliothécaire habile et possédant les connais- 
sances nécessaires aux fonctions qu'il rcmpht. » 

'•1. Ovide, les Tristes, livre 1, élégie i, vers il : « Pour 
écrire des vers, il faut loisir et solitude. » 



AMÉNAGEMENT D'QNE BIBLIOTHÈQUE. 149 

cuisine, salle du commun, et lieux semblables, pour 
la mettre, s'il est possible, entre quelque grande 
cour et un beau jardin où elle ail son jour libre, ses 
vues bien estendues et agréables, son air pur, sans 
infection de marais, cloaques, fumiers, et loute la 
disposition de son bastiment si bien conduite et 
ordonnée qu'elle ne participe aucune disgrâce ou 
incommodité manifeste. 

« Or, pour en venir à bout avec plus de plaisir et 
moins de peine, il sera toujours à propos de la placer 
dans des estages du milieu, afin que la fraischeur 
de la terre n'engendre point le remugle, qui est une 
certaine pourriture qui s'attache insensiblement aux 
livres; et que les greniers et chambres d'en haut 
servent pour l'empescher d'estre aussi susceptible 
des intempéries de l'air, comme sont celles qui, pour 
avoir leurs couvertures basses, ressentent facilement 
l'incommodité des i)luyes, neiges et grandes cha- 
leurs. Ce que s'il n'est pas autrement facile d'obser- 
ver, au moins faut-il prendre garde qu'elles soient 
élevées de la hauteur de quatre ou cinq degrés, comme 
j'ay remarqué que l'estoit l'Ambroisienne à Milan, et 
le plus haut exhaussées que l'on pourra, tant à 
raison de la beauté que pour obvier aux incommo- 
dités susdites : sinon le lieu se trouvant humide et 
mal situé, il faudra avoir recours ou à la natte ou 
aux tapisseries pour garnir les murailles, et au poêle 
ou bien à la cheminée, dans laquelle on ne bruslera 



150 LE LIVRE. 

((ur (]\i hois (jiii fume pou, pour Teschauffer et dcs- 
st'irlicr ptMidîUil riiyvor ot les jours des «entres sai- 
sons (jui s(M*(>nl plus liumides. 

« Mais il semble que t ou les ces difficuliez el cir- 
conslances ne soient rien au prix de celles qu'il faut 
observer pour donner jour et percer bien à propos 
une bibliothèque, tant à cause de Timportance qu'il 
y a (ju'elle soil bien esclairée jusqucs à ses coins 
plus éloignez, qu'aussi pour la diverse nature des 
vents qui doivent y souffler d'ordinaire, et qui pro- 
duisent des (^flVrls aussi différents que le sont leurs 
(jualilez el les lieux par où ils passent. Sur quoy je 
dis (jue dcMix clioses sont à observer : la première, 
(|U(î les croisées el lenestres d(î la bibliothèque 
((juand elle sera p(MTé(^ des deux coslez) ne se regar- 
dent diamétralement, sinon celles qui donneront 
jour à qu(*l([ue table; d'aulant que, par ce moyen, 
les jours ne sVsvanoûyssant au dehors, le lieu en 
demeure beaucoup mieux esclairé. La seconde, que 
les principales ouvertures soient tousjours vers 
rOrient, tant à cause du jour que la bibliothèque 
en pourra recevoir de bon matin, qu'à l'occasion des 
vents qui soufflent de ce coslé, lesquels estans chauds 
et secs de leur nature rendent Tair grandement 
tempéré, fortifient les sens, sublilisent les humeurs, 
espurent les esprits, conservent nostrc bonne dispo- 
sition, corrigent la mauvaise, et, pour dire en un 
mot, sont très sains et salubres : où, au contraire. 



AMÉNAGEMENT D'UNE BIBLIOTHÈQUE. 151 

ceux qui soufflent du coslé de l'Occident sonk plus 
fascheux et nuisibles, et les Méridionaux plus dan- 
gereux que tous les autres, parce qu'estans chauds 
et humides ils disposent toutes choses à pourriture, 
grossissent Tair, nourrissent les vers, engendrent la 
vermine, fomentent et entretiennent les maladies, et 
nous disposent à en recevoir de nouvelles*; aussi 
sont-ils appeliez par Hippocrate : Aiistrl audilum 
hebetantes, caliginosi, caput gravantes^ />i^7"î, dissol- 
ventes^, parce qu'ils remplissent la teste de certaines 
vapeurs et humidilez qui espaississent les esprits, 
relaschent les nerfs, bouschent les conduits, offus- 
([uentles sens, et nous rendent paresseux et presque 
inhabiles à toutes sortes d'actions. C'est pourquoy, 

1. Ce que dit \i\ Gal)riel Nnudé se trouve déjh dans 
ViTRUVE, De Arrliileclura^ livre VI, chap. iv (ou vir) : « Cuhi- 
cula et bibliothecx» adorientem spectare dcbent; usus enim 
matutinum postulat lumen : item in J)ibliolliecis libri non 
putrescent. Nam quœcunque ad meridiem et occidentem 
spectant, atineis et liumore libri vitiantur, quod ventihumidi 
advenientes procréant eas et alunt, infundentesquehumidos 
spiritus pallore volumina corrumpunt. » [ « Les chambres 
à coucher et les bibliothèques doivent être tournées au 
soleil levant, parce que leur destination leur rend nécessaire 
la lumière du matin, et, en outre, parce que les livres ne se 
gûtenl pas si facilement dans ces bibliothèques que dans 
celles qui regardent le midi et le soleil couchant, lesquelles 
sont sujettes aux vers et à l'humidité, parce que la même 
humidité des vents, qui fait naître et qui nourrit les vers, 
fait aussi moisir les livres. » Traduction Nisard, p. 98.] 

2. « Les vents du sud paralysent l'oreille, répandent de 
l'humidité, alourdissent la tête, apportent l'indolence et la 
corruption. » 



152 



LK LIVRE. 



îui (l/'fîiul i\o< pnMiiiiTs. il faudra avoir recours à 
rvu\ «jui xniriltMil (lu Soplonlrion, cl qui, par le 
moyen «lo Irurs qualilcz froide et seiche, n'engen- 
drent aucune liuinidilé. et conservent assez bien les 
livn's et papiers'. ■ 



Ainsi. plnctM* la bibliolliè«jue dans l'endroit le 
moins bruyant de la maison: — pas trop haut ni 
trop bîis. r'esl-à-dire ni dans les p^reniers ni dans les 
sou^-x^ls et re/-de-(liaussée; — la bien éclairer: 
ipi'il UN ait pas de coins sombn^s; — (pfelle soit 
îiuhuil que possil)le exposée à Test, ou, à défaut de 
Test, au « se|)lenlrion » : tc^Is sont les principes for- 
niulé-i jadis par le sai^aee Naudé. et qui méritent 
eneoi'e d'ètrt^ cités connue l>as(* essentielle de l'in- 
stallalion de toute bibliotluMjue. 

A propos de rex[>osilion septentrionale, si la plu- 
part des bibliographes se sont ran<j^és à l'opinion de 
Vitruve et de Naudé. et préfèrtMit l'c^xposition orien- 
tale-, il convient de rappeler cej)en(lant que la pre- 

1. (iahricl Xaidi:, oy>. cit., (iiaj». m. pp. 8l-8r). 

i>. « l*()ur ce qui osl du nord, il a. lui. les bises sifflantes, 
les rigueurs persistantes de l'hiver; les brunies, qui donnent 
aussi riniinidilé. Au contraire, INu'ienl aj)porle un air doux 
cl fortifiant, pur, tiède et Icircr, sufllsanunent j-ec et teni- 
pér.' par une suave fraîcheur: l'orient, c'est la vie en sa jeu- 
n<îssc: il donne la vip:u(Mu-, égaie le c(euret rend à riionnne 
le travail agréable et facile. En inénie lemi)S. cette exposi- 



AMÉNAGExMENT D'UNE BIBLIOTHÈQUE. 153 

mière de ces expositions a eu et possède encore ses 
partisans. Louis Savot, médecin de Louis XIII et 
auteur d'un traité sur VArchllecture française (1579- 
1640), « pense qu'une bibliothèque serait mieux placée 
du côté du septentrion, parce que l'air du nord étant 
plus pur ne peut corrompre ni altérer le papier et la 
couverture des livres* »; et un bibliographe moderne, 
Alkan aîné, estime également que « la disposition 
du franc nord est plus favorable aux livres que le 
midi ou le levant même.... Nous avons, ajoute-t-il, 
conservé, pendant un quart de siècle, dans une 
grande pièce située au nord, chauffée par un simple 
tuyau traversant, d'une chambre voisine, toute une 
bibliothèque, qui n'est pas, comme Ton sait, sans 
importance. Pas un volume endommagé!- » 

Si les meubles ou rayonnages destinés à conlenir 
les livres devaient être adossés à un mur portant 
des traces persistantes (Thumidité, il serait néces- 
saire de supprimer au préalable cette source de 
danger, et, pour cela, on pourrait recourir au pro- 
cédé indiqué par M. Jules Cousin^. « II consiste à 



lion pcrmellra de faire jx'nélrer souvent l'air à rinlérionr, 
ot cet air. abondant et assez chaud, sans ùlve brûlant coninie 
celui du midi, sera toujours extrêmement avantageux à la 
conservation des livres. » (.Iules Cousin, De l\)ri/(inisali(ni et 
de r<i(liniiilfilr(al<>n tics bihllol/ièfjHcs ])iihli(iues et privées. Manuel 
Uiêorique cl pratique du hihlitd/iéeaire^ p. G.) 

1. î\\MVi\, Mainiel du blhlioUiceairey p. 58. 

'2. Alkan aîné, les Livres et leurs eyiuetnis, p. 0. 

5. Op. cit., p. 144. 



15'i LK LIVRE. 

(loiiiHM'aii mur pinsionrs coïK'hes d'huile bouillante, 
c\ ii \r ivcouvriiMMisniledc fouilles do plomb laminé, 
i\\w Ton lixo avoc <lo petits clous. On peut alors, 
SUIS inconvônienl, en approcher les rayons. Ce pro- 
cédé, un peu dispendieux sans doute, est très sûr, 
i*[ il sérail opportun do remployer lorsqu'on a de 
tj:raiid<*s surfaces atleinles par l'humidité. » 

On j)réservc éf<nlement les murs de Thumidité, en 
les enduisant de la composition suivante, conseillée 
par M. Jean P'u^airon, architecte, dans son Recueil 
de yy/'onv/fî.s- prfd'ujffv^ à lui^age du bâtiment^ : 

« Mail l litre; 

délai ine TiOOgrammes; 

l>ichroniale <le potasse. . . 50 grammes. 

« Kii sonnne, c'est un l)a(ligeonnage à la colle 
U)yU\ dans lacpielle on a dissous une certaine quan- 
tité do bichromate de potasse, ('e procédé est fondé 
sur ce fait que la gélatine, qui contient du bichro- 
mate de potasse, devient insoluble dans l'eau quand 
elle a été exposée à la lumière ; on ne peut rappli- 
quer utilement que dans les lieux éclairés par la 
lumière du jour; dans une cave, il serait absolu- 
ment inefficace. » 

Mais nous n'avons pas à nous occuper des caves. 

Une autre composition indi(piée par M. Jean Fu- 

1. Page 527. (Poris, Ducher, s. tl. -lUGO].) 



AMIÎNAGEMENT D'UNE BTBLTOTHÈOUE. 155 

gairon, pour arrêter rhumidilé des murs crépis au 
plâtre, est la suivante : 

«Cire jaune 100 grammes. 

Essence de térébenthine . 4 kilogrammes. 

« On tient la composition sur des cendres chaudes , 
on chauffe d'abord avec une coquille pleine de char- 
bons ardents une certaine surface du mur ; quand 
on juge que ce pan de mur est assez sec, on y étend 
la composition avec un gros pinceau ; elle péné- 
trera jusqu'à un centimètre dans le mur; on recom- 
mence ainsi à la place suivante, en ayant soin d'ob- 
server que la cire ne s'arrête pas à la surface '. » 

L'humidité, d'ailleurs, est h\ grande ennemie* des 
livres, et l'on ne saurait prendre contre elle trop de 
précautions. Si solide et si sec que soit le parquet 
de la pièce où ils sont renfermés, les volumes — no- 
tamment ceux « du bas », c'est-à-dire apparlenant à 
linfime rangée de la bibliothèque, — ne devr4)nt 
jamais y reposer directement : cette rangée doit, 
comme les autres, posséder son rayon particulier, 
élevé d'au moins dix ou quinze centimètres au- 
dessus du parquet. Ils ne devront pas non plus tou- 
cher le mur contre lequel s'appuient leurs supports 



1. Jean Fugairon, op. cit., p. .riS. Ou trouve, dans cet 
ouvrage, tout récemment paru et très amplement détaillé, 
jdurtieurs autres recelles ou procédés destinés à combattre 
riiumidité. 



. ■! 



. .".•♦> 



LE LIVRE. 



ou myoïis. si indemne d'humidité que paraisse ce 
mur : il faut, rommo nous lo verrons surtout en par- 
lant de Tentrelien des livres*, «jue Fair circule libre- 
ment autour deux, «piils puissent en quelque sorte 
respirer à l'aise. 

Ouant au ralme el à la solitude, si nécessaires à 
lou< les amis de l'élude et des livres, el de prime 
abord reiommandés par (iabriel Naudé, voici les 
sai{:ares réllexions, bien f^racieusement exprimées, 
ipie ce double sujet suiirgérail à Ernest Renan : 

«... L'amour de la vérité rend solitaire: la pro- 
vinct* a la solitude, le repos, la liberté. J'y ajou- 
terai rai^^rément el le sourire de la nature. Pour ces 
austères travaux, il faut le calme el la joie de 
Tespril. I(» loisir, la pleine possession de soi-même. 
Tue jolie maison dans |(\s faubourgs d'une grande 
ville: une longue salh^ de travail garnie de livres, 
tapissée extérieurement de roses du lîengale; un 
jardin aux allées droites, où l'on peut se distraire 
un moment, av(H* ses Heurs, de la conversation de ses 
livres- : rien de tout cela n'est inutile pour cette 
sanlé de Tàme nécessaire aux travaux de Tesprit. A 
moins (Télre millionnaire (ce (jui est rare parmi 
nous'*), ayez donc cela à Paris, à un quatrième étage, 

1. Tome V, Usage et Knlrelien dc>i livroy^. 

2. Cf. le mot de Cicéron: « Si ïiorliim in hibliolheca liabcs, 
décrit niliil. » (Voir sw;>ra, t. I, p. 12, noie '2.] 

3. L'auleur, comme nous allons le voir, s'adresse au\ 
membres d'un Congrès des Sociétés Savantes. 



AMÉNAGEMENT D'UNE BIBLIOTHÈQUE. 157 

dans des maisons banales, construites par des archi- 
tectes qui, pas une fois, ne se sont posé Thypothèse 
d'un locataire lettré ! Nos bibliothèques, où nous 
aimerions tant à nous promener dans la variété de 
nos livres et de nos pensées, sont des cabinets noirs, 
des greniers, où les livres s'entassent sans produire 
la moindre lumière.... La solitude est bonne inspira- 
trice, et les travaux valent en proportion du calme 
avec lequel on les fait*. » 






Si les meubles propres à renfermer les livres peu- 
vent différer selon l'emplacement qu'ils occupent et 
le degré de fortune de leur propriétaire, il est néan- 
moins certaines règles qu'il convient de ne pas 
oublier. 

D'abord, c'est que, comme nous le disions il y a 
un instant, et comme nous le verrons encore plus 
loin*, dans les recommandations de l'Américain 
Harold Klett, « les livres, et surtout les reliures, 

1. Ernest Rknan, Feuilles détaeltées, vin : Peut-oii travail- 
ler en province? — Discours prononcé en Sorbonne, à la 
séance générale du Congrès des Sociétés Savantes, le 
15 juin 1889, pp. 103-105. « Oue chacun soigne sa propre 
bibliothèque comme une partie de lui-même, » dit encore 
Benan dans ce même discours (p. 101). Et plus loin (p. 10r>) : 
« Une des nécessités de l'érudition est un local vaste, com- 
mode, où l'on n'ait à craindre ni les déménagements ni les 
dérangements. •» 

'2. Tome V; Usage et Entretien des livres. 



158 LE LIVRE. 

ont luvsoiii d'air. Un livre, dit Jules Richard', est un 
ôtre vivaiiL il faul qu'il respire. Je suis conTaincu, . 
par expérience, (pi'à la longue un volume relié s'a- 
Ijînie moins sur un rayon que dans un meuble her- 
méliipienicnl fermé. Nos ancêtres, qui joignaient la 
prudence à la connaissance des choses, mettaient 
souvent des portes à leurs armoires-bibliothèques, 
mais elles élaienl grillagées. Aujourd'hui les vrais 
amateurs ont des armoires ouvertes.... » 

Oui, en règle générale, ni portes ni vitres à vos 
rayonnages. 

11 est (les livres ce})endant, livres précieux, livres 
somplueusement habillés, éblouissants de doru- 
res, elc, qu'on peul lenir à mettre à Tabri de la 
poussière, à l'abri aussi et surtout des regards 
curieux et des mains indiscrètes. 11 est donc bon de 
réserver une vitrine pour ces trésors. C'est le conseil 
que vous donne, avec moins d^exclusivisme et de 
rigueur que Jules Richard, M. Henry Havard : 
« L'absence de vitrage, écrit-il*, laisse le livre à la 
portée de la main, ce qui est plus (commode pour les 
travailleurs » ; mais « il est avec les bibliothèques, 
comme avec le ciel , des accommodements. Les 
livres de luxe pourront ôtre serrés dans des casiers 
fermés, les livres de travail seront de préférence 
placés sur des rayons libres. » 

1. IJArt de former une bibliolhèquej \). 56. 

2. LAH dans la maison, p. 388. 



AMÉNAGEMENT D'UNE BIBLIOTHÈQUE. 159 

Que le meuble destiné à loger vos livres soit aussi 
pratique, partant aussi simple que possible , un 
rayonnage encore une fois, c'est-à-dire des mon- 
tants destinés à supporter des tablettes ou rayons, 
avec, dans le bas, une plinthe pas trop élevée, et, 
dans le haut, une corniche qui ne mange pas trop 
de place' ; — car c'est la place qui, généralement et 
à Paris surtout, manque le plus dans nos apparte- 
ments modernes. 

Le chêne, le noyer, l'acajou, le palissandre, le 
poirier noirci, qui imite si bien l'ébène, sont les 
essences qui, si votre budget vous le permet, con- 
viennent le mieux pour les montants, plinthes et 
corniches de vos bibliothèques-. Pour les rayons ou 
tablettes, contrairement à l'avis de Peignot, employez 
un bois moins dur, aussi bien pour ne pas donner un 
poids inutile à votre meuble qu'afin de vous épargner 
un non moins inutile surcroît de dépense : le pin ou 
le pitchpin passé en couleur, de façon à s'harmoniser 
avec les montants, et garni, sur le côté extérieur, 
d'une baguette de môme essence qu'eux, suffira très 
bien et vous satisfera pleinement. 

1. Voir la figure des pages IGX-169. 

2. Gabriel Peignot y ajoute le cèdre, et écrit {Manuel du 
bibliophile, t. II, p. 419) : « Si l'on a une bibliolhèiiue compo- 
sée de livres précieux, il eî=t à propos de prendre du bois 
de cèdre, ou au moins du chêne très sec et très sain, pour 
en faire le meuble et les tablettes destinées à recevoir les 
ouvrages. Le cèdre, par son odeur, le chêne, par sa dureté, 
sont plus propres à écarter les vers et autres insectes.... » 



ir»j) LK livup:. 

Si vos hiinîl>l(*< ressources vous conlraigneni à la 
plus sirii'lt» économie, laissez de côté le chêne el 
autres bois coinpacls el coûteux, et n'employez, pour 
toute votre lûbliothècpu*. — vous ne vous en trou- 
verez pas plus mal, — ■* pour les tablettes, aussi bien 
(jue pour les montants, la plinthe et la corniche ou 
simple saillie, qut* des bois résineux, ennemis des 
insectes, et de prix modiipie : pin, pitchpin, mér 
lèze, etc.. auxtpiels vous ferez donaer la teinte qu'il 
vous plaira. 

Ouil n"v ait jamais guère plus d'un mètre d'inter- 
valle cuire vos monlaiils: en d'autres termes, que 
vos lablcllcs n'aient jamais plus de i mètre à 1 m. 50 
lie longueur : avec une portée plus grande, elles 
ristpu^raient de flccliir sous le poids des livres*. 
Leur largeur sera naturellement subordonnée à la 
profontlcur de votre bibliollié(|ue. c'est-à-dire que 
celte Iarg(MU' variera selon que vous vous proposez 
davoir ou de n'avoir pas plusieurs rangées de livres 
les unes derrièn» les autres. Avec une seule rangée 
vous pourriez donner à vos tablettes un peu plus de 
la largeur de vos j^lus grands volumes, de vos in— 4, 
par exemple (Om. '2o). soit rî^) centimètres. Pour l'épais- 
seur. 1^ cculimètrcs sont suftisanls. 

11 est important i\uc la face antérieure des mon- 

I. M. Albert Mauu: {",'. cit.. p. Oh tlonne 1 moire pour la 
linii^^iu'ur inaximiuu do colle porloo: M. Gcyot-Daubès 
■ '.1/7 le 'Liasevlcs io>tes, p. î>8^. i in.50. c'.lMa ligure pp. 168-169. 



\M \ UNI 




162 LE LIVRE, 

tanis ne déborde pas sur les rayons ou tablettes, 
quelle eu liiissebien les deux extrémildsàdécouverl, 
de l'ai;ori^iie pas cacher les [ivres placés à ces extré- 
iiiilés, el à |H'rmeltre de prendre et de remeltrc ces 
volumes aisénioni, sans ris<[uc de les froisser el 
cndomiuager. Si vous possédiez un de ces casiers oii 
la face des montants soit trop large et masque les 
livres placés aux extrémités des rayons, vous pourriez 
remplacer ces livres par des volumes inutiles, des 
volumes « de remplissage •. S'il s'agit d'une vitrine 
dont le cadre des vantaux de la porte cache les livres 
non seulement sur les côtés, c'esl-à-dire aux extré- 
mités des rayons, mais tout autour de ce cadre, en 
haut et en bas du meuble, il faudra, outre la précau- 
tion précédente, vous résigner, si vous désirez que 
tous vos volumes aîenl leurs titres bien apparents, 
h modilii-rla disposition de vos tablellcs et à perdre 
bien de la place. 



Dans toute bibliothèque, le rayonnage est la partie 
essentielle'; le mode de supports des rayons a no- 
tamment une importance capitale. C'est de ce mode 
de supports que dépendent, en effet,' non seulement 
la stabilité des rayons ou tablettes, mais le bon ran- 

I. - La base du mobilier, duns toute bibliothèque, est le 
ruyonnage. ■ (Albert Maire, op. ci(,, |t. 00.) 



AMÉNAGEMENT D'UNE BIBLIOTHÈQUE. 163 

gement des livres, la quantité plus ou moins grande 
de volumes qu'on peut disposer dans un même 
espace, et surtout la facilité, aussi plus ou moins 
grande, avec laquelle on peut mouvoir les rayons, 
les rapprocher ou les écarter Tun de Tautre, et 
apporter ainsi aux rangées de livres toutes les modi- 
fications jugées nécessaires. 

Cette question des supports des rayons a toujours 
été et est encore une des premières préoccupations 
de tout bibliothécaire, de tout bibliopole et de tout 
bibliophile. Il va de soi que tous ceux qui possèdent 
des livres, qui en ont le dépôt ou la garde, doivent 
chercher à les ranger le plus commodément et, au 
double point de vue de l'argent et de l'espace, le 
plus économiquement possible. 

Le rayonnage d'une bibliothèque peul être : l'^ à 
supports fixes ; 2° à supports mobiles ; 7)" à supports 
hybrides, c'est-à-dire à la fois à supports fixes et à 
supports mobiles. 

Dans le premier cas, les tablettes, dont la lon^- 
gueur, venons-nous de dire', ne doit jamais dépasser 
I mètre à 1 m. 50, sont, ou adaptées directement 
aux montants de la bibliothèque au moyen de mor- 
taises, ou posées sur des tasseaux cloués de dislance 
en distance à l'intérieur de ces montants. Ce dernier 
mode est inférieur au premier, aux mortaises, à 
cause des aspérités et saillies que présentent les tas- 

1. Page 160. Cf. la figure des pages iOS-\i)S\. 



W-i LE LIVRE. 

seaux cl tpii pi'fivciil nlti-indre d détt-riorer lès cou- 
vcitiires ilo vdIiiiiii's. Il csl |ini<ient,gi on l'emploie, 
do rl(ni('i' diaquo lussi'nii par ]'(!xl(>ricur, c'est-à-dire 
en ciifiiinjîn!! Ii' cliui d'abord dans le montant, et 
lU: bien s'assnri-r oiisuile qu'aucune cxlrémilé de 
clou ne dô|)jiHwe à l'inliTii-iir et ne risque ' d'éra fier 
les voliuiii's. 

lïicn qnis ilniis limlc Itibliotli^que où les livres 
R<ihl riiiiiTi'S par l'uniials, — le meilleur mode de 
i-iuifîi'iiii'iil piJiir rliaqiiii cali'gorie d'ouvrages , 
cotiiiiii' iiiiiis le verrons plu:- loin, — on puisse se 
«■(uilrnlrr lit- rayoTis JiM.-.--', remploi des rayons mo- 
liilc-i l'sl ;;éin'Tidenii'iil pr^l'éré, cti raison dos avan- 

liiisi'ii i\'i-\ri- iliiiis riiUliiillii-'jui^ iitiiversilaire cl niAino 

ilaiis la |ilii|iiLi't ili" H<i^ UiMiiitl[i'i|uciH de France, où les 
livivs si.iil |..i^os -floa ]cm- lianlour. ■ (AMierl Maire, op. 
ctl.. p|i. Bl-W.) Il s'assit iii, il c-sl vrai, de bibliollièques 
jiiililiiiucw r^culfiiient : mais la nii.'inc rcmanine a été appli- 
iIucV- aux liilili.illii'>i[ui'S|iriv(xB : - ... l,c? rayons s'appuient 
[àniis iioli'i' liiiiiililr' liililiollicquc <lc traviiillciir], i^oit sur des 
ci'éiiiailli'n'!^. <iii. plus pralii]ui.'uienl cl plus écoiioinique- 
iiirril, sur <[<!!' lassi'iiuv lixos àdemcure sur les montants. - 
((.iuïoT-ii.M nrs. "/;. rii.. pp. W-MU.i Quanl au docteur 
(iinKSF.L II))'. '■'''.. ]i. r>l '. il ilt'claro que, même pour les 
liibliallii'ipii's piilillipii-?^. ■ IVnipliù dps rayons mobiles a 
i'ii' rfi'cauu iMiiiiiic jiivlï'ralilc à celui des rayons lixes.... 
\U sdUt.iTi .■ffel. iiiliiiiauTil plu-' CLUiuiciics, la mobilité des 
lalilctlci^ pi'vmottaut, •=iiiïaiil les lipsoiiis, de diminuer ou 
d'auiimenli-r li-ur hauteur saii-^ auiiiae diriirullé. • M. Edouard 
Hol-Vkyhi; ,..;,, ,17.. ô c.lil.. t. I. p. iô: est davia, lui aussi, 
r|u'on doit ■ ne si' «■■nir de talilclies thés qu'à la derniëre 
f\lrouiité.... qu'il est toujours préféraMe d'uilu|)lcr des 
talilelles mobiles -. 



AMÉNAGEMENT D'UNE BIBLIOTHÈQUE. 1G5 



SUPPORTS FIXES 
Tenons et Mortaises 




SUPPORTS HYBRIDES 
Rayon fixe el Rayon mobile 




SUPPORTS MOBILES 
Crémaillères 




Clavettes 




FVofil. l M ^ 

Clavette 




166 LE LIVRE. 

la^(*s (ju'ils; olVrenl on cas <le iloménagemenl, par 
ox<Mnplo, ou (le simple changomont de place. 

Mais, avani de» parler du rayonnage mobile, nous 
«lirons rapidement en quoi consiste le rayonnage à 
supports hybrides, n supports qui sont les uns fixes, 
les autres mobiles. 

Supj)osons une bibliothèque ou une travée de 
bibliothèque destinée à contenir des volumes in-4, 
soit d'environ m. 27} de largeur sur m. 51 de - 
hauteur (in-4 cavalier) : il est évident que Tintervalle 
en In* ('ha(|ue rayon devra être au moins égal à la 
haul<Mir de ce format, c'esWCi-dire ne pas avoir moins 
de m. r»l. Si ces rayons sont adaptés aux montants 
par dos mortaises, ou s'ils reposent sur des tasseaux 
cloués à rintéri(MU' iW ces montants, comme nous 
Tavons explicpié lout à riiouro, et qu'au lieu d'une 
ranimée de volumes in-4, on veuille placer, dans 
chacun de ces nu^mcs inlervallos ou cases fixes, deux 
rangées de volumes de dimensions moindres, des 
in- 18 Jésus, par exemple (0 m. 117x0 m. 187)), on 
pourrait se servir, pour la seconde rangée, d'un 
rayon do mémo longueur mais moitié moins large 
que le rayon fixe, et qu'on placerait dans le fond de 
la case, sur deux petits supports en forme de trépieds 
(ou à quatre pieds), de quelques centimètres de 
haut, de façon que la tête des volumes rangés sur 
ce rayon du fond dépasse la léte des volumes de la 
rangée du devant, et que celle rangée-ci ne masque 



AMÉNAGEMENT D'UNE BIBLIOTHÈQUE. 167 

pas les titres de celle qui se trouve derrière elle. 

Au lieu d'être indépendants de leurs labletles. ces 
petits trépieds pourraient y être cloués et Former 
ainsi avec elles une sorte de long chevalet qu'on 
place ou qu'on retire à volonté ; mais, afin toujours 
d'éviter le plus possible les aspérités, il est préfé- 
rable de se borner à poser, sans les clouer, les ta- 
blettes ou rayons sur les trépieds. 

L'emploi de rayons mobiles, alternant ainsi avec 
des rayons fixes, permet de varier les rangements 
sans grande peine, et donne, dans nombre de cas, 
d'avanlageux résultats. La bibliothèque de M. Jules 
Mary, le romancier populaire bien connu, est ainsi 
disposée, et il n'a, nous disait-il un jour, qu'à se 
louer de ce système. 

Passons aux rayons mobiles, aux rayons à sup- 
ports mobiles, pour mieux préciser, dont l'usage est 
recommandé par la grande majorité dos biblio- 
graphes. 

Ces supports mobiles sont de deux sortes : ou des 
tasseaux de bois reposant sur des crémaillères, ou 
des clavettes ou chevilles métalliques introduites 
dans des trous alignés le long des montants. 

Le système des crémaillères a été longtemps en 
honneur et est encore — ce qui est regrettable — le 
plus généralement employé. On sait en quoi il con- 
siste. A l'intérieur des deux montants d'une biblio- 
thèque, ou de toute travée de bibliothèque, sur le 



1G8 



LE LIVKK. 



Corniche 



\foirî^»ln-32 




Vol^**in-l8 



A' r.3 3' 1 1 1 ' H ^^flQ33utu':«C^ 



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Vol."2?*jn-8 



Voir2«3in- 4 




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Tablette 

/ mètre i5 cent. 



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Armoires 



Plinthe 



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Noms des diverses 

Nou-i sui»i»os. u< •,!!(. iN II. \ ili';.- i!ii' ii'ii . .-li ii - livri ^ <oiU rangés i»ar ordn. 



AMÉNAGEMENT D'UXK HIlIT.IOTIlPlQUK. 169 



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I il ■ 



170 LK LIVRE. 

Lord anlérieur el sur le bord poslérieur de chacun 
do ces monlanls, sont fix(>es de longues bandes de bois 
taillées en dents de scie et placées, autant que pos- 
sible, de telle sorte que les dents de ces crénïaillères 
soient exactement en face les unes des autres. On 
prend des tasseaux, sorte de réglettes de bois dont 
les bouts sont coupés en biseau, et on les encastre, 
deux par deux, à la hauteur que Ton désire, dans 
les crans de ces crémaillères, en ayant soin que ces 
crans se correspondent, se trouvent bien vis-à-vis, 
sur le même plan horizontal. S'il en était difTérem- 
ment, si l'un des tasseaux était plus bas ou plus 
haut ({ue l'autre, la tablette qu'on y poserait suivrait 
éviihmiment cette inclinaison. On pourrait, il est 
vrai, remédier à cet inconvénient en plaçant sur le 
tasseau trop bas un tasseau supplémentaire, — tas- 
seau d'épaisseur variable, au besoin même taillé 
d'un côté en languette, — un peu moins long que 
les autres, puisqu'il n'a pas besoin d'entrer dans 
les dents des crémaillères et est toujours destiné à 
être soutenu par un autre tasseau, qui, celui-là, est 
encastré dans lesdites dents. De même, si, pour un 
motif quelconque, on voulait surélever un rayon 
sans déranger les tasseaux qui le soutiennent, on 
n'aurait qu'à se servir de deux tasseaux supplémen- 
taires de même hauteur, qu'on glisserait sous ce 
rayon, et qu'on ferait reposer sur les deux tasseaux 
entrés dans les crémaillères. Ajoutons qu'il est indis- 



AMÉNAGEMENT D'UNE BIBLIOTHÈQUE. 171 

pensable que les bandes de bois dans lesquelles les 
dents sont entaillées aient une épaisseur convenable, 
un centimètre au moins, et que ces dents soient pro- 
fondes et régulières, « toutes du môme pas », comme 
on dit*. 

Outre que la pose et la stabilité des tasseaux sont 
souvent contrariées par le perpétuel jeu du bois, 
nous retrouvons, avec ce système, le même inconvé- 
nient, voire un inconvénient pire, que dans un 
des systèmes précédents, où les tasseaux étaient 
cloués aux montants, puisque à la saillie des tas- 
seaux s'ajoute maintenant celle des quatre cré- 
maillères, de toute cette quantité de crans et de dents 
de scie, d'aspérités, disposées à souhail pour rayer 
ou déchirer les couvertures des volumes placés dans 
leur voisinage, c'est-à-dire aux extréinitésde chaque 
rayon. Aussi ferez-vous bien, si vous employez ce 
mode de support, d'appliquer à ces extrémités, con- 
tre chaque couple de crémaillères, une feuille de car- 
ton assez épais, destinée à protéger le livre menacé. 

Le système des clavettes ou chevilles métalliques, 
que nous allons examiner maintenant, — système 
adopté par la Bibliothècjue nationale, — est, sans 
comparaison, de beaucoup préférable à celui des 
crémaillères. 

Au lieu d'être munis, sur chacun de leurs bords 

1. Cf. le Père A. Potrcelet, le Guide du hiblioihêcaire dans 
les collèges et les rommu)tautés, pp. 9 et 10. 



::-: ltvre. 

■ '.'•' - ■!i^»:r' L'iUKlr tir l»ois taillée en 

- ■ .•*- :•■ :\ !ni>nlanl< de la bibliothèque 

.::.:■::* rr\f>tn> d'un |xinnoau de bois 

.: r. -.a rnlimèlre el demi ou deux cen- 

. s --'••:r. |»*ro«'". dan-^ toute sa hauteur et 

- - ! -.xU-nls. «l'une suite de petits trous, 

: r- ■!- -Ti I roi-i «•entinuMi'es. et (|ui se corres- 

- ■Xivlfiufnl. C'e>t dans ees trous, sou- 

- : ■ !- 1 ::îv^ jM-lile ffaine ou douille de cuivre, 

!".! t ••ri't'i'iTal ion. iju'on introduit les che- 

.--! •■!i t'uivro. tjui doivent supporter les 

• - r 'il- .■•■!;», la liMt' lit» ivs chevilles est aplatie 

.■ ■■ -'irlM'»' -aillante dVnviron un cenlimèlre 

■ I ■■' lui ' .iH''. 11 fa ni évidemment ijuatre chevilles 

j.ii .•■!].«■] Il»' raymi. di-ux de rhaque côté. comme ilfal- 

hiil t'iiil a riinire «pialre crans de crémaillère, deux 

[.;ii t:i--iMii : ••I. de même qu'on devait avoir grand 

"o'iu lie choisir <rs (pialre erans bien en face les uns 

drs an Ires, il esl indispensable que les quatre trous 

de-liiiés à reeevi>ir les elavelles se correspondent 

l'ien, s()i<'nl bien sur le mémo plan horizontal '. 

I. I.<'s qii.'ilrc rniiLrrcs de Iroii?^ «Icslinés aux clavettes, au 
lifMi <r«'ln' pcn-rcs p.'iriillMeinonl dans des panneaux de bois 
Id.'iiic appliiiurs (M)!!!!^ les deux monlanls, pourraient se 
lidMvrr — <•<' ^\lù serait peut-ôtre plus solide et vaudrait 
mi<'u\ ■— sur les nionlants UMMues. dans l'anpfle du fond 
et «lans l'an^diMlu devant, au même endroit et dans le nu'^nic 
sr\i^ «pu* seraient plaeées des «lenis de <'rémaillères. Les 
rlaxrlles seraieid ainsi, par couples, du mt'Mne coté, dispo- 
s<'«'< 1'/* /'.fic l'une de l'aulre, el le rayon, au lieu de reposer 



■\l . 



AMÉNAGEMENT D'UNE BIBLIOTHÈQUE. 173 

Quoique Tépaisseur de la télé des clavcfles soit 
relativement minime et ne dépasse guère trois ou 
quatre millimètres, il est bon, afin d'empêcher la cla- 
vette d'accrocher ou d'écorner la tète des livres, de 
ménager dans l'épaisseur du rayon, à ses deux extré- 
mités, quatre échancrures où viendront librement 
s'emboîter les têtes des quatre clavettes : le rayon 
n'en sera que plus solidement assis, et toute aspérité, 
toute saillie, sera supprimée. On remplace môme 
parfois les clavettes métalliques par des clavelles de 
bois, auxquelles naturellement on donne plus d'épais- 
seur et plus de longueur, des espèces de tenons^ aux- 
quels correspondent des »?or/a/.s^'.s pratiquées deux 
à deux aux extrémilés et dans la surface inférieun^ 
<les rayons. C'est W système employé, probablement 
depuis longtemps, dans cerlaines sec lions de la 
Laurentienne de Florence : il est moins élégant que 
le précédent, plus primitif, mais je ne le crois pas 
plus soHde ni même plus économi({ue. 

Il serait certainement 1res avantageux de ne pas 
donner à votre bibliolhèque-meuble une hauteur 
supérieure à celle où peut atteindre lamain, hauleur 
qui dispense de l'emploi des échelles ou escabeaux, 
et est actuellement adoptée pour les rayonnages des 
principales bibliolhèques publiques*. Malheureuse- 
sur elles par ses deux bouts, ses deux bords extrêmes, s'y 
appuierait par son bord antérieur et son bord postérieur, 
tout près," bien entendu, desdites extrémités. 

1. L'emploi des échelles et escabeaux présente de conti- 



174 LK LIVIIK. 

niriil, l'oiniiu» nous Tavons déjà maintes fois noté, 
lUMis soiiuurs |)res(|iie toujours logés très à rélroit; 
«laiis 1rs fi^randes villes surtout, la place nous est 
nM»^urrr avec la plus oxtrOmc parcimonie : d'où la 
nécessili'' dr n'en pas perdre un brin. La hauteur de 
volrr bibliolluMiue dépendra donc de celle de votre 
appartement, et de la quantité de livres que vous 
pcjssédez ou avez l'intention d'acquérir. 

I)e même pour la profondeur du meuble. Il vau- 
drait mille fois mieux sans nul doute ne pas mettre 
de livn\sles uns (ItM'rière les autres ; mais... toujours 
le mancpio de plaee ! Du moins, si vous êtes contraint 
de doubler ou même» de tripler la profondeur de vos 
easiers, d'y installer, l'une derrière Tautrc, deux, voire 
ti'ois rani^MH's (rin-l<» ou d'in-18, ayez soin de les 
éclu^lonner. dc^ faeon (pie les volumes placés sur le 
preinicu* ran^n(^ mas{{uent pas les titres des volumes 
(hi seeond rang, et. ceux-ci les titres du troisième. 
Suréleviez d'un ou <leux crans, ou d'un ou deux trous, 
— selon que votre rayonnage sera à crémaillères ou 
à clavettes, — le deuxième rayon et d'autant le troi- 
sième. Il va de soi (jue, si vous employez le rayon- 
nage à clavettes, vous devrez, pour pouvoir disposer 
deux rangs de rayons en [>rofondeur, avoir fait 



iiuels inconvôiii(MUs, et nuMuc de sérieux daiii^ers, surtout 
lorsiiue les parquets sont cirés. Sur les savants morts des 
chutes qu'ils ont faites dans leurs bibliothèques, voir notre 
tome II, pp. 251-'i5!2« 



AMÉNAGEMENT D'UNE BIBLIOTHÈQUE. 175 

préalablement percer, entre les deux rangées de 
trous qui bordent chacun des montants intérieurs de 
votre bibliothèque, une troisième rangée, dont les 
trous seront destinés à recevoir les clavettes sup- 
ports du devant du deuxième rayon, — du rayon du 
fond. Si, au lieu de deux rayons, vous en vouliez 
trois, il est clair de même qu'il vous faudrait une 
quatrième rangée de trous pour les clavettes du 
devant de ce rayon du fond. 

On a cherché, dans ces derniers temps, à suppri- 
mer ou amoindrir le plus possible la difficulté que 
présente le changement de place (abaissement ou 
exhaussement) d'un rayon chargé de livres, que ce 
rayon soit appuyé sur des tasseaux ou supporté par 
des clavettes. Plusieurs systèmes ont été imaginés 
dans cette intention. M. le docteur Staender, direc- 
teur de la Bibliotlicquc royale et univiM'sitaire de 
Breslau, est notamment rinvontcur d'un rayon 
« muni à ses deux extrémités de pitons en métal 
montés sur tourillons mobiles. Ces pitons pénètrent 
dans des trous carrés percés dans les montants de 
chaque travée. On peut aussi remplacer, à Tune des 
extrémités du rayon, les pitons mobiles par des 
pitons fixes ^ » 

1. Graesel, op. cit., p. loi. Pour plus de détails sur les 
divers systi'^mes de rayons mobiles, voir ce même ouvrat;e 
du docteur Graesel, pp. 151 et suiv. 




Bibliothèque à échelles en fer 



AMÉNAGEMENT D'UNE BIBLIOTHÈQUE. 177 






On fabrique actuellement divers systèmes de bi- 
bliothèques dont les montants, et parfois même les 
rayons, sont en métal, en tôle vernissée ou émaillée, 
par exemple, qui présentent ainsi de grandes 
garanties contre les risques d'incendie, et sont, en 
outre, bien plus faciles à démonter, à transporter et 
à nettoyer que les bibliothèques à montants de bois. 

Telle est la « Bibliothèque à échelles en fer», qui se 
compose de quatre tringles ou montants en fer, re- 
liés entre eux et consolidés, non plus par un compact 
fond de bois, — un de ces fonds si inutiles et tou- 
jours si incommodes à cause du continuel jeu du 
bois et des dislocations qui en résultent, — mais par un 
simple croisillon, un X en fer. Ces montants sont 
percés de trous dans toute leur hauteur, et, dans ces 
trous, entrent les tasseaux qui supportent les 
rayons. 

Un autre système, le système Galante, — du nom 
de son inventeur, — remplace les tasseaux ou les 
chevilles par des supports à coulisses ou coulissants, 
c'est-à-dire pouvant s'arrêter où l'on veut, et offrant 
le double avantage de supprimer toute aspérité à 
l'intérieur de la bibliothèque, et de permettre ensuite 
de disposer les rayons à la hauteur exacte qu'on 
désire, ce qui n'est possible ni ^vec les crans des 

LE LIVRE, T. IV. VI 



178 LE LIVRE. 

crémaillères ni avec les trous destinés aux chevilles, 
ou claveltes. 

Voici (|U(*lques détails sur cette ingénieuse et très 
pratique invention. 

Au lieu de crémaillères pour tasseaux ou de 
bandes à trous pour clavettes, deux longues tringles 




Sl'PPOUT À ^.u^I,I^^^KS (j^YSTÈME fJALAXTK). 



métalliques et lisses TT, TT, fixées à la base et au 
sommel du meuble, sont disposées parallèlement le 
long de chaque montant : c'est sur ces tringles 
que s'appuient et glissent les supports ou tasseaux 
dont la figure ci-dessus montre le mécanisme. 
Grâce aux deux guides II, II, qui surmontent la 
traverse métallique E, et sont engagés sur les 



AMENAGEMENT D'UNE niUI,IOTHI>yUE. 179 
(ringlcp, celte coiirto travi r e \i.ril il !< M mu 
de mêla), poiil se mouvoir i'i \ I ri I I i _ t | n\ 




(ii; cercle el i!uiil les exIri-Lniii'-s vieiiiionl-'arc-lioiilei 



180 LK LIVRE. 

conin» 1rs [rin<;l(»s TT oi TT, enip^clio tout glisse- 
inenl vers le bas. Pour faire glisser le support vers 
le haut, il suffit de le pousser; pour le descend re^ on 
se sert des anneaux I), C, fixés en dessous de la lame 
d'acier au ressort AH : en tirant sur ces anneaux, le 
ressort quille le contact qu'il a avec les tringles; le 
support peut alors descendre, et, pour l'arrêter, il 
n'y a <|u'à lAcher les anneaux. 

Ainsi, sans «ju'il soil nécessaire d'enlever les livres 
ranj^és sur un rayon, ce rayon peut être aisément 
haussé (Ml baissé av(^c C(» sysléine de supports cou- 
lissanls. 

Si, au lieu d'une seule rangée de livres, le manque 
de place nous obligeait ù placer deux rangées l'une 
derrière Tautre, on procéderait, avec le système 
(lalantc, absolument comme tout à l'heure avec les 
crémaillcres et les tasseaux de bois. A quelques 
cenliméires au-dessus des deux supports métalliques 
destinés au rayon des livres du premier rang, on 
placerait un autre couple de supports idenliques 
aux précédents, deslinés au rayon du second rang 
ou rayon du fond, rayon de même longueur, mais, 
bien enlendu, moitié moins large que le rayon du 
premier rang ou rayon du devant. 

Il va sans dire que les montants delà bibliothèque, 
au lieu d'être des panneaux pleins, peuvent ôlre à 
claire-voie, de simples bandes de bois ou de métal, 
comme dan» le système précédent. De môme, le 



AMÉNAGEMENT D'UNE BIBLIOTHÈQUE. 181 

lourd et inutile fond de bois est supprimé, et le 
meuble se trouve ainsi réduit à sa plus rudimen taire 
expression, àli'indispensable; il y gagne, la question 
d'économie à part, aussi bien en élégance qu'en soli- 
dité et en légèreté. 

Ajoutons que le système des supports coulis- 
sants, le système Galante, peut s'adapter sans dif- 
ficulté à tous les genres de bibliothèques, et aussi 
que, par suite d'un autre perfectionnement ima- 
giné par le même inventeur, grâce à une feuillure 
fixée à la partie postérieure des montants, feuillure 
peu épaisse, en bois tendre et facile à découper, la 
bibliothèque peut s'appliquer exactement contre la 
muraille ou la cloison, en épousant toutes les mou- 
lures des boiseries. 

Mentionnons encore le système des « Bibliothèques 
extensibles », composées d'éléments, — casiers 
ouverts ou fermés, — pouvant s'adapter les uns aux 
autres et permettant ainsi d'agrandir ou de res- 
treindre ces bibliothèques, selon les besoins ? ^ 

Il existe certains petits casiers pivotants, de diffé- 
rentes tailles, dits « Bibliothèques tournantes », 



1. Un autre syslème de bildiolhcquc extcnsihic, dû ."j M. Ja- 
mali, se compose de tablettes trouées aux quatre angles et 
(ju'on engage dans des tringles servant de montants. 
L'esi)acement des tablettes se règle à volonté, grâce à des 
rondelles de bois ou de métal, évidées en leur milieu, et 
qu'on enfile dans les tringles-montants. Cf. Edouard Rou- 
VEYRE, op. cit.^ 5' édit., t. I, pp. 149-150. 



1^-2 LK LIVRE. 

iiuoii {)(*iil iiistalliT à porU'c de la main, près de la 
lalilr on iiiriiu» sur la table de travail, et qui vous 
iluiiiirnl ainsi W moyen d'alléger vos rayons et 
d'jHrruîln» I"es|)aee consacra'» à vos livres. On y logera 
n«»[nn*lh'inenl de préférence les ouvrages dont on se 
seil le pins : dictionnaires, annuaires, manuels, etc. 

I)îinlrcs € l)il)liolhèques de table » sont plus 
siniplt's encore : elles se composent d'une base à 
conlisscs. Ionfi!"nede quelques décimètres, a\"ec mon- 
Ijinlsanx deux extrémités, pour retenir les volumes, 
cl avrc on sans séparations intérieures. 

iNnir obvier à l'insuflisancede place, M. Gladstone, 
le <'rl(''l)r(' homme d'Ktal anglais, avait imaginé de 
(ii>|M»srr sa bibliolhècpie comme une bibliothèque 
pnhiiqnc, de diviser son cabinet de travail par de 
« [lelils murs de livres à hauteur d'appui, perpendi- 
culaires aux grands côtés de la salle et y marquant 
de vérilahlos demi-cloisons'. Chacun de ces petits 
murs à labh^llcs était accessible de [des] deux côtés, 
(»t, par consé([nent, donnait place à deux rangées de 
volumes présentant chacune le dos. Ces deux cloi- 
sons formaient, en avant des fenêtres, autant de 
réduils favorables à la solitude et au travail; elles 
laissaient le haut des surfaces disponible pour les 



l. (les panneaux ou « denii-cloisons ». isolés, perpendicu- 
laires aux friands côtés de la salle, et j)résentant deux sur- 
faces pour loteries livres, portent, comme nous l'avons dit, 
(p. 1 i.V), le nom dVy>/s ou dVy>/yit'.s'. 



p 



AMÉNAGEMENT D'UNE BIBLIOTHÈQUE. 
Corniche! 




Bibliothèque "tournante 

2 




BiblioihècJiue dg table 



184 LE LIVRE. 

taMoaiix, gravures et objets d'art; enfin, elles sup- 
primaient l'emploi (les échelles ou des marchepieds. 
M. (jîlad^stone s'e^5l étendu avec beaucoup de verve 
sur les avantages de cet arrangement; il a démontré 
que, par son système, 1 8 000 à 20 000 volumes pou- 
vaient trouver place dans une salle de lOà 12 mètres 
de long sur (» de large, et cela sans lui ôter Taspeci 
d'un salon ou lui donner celui d'un magasin de 
librairie'. » 

Mais tout le monde ne dispose pas d'une salle de 
10 à 12 mètres de long sur 6 de large, et ce procédé, 
si intj:énieux el élégant qu'il soit, serait inapplicable 
dans nos él roi tes petites pièces. 

Si vous désirez ne pas laisser tous vos volumes ou 
documents exposés aux regards de vos visiteurs, si 
vous possédez des livres rares, des incunables, des 
manuserils enluminés, ([ue vous tenez à mettre en 
réserve', à abriter contre les indiscrets et contre la 
poussière, au lieu de la vitrine fermée dont noun 



1. Kdouani RorvKYiŒ, op. ri/., b" édit., t. I, pp. 134-156. 

2. La Ri^scrve, c'est le nom qu'on donne, dans notre Biblio- 
tho<iuo nationale, et dans nos autres grandes bibliothèques 
publiques, t^ ces raretés et trésors bibliographiques. •< La 
Réserve est le trésor de la Bibliothèque [nationale] ; elle 
abrite ses livres les plus précieux, et il y en a quatre-vingt 
mille. » (Henri Beualdi, Voijage d'un livre à travers la Biblio- 
thèque nationale, p. 42.) Graksel [op. cit., pp. 51 et 182) 
ai)pellc les œuvres rarissimes, \os (Imelicn {sir : rien n'em- 
pêcherait d'écrire au pluriel : CVmt'//V//N) (de xsijiTj^ia, joyaux ; 
— « Cimelia, Gimilia, Thesauri, vasa... » [Ducange, Glossa^ 



Pi 



AMÉNAGEMENT D'UNE BIBIJOTlIKOUi:. 185 




Inlùrli'ur ilu t iiniclo nonlisl r^jon 



rlum]l, • IcriiK ')-<s< 7 lii qnciiinieriL (<m|il[iM dm- les liililiu 
llii^qHps allcin inili •* - .ijoiili t il 1 1 iiii'iiio iiiul - i]p|)liiiii( 



I ibk I 



. l'éi 



-illi 



(Wmcïiil «ti --ill. A |[tii.Fhni /((.;< 

■.l'iji/iK IIHHI) .1. / iiiiiu l.iimain nt 
liinl ,J I.lnl.lLotlmiuc M ii. i iiia,.lL \(.ili,c - 
de latiaiu, r> dfLimliri. l'iOd III I cuilkL 



186 LE LIVRE. 

avons parlr |)recédemnieiit *, faites clore par des 
portes à panneaux plus ou moins ouvragés, des 
portes à charnières ou à coulisses, la partie inférieure 
de votre bibliothèque ou d'une de ses travées seule- 
ment. Que les montants en soient torses ou cannelés, 
la corniche enrichie de moulures, si bon vous semble, 
soit! mais n'oubliez pas que plus ce meuble sera 
simple, plus il facilitera vos recherches, accélérera 
votre bosof^ne, plus il vous sera commode'. 

Surtout, à aucun prix, ne vous servez de ces 
meubles dits « fantaisistes >, de ces vitrines « gal- 
bées », de ces bahuts rocaille et Pompadour, de ces 
baroques ècliafaudages et stupides japonaiseries, où 
les rayons s'interrompent brusquement ou s'enche- 
vêtrent les uns dans les autres : je m'occupe d'une 
bibliothèque d'homme de lettres ou de sciences, 
d'homme d'étude, de travailleur, et non des étagères 
à bibelots d'une petite-maîtresse. 



♦ * 



D'autres meubles ou accessoires de bibliothèques 
méritent aussi quelques explications : tels les appuis- 
livres, les pupitres, lutrins, chevalets-liseuses, etc. 
Quant aux fiches et boîtes à fiches, nous en parle- 
rons plus loin, en traitant de la Classitication et des 
Catalogues. 

1. Page 158. 

2. Cf. la figure des pages 1G8-169. 



AMÉNAGP:MENT d'une bibliothèque. 187 

L'appui-livre est un peliL appareil desliné à rolenir 
les livres à leur place sur les rayons. Il se compose 
ordinairement de deux courtes plaques mélalliques 
perpendiculaires Tune à l'autre : la plaque horizon- 
tale se glisse sous les volumes à soutenir, du côté du 
vide, et la plaque verticale, en venant butter contre 
le premier de ces volumes, Tempôche de choir, et 
retient ainsi debout et serrés les uns contre les 
autres les livres de toute la rangée. Il faut avouer 
néanmoins que cet appareil n'a guère d'efficacité 
que pour les volumes de très petit format : les in-4 
et les in-8, les in-18 mômes, réussissent aisément, 
par leur poids, à pousser l'appui-livre, à le faire 
céder, et à le rendre en conséquence inutile. 

On emploie, dans certaines bibliothèques publi(iues 
des États-Unis, un appui-livre tout à fait primitif et 
bien plus pratique : « c'est une simple bricjue de 
construction, enveloppée de papier bulle, et dont le 
poids suffit à maintenir debout les in-8 et les 
in-i* ». Nombre d'amateurs ou de travailleurs ont 
sous la main un appui-livre encore plus simple et 
plus commode ([ue ladite bri([ue : pour retenir les 
livres rangés sur un rayon, ils se servent tout bonne- 
ment de queh[ue gros et lourd volume hors d'usage, 
d'un vieux />o////î, par exemple, ou d'un AnnualrC' 
ïlarhcUc de Tannée passée. 

Dans beaucoup de bibliothèques publi([ues, pour 

1. Courrirr des hihliolhèquefi, mars-avril 1901, p. 115. 



188 I^ LIVRE. 

remplacer sur les rayons les ouvrages manquants 
(pr(>tés, à la reliure, ou disparus), on se sert d'une 
planchetle indicatrice, nommée fantôme : c'est, en 
oilet, un véritable simulacre ou « fantôme » du livre 
absent. Ces planchettes sont du même format que 
les livres qu'elles remplacent; souvent, elles sont 
munies d'une rainure, de quelques centimètres de 
profondeur, destinée à recevoir une fiche, — ou plus 
exactement la partie inférieure de la fiche, car celle-ci 
doit dépasser la planchette, de façon à attirer aisé- 
ment les regards, — où sont inscrits le titre du livre 
et sa cote au catalogue. On peut y ajouter le motif 
de l'absence, le nom de l'emprunteur, etc. D'autres 
bibliothécaires se contentent d'inscrire titre, cote et 
indications diverses sur une étiquette collée ensuite 
au dos de la planchette, au dos du fantôme ; d'autres 
encore aft'ectent l'étiquetle au litre et à la cote, et 
la fiche plantée dans la rainure au motif de l'ab- 
sence'. 

Les pupitres, lutrins, cJiei^ilets-lisciises, etc., sont 
parfois très utiles, lorsqu'il s'agit, par exemple, de 
supporter des volumes de grand format, qui fati- 
gueraient la main; ou pour tenir largement et fixe- 
ment étalé, à portée des yeux, un texte que l'on 
copie; ou encore lors({ue des malades, obhgés de 
demeurer couchés, désirent lire ou travailler. 

11 y en a de toutes les formes, de ces petits meubles, 

1. Cf. Albert Maire, op. çiL^ p. 78, 



AMKNAGEMKNT i) UXE BIlir.HjTIIKCJUK. 18' 




Chevqlet-liseuse Pupitre liseuse 



190 LK LIVRE. 

<loiit on ï>out raciloment, au moyen de crans, de 
<'liaîn('tl(»s ou aulremenl, graduer l'inclinaison. Il 
est nirnu» des lecteurs, — cl ce ne sont pas les plus 
mal avisés, — qui, en guise de pupitre, se servent 
d'un simple livre posé à plat sur la table, et plus ou 
moins ('pais. selon le degré d'inclinaison qu'ils dési- 
rent donner au volume à lire. 

Voici, à propos des lutrins et pupitres, au point 
dc>vue liislorique, quelques renseignements emprun- 
tés au Mm/asin piitorei^que^^ et très dignes d'intérêt : 

« ... Les lulrins destinés à l'usage privé et qui se 
IrouvaicMiL soit dans les librairies (bibliothèques), 
soil dans les cabinets des personnes livrées à l'étude 
des l(»lln»s, des copistes, sont beaucoup plus variés 
(le i'onnc (jiK^ ceux réservés aux chœurs des églises. 
11 n(* faul pas les confondre avec les scriptionalia ^ 
(|ni élaienl des pupitres sur lesquels on posait le 
vélin pour écrire. Dans les vignettes des manuscrits 
du moyen âge, à partir du xui*^ siècle, on voit souvent 
les personnages occupés à écrire ayant un scrlplio- 
nale devant eux, quelquefois môme sur leurs 
genoux, et un lectrin* à côté de leur siège. Le lutrin 

1. Avril 1857, pp. I'2t2-125. 

'2. Le mot lectrin, donl la significalion spéciale ressort dos 
détails qui vont suivre, manque dans Littré, dans Hatz- 
FKij) et dans Larousse. « Lutrin, lectria, leutrin ; poulpitre, 
pupitre : Meuble en bois ou en métal, disposé pour recevoir 
un ou plusieurs livres ouverts, de manière à en faciliter la 
lecture. ^ {Le Magasin pittorefique,t}yr\\ 1857, p. 122.) Cf. Du- 
CANGEj op. cit,, art. Lectrinum. Montaigne (Essais^ livre III, 



AMÉNAGEMENT D'UNE BlBLlOTHliOUE. 191 




19:2 LE LIVRE. 

riail (Unw nni<jiiomont destiné à porter les livres à 
<'onsull<T. Alors, les livres étaient fort cliers et par 
conséquent fort rares; le lectrin à lui seul pouvait 
contenir la bibliothèque d'un homme lettré. A cet 
elTel, outre la tablette propre à recevoir plusieurs 
livres ouverts, il était muni de petits casiers dans 
les(|uels on rangeait les manuscrits. Un lectrin pou- 
vait ainsi renfermer une vingtaine de volumes, et 
beaucoup de gens d'étude n'en possédaient pas 
autant. 

« Afin de consulter au besoin un certain nombre 
(le volumes à la fois, on donnait souvent à la tablette 
(lu leclrin de bibliothèque la forme circulaire, et elle 
tournait sur son axe au gré du lecteur. Le lectrin 
s'appelait alors ro6>' (roue). Un plateau, porté sur trois 
pieds, surmontait la tablette aux livres et recevait 
au centre une bougie qui, pendant le travail de nuit, 
éclairait à la fois les pages des livres à consulter et 
la tablette de la personne qui écrivait. Nous savons 
par expérience combien il est fatigant d'avoir, sur 
la table où l'on écrit, plusieurs livres ouverts pour 
faire des recherches, le temps que l'on perd à placer 



cliap. ui ; t. III. p. ZQl-, Paris, Charpentier, 1802) a employé 
le mol pupitre dans le sens de rayons ou tablelles de biblio- 
thèque : «... tous mes livres, rangés sur des pulpitres à cinq 
degrez tout à l'ehviron » (tout autour de mon cabinet de 
travail). « C'est-à-dire sur des rayons », ajoute Emile Descha- 
NEL, dans son volurpe A bâtons rompus. Quand on range sa 
bibliothèque, p. 158. (Paris, HqcUette, 1868.) 



AMÉNAGEMENT D'QNE BIBLIOTHÈQUE. 193 

ces volumes d'une façon commode, le danger qu'ils 
courent d'ôlre maculés d'encre ou d'huile. Des lec- 
trins placés sur les tables de nos bibliothèques 
publiques seraient, nous le croyons, fort appréciés 
par les personnes qui obtiennent la permission de 
consulter à la fois plusieurs ouvrag(*s. Les lecteurs 
y trouveraient moins de fatigue, et les livres seraient 
préservés des taches d'encre. 

« Les leclrins circulaires ne sont pas les seuls 
cependant qui aient été adoptés par les hommes 
d'étude vers les derniers temps du moyen âge; il en 
est qui sont simplement comf)osés de deux tablettes 
inclinées, ainsi que les lectrins d'église, ou de quatre 
tablettes formant comme un petit toit à deux crou})es. 
Parmi ces derniers, on en remarque qui olfrent cette 
particularité de pouvoir être plus ou moins rappro- 
cliés du lecteur, sans cependant déranger le meuble. 

« On trouve encore, dans qael(|ues-unes des biblio- 
thè([ues des collèges d'Oxford, de ces meubles des- 
tinés à faciliter l'élude d(*s livres; mais ils ne 
remontent pas au delà du xvr' siècle. Il serait diffi- 
cile de dire pourcjuoi ils ont cessé d'être en usage, 
chez nous, dans nos bib]iolhè(jues publi(|ues ou pri- 
vées, car ils [)résenlent les plus grand(vs facilités aux 
personnes appelées à faire des recherches, aujour- 
d'hui surtout que les éludes sur les livres anciens 
sont très répandues, et (jue nos bibliothè(iues, à I^aris 
du moins, sunt eiicomhiées de le.tcms. » 

LK I.IVRK. — T. IV. V^ 



lîU LE LIVRE. 

On iif lira pas non plus sans intérêt la description 
siiivantr «lun vaste pupitre ou machine en forme de 
roue, peruiellant de consulter un grand nombre de 
volumes à la fois, — description tirée d'un ouvrage 
de (irolli(»r de Servière, et que me fournit encore le 
Mfff/fftiin piHorestiue ' : 

« Par le moyen de celte machine, vous -pouvez» 
san> changer de place et sans bouger de votre fau- 
truil, lire successivement plusieurs livres les uns 
î4)rès les aulres. et. bien loin d'avoir la peine de les 
aller chercher, ou de vous les faire apporter, vous 
les l'ailes facileiiient venir à vous. Les deux grandes 
roues sont solidement attachées l'unç à l'autre par 
un axe qui les fait tourner ensemble sur les pieds- 
droils. Knlre ces deux grandes roues, et autour de 
leur circonférence, il y a des tablettes ou pupitres 
([ui y sonl retenus par des espèces d'axes coudés et 
mouvants dans les grandes roues, en sorte que, 
lorsque les roues tournent, le poids des pupitres les 
tient toujours dans la môme situation et les empêche 
de basculer et de perdre leur équilibre. Avant de 
travailler, on range sur les pupitres tous les livres 
dont on juge que l'on aura besoin. — A la place de 
cette machine, on peut ranger les livres autour d'une 

1. Mai ISiC», j). lU : Kcrueil cronrntoes ruvieitx de malhèma- 
tl(f)/.c et (le incrmiiijur, ou Description du cabinet de M. Grol- 
llcr de >:ervicre, par M. Grollicr de Servière, ancien iieule- 
naril d'infanlerie, son pelil-fils; Lyon, 1720. Voir aussi 
Lduiiard Huuvlyri:. op. cil., 5 édil., l. I. pp. 147-140. 



AMÉNAGEMENT D'UNE BIBUOTHÈQUE. 
grande table ronde dont le dessus tourne " 
pivot quieslaucenlr on fa t t n« en r fa 1 




dcvoni Boi, en l'uirninl la 

livres dont on vcul mc servi 



liihle avec la i 



196 LE LIVRR. 

Un autre pu^ntrc tnurnanl ou pupitre à roue^ ana- 
lo^^ue à la njiu* (VtHude do Grollier de Servière, 
rxisle à la liii>liollu>({ue de TArsenal. Il se compose 
do quatre longues tablettes, quatre grands pupitres, 
disposés eu croix, et tournant autour d'un axe, mais 
de faron à rester toujours dans la même position 
inclinée. Sur chacune de ces tablettes, on peut étaler 
facilement un in-folio ou trois ou quatre in-8. Cet 
ai)parcil, construit tout entier en bois (bois de poi- 
rier ?), et ayant environ 1 m. 60 en longueur et en 
liîiutcur, provient de l'ancien couvent des Capucins de 
la rue Saint-llonoré '. 11 paraît dater du commence- 
ment (lu xvnr* siècle. Une légende, mal fondée 
«railleurs, absolument apocryphe, prétend que ce 
puj)itnî tournant a appartenu à Victor Hugo; peut- 
être al elle pris naissance dans la mention suivante, 
dans ces d(Mix vi^rs du recueil de VAne : 

Onoi(|U(' l'Arsenal tasse, alors qu'on le secoue, 
TuLirncr lanL de ncanlsur son j)uj)itrc à roue*. 

1. lleni'y Mahtin, Jlisluirc de /a Bibliolkèque de l'Arsenal, 
p. 7A)7). « ... Le ct>uvenl des Capucins, dits de la rue Saint- 
llonoré. le plus ancien el le plus c()nsidérable que ces reli- 
irieux eussent en i''rance, fondé j)ar Calliei-inede Médicis.... 
l.e couvent des (lapucins a été su])prinié en 171)0 et démoli. 
Sur son emplacement, on a construit une partie des rues 
Castiglione et Mont-Thahor. » (Frédéric Lock. Dicliontidire 
toi>o;/rt'i>/iliii'r cf hl.^tovlijur de Vaneieii Piiria, p. r>li().) 

l>. Victor lIi:(io, l'Aih', 111, p. lOî-. (Paris. Ilctzel et Ouantin, 
s. d. In-IG.) 



AMÉNAGEMENT D'UNE BIBr.IOTHÈQlIK. 197 

'y 




^ *^ \.E LIVRE. 



l*;i*»<Mn< :'i |iivsont au ranîfomont dos livres sur les 
nivon< tl luii* liililiothèque: mais tout d abord disons 
un mnl fie l«Mir déménagement, cette terreur des 
v^M'ilîible^ i:eiis de lettres, ce désespoir de tous les 
slinlii-ux amis des livres. 

• L«ir<qu*il m» s'airil que de meubles, trois démé- 
iiatrt'in«Mits. tlil le proverbe, valent un incendie; 

■ 

l«»r>qu il sa^nl de livres, deux déménagements équi- 
valt'iil il liHi< les iin'ondies du monde.... 

■ L«'^ plus graves événements pour Bayle furent 
s»'- «ItMiK-naiTonients (en 1088 et 1602), qui lui brouil- 
lairiit >cs livres el ses papiers. 

• Out'lh' déhàrle. en effet, lorsque Ton est forcé 
de foire voynuer une bibliothèque! que de volumes 
pt^rdiis en roule! que d'exemplaires dépareillés! 
«[ut'lle ruine î' » 

C es» au point que Restif de la Bretonne déclare 
sans barguigner, et pose nettement en principe, 
qn" « un homme de lettres ne devrait jamais démé- 
nager, même pour être mieux* ». 

A part même les pertes et avaries, inévitables 

I. Kniile De^ciianel, ^l l'Uoua rompu.<, Oaan<l on range sa 
l»iljliotliè<iiie. p. I"l. (l\aris. Hachette. I8(i8.) 

ti. Monfûeur .VtVo/rtx, cinciuième éj)oque, t. VIII, p. 15, note. 
i»aris. Lisciix, ISSi^.) 



RANGKMENT DES LIVRES. 199 

conLre-coups des déménagemeiils, il est certain 
qu'on ne jouit bien de ses collections de livres et de 
notes, qu'on n'en tire tout le profit désirable qu'à la 
condition expresse de bien connaître leur place, et, 
par conséquent, de ne pas changer souvent cette 
place. 

Il n'est pas loisible à tout le monde, d'ailleurs, 
d'user du procédé si expéditif et si original imaginé 
jadis par Antoine-Alexandre Barbier (1765-1825), 
bibliothécaire du Conseil d'Élat sous l'Empire. 
Ayant reçu l'ordre de l'Empereur d'enlever sans 
aucun retard les trente mille volumes de la biblio- 
thèque du Conseil d'État, et de les ranger dans un 
local peu éloigné, dont le rayonnage était déjà 
effectué. Barbier demanda cent vingt grenadiers 
« un peu intelligents », leur fit faire la chaîne, et, en 
deux jours, les trente mille volumes, passés demain 
en main tout le long de la chaîne, se trouvèrent 
transportés dans leur nouvelle résidence et remis 
exactement aux mêmes places qu'ils occupaient dans 
l'ancienne'. 

Supposons donc un de ces affreux déménage- 
ments, une de ces catastrophes; tous vos livres sont 
là, par terre, empilés au hasard, entassés et amon- 



1. Cf. L.-A. Constantin, Bihliolliéconomie, i).AC). Le Père A. 
PouRCELET (op. cit.^ p. 21) osliiTie (jn' « il faut tout au plus 
quinze jours à un homme seul pour classer dix mille vo- 
lumes, pourvu qu'il ne perde pas de temps à lire ». 



200 



LE LIVRE. 



(*(»lrs dans le plus laDKMitalile désordre'. Cominent 
los lri(M\ par où commencer? 

Occupez-vous d'abord de mettre ensemble tous 

1. Citons eiirore relie humorisliqne el charmante des- 
cri|>lion «l'un «léniônafrenienl do bibliulhèque el d'un range- 
ment de livres, emijruntée à Kmilc Df.schanel (op. cil.. 
pp. iri.i-ir»r» rt lii-lir») : « ... Tous l«»s antres [livres] sont l;i, 
en monceau, sur le parquel : c<»nunenl s'y reconnaître? On 
les conlenijïlelontrtemps ainsi, mea retjmil Puis on commence 
à les trier peu à peu. à les grouper de-çà de-là. On fait le 
relevé de >es perles. Pour aller des uns aux autres à travers 
la chambre, on en forme des plates-bandes, séparées par 
des allées. Ces allées n'ont pas la régularité ennuyeuse 
des jardins royaux de Le Nôtre; ce sont plutôt celles d'un jar- 
<lin anglais |>l<Mn de inouvemcMd el de caprice. Dans celte 
première opération, dans ce débrouilb'ment du chaos, où 
l'on jonc le rôle <lu <léniiurge, on ressent déjà des plaisirs 
bien vifs. On revoil successivement toutes ces vieilles con- 
naissances, tous ces vieux compagnons de mi.sérc ou de 
gloire. On leur dit un mol à chacun, chacun vous répond 
cpiehiues lignes. Cela dure plusienrs jours. Mais combien, 
hélas! mantpient à l'appel !... Les voilà groupés à peu près. 
Il faut, secondemenl, les ranger en bon ordre sur les rayons 
de la bibliolhècpie. Mais qu'appelle-l-on le bon ordre? et com- 
ment doil-onles classer? Sujet important de médilations, qui 
se rei)résente à chaque déménagement, et dont la solution, à 
chaque fois, varie. Donnera-ton le pas à la littérature ou à la 
science? La littérature enchante la vie; la science l'ex- 
plique : la(|uelle des deux mérite le premier rang? Dans la 
littérature ell(»-méme, ([ui placer d'abord? La i)oésie, on 
bien l'histoire? Dans l'ensemble, (piel ordre suivre? L'ordre 
chronologique, ou l'ordre lo^^ifiue? Metliez-vous. par exemple, 
en vous asservissanl aux dates el aux délimitations de j>ays, 
les Orientaux tout seuls. l(»s Grecs tout seuls, les Latins 
tout seuls, les Français tout seuls, les Anglais tout seuls, 
el ainsi de suite, — rien que les textes? — Ou placerez- 
vons à côté de chaciue texte les volumes modernes qui en 
renferment la traduction, l'inlerprélalion. les commea- 



RANGEMENT DES LIVRES. 201 

les volumes de m(^me format, ici les in-lX, dans ee 
coin les in-8, dans cet autre les in-i, etc. Cetle pre- 
mière opération terminée, vous n'aurez pas de peine 

(aires? Mais cela vous mènera loin! La littérature, en 
ce cas, a pour appendices la philologie et la critique, ({ui, à 
leur tour, tiennent par tant de cotés à l'histoire : où sera l.-i 
limite de ces divers rovaunies"? Comment roslero/.-vons 
dans Tordre chronoh)£ri(pie, si l'ordre h)î7i({ne vous en- 
traîne ainsi? Comment tçanierez-vons les limiles <les fi^onres? 
Et, si vous ne les gardez pas, que deviendrez-vous? Mais, 
d'autre part, Tordre chronologicpie pur et sinq)le, c'est le 
morcellement, c*est l'isolement, c'est la mort, c'est le sys- 
tème cellulaire appliqiié aux auleurs. En cela, comme en toute 
autre chose, il faut donc trouver la moyenne. Que faire? 
On hésite, on essaye, on recommence vingt f(ds, on change 
encore d'avis. Ouaiid on a le temps, cette llAnerie occupée 
est ti'ès agréable. Ranimer une trentaine de volumes par 
jour, l'un portant l'aulre, cela suffit : c'est un plaisir alors, 
et non une fatigue. On prend dans ses mains tour à tour 
chacun de ses livi'es chéris. (Jn goule à cha«ruii ; on \ou- 
drait les dévorer tous! Ah! si Ton avait du moins deux 
cerveaux, deux paires de mains cl deux paires d'yeux! La 
vie est si courte! Combien de fois na-t-on pas formé ce 
souhait! On refait connaissance avec tous ses autours. Ce 
sont danr.iens amis qu'«ui avait pci'dus do vue el (pTon 
retrouve tout à couj) léunis dans une fêle! Ouels serre- 
ments de mains! quelles elViisions! Comme. en une minute, 
on répare le temps per<lu! On prend, les uns après les 
autres, tous ses poètes, tous ses philosophes bien-aimés. 
En essuyant et en ballant ehaque volume avant «le le pla- 
cei' sur les i-ayons, on l'oiivie malgré soi, (pioiipi'on veuille 
aller vite. Un j)ied sur l'escabeau, l'autre par terre, on 
écréme ainsi bi<Mi des ciioses : une charmante comparaison 
«l'Homère, le Suarc mtiri nuti/nn de Lucrèce, le dernier dis^ 
cours de la Didon <!<' \'irgile, TOde de Sapho à une fenune 
aimée, imitée par Catulle, délayée par I3oileau, élri([uée 
par Delille: une page de Cicéron par-ci, d(Mix pages de 
Sénè(pie par-là. » Etc.... « Voilà les excursions que Ton fait 



•202 LK LIVHE. 

à rnsscMiiblcr los volumes appartenant aux mémos 
ouvrages, ces volumes étant reconnaissables, outre 
leurs éf^ales dimensions, à la couleur de leur reliure 
ou h leur litre. 



voilà les pointes que l'on pousse à droite et à gauche. Les 
licuros. dans ce doux passe-lemps,. s'envolent sans qu'on 
y pense. Rien n'est plus attachant que cette occupation : 
vous ne pouvez vous en déprendre; vous en perdez le boire 
ol le manger: vous ne mangez que de la prose et vous ne 
buvez que des vers. — On veut en rester là pour aujour- 
d'hui, le dîner est pn^t, votre femme attend.... « Bah! clas- 
" sons encore cet ouvrage! Encore ces deux volumes-cil 
.< Encore celui-là!... » Perdu'' sur Tescabeau, comme maître 
(lorheau tenant dans son bec un fromage, on passerait une 
semaine entière dans cette position délicieuse autant qu'in- 
commode. Ouelquefois on oublie qu'on est juché si haut, 
tant la lecture (pion fait ainsi en l'air est captivante î En 
a<lniiraid un beau passage, tout à coup on perd l'équilibre, 
on ouvre un large bec, on laisse tomber sa proie, on tombe 
soi-même avec le volume; on veut se rattraper, on s'agrippe 
au rayon: le rayon, trop chargé sur le devant, chavire à son 
tour; tous les volumes déjà rangés s'écroulent! C*est à 
reconuiiencer. On ne s'en })Iaint pas, au contraire! On se 
ramasse, on se reperche, on se remet à la besogne plus 
avidement (jue jamais! Tant les livres, nos livres à nous, 
ont de puissance pour nous fasciner. Mainte journée s'écoule 
ainsi. Comme vous pouvez croire, l'ouvrage ne va pas vite. 
C'est la tapisserie de Pénélope. Rien de plus épicurien que ce 
vagabondage littéraire, que celte école buissonnière à tra- 
vers les lauriers sacrés, la douce prairie d'asphodèles, et les 
chastes bosquets des Muses, « qu'arrose la sainte pudeur », 
comme dit l'IIippolyte d'Euripide. Allons, allons! Encore 
un coup d'œil par-ci, encore un coup d'ieil par-là ! Encore 
ce passage, encore cette page! On furette de tous cotés, on 
llaire les choses curieuses; on ac(iuiert une faculté singu- 
lière, celle de lire, en quelque sorte, par intuition, et de 
tomber précisément sur les j)ages intéressantes. » 



RANGKMENT DKS LIVRES. . 203 

C'est de même, en suivant l'ordre dos formats, et, 
dans chaque format, par ordre de matières* et selon 
Tordre alphabétique des noms d'auteurs, en allant 
de gauche à droite, que les livres doivent être rangés 
sur les rayons. Vous mettrez nalurellement sur le 
ou les premiers rayons du bas vos plus grands vo- 
lumes, vos in-folio, si vous en possédez une quantité 
suffisante pour leur attribuer un rayon, et vos in-4. 
Si vous n'avez que quelques in-folio, il serait 
fâcheux, pour quatre ou cinq volumes de cette taille, 
de hausser de plusieurs crans la tablette supérieure 
à ce premier rang, et de perdre ainsi une place pré- 
cieuse. Vous joindrez donc ces quatre ou cinq in- 
folio à vos deux ou trois atlantiqfœx (in-plano), for- 
mat qui n'abonde pas non plus d'ordinaire dans une 
bibliothèque comme la nôtre, et vous les rangerez à 
part et à plat, vous les coucherez l'un sur l'autre 
dans une armoire, — dans cette armoire, par exem- 
ple, que vous avez installée au bas et comme en 
soubassement de vos rayonnages, et que vous aurez 
eu soin de faire assez large pour renfermer ces 
grands livres ^ Ce rangement horizontal aura, en 

1. Nous verrons, dans le chapitre suivant, en traitant de 
la Classilication, quelles sont les principales de ces mati6- 
res, — les grandes divisions bibliographiques d'abord : 
Théologie, Jurisprudence, Sciences et Arts, Belles-Lettres, 
Histoire, partagées ensuite elles-mêmes en subdivisions et 
sous-subdivisions. 

2. Voir la figure dos pages 108-109. 



•204 I.K i.IVIlK. 

outre, l'avaiiln^e do mriiafi^er vos atlantiques, géné- 
ralement peu épais cl par suite peu résistants, qui 
risqueraient fort de se fatiguer et de fléchir en res- 
tant d(*l)()ut •. 

Au-dessus des in-i, viendront, toujours par ordre 
de matières et par ordre alphabétique de noms 
d'auteurs, et en allant toujours de gauche à droite', 
e'esl-à (lire dans le sens de la lecture, les in-8, puivS 
les in-lî2 et in- 18, et enfin, près de la corniche, les 
plus petits formats"'. 

Au lieu de l'ordre des matières et de Tordre alpha- 
])(''! i({ne, vous pourriez, si vous dressez un catalogue 
cl l(Miez un on plusieurs registres fVenlvée de vos 

I. « Formats atlantiques. — Les grands formats de certains 
allas nécessileiit une Iravéc spéciale sous la forme d'un 
coiuploir, sur les rayons duquel ils seront placés horizonla- 
ioniont, dans rinlôrèt de leur conservation. » {InslruHion gé- 
iK'rulc ri'Idlirr <n( service (les hVdiollœijucs universitaires^ ap. 
A\hcvlM\u\K, itp.eii., \}. 4M.) 

'1 On doit toujours placer les livres dans la même direc- 
tion, c'est-à-dire en allant de gauche à droite, parce que c'est 
prôcisémenl dans ce sens que nous sommes accoutumés à 
lire. » ((iuAKSKL, op. cit., pp. 30r)-")04.) C'est la méthode 
)innnale. (Juant à la méthode serpentante, préconisée par 
Constantin {op. cit., p. 51), qui consiste à ranger les volumes 
du jireniier rayon de gauche à <lroite, ceux du second de 
droite à gauche, ceux du troisième de gauche à droite,etc., 
elle ne jn-ésente guère que des inconvénients, et, encore une 
fois, il est i)référable de nous en tenir à cette règle : ran- 
ger toujours les livres dans le sens de la lecture, c'est à- 
dire de gauche à droite. 

ô. Tel est aussi l'avis du docteur (lnAESEL(o;). ci^, p. 129) : 
« ... les rayons du bas pour le grand format, ceux du milieu 
pour le moyen format, et ceux du haut pour le petit format. » 



RANtîKMEKT DES LIVltES. 




• r 



206 LH LIVRE, 

livres (un pour chacun des quatre formats princi- 
jwiux : nous parlerons plus loin*. de ces formats et 
de ces registres), les ranger simplement par formats, 
dans Tordre d'inscription. Mais cette méthode, conve- 
nable aux bibliothèques publiques, où chaque 
recherche d'un livre dans les rayons exige au préa- 
lable la recherche du numéro d'inscription de ce 
livre au catalogue, numéro reporté sur une étiquette 
collée au dos de ce môme livre, ne nous semble 
guère pratique pour une collection particulière 
el modeste ; et, justement afin de ne pas recou- 
rir sans cesse à notre catalogue, si restreint qu'il 
soit, nous préférons de beaucoup le classement par 
matières, formats et ordre alphabétique. Vos livres 
étant ainsi alignés par rangs de tailles, et ces tailles 
allant toujours en diminuant à mesure que les 

•m 

lablelles s'élèvent, la symétrique régularité de cette 
disposition plaira d'emblée à la vue et produira le 
meilleur elTet. 

M. Guyot-Daubès bh\me cette méthode, et con- 
seille de placer sur les rayons de hauteur moyenne, 
en face des yeux, soit à environ 1 m. 65 du sol, les 
volumes ayant le plus petit format. « La hauteur 
moyenne à laquelle se trouveront les yeux d'une 
personne se lenanl debout près de la bibliothèque 
sera d'environ 1 m. 65; c'est donc sur un rayon à peu 
près à cett(î hauteur (ju'on devra placer les livres 

1. Voir, dans le présent tome, cliap. m, pj). 229-2:^0. 



RANGEMENT DES LIVRES. 207 

des plus petits formats : in-12, in-16, iii-18. Les 
titres, généralement peu apparents, du dos de ces 
volumes pourront ainsi être lus avec facilité. Sur le 
rayon au-dessus, on placera les volumes d'un format 
un peu plus grand.... Au-dessus se placeront les 
grands in-8*; » etc. 

Il y a là une singulière inadvertance. La force des 
caractères d'un titre de livre, la lisibilité de ce tilre, 
en d'autres termes, ne dépend nullement du format 
de ce livre, mais de son épaisseur, de sa largeur 
de dos. Un petit in- 18 ou in-r)2 de 500 pages pourra 
recevoir une inscription, faite dans le sens ordinaire, 
le sens horizontal, bien plus grosse, bien plus appa- 
rente que celle d'un in-8 de 50 pages ou d'une pla- 
quette in-4! ou in-folio. Dans ce dernier cas même, 
on est obligé, faute de place horizontale, d'inscrire 
le titre verticalement sur le dos du volume, ce qu'on 
pourrait faire d'ailleurs aussi pour un petit in-18 ou 
un in-o2; mais ces inscriptions mises en hm(jueur ne 

1. Guyot-Daubès, op. cit. y pp. 92-93. Consignons ici, dans 
ce bas de page, une plaisante comparaison, qui n'est pas 
aussi paradoxale qu'on pourrait le croire : « Les livres sont 
comme les hommes : les plus hauts perchés sont les moins 
utiles » ; ou, en nous restreignant à une catégorie sociale : 
« Les fonctionnaires sont comme les livres d'une biblio- 
thèciue : les plus hauts placés sont ceux qui servent le 
moins. » D'après M. Henri Mazel {Ce qu'il faut lire dans sa 
vie, p. 123), la paternité de cet ingénieux ai)ophtegme ou 
apologue appartiendrait à Icu Paul Masson, l'inlassable 
mystificateur qui avait pris pour pseudonyme et signait 
Lemice-Téiuelx. 



208 



I.E LIVRE. 



sont jamais bioii lisibles ni bien commodes. C'est 
liorizontalemenl (jue doivcMit s'inscrire les litres au 
dos des volumes, el, plus ce dos sera large, plus 
grosse el plus visible pourra <Hre et sera celte inscrip- 
tion : cela esl de toute évidence, et vous n'avez qu'à 
le conslater sur vos volumes. 

Il y a un aulre motif pour ne jamais placer au som- 
met de voire bibliothèque vos plus grands formats, et 
c'est noire cher La Fonlaine qui vous l'enseigne 
dans sa fable le Gland el la Citrouille : un livre, tout 
comme un gland qui se détache de l'arbre, peut 
choir de sa labletle, el mieux vaut recevoir sur la 
tête un mignon elzevierou un minuscule cazin qu'un 
énorme potiron. 

liabriel Peignot conseille, lui, de ranger les livres, 
non par ordre alphabétique, mais par ordre chrono- 
logicjue. « Pour (ju'une bibliothèque flatte l'œil et 
que Ton puisse y Irouver sur-le-champ ce dont on a 
besoin, écrit-il ', il faut avoir l'attention de réunir 
d'abord lous les formats de même espèce, c'est-à- 
dire metire lous les in-folio ens(MnbIe, lous les in-i-, 
lous l(»s in-S, etc. ; ensuite il faut classer les ouvrages 
dans la séri(^ de chaque formai, selon les cinq 
grand(*s divisions (pie nous venons (Texposér [Reli- 
gion, Jurisprudence, Sciences el Arls, Belles-Lettres, 
llisloire], el enfin ranger par oidrc chVonologicjue, 
dans chafine division ou sous-division, les auteurs 

1. M'innel dn bibUuphilc, t. 11, \). 4ir). 



RANGEMENT DES LIVRES. 209 

qui ont travaillé sur la même matière. C'est le 
moyen le plus sûr de savoir où chaque ouvrage et 
chaque volume est placé et d'être toujours au cou- 
rant de ce que l'on possède, et de ce que Ton désire 
encore acquérir pour se compléter dans chaque par- 
lie, selon ses besoins ou selon ses goûts. » 

Nous croyons que ce double but sera plus sûre- 
ment encore et bien plus promplement atteint par le 
rangement alphabétique : il est de toule évidence 
que personne ne peut avoir sans cesse présents 
à la mémoire les dates de naissance ou de mort de 
tous les écrivains grands ou petits, connus ou in- 
connus, ou le millésime de leurs innombrables pu- 
blications, et les recherches continuelles à l'aire 
à ce sujet compliqueraient singulièrement l'opéra- 
tion . 



* 



Faut-il, dans le rangement des livres d'une biblio- 
thèque, commencer par les rayons du haut ou par 
ceux du bas? 

Il peut sembler plus rationnel de commencer par 
le haut, d'abord parce que c'est le sens de la lecture, 
et que nous sommes habitués à lire de haut en bas; 
ensuite parce que si, à la fin du rangement, nous 
avons un excédent de place, cet excédent se trou- 
vera forcément refoulé dans les rayons inférieurs, à 
l'extrémité même du dernier rayon, et que \l\, il 

LK LIVIIE. — T. IV. \V 



210 



LE LIVRE. 



sera fa<il(* de» dissimnlor ro vide, en le comblant 
d'uiK* faroii qiiolc<)n(|iio. Au sommet de la biblio- 
llu'ijiio, il reslerait toujours et malgré tout plus 
apparoni, ce ipii nuirait à l'harmonie du coup d'oeil, 
ol au bon e(ïel de rensemble. 

Il e-^l à considérer, d'autre pari, qu'en commen- 
rant le ran<i^(Mnent par le bas, c'est-à-dire par les 
vt)luniî's du plus grand format, on consolide tout de 
snih* la bibliollu'^que, on fortifie la base du meuble, 
c\ Von n'a pas à craindre de le voir basculer, dans le 
cas où il sérail insuriisamment calé ou mal fixé au 
nuir. 

Aussi les bibliographes les plus autorises sont-ils 

d'avis iW commencer « par la plus basse tablette* ». 

Le docteur Cîraest^l dit, à ce sujet* : « L'opération 

de la mise en place des livres se fait ordinairement 

en comincni^ant par les rayons inférieurs de chaque 

cahier. <*'cst-à-dir(^ que les premiers in-folio se mettent 

sur le rayon le [)lus bas de ceux qui sont réservés 

aux in-folio, les premiers in-i sur le rayon le plus 

bas de ceux qui sont réservés aux in-i, etc. C'est du 

reste là une habitude et non une régie. Rien n'em- 

p>cherait. parexemj>U\ de commencer le rangement 

(les volunnvs par les rayons d'en haut : il semble 

miMnc ({ue ce serai! plus logique, puisque nous li^")ns 

(le haut en bas. Par conlrc, on doit toujours placer 

I. Constantin, op. cit., p. M. 
*2s Op. rit., pp» 30r;-"0i» 



i ' 



RANGEMENT DES LIVRES. 211 

les livres dans Li m<>me dircclion, c'est-à-dire en al- 
lant de gauclie à droite, parce que c'est précif^é- 
ment dans ce sens que nous sommes accoutumés à 
lire. » 

Et M. Albert Maire* : « Dans la plupart des biblio- 
thèques (publiques), les ouvrages sont placés dans 
les rayons en partant de la gauche de l'entrée des 
salles; dans les bibliothèques universitaires, c'est 
obligatoire. Chaque travée forme un lout, de bas 
en haut, comprenant les trois formats^ : la première 
tablette réservée aux in-folio; les deuxième, troi- 
sième et quatrième, s'il le faut, seront pour les 
in-i; les autres tablettes, depuis la (juatrième ou 
la cinquième jusqu'en haut, logeront les in-8. Les 
livres seront placés dans les rayons en partant 
de la gauche et ainsi de suite jusiju'en haut.... Si, 
dans la salle, il existe des épis"*, on les remplira après 
que tout le pourtour de la salle sera garni, mais tou- 
jours en commençant par la gauche. » 



* 



La méthode de classement adoptée à la Biblio- 
thèque nationale et dans les bibliothèques universi- 

1. Op. cit., pp. 111-112. 

'2. (If. supra, t. III, pp. I07-10S, eti/?/Va,p. 2'20, note .", sur la 
division des livres en trois formais, grand, moyen et petit, 
établie dans les bibliothèques universitaires par la circu- 
laire ministérielle du 4 mai 1878. 

5i Sur ce mot, voir supra, p. 14&, note 2, et v»\). ViJv^ ÇiV Wb. 



212 LE LIVRE. 

tiiiiT- jn'iil iiiiiis servir, sinon de hase, du moins d'in- 
dication [loiir U' rangement de nos volumes. Ainsi 
ijiie iioiiiï l'avoiin vu', les livres sont répartis, d'après 
leurs l'ormiits, à la Bibliothèque nationale, en cinq 
catégories, et, dans les bibliothèques universitaires, 
en trois seulement. Ces trois catt'gories, avons-nous 
ilit. sont les suivantes : 

!• (iiitiul formai (comprenant tous les volumes 
dépassant 7>b centimètres); 

2" ,l/'ij/e)i/'oi'(H«((comprcnant les volumes hauts de 
S.'i à r^i centimètres} : 

r>' l'elil /hnii'it (comprenant les volumes ati-des- 
■'(Uis de !i"i centimètres), 

llans une bibliothèque privée et de composition 
noi-uiale. ii's volumes dépassant ôa centimètres de 
hauteur sont gènéralomenl peu nombreux; les vo- 
lumes au-dessus de 35 centimètres sont même bien 
muin-i abondants ijue ceux du foi-mat Charpentier 
(IS centinièlres=); ce sont ces derniers dont on pu- 
blie le plus aujourd'liui, comme nous l'avons remar- 
qué en trailant des formats, et qui ont chance de se 
trouver chez nous en majorité. Réservons-leur donc 
la plus large place, et, afin de la ménager le plus 
possible, cette place, do créer témoins de vide possible 
entre nos rayons, au-dessus de nos rangées de livres. 



I. Tome III, jip. 100 et lo:-!*!»!*. 

:. Théoriiiucmenl 183 millimètres (in-18 Jésus). 



RANGEMENT DES LIVRES. 213 

établissons quatre sections*, au lieu de trois, et espa- 
çons nos rayons en conséquence* : 

1® Très grand format : volumes in-4 cavalier ou 
in-4 Jésus, c'est-à-dire volumes d'une hauteur à peu 
près égale à 51 ou 55 centimètres ; les volumes de 
format supérieur, les quelques in-folio et les atlan- 
tiques, étant, avons-nous dit tout à l'heure^, rangés 
à part, couchés l'un sur l'autre, dans une armoire ; 

2^ Grand format : volumes in-H, ou, plus exacte- 
ment et plus complètement, volumes supérieurs à 
rin-18 Jésus et inférieurs à rin-4 cavalier, c'est-à-dire 
ayant de 19 à 51 centimètres de hauteur ; 

5<* Moyen format : volumes in-18jésus, ou approxi- 
matifs (in-16 raisin, in-12 carré, etc.), c'est-à-dire 
ayant environ 18 centimètres de liauteur; 

A^ Petit format : volumes dont la hauteur est infé- 
rieure à 16 ou 17 cenlimèlres (in-24 écu, in-o2 Jé- 
sus, etc.). 

Que ce désir, si légitime, d'utiliser le maximum de 
place dont nous disposons, ne nous empêche cepen- 
dant pas de laisser, au-dessus de chaque rangée de 
livres, entre la tôle de ceux-ci et la tablette supé- 
rieure, un peu d'espace, deux centimètres environ, 
afin de pouvoir aisément glisser la main dans cet 

i. Correspond.mt à nos quatre formats décrits dans notre 
tome III, page 97>. 
2. Voir la figure des pages 108-IC1>. 
5. Page '205. 



iU LK LIVRE, 

iiih'rviillc, v[ rclircr ou replacer sans difficulté nos 
voluiiics. 

Mais <M)nînH'nl concilic^r le classement par formats 
aver h» elassemenl par matières? Car tout le monde 
nrpeiil, à l'exemple, paraît-il, de M. de Talleyrand, 
m* j^arder dans sa hihliolhèque que des volumes d'un 
seul el mt'^nu^ formai, ce qui évidemment simplifiait 
d<* hcauroup la question et supprimait toute diffi- 
cullé. Kl re formai, tant aflectionné par Tillustre 
diploinale, inutile devons prévenir quec'était Tin-S: 
vous vous souvenez de ce que nous avons dit de la 
vo^ne (le l'in-S dans toute la première moitié du 
xix' sièeh»?' M. de Talleyrand, assure-1-on, ne vou- 
lail <f souHVir » sur S(^s rayons « que des lignes ini-. 
nienses diu-S, lous rangés en bataille comme des 
^l'cnadiers piiissiens^ ». 

\'()us, <|ui u'éles pas aussi exclusif, qui possédez 
des livres de toutes dimensions, comment donc ferez- 
vons pour (pie le ran^(^ment par formats se concilie 
avec Tordre des inalii^res? 

La (liideulté n'a d'importance, à vrai dire, et selon 
la i'euuir(iue de Tenant de Lalour, que pour « les 
farauds élablissemenls publics, où la confusion d'ail- 
leurs s(^ mettrait trop aisément sansc(;la. Mais, dans 
une bibliothè(iue de (pielques milliers de volumes. 



i. Cf. nolr(» lomc HT. pp. 115 et siiiv. 

'2. '1"i:nant dk Laiuliî, Mémoires ((\ui biOlioj/iile, p. 50. 
(Paris, Denlii, 1801.) 



1 



RANGEMENT DES LIVRES. 215 

OÙ Ton n'est pas obligé, où il ne serait pas possible 
d'admettre tous les ouvrages qui se rai lâchent à 
chaque division, où Ton n'admet assez généralement 
que des livres plus ou moins utiles ou plus ou moins 
aimés, là où toute une matière peut être représentée 
par cent volumes de formats divers \ » il est toujours 
relativement facile de ranger ces volumes avec régu- 
larité, élégance et commodité. 

D'abord, si vous possédez plusieurs bibliolliéques 
ou plusieurs travées de bibliothèque, vous n'avez 
qu'à alTecter celle-ci à telle division bibliographique, 
à l'histoire, par exemple; celle-là à telle autre divi- 
sion, aux beaux-arts, je suppose; la troisième aux 
ouvrages scientifiques; etc. Pour les divisions plus 
reslreinlos, dont vous ne possédez (ju'un j)olit 
nombre de spécimens, n'hésitez pas à mettre dans 
une môme travée plusieurs de ces divisions, deux, 
trois ou quatre catégories de livres. 

Si vous n'avez à voire disposition (ju'une soûle 
bibliolhèque-mouble, soil liuil ou dix rayons com- 
pris entre les deux mêmes montants, afin de classer 
régulièrement par ordre de matières, et malgré les 
dilïerences de formais, voire modeste collection, 
employez le classonent vertical, préconisé par 
M. Guyot-Daubès. Vous voulez (jue tous vc s 
ouvi'ages sur l'histoire de France se trou vc^nt réunis? 
Au-dessus (1(* vos in-i Irailanl de ccî sujet, placez 

1. Tenant de Latolh, op. rii., j)p. Tily-TS. 



2U-. LE LIVRE. 

vos iii-S ronsacrés à la même question; au-dessus 
flo V(»s iiî-8. rangez vos in-12 et in-18 ayant Irait 
pareilleuMMii à noire histoire nationale, et, au-des- 
sus (I(»s in-ltî et in-18, les in-24 et in-oS qui s'en 
occupiMil aussi. Vous rangerez de même, à la suite 
(les prérédonls, les volumes relatifs à la littérature, 
à la linguistique, aux beaux-arts, etc. < Par ce 
nioviMi. la bibliothèque conserve son aspect de 
régulariU' r[ de bonne disposition; toute la place est 
bien utilisée, et il n'y a pas d'emplacement perdu 
par siiili* (le la présence de petits volumes dans des 
niyons largenienl espacés; le classement vertical a 
donc \\\w importance sur laquelle on ne saurait trop 
insislcM''. y> 

Mais, dans chacune de ces catégories : histoire de 
Fraiiro. lilléraliiro, linguistique, beaux-arts, etc., 
n'oubliez pas de ranger toujours vos volumes par 
ordre alphabélicpu^ de noms d'auteurs, ce qui faci- 
litera de beaucoup vos recherches, et toujours de 
gauche à droite sur chaciuc rayon, comme nous 
Tavons dit. 

Un autre systènK* de classement, applicable seu- 
lement aux bibliothèques particulières, se trouve 
menlionné, sinon préconisé, par Tauteur des Mé- 
iHoircs dun bUAUipJnlr. Il est de beaucoup plus 
simple», et on pcnit le dire aussi original que rationnel 
pour certains lecteurs ou amateurs. C/esl le système 

1. (irVOT-DAlUKS, ii)). riL, J). IdO. 



RANGEMENT DES MVHES. 217 

employé par M. d'Herbouville, directeur général des 
postes de 1813 à 1816, « possesseur d'une magnifique 
bibliothèque, et Tun des hommes de France le plus 
en état de la bien classer* ». Il consiste tout bonne- 
ment à « mettre les plus beaux livres devant, et les 
plus laids derrière* ». 

D'autres amoureux des livres placeront devant, 
bien à portée de la main, leurs volumes préférés, 
ceux qu'ils relisent ou consultent le plus fréquem- 
ment. 

Tous ces systèmes ont du bon pour une collection 
particulière : vous n'êles pas et ne pouvez être 
astreint, dans votre bibliothèque^ qui ne sert qu'à 
vous seul, au même ordre, à la môme rigoureuse 
méthode, qui doit régir un établissement public. Le 

1. Tenant de Latoui{,o;>. ci7., p. 55. Le môme bihliograplie 
fait encore (p. 34), à propos du rangement des livres et du 
voisinage des anciens avec les nouveaux, cette observation 
qu'on peut mettre à profit : « Je remarquerai... que l'aspect 
d'une l)ibliotlièque saisit beaucoup plus agréablement la vue 
par le mélange des vieux livres et des livres nouveaux 
(pourvu toutefois que les premiers soient d'une irrépro- 
cliable conservation) que ne le ferait une réunion de livres 
entièrement neufs, trop semblable à un magasin de librairie. 
Certes, une reliure de Derome ou de Padeloup et de plus 
anciens qu'eux forme en même temps un agréable accord et 
un agréable contraste avec une reliure de Simier ou de 
Thouvenin. Je ne cite que les morts. Ces beaux vélins 
blancs (fussent-ils quelque peu fumés) des vieilles reliures 
de Hollande font merveilleusement à côté des maroquins ou 
des cuirs de Russie les mieux ti'ailés. » 

2. 1d., op. ciL, p. "m. 



218 



I.K LIVRK. 



poini cîipiliil pour vous, ou m^me le seul point à 
ivlrnir, c'est i\\w voire classement vous plaise cl que 
vous le possédiez, — c'est le cas de le dire, — jus- 
qu'an l)()nt des doigts, od iinyiiem, de facjon à aller 
(puM-ir sans lumière ou les yeux fermés n'importe 
le(|U(»l de vos volumes, c'est qu'il vérifie et confirme 
rexcellenle refile posée par un bibliophile anonyme : 
« Un livre doit être placé dans une bibliothèque 
de manière à n'èlre jamais cherchtS mais tout sim- 
plement pris *. » 



1. Ainniaire du lnhli(f)thiU\ IXG'i. p. 105; et Ëdoiiord Hou- 
vi:yi:i:- cl (Nl;ive L"za>>k. Mit(elli.néei> l>iblit(,ra] fii(jH€s, t. I, 
p. 11. 



III 



DES CATALOGUES 

et de la 

CLASSIFICATION BIBLIOGRAPHIQUE 



Différentes sortes de catalogues. 

Catalogue alphahélique ou par noms d'auteurs. — Begislres ou 
fiches? — Rédaction des fiches : mot d'ordre^ cote, adr^se, etc. 

— Timijrage et rondaye des volumes. — Jix-libris et ex-(hmn. — 
l*our Icsfiches, comme sur les registres, l'écriture droite est prcfé- 
rablc à l'écriture penchée. — Fiches imprimées. - Détermination 
du mot d'ordre, et classement des fiches : nombreux cas douteux et 
principales difncultés. — Particule nobiliaire : comment classer 
les noms précédés de de, df In, du, des, et de mn, znm, zur,van, len, 
mac, da, di^ délia, etc.? — Classement et calaloiiucmcnt des homo- 
nymes, des noms de princes et de saints, des pseudonymes. — 
(-ataloguenient des ouvrages faits en collaboration, des ouvrages 
traduits, des pièces de procédure, etc. — Fiche comi)lète ou prin- 
cipale et fiches de rappel ou de renvoi. — Encore les recueils 
factices. — Boites-livres ou boiles-rcUures. — Calaloguement des 
ouvrages anonymes : nombreux cas spéciaux. — Cataloguemenl des 
journaux et périodicpies et des ouvrages j)ubliés en livraisons: 
graves inconvéiiients de ce genre d'imprimés pour les bibliolhè(|ues. 

— Cataloguement des collections dOuvrages, des œuvres complètes 
détaillées, des manuscrits, incunables et livres précieux. — 
lîeliures mobiles : Uiblorkajjfes, grcUiclies. etc. 

Catalogue méthodi<|ue ou syslémati(pie, c'est-à-dire par ordn? de ma- 
tières. — Premiers essais de classification bibli()graphi(|ue : Con- 
rad Gesner, Christophe (h; Savigny, Lacroix du Maine,. lean Mabun, 
Gabriel Naudé, Claude Clément, Jean Garnier, Gabriel Martin, etc. 

— Classification de Jac<|ues-Charles Brunet. — Encore les llches 
de rappel. — Titres trompeurs. — Autres systèmes de classifica- 
tion : Aristote, Bacon, d'AIemberl. Auguste Comte, etc. — Classe- 
ment des livres à la I5ibliolliè(jue nationale, à la Bil)liothc(]ue de la 
Sorboniie, à la Bibliothècpie de la ville de Paris (Musée Car- 
navalet), etc. — Classification par inots-souclies ou Dicliouary- 
Cataloyue.— Classilication décimale. 



220 LK LIVRE. 

« On ne jouit vraiment de ses livres qu'à la condi- 
tion de les classer, de les garder et de les catalo- 
^uc\\ » a prétendu racadéinicien Cuvillier-Fleury *. 
Et Jules Ricliard affirme, de son côté, que, dès qu'un 
€ bibliophile amateur a commencé sa collection,... 
il lui faut tout de suite un catalogue; il le lui faut 
absolument ; car il nV a pas de vrai bibliophile ni de 
bibliothèque bien classée sans catalogue* ». 

Sansètre aussi certain de la rigoureuse et inflexible 
nécessité de celle condition, du moins pourunebiblio- 
lhè(pie privée et d'importance modeste, occupons- 
nous donc de celte complexe et épineuse question 
du cataloguement^ des livres et de leur classifica- 
tion. 

Les livres peuvenl se classer et se cataloguer soit 
par noms d'auteurs rangés dans Tordre alphabé- 
tique : c'est le catalogue alp/iabét'Kjue ou onomrz.s- 
ti(/fie (du grec ovofxa, nom) ; — soit par ordre de 
malières, el, dans chaque matière, par ordre alpha- 

1. Ap. Kdouanl Houvkvhe, (^onnaissaurea nécessaires à un 
hibliopfiH(\7)'' (idii.j t. II, p. 101. 

2. Jules Richard. rArt de /'armer une bihliothèque, p. 145. 
r>. Ouoicpron (lise aussi et courninnieiil entalugage^ ce mot ne 

se trouve ni dans Litthk [op. rit.), ni dans Larousse [op. 
rit.), ni dans Laiuve et Fleury {Dirtionnairc des m<ds et des 
c/mfies). (|ui, tous les (rois, ne donnent (|ue « Gataloguement: 
Action de cataloguer, le résultat de cette action : le cata- 
loguenient de cette bibliothèque. » (Littré.) Quant au /><c- 
tioti}}aire (fé)icrtil do ht laïufue fra)ir(usr, d'Adolphe IIatzfeld, 
Arsène Darmestktkr et Antoine Thomas ( (Vécpienimenl Irès 
incomplet), il ne donne ni l'un ni l'autre de ces termes. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 221 

bélique de noms d'auteurs* : c'est le catalogue 
métliodique^ nommé aussi systématique ou idéolo- 
gique', — soit selon la place que les volumes 
occupent sur les rayons : c'est le catalogue topo- 

1. Tel est le conseil donné par M. Léopold Delisle {1 ns truc- 
lions élémentaires et techniques pour la mise et le muintieu en 
ordre des livres iVune bibliothèque, p, 33) : «Catalogue mélho- 
dique... classer les productions... suivant l'ordre alphabé- 
tique des noms d'auteurs, ou des premiers mots des titres 
quand on est en présence d'ouvrages anonymes. >» Tel est 
aussi Tavis du docteur Graesel {Manuel de bibliothéconomie, 
p. 222) ; « ... Nous conseillons, pour plus de commodité, de 
l'employer partout (l'ordre alphabétique des noms d'auteurs)* 
Le catalogue y gagne en clarté ; car, en général, l'œil par- 
court plus rapidement une série de noms propres, d'autant 
plus distincts qu'ils sont écrits en caractères se détachant 
nettement et occupent une place déterminée, qu'une série de 
litres uniformes n'offrant aucun point de repère. Les travail- 
leurs, de leur côté, y gagnent de pouvoir retrouver plus rapi- 
dement les titres des ouvrages qu'ils connaissent déjà, et qui 
leur serventensuite de guides pour s'orienter parmi ceux qui 
leur sont inconnus. » D'autres bibliographes proposent, pour 
le catalogue méthodique, le rangement des fiches par ordre 
de matières 'd'abord, bien entendu, puis, dans chaque ma- 
tière, par ordre alphabétique des titres d'ouvrages, ce qui 
est moins commode, comme vient de l'expliquer le docteur 
Graesel. De toutes façons, le classement par ordre alpha- 
bétique des noms d'auteurs pour le catalogue méthodique 
est le plus simple et le plus pratique : il permet d'abord, 
comme nous le verrons bientôt, de rédiger les deux fiches, 
— fiches du catalogue alphabétique et fiche du catalogue 
méthodique, — d'une façon absolument identique; il dispense 
ensuite de chercher le mot cVordre, le mot de classement de 
la fiche, dans le litre de l'ouvrage, ce qui ne se trouverait 
pas toujours facilement et du premier coup. — Ajoutons 
qu'on pourrait aussi ranger par ordre alphabétique les titres 
de tous les ouvrages (jue possède la bibliothèque, ce qui 
donnerait le catalogue des titres, catalogue peu usité. Cf. le 



--# 



222 LK LIVRE. 

tfrnp/f'n/w*^ appelo par les Allemands Lukal-Kata* 
l'fil^ On peut aussi les classer d'après leurs dates 
de publicalion ou d'impression, et l'on a le catalogue 
rhronol(igl(jfœ\ ou d'après leurs lieux d'impression, 
(•«Mpii «lonne le catalogue géographique: ces deux 
(l(M-nières sortes de catalogues sont presque exclusi- 
v.Muent réservées aux incunables, et nous ne nous 
occuperons (|ue des deux premières, du catalogue 
alphabétique et du catalogue méthodique. 

Le catalogue alphabétique, écrit M. Albert Maire*, 
« est le pins important des catalogues d'une biblio- 
lliè(|U(*, (-eluiqui est consulté sous toutes ses formes 
el î\ tous l(^s instants ». Le catalogue méthodique ne 
lui cè(l(» guère en utilité et mérite, et rend aussi les 
plus grands services. Avez-vous à chercher le titre 
d'un livre dont vous connaissez le nom de l'auteur, 
vous le trouvez sans difficulté avec le catalogue 
alphabétique, pourvu que ce livre existe dans la 
bibliothèque et soit régulièrement porté au cata- 
logue. Mais si vous ne connaissez pas le nom de l'au- 
t(Mir, ou encore si vous voulez vous rendre compte du 
nombre d'ouvrages publiés sur une matière et pos- 
sédés par cette bibliothèque, c'est au catalogue 
méthodique qu'il faut recourir^. Tous deux sont donc. 

Père A. Poiihcklp:Tj le Guide du bibliolhécairc da)}s lescoUègea 
et les roni)ntinaulés,\), 45. (Paris, Adrien Le Clerc, 1856; in-8.) 

i. Constantin, Bibliot/iéco}iomie, p. 117. 

2. Manuel pnt tique du bibliothécaire, p. 118. 

5. Il est évident que, ne connai.ssant pas le nom de l'au* 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 



223 



et à peu près au nii^uie degré, d'un usage essentiel 
dans les bibliothèques publiques et les grandes 
collections. 

Un principe tout d'abord : ne vous servez pas de 
registres pour cataloguer vos volumes, mais de fiches 
ou cartes', faites en bon papier bien collé, épais 
comme du carton, et ayant de 8 ou lOconlimètres de 
large sur 12 ou 14 de haut. Écrivez sur ces fiches 
dans le sens ordinaire et normal, c'est-à-dire « dans 
le sens le moins large ^ », absolument commo sont 



leur, et les tiches étant classées par ordre alphabéticiuo de 
noms d'auteurs, vous ne trouverez pas du premier coup le 
titre du volume cherché ; mais ces recherr.hes, h)canséos 
dans une section, «lans la « matière» spécifiée, seront foicé- 
ment courtes et faciles. Voir, à ce sujet, ce ([ue vient de nous 
diie le docteur (iraesel, dans la note I, page 221. 

1. Chose curieuse et qui démontre bien les progrès de la 
bibliothéconomie, le célèbre docteur Petzholdl, l'auteur du 
Ktitechisinus (publié en 1855), condamne irrévocablem;mt les 
catalogues sur (iches, les déclare incommodes, difiit'lles à 
consulter, nullement pratiques; selon lui, les liches ne doi- 
vent servir (ju'ià préparer le catalogue en volumes, sur 
registres, le seul estimable et recommandable. (Cf. Graesel, 
op. fil., p. 25 i.) 

2. Le Père A.PounnELET,o/). ^<7., p. 28.Divers bibliographes 
belges, au contraire, comme nous le verrons plus loin 
(p. r>8à), in-;crivent les titres et cotes des volumes sur les 
tiches « dans le sens de la largeur •>, c'est-.à-dire dans le sens 
anormal, et ils ont omis de noiis dire (juels avantages ils 
trouvent à ce changemoiit. C''. Office in teunational de 
BiBMOdRAiMiiE, i 'iKUfiiftralinn décimale, pp. 19 et 24 (Bruxelles, 
Office international de bibliographie, 1897); et Charles Sury, 
bibliothécaire de l'Université libre de Bruxelles, le l'atdlo'jiic- 
fie la hihllotlv^quc.,., j). 8^ (Bruxelles, Oscar Laulli^vl'i^ \VVnA 



â2i 1.K LIVRE. 

(Jisiiosf'cs liîs lif,^iios diin livre, cl non colles (l'un 
alljiini. Vous rangiToz ensiiilc ces fiches, par ordre 
(il|)lialii''(i<|Lie, dans une longue botte en bois', ou, 

1. Jules IticFiARni'^ji. >■;<., |i, 140) donne il ces botlee le nom 
<!■' cubriolei, pititinlileinciit |iarce que certaines d'enlre ellos, 
|ii>tir rarililcr le iiinnicmenl d<>K fiches, sonl plus élevées h 
[MIC cxli'i^milË (iii'fi l'autre, el offrent ainsi quelque analc^ie 
;iM'r un de rcs vcliiculcs surmonta de sa capote. Mais: toutes 
k's lloito^9 !> licites n'oni pas cet aspect, et la plupart sont de 







TK). 



orme légulièie. 11 en eil-ile aussi en métal el à jour, c'esl- 
Ji-dirc ilont les deus faces latérales el le fond sont produits 
]iar des Lrinj^lea métalliques adaptées h deux .ptanchelles 
formant l'une le panneau de devant, l'autre celui d'arrière de 
la lioitc. Ce système, imaginé par le constructeur Emile Ga- 
lante, a le douille avantage de rendre la boite bien plus légère 
et d'cuipt'clicr ta poussibre de s'y accumuler. Ljne tige niélal- 
lii|uc, dite 1117e d'nrtii^ilalwn, traverse la boite dans toute sa 
longueur, el, si l'on »e sert de liclies perforées à leur base, 
— comme celles qu'on emploie dans la Ctassificaiion tiéci- 



GATAI.OGUES KT CLASSIFICATION. 325 




Boîte à Pches ordinaires TCabriolei) 




Boîte à fiches arciculées. 
Système Bonnan^je 



226 LE LIVRE. 

si vos livres, et par conséquent vos fiches, sont en 
pelil nombre, simplement en fort carton. En tête de 
cha(|iie lettre, afin do séparer les lettres entre elles 
et de laciliter les recherches, placez une fiche, dite 
vodcUe, plus haute que les autres, de couleur diffé- 
rente, et portant à son sommet mention de cette 
lettre. 

Si votre bibliothèque comprend beaucoup de vo- 
lumes, cinq ou six mille au moins, il sera préfé- 
rable d'employer des fiches articulées, qui se classent 
dans des boîtes enchône, traversées, dans toute leur 
longueur, par une vis sans (in. Ces fiches, échancrées 
à leur partie inférieure ou talon*, se placenta cheval 
sur la vis sans fin. Chaque talon est réuni, par une 
articulation en toile, au corps de la fiche, à la fiche 
proprement dite, ce qui donne à celle-ci une grande 
mobilité, et rend les recherches des plus faciles. 
Chaque talon possède, en outre, à droite et à gauche, 
un petit rebord en saillie qui vient s'engager sous 
une rainure tracée dans les parois latérales de la 
boîte. Pour le faire entrer, ce talon, le mettre sous 
la rainure, il faut le diriger obUqucment, et, lors- 
qu'il est en place, il se trouve retenu par elle : la 

maie [\)\). 7)80-387), — permet d'enliler et immobiliser toutes 
les liclies. Si Ton se sert de fiches non perforées, on enlève 
kl lige d'articulation, (jui est pourvue à sa partie antérieure 
d'un gros bouton en métal et se manœuvre très aisément. 
Voir la figure de la page 22i. 
1. Voir des modèles de ces fiches pp. 225 et 244. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 227 

fiche est donc comme fixée, par sa partie infé- 
rieure, son talon, dans la boîte, et ne peut en être 
retirée verticalement, il n'y a plus qu'à manœuvrer 
la vis au moyen d'une clef spéciale, qu'on ôte à 
volonté, et Ton fait ainsi avancer un écrou en bois, 
Vécroîi-presseur, qui serre contre le fond de la boite 
et immobilise les talons de toutes les fiches, par 
suite, empoche celles-ci de se déplacer ou d'être 
enlevées. Mais chacune d'elles, grAce à l'articulation 
de toile, peut se mouvoir en avant et en arrière, 
osciller sur son talon, et, par conséquent, être aisé- 
ment consultée. On voit quels précieux avantages 
possède ce système, notamment pour les bibliothè- 
ques publiques, où le catalog^ue est mis à la disposi- 
tion des lecteurs. Ils ne peuvent déranger l'ordre 
des fiches ni en retirer aucune, fiinoins de rarracJier 
de son talon, qui reste dans la boîte, toujours main- 
tenu par l'écrou-prcsseur, et décèle la soustraction. 
Veut-on extraire de la boîte ou y insérer une ou plu- 
sieurs fiches? Il suffit (le recourir à la clef et de des- 
serrer la vis. Ce très ingénieux système de fiches et 
de boîtes, d'usage fréquent non seulement dans les bi- 
bliothècpies publi({ues, mais dans les administrations, 
les établissements scienti[i({ues, industriels, etc., 
partout où il y a un catalogue à feuilletcM*, porle \c 
nom de son inventeur, Ferdinand Bonnange'. 

I. Cf. l^erdiiiand Bonnange, Projet d'un caUduyue universel 
des , productions iutetlectuctles, p. 11. Les ^0X1^"» ^yvWç^vsXfe.^'fe 



228 LE LIVRE. 

Sur chaque fiche on in^ont : 

l' Le nom cL le ou les prénoms de l'auteur; c'eat 
ce nom ([ui devient le mol d'ordre de la fiche, c'est- 
à-dire qui en détermine le classement, aussi doil-il 
ôlre écrit en tète et en gros caractères, bien détaché 
de la suite de l'inscription ; 

2" Le litre (autant que possible complet) du livre, 
et, s'il y a lieu, le chilTre de l'édition ; 

> Uadresse, c'est-à-dire le Heu de publication, le 
nom de l'éditeur' et la date de publication ou millé- 
sime; 

4" L'indication du nombre de volumes, du format 
— beaucoup y ajoutent le nombre de pages, — et de 
l'état matériel du ou des volumes de chaque ou- 
vrage' : brochés, reliés, non rognés, dorés surlran- 



Iloimanîiu n'ont qu'un incoiivùuient, qu'on (ieviiu' sans 
l>cinc, c'csl de coùliir bien plus cher que les fiches ordi- 
iiiiire!'. Des fiches Itonnanije de lOxIi cenlimËlres valent 
de îiO à Cil l'runcs le mille, tandis que des fiches ordinaîi-es 
Ue CL'Ue diuien:«ion ne coûtent que S ou 10 francs, 

1. . Quand il s'agit de livi-es modernes, on peut omellrc dans 
les adresses bibliographiques les noms des imprimeurs ou 
des libraires > [édileursj. (Léopold Dellsle, Instructions élé- 
mentiirpM et teeliniquM poar la mise et le maiiHieit en on/re des 
livres 'Tune l'ihtiotliêtjiie, \>. 20.) 

'1. et. Léopold Dei.isliî, itid. ; — Albert Mauie, op. vit., 
pp. lia et sniv.; — Jules Cousin. De VorQanisation et de C.id- 
minielniliuit des bililiothégues ;i«i(ijircs et privées, jip. 5S et 
suiv.; —etc. Il arrive frâquemment. dnns les catalogues de 
librairie, ]inr exemple, que l'indication du nombre de volumes 
et du lormal est placée avant l'adresse. L'ordre que nous 
indiquons a pour lui l'autorilii des [dus scrupuleux biblio- 
graphes et aussi la lof-iijue. 11 procède de celte règle ; in- 



CATAhOGUES ET CLASSIFICATION. 229 

ches, etc., ou encore incomplet, couverture fac- 
tice, etc., qui s'écrivent d'ordinaire en abrégé : hv.^ 
r, ou rc.J.^ n. r.^ d. «. t)\. inrompL, couv. fftcf.^. Si le 
lilre ne mentionne pas la date de Tédition, on inscrit 
sur la fiche s. d. (sansdale) ou s. m, (sans millésime), 
et si le lieu de publication n'y figure pas non plus, 
on le Constate de cette façon : s. l.n, d. (sans lieu ni 
date) ou s. /. n, m. (sans lieu ni millésime) ^ 

Si vous voulez procéder plus régulièrement encore 
et à l'instar des bibliothèques publiques, vous aurez 
un registre d'entrée^ sur lequel vous inscrirez, en 

scrirc d'abord sur la fiche les nienlions qui figurent sur la 
page de tilre de l'ouvrage : nom de l'auteur, titre et adresse ; 
puis les mentions qui n'y figurent pas ou qui n'y figurent 
qu'accidentellement : nombre de volumes et de pages, for- 
mat, état des volumes, etc. 

1. Sur ces abréviations, voir ûi/'ra, t. V, Appendice, i, Abré- 
viations. 

ti. Le Père A. Poltrcelet (op. (-il., \). ti5 [exemplaire annoté 
et corrigé par lui]) estime qu' « une seule personne peut 
faire environ 100 cartes ou licbes par jour, en travaillant 
10 heures ". Mais ce chiffre ne peut être, bien entendu, que 
très approximatif: il dépend de la personne même et du 
phi;^ ou moins de rapidité de son écriture, du plus ou moins 
de renseign«;meiits portés sur la fiche, etc. 

5. Ou, mieux encore, plusieurs, un pour chacune des caté- 
gories de formats adoptées pour le rangement <! * vos livres 
sur rayons. Par économie de place, nous avons adopté 
quatre catégories (voir supvit, pp. 211-212). Les bibliothèques 
universitaires en ont trois, auxquelles correspondent trois 
registres d'entrée ayant chacun leur numérotage spécial: 
l)ar exemple, de 1 à 9009 pour les grands formats, de 10000 
à 29 999 pour les moyens formats, 30 000 et suivants pour 
les petits formats. {Inslrnction générale relative au service 



230 LR LIVRE. 

lui «loiinant nii luniHTO d'ordre, chacun de vos 
livres, à in(»sure qu'ils vous arriveront. Si l'ouvrage 
se compose de plusieurs volumes, il est préférable 
d'nllril)U(M' à chacun d'eux un numéro spécial : tous 
vos livres auront ainsi, en quelque sorle, chacun dis- 
tinclemenl, un (Hat civil, et le dernier numéro porté 
sur voire registre vous indiquera le nombre de vo- 
lumes entrés dans votre bibliothèque, le total de 
vos richesses. 

Sur l(»s registres ou cahiers du catalogue raétho- 
diqui», dont il sera question plus loin, vous ne don- 
nerez, au contraire, qu'un seul numéro à chaque 
ouvnigf». (pielle ([ue soit la quantité de volumes dont 
il se compose^ ; et cela se comprend, puisque là, dans 
le catalo^an» méthodi(jue, chaque ouvrage n'est con- 
sidéré (juau point de vue du sujet qu'il traite, n'est 
(Mivisagé (jue dans son ensemble, et ne doit, par 
conséquent, l'ornier ({u'une unité. 

(]es inscriptions elVectuées, vous transcrivez, dans 
l'angle gauche supérieur de la fiche, le numéro du 
registre du catalogue méthodique, ainsi que les 
lettres ou chilïres indices aflectés à la section de ce 
catalogue à laquelle cet ouvrage appartient, ce 
qu'on nomme la cote, comme nous le verrons aussi 

des hihliolhèfjues Knivevsilaires, ap. Albert Maire, op. cit., 
p. A7i'2.) Ainsi, dans ccis biblioUioques, d'après le numéro 
d'entrée inscrit sur la fiche, on reconnaît instantanément 
le format du livre que représente celle fiche. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 231 

plus loin. Quant au numéro du registre d'entrée, au 
lieu de le porter pareillement en t<Me de la fiche, 
vous l'inscrivez au-dessous du titre et de l'adresse. 
Voici pourquoi. Un ouvrage peut se composer do 
nombreux volumes, qui, s'il est en cours de publica- 
tion, par exemple, vous seront adressés successive- 
ment; et, comme vous devez assigner à chacun 
d'eux un numéro d'ordre, la place ne tarderait pas 
à vous manquer pour ces inscriptions; vous seriez 
arrêté, quelques centimètres au-dessous du bord supé- 
rieur de la fiche, par le nom de l'auteur, le mot (Vordre^ 
qui, comme nous l'avons dit, doit être écrit en tête et 
en gros caractères. De plus, les mômes ouvrages, 
quel qu'en soit le nombre d'exemplaires que vous 
possédez, devant respectivement figurer sur la même 
fiche, avec leurs numéros d'entrée, le chifTre el le 
format de leur édition, et ce qui caractérise chacune 
d'elles ou chaque exemplaire (illustrée [nombre de 
figures ou de planches], annotée, revue, etc.; — 
broché, cartonné, relié, etc.), il est indispensable de 
réserver pour ces inscriptions une place suffisante, 
et, celte place, vous ne pouvez la trouver qu'au- 
dessous du mot d'ordre, du litre et de l'adresse. Si 
elle venait à vous faire défaut, si votre fiche était 
complètement remplie, — ce qui peut arriver, même 
assez vite, spécialement pour les collections et les 
publications périodiques, dont vous recevez un ou 
plusieurs volumes par année, — vous prendriez une 



232 LE LIVRE. 

stM-oinlt» i'u'\n\ que vous réuniriez à la première par 
le Lilon. à l'aide <le colle, et sur laquelle vous con- 
linueriez vos inseriplions. Ajoutons que numéro 
<reiilrrM' r[ cole du catalogue méthodique doivent 
li^urcrsur r^'./>///>/7s de chaque volume, étiquette ou 
vi^netle (|U(» vous collerez ou avez déjà collée au 
v(M*so ïlu premier plat de la couverture. 

Les bibliothèques publiques remplacent les ex- 
lifn'is pardes empreintes à Fencre grasse et indélébile, 
l'ailes sur le litre des livres au moyen du timbre 
même d(» ces bibliothèques, et elles inscrivent sou- 
vent, dans le champ de cette empreinte, la cote du 
livre. Le même cachet est reporté plus loin à deux 
endroits : à la dernière page du volume, et à une 
page convenlionnelle, toujours la même pour chaque 
bibliothècpic : page 97, anciennement page 101, 
])()ur la Bibliothèque nationale ; page 41 pour la 
]>ibliolhè(iue Sainle-Cjenevièvc; page 99 pour les 
bibliollièciues universitaires; etc. Si le volume n'at- 
teint pas le chiffre de la page conventionnelle, après 
avoir ai)posé l'empreinte sur le titre et sur la der- 
nière page, on timbre, — à la Bibliothèque natio- 
nale du moins, — la première page de la deuxième 
feuille. « La forme du timbre est d'une grande im- 
portance pour ne pas abîmer le livre, écrit le docteur 
OraeseU; c'est pour cette raison qu'en France, où le 

1. Op. rit., pp. 1X5-180. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 233 

timbrage triple est obligatoire dans toutes les biblio- 
thèques publiques, une circulaire ministérielle* a 
recommande^ d'employer des timbres oblongs et de 
faible diamètre, de lelle façon qu'on puisse les ap- 
pliquer sur les marges des volumes sans risque de 
couvrir le texte. » 

C'est par ces marques indélébiles que les établis- 
sements publics attestent leur propriété et se pré- 
cautionnent contre les délournementsouadirements 
de leurs livres. Afin qu'on puisse aisément recon- 
naître et trouver les volumes lorsqu'ils sont en 
place sur les rayor.s, la cote, ou simplement le nu- 
méro du registre d'entrée, — selon que les livres 
sont rangés sur les rayons par ordre de matières ou 
bien par formats *, — est inscrit sur une étiquette 
de papier, en forme de menue rondelle (d'où le nom 



1. Datée du 24 décembre 4884, signée de M. Fallières, 
alors ministre de l'Instruction publique, et adressée aux 
maires des communes de France. — Si l'on inscrit la cote 
dans le champ de l'empreinle ap|»osée sur le titre, on peut, 
afin de rendre ce champ plus içrand et d'avoir plus de place, 
se servir d'un timbre rond de iî à 4 centimètres de dianic'^tre, 
pour cette première empreinte, et d'un timbre oblong d'en- 
viron 0,04x0,02, pour les empreintes suivantes (page inlé- 
rieure conventionnelle et page finale) dépourvues d'inscrip- 
tions. On pourrait aussi scinder l'inscription de la cote, 
mettre seulement, par exemple, dans le timbre apposé sur 
le titre, le numéi'o du registre d'entrée, et, plus loin, dans 
le timbre de la page conventionnelle, l'indice et le numéro 
du catalogue méthodique. 

2. Cf. sxqmi, pp. 20 i- 20.1. 



2. H 



LE LIVRE. 



i\r rnnihnfi' doiinr à colle opération *), que roii colle 
an <lf>s i\c (*luH|nr livre*. 

Mais vous, (loul les volumes n'ont pas à redouter 
(les niaiiis élranf(ères et ne doivent pas sortir de votre 
eal)in«»l de travail, gardez-vous bien de souiller et 
fléshonorer «le la sorte vos chers trésors: pas de ron- 
delles sur leur dos, pas de limbres sur leurs feuilles 
de ij^anle ou de litre, pas de cachets gras sur leurs 
pa<^es, pas fTinscriplions à Tencre, si ce n'est des dé- 
dicaces (Fauteurs étalées en belle place sur le recto 
(lu lanx litre, un ex (hmo aurtoris qui spécialise 
Noirc* cxoniplîiin» (M en augmente le prix'. 

I. ( ' r. l'i flfiiflr /:nrifrlitpêd(i', art. Hibliolh(»qii(% 1. VI, 
I». r,r»I. 

'2. Mil liaul (lu «los, cl non an l)as, comme le conseille 
N.vMi i; [Mnnnd ihi hihlinfhôiuiire, p. (m). Il est évident (ju*en 
roll.'iiil !«'> i''li(|iieltes au bas du dos des livres, elles ne 
suivciil pas 1rs rcssauls produits par les difT(5rences de for- 
mais cl -;<• Irouvcnl toules align('»es au nuhne point, ce cjui 
doiiiH' à Wnr enscinhle un bien meilleur aspect. Mais il est 
à l'cinaïqucr aussi cpi'on peut ètn» oblij^é, faute de jilace, de 
niellrc les livres sur deux rangs : dans ce cas, les 
livirs <iii pi'<Mnier rang, si petits (pi'ils soient, cacbent les 
élitjuelles di'yi livies du second rang; en outre, coranie, en 
lisniit un li\ n», on le lient d'ordinaire par la partie inftM'ieure 
du dos. il y a grande cbance, si lï'ticpiette est collée au bas, 
(''(»sl-à-(lii*e se trouve sous les doigts, pour qu'elle se d<>cbire 
ou sr décolle rapidement. 

."). A propos des rx-dona, des dédicaces manuscrites, il 
esl très im]>ortant de ne pas les mettre trop en liant de la 
l>age el de toujours laisser du blanc au-dessus d'elles, plu- 
sieurs cenlimclres de blanc; aulremenl, elles courraient 
grand risfpie d'être i)lus ou moins rognées cl endommagées 
par le relieur. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 



235 



Les aristocrnliquos amateurs crautrefois l'aisaiont 
graver, jwusscr, leurs armoiries sur les plats de 
leurs reliures. A défaut de celte somptueuse marque 
de propriété, vous avez de très artistiques vignettes 
destinées à ^er\iv d'ex-Ubris^ et vous pouvez encore, 



1. Quoique je m'occupe du Livre au point de vue pra- 
tique, au point de vue des lecteurs studieux et des travail- 
leurs, plutôt que des bibliophiles et amateurs, cpielques 
mots sur les ex-Ubris, dont on parle tant aujourd'hui, ne 
sembleront pas déplacés ici. L'ex-libris est, comme on le 
sait, une étiquette, d'ordinaire gravée ou imprimée, de di- 
niensions variables, qui, régulièremenl, « doit se coller sur 
le premier plat intérieur de la reliure » (Edouard Rouveyiœ, 
op. cit.^ t. X, p. iil). Il sert à indiquera ([ui appartient le 
volume qui en est revêtu, de quelle bibliothèque, de quelle 
collection de livres {rx /Unis] il soit. L'ex-libris est né en 
Allemagne, probablement à Nureniberg, au commencement 
du XVI' siècle. Il revêt des foriru's 1res variées. Au début, il 
représente le plus fré(piemment le blason du propiiétaire : 
c'est Vex-Ubri!i héraldique -, il se transforme ensuile en em- 
blèmes, en allégories, monogrammes, initiales, etc. : c'est 
Vexllhris fauta i-iititt*; souvent même l'étiquette ne porte que 
les nom, titres et (lualités du maître. Peu usité en France 
jusque vers le milieu du xvir siècle, l'ex-libris acquit, sous 
le burin des vignettistes du xviir siècle. Boucher, Cochin 
lils, Eisen, Gravelot, etc., une élégance et une grâce char- 
mantes, et devint un véritable bijou d'art. Retombé depuis 
lors dans la banalité, « l'ex-libris s'est relevé de nos jours 
sous la pointe spirituelle de quelques acpiaforlisles ». {La 
Graude EnrAjchtpédic.) Cf. Joaflnis GuiGAun, Nouvel Armo- 
riai du Inhiiopliile, nouv. édit., Paris, Rondeau, LSOO, 2 vol. 
in-8; — Aglai'is Rolvenne, /r.-? Miunxjranuues histariqiiea 
daprès les mouanwnls nriijinaax. Pai'is. Académie des biblio- 
philes, 1870, in-lS; — Poulet-Malassis, les J:x-IJhris franraU 
depuis leur origine jusqu'à nus jours, nouv. édit., Paris, Rou- 
quette, 1875, in-8; — Henri Boitchot, les Ex-LUwis et les 
Marques de possession du livre,.. Paris, Rouveyre, 1801 ; 



CATALOGUES ET CLASSll-'lGATION. 




rATALOUUES ET CLASSIFICATION. 




r.iLOGDES ET r.LASSlFlCATIOH. 





fïgwNçisiwïïISlIj 



242 LE LIVRE. 

pour comble de précaution et à Texemple du prési- 
dent Auguste de Thou', faire pousser vos initiales 

in-IK: — rinlennéiiiaire des chercheurs et cuneuXf passim; etc. 
Lo poète Houchcr (1745-1794), Tauleur des MoiSj avait, dans 
sa bibliothèque, trois espèces de livres : les brochures, sur 
lesquelles il mettait sa signature; — les livres qu'il achetait 
tout reliés et où il collait, en guise d'ex-libris, une bande de 
journal portant son nom et son adresse; — enfin les volumes 
qu'il faisait relier lui-même, avec son nom • imprimé en or, 
en toutes lettres : M. Roucher, tout à la fin de l'ouvrage, dans 
le haut de la dernière garde, sur le revers intérieur même 
du veau de la reliure. Pour arriver à l'y placer ainsi, ce nom, 
le lelieur était obligé de couper légèrement, aux ciseaux, 
en cet endroit, le bord delà feuille degarde, en vieux papier 
iW couleur, à escargots. » (Ij' Intermédiaire des chercheurs et 
rnrirn,i\ 20 octobre et 20 novembre 1905, col. 558 et 730.) 
Au lieu (rt^x-libris, certains possesseurs de livres se sont 
servis de devises pour attester leur propriété. Le chanson- 
ni<*r OA\v (1709-1787»^ inscrivait ce distique sur ses volumes ; 

A Collé ce livre appartint 
Auparavant qu'il te parvint. 

(Cf. Gustave Brunet, Fantaisies bibliographiques* y. 266.) 

L'imagination des écoliers s'est donné carrière à ce sujet, 
et Tcm connaîl les sentences et macaronées classiques : 

Aspire Pierrot pendu, 
Quod lihi'um n'a pas rendu. 
Ktc. 

Ce livre est à moi 
Comme Paris est au roi. 

Si, tenté du démon, lu dérobes ce livre, 
Apprends que tout fripon est indif?ne de vivre. 

Sur un ancien volume, qui est en ma possession, on lit 
ce (juatraiii manuscrit : 

Hic liber est meus; 

Posl mortem nescio cujus. 

Si forte reperias, 

De Proftmdis pro me dicas. 

1. Cf. Gustave Brcnet, o;>. ci/., p. 1G8, note 1. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. S43 

au bas du dos de vos livres, môme de vos simples 
bradels. 






Supposons que nous ayons à rédiger la fiche d'un 
exemplaire de VHistoire de Paris de Dulaure, corn- 
posé de quatre volumes, inscrits sur notre registre 
d'entrée sous les numéros 3415 à 5418, et, sur 
le registre de la section de notre catalogue métho- 
dique (U : Histoire; — U V i : Histoire de France; 
— U VI 0« : Paris)* sous le n° 62; nous libelle- 
rons et disposerons, comme on le voit à la page 
suivante, nos diverses indications sur une des fiches 
à talon précédemment décrites, une fiche du sys- 
tème Bonnange. 

Par abréviation, on pourrait réunir les quatre 
numéros, et se contenter d'écrire, après « 4 vol.in-8» : 
IS"^ 5415-5418 ; mais l'afTectation d'un numéro 
spécial à chaque tome sur la fiche même est préfé- 
rable ; elle permet, comme on le constate dans notre 
exemple, de faire suivre cette mention de la dési- 
gnation des caractères particuliers à chaque tome : 
relié (reliure pleine ou demi-reliure : maroquin, 
chagrin, veau, basane, etc.), broché, incomplet, etc., 
et de donner ainsi, encore une fois, à tous vos 

1. Classitication de Jacques -Charles Brunet; cf. infra, 
pp. 556-551). 



*, 



2 4 1 



LK LIVRE. 



UVIOq 

DULAURE (J.-A.) 

lliittoirc phtjitiij ne, civile et morale de Paris, 7* édit. 

Pnris. Librairie <lefl Pulilicatious illustrées, 1S6-I. 

4 vol. in-8. 



N" 3 415. Tome 1 denii-rel. bas. 



r>4i(i. 

."417. 
." ils. 



*) 



— 4 br. Mantjue le litre. 



J 




V 



livres, sur le registre d'entrée aussi bien que sur 
les fiches, une sorte de certificat d'identité ou d'état 
civil. 

Dans les bibliothèques publiques, où, quand les 
liviTs sont classés par ordre de matières, la cote est 
inscrite sur l'étiquette, la rondelle de papier, collée 
nu (lo^; cl sur laquelle souvent la place est des plus 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 245 

exiguës, on supprime d'ordinaire le mot N", cl l'on 
écrit : 

Si cette cote UViOa paraît, à juste titre, bien 
longue, bien encombrante, c'est que nous avons dû 
suivre ici la classification de Brunet, la plus répan- 
due et la plus autorisée. La méthode de classifica- 
tion proposée par M. Léopold Delislo, et dont nous 
parlerons plus loin*, nous aurait donné simplement 
(0 : Histoire de France; — e : IIistoi<i*e provinciale 
et locale; — a : Paris) : 



Qea 
()2 



Pour les tomaisons, employez toujours les chiOres 
arabes, de préférence aux chiflres romains, qui oc- 
cupent trop d'espace et sont une source de confusion 
et d'erreurs^. 

De môme, pour la fiche d'un exemplaire, revêtu 
d'un cartonnage bnulel, du roman d'Alphonse Dau- 
det, SaphOj nous aurions, — la cote du catalogue 
méthodique é(anl '•, avec le n<» 515 : O: lielles- 

I. Cf. pp. r»iii--()'K 

'2. Voir In/'i'd, I. V, AppcMidiri», iv, (iliilTros romains. 

.". (/lassiticalioii de. Jac<pics-Cli;ulc.s I3runet : cf. iu/ra 



246 LE LIVRE. 

L<'llres: — O IV^ : Fictions en prose; — OIV2: 
Konians . — O IV î2 D : Romans français ; — et le 
numéro <rt»nlréo supposé 4841 : 

O IV 2 D 

DAUDET (Alphonse). 
>^ttjf/io. nuinirs parisiennes. 

N" 4S41. Paris, Charpentier, 1884. In-18. Cart. brad. 

Si un ou plusieurs autres exemplaires de ce même 
roninn venaient s'ajoutera votre bibliothèque, vous 
ins( riricv. sur la fiche précédente, au-dessous du 
n* ixil afferlé à l'exemplaire que vous possédez 
déjîi, h's numéros d'entrée de vos nouveaux exem- 
j)lair(^s, avec les mentions de rigueur : 

N'^ 5 7)07. Paris, Tlainmarion, s. m. I11-I8. lUustr. Rel. loile. 
N« (iOi:). Paris, Lcmcrre, I81)r>. Pet. in-12. Br. 

Vous pourriez même ajouter un chiffre devant 
chacun de ces trois numéros, pour mieux faire res- 
sortir encore le nombre d'exemplaires de ce roman 
que vous possédez : 

1 {ou 1^' exempl.). N'' 4841. Paris, Charpenlier, 188'f.... 

2 (ou 2« — ). N» 5 507. Paris, riaininarion, s. m.... 
5 {ou 5" — ). N^ G 015. Paris, Lenierre, 1805.... 



1^' 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 247 

Pour un journal ou recueil périodique, nous 
aurions : 

U Journaux 16 
REVUE DES BIBLIOTHÈQUES. Mensuelle. In-8. 

Directeurs : Emile Châtelain et Léon Dorez. 
Paris, l^^niile Bouillon, édit. 



N» 


5 883. 


— 


7 921 , 




8318. 


— 


9302. 


— 


9950. 




10217. 




11388. 



4** année 1894. 


Denv 


i-rcl. chagi 


5" — 


18^5. 




— 


O" — 


189G. 






7« 


1897. 






8° — 


1898. 




— 


9'' 


1899. 






10« 


1900. 







Nous rappelons que, pour ces nombreuses inscrip- 
tions, une fois la première fiche remplie, on en prend 
une seconde, puis, s'il le faut, une troisième, une 
quatrième, etc., et on les réunit toutes par leur 
talon, qui, grâce à la charnière de toile, laisse indé- 
pendante et mobile la partie supérieure, la fiche pro- 
prement dite. 

Il arrive très fréquemment que le nom de Fauteur 
figure, accompagné de mentions ou de qualités, à la 
suite du titre de l'ouvrage ; il est bon alors, quoique 
ce nom soit déjà placé comme mot d'ordre en tète 
de la liche, de le maintenir à son rang dans la trans- 



UH 



LK LIVRE. 



fiipJion <lii lilre. Simvciil niùmo il s'y trouve comme 
incorpora. Exemples : 

CllARTlER (Alain). 
/..'S (fùivrcfi t/r feu messire Ahnn Chartier. 
l»niis, (;alliol du PnS 15*21). In-H. Bel. en vélin. 

PASCAL (Biaise). 

Pi'n.^,'es (le M. Pnscfil s/^/- Ift religion et sur quelques 
(( if Ires sffjelfi, t/ui ant été tniuvéos après s(i mort parmi 

P.Mris. riuill.'uune l.)«\spr»»z, 1670. In-8. Rcl. en parch. 

H iK» faut jamais modiGer sur les fiches le texte 
<lu tilre (l'nn ouvrage. Si ce texte est trop long, s'il 
stMiihle (HlVus et chargé de détails inutiles, et qu'on 
jiif^n* à pruj)os do l'abréger, on indiquera par des 
points (Irois points suffisent, plus le signe de ponc- 
tuai ion du Icxle, j)oinl, deux points, virgule, etc., s'il 
s'(Mi trouviî : .... , ou :... , ou ,...) chaque endroit 
où uncî suppn^ssion a clé opérée. 

Si \\n ouvrage, composé d'un certain nombre de 
volumes ou de parties, a mis plusieurs années à pa- 
raître, a été, en d'autres termes, imprimé à des dates 
différenles, on inscrit sur la fiche les deux dates ex- 
trêmes, c'est-à-dire celle qui est portée sur le titre du 
premier volume et celle du dernier, et on les joint 
par un trait d'union. Ainsi : 1804-1807 indique que 
l'ouvrage a conunencé à paraître ou à être imprinu'» 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 249 

en 1864 (millésime du premier volume), et qu'il a été 
terminé en 1867 (millésime du dernier). Mais il vaut 
bien mieux, comme nous Pavons déjà dit, affecter 
une ligne spéciale à chaque volume, et mentionner 
l'adresse de ce volume et les autres particularités 
qui le concernent. Exemple : 

N« 1 219. Tome 1. Paris, llelzel, 1864. ReL chagr. 
N'> 2 502. _ i). _ - 186,*). Br. 

N« e^909. - 5. - - 1807. Br. 

Quand un ouvrage ne comprend qu'un seul vo- 
lume, il suffit, comme nous l'avons fait, il y a un 
instant, pour les fiches Daudet, Guautier et Pascal, 
d'en indiquer le format : la mention 1 vol. se trouve 
sous-entendue. 

Pour vos fiches ou cartes, comme pour vos 
registres, une écriture droite, du genre de la petite 
ronde, est de beaucoup préférable à l'écriture pen- 
chée, dite anglaise*. L'écriture droite permet de faire 

1. « L'écriture ronde, ou tout au moins un peu relevée, 
est recommandée dans l'insciiption des cartes; elle est plus 
nette, plus lisible, et tient moins de place. » {Instruction gé- 
nérale relative au service des hibliothèques universitaires, ap. 
Albert Maiiœ, op. cit., p. 437.) De toutes parts, d'ailleurs, 
l'écriture droite, patronnée et « lancée pour la prenli^re fois, 
en 1872, par George Sand, dans ses Impressions et Souvenirs : 
« Écriture droite, sur papier droit, corps droit, >» selon sa 
formule (le Journal. ^Ih janvier lOOG, art. signé docteur Vini), 
est signalée comme |)référable, à tous les points de vue, à 
récriture pencliée, nutanunent à l'écriture anglaise. Voir, h 
ç.v sujet, le docteur Kinile .ïaval, Physiologie de Ik lecture 
et de l'écriture, pp. 152,250 et suiv., 244, etc. Le Manuel >jéné- 



250 LE LIVRE. 

loiiir «lans un môme ospace bien plus de texte que 
rîin^lîiiso, cl elle s'accommode mieux, par suite, 
av(?c li\s colonjics des registres. Écrivez toujours 
Lien lisil>lcmcnl, el, autant que possible, pas trop 
fin. Vous pouvez d'ailleurs et vous devez même tra- 

vti! ilr rinslnu'tion primaire^ journal des instituteurs et des 
institut rires (années 190i et suiv., passim) fait également 
campat^no, el très vive campagne, en faveur de l'écriture 
«Iroitr. Voiri un résumé des arguments qu'il invoque, par la 
pluuM' t\o son rédacteur, M. C. liobquin (n* du 19 novembre 
lî>Oi, pp. r^M-ôOC) : « Personne ne contestera, nous le croyons, 
que l'écriture droite n*est autre chose que notre vieille écri- 
ture fraiiraise, et si, au nom de l'hygiène, nous demandons 
anjonrdlmianx instituteurs d'adopter pour leurs élèves cette 
loniie de l'éeriture, c'est en quelque sorte les prier de reve- 
nir à une tradition francjaisc, (juc la mode, l'engouement et, 
s«'loii l'exprcission de M. le docteur Java), « la héte, qui ca- 
« rnclérise l'épcxpie actuelle », ont pu seuls faire abandonner 
d'une faron aussi rai)ide etaussi générale.... Or, nul ne peut 
nier que cette sorte d'écriture (l'écriture penchée connue 
sous le nom d'écriture anglaise) ne présente de graves et sé- 
rieux inconvénients pour les jeunes enfants. On oblige, en 
effel. ces pauvres petits à se tenir dans une position anor- 
male. Le corps doit être penché el appuyé tout entier d'un 
s(îul côté; le coude gauche doit être plus élevé que le droit, 
et celui ci serré contre le corps. Comme conséquence, 
répaulc gauche remonte, la colonne vertébrale, encore si 
fragile chez les jeunes enfants, dévie de la position verticale, 
et le cùté gauche de la poitrine vient s'appuyer plus ou 
moins fortement contre le bord de la table. Celle position 
penchée force la tête à s'incliner en avant: les yeux se rap- 
prochent du [japier, s'accommodent peu à peu à une vision 
trop courte, et la myopie se développe tout à son aise. Les 
hygiénistes de tous les pays s'inquiétèrent de celte situa- 
tion, recherchèrent et signalèrent la cause du mal, (jui n'é- 
tait aulre que la tenue vicieuse du corps, nécessaire pour 
obtenir une belle écriture anglaise. Dès 1881, M. le ministre 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 251 

cèr en plus forts caractères certaines mentions, 
telles que le mol d'ordre ; en souligner d'autres : le 
titre du livre, par exemple; dans certains cas, il 
vous est loisible d'incliner légèrement votre écriture, 
en imitant l'italique : vous donnerez ainsi à vos 

de l'Instruction publique avait, en effet, chargé une commis- 
sion, composée de MM. Gariel, Gautliier-Villars, Gavarret, 
G. Hachette, Javal, G. Masson,Montmahou, Panas et Perrin, 
« de rechercher les causes du progrès de la myopie parmi 
« les écoliers, etd'mdiqucrles remèdes à une situation qui va 
« empirant de jour en jour ». Cette commission déclara, à 
l'unanimité, qu'on obtiendrait une très grande amélioration, 
en exigeant, suivant la formule de George Sand, une écriture 
droite, sur papier droit, corps droit, et (ju'on éviterait du 
môme coup la scoliose (déviation de la colonne vertébrale) 
et la myopie. 11 est certain qu'en plac^ant le corps dans une 
symétrie parfaite, parallèlement «'lu bord de la table, le pa- 
pier placé devant le milieu du corps, les déviations latérales, 
qui sont actuellement si frécpientes, ne se produiraient plus. 
En rendant naturelle la position d(^ la tète, on empocherait 
son rapprochement continu vers le papier, et l'on ferait ainsi 
disparaître la principale cause de la myopie.... Examinons 
aussi la question, en nous plaçant h un autre point de vue 
que les hygiénistes. L'écriture droite est-elle moins lisible 
(jue l'écriture penchée? Assurément non; le contraire serait 
plus vrai. Est-elle moins belle que l'écriture anglaise^ Cela 
est très contestable, car une écriture bien formée, droite ou 
penchée, aura toujours un certain cachet d'élégance, dû à 
l'habileté de main de celui qui tient la plume. Est-elle moins 
rapide que sa concuirente? Non encore, et Ton peut aflir- 
mer que ceux qui pratiquent habituellement l'écriture 
droite arrivent à écrire avec autant et même avec plus de 
rapidité que les autres. Nous ajouterons «lue l'écriture 
droite est l'écriture naturelle. Examinez, en elTet, de tout 
jeunes enl'anls auxquels vous donnez i)our la première fois 
un crayon ou une plume. Nous verrez qu'aucun d'eux ne 
songe à pencher son cahier ou son ardoise d'un côté ou de 



'Ih'l Li: LIVRE. 

liclh's Iniilt» la clarlc désirable el le meilleur aspect 

pnssil)j<\ 

Ajnulons ijiraiijounrhui, en Allemagne principà- 
It'HKMiL (-(M'iains libraires ou éditeurs, tout à fait bien 



r.'iiilro. v[ qiir tous se moUent, sans hésilalion, à écrire 
»In»iL Nous ne voyons donc, pas les raisons, autres que l'Iia- 
liihitlc prise, qui militent en faveur du maintien de récriture 
pciirlicc... I/écriturc (juc nous recommandons ne serait, 
(Ml soiiiinc ni la ronde, ni la coulée, ni la bâtarde, mais, 
rniiiinr 1(' (lit si hion le docteur Javal, dans son intéressante 
hrnj'limv inlilul«'»e : lu l*Jnjsiologie de Vécrilure : « L'écriture 
- <le rav(Miir, l'ôcriturc nationale, devrait ùtre une écri- 
<• Inie encore non dénommée, une ronde dans laquelle les n 

■ ilillV'r<'nuenl <lcs u, comme dans la bâtarde, et où les /, 

■ les /'. (Mr., seraient bouclés. » D'ailleurs, il y a beau temiis 
<|ii(' les Anj^Mais ont jel(!» par-dessus bord l'écriture anginfic. 
Les Aiin'*iirains en ont l'ail autant. Nous avons pu consta- 
tai- iHuis-nuMiK^ «pi'à ILxposition de 1000, les cahiers prove- 
nant des écoles aiiirlaiscs ou des écoles américaines étaient 
{itu< en ('criluir droite. Kn Allemagne, la même réforme est 
piécoiiisiV parloni au nom de l'hygiène et de la belle jn'es- 
liiurt' (1(1 corps. Alors j)ouniuoi ne suivons-nous pas le 
inoiiveiiKMil (|ne nous avons été les premiers à provo- 
(jner?... » Li' Journal dit, de son côté (n" du il août 1900, 
article signé (i. Hourgougnon), — et ce sont surtout ces 
(:onsi(l('»ralions (pii nous intéressent ici et (fue noustcnons à 
rappeler tout particulièrement : « L'écriture droite est plus 
lisible (pic récriture penchée; — elle est aussi rapide pour 
ceux (pii la pratiijuent habituellement; — elle occupe moins 
(rospa("e et se prèle plus commodément à la tenue des 
livres [el à celle des fiches bibIiogra])hi(iues] ; — elle per- 
met d'aligner les chilTres sans confusion. »• Etc. (Voir tout 
cet ai'licle.où la (piestion est bien résumée.) De même encore 
M. Cil voT-l)Auni:s {la Métliode dnns l'étude et dans le travail 
inlellrrtui'l. p. 105) : «. Les écrilui'es droites son! plus lisibles, 
à dimensions égales et à l'orniation é»piivalenlc, (pie les 
écrit nres penchées. ■♦ 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 



253 



inspirés d'ailloiirs, font tirer dos exemplaires de 
leurs catalogues, — exemplaires qu'ils adressent 
en double ou en triple aux bibliothèques publiques, 
— sur papier mince avec verso en blanc, et font 
même gommer ce verso : le bibliothécaire ou son 
employé n'a qu'à découper les articles ou énoncés 
relatifs à chaque ouvrage, articles très congru ment 
rédigés et composés : nom de l'auteur en caractère 
gras, titre en italique, etc., et à coller sur la liche 
cette languette de papier. Plus n'est besoin d'écrire 
pour les volumes ainsi annoncés, et les fiches qui 
s'y rapportent revêtent toutes un aspect élégant et 
uniforme ^ 

L D'ai)rès le bibliographe allemand Ikircbard, « ... la pre- 
mière chose à faire serait d'adopter, dans toutes les biblio- 
thèques, un modèle de fiches uniforme. Cette réforme une fois 
accomplie, il suffirait d'obtenir des libraires qu'ils intercalas- 
sent, dans chaque livre nouveau, entre la couverture et le 
titre, une fiche de catalogue imi)rimée, rédigée suivant des prin- 
cipes immuables..., et qui serait remise en cinq exemplaires 
à toutes les bibliothècpies ({ui feraient l'acquisition de l'ou- 
vrage. Le système de Burchard a été approuvé ù l'unanimité 
par le comité bil)liogi'ai)hique du (Cercle scientifique de 
N'ienne, dan> sa séance du '2^2 janvier 18S0, et la criti<iue Ta 
accueilli favorablement...; mais il est resté, malgré tout, à 
l'état de projet et n'a pas réussi à passer dans la pralicpie. •• 
(CiRAKSEK, op. cil., \)\). 107-468.) De leur côté, « l'Office et 
l'Institut international fle bibliographie (de Bruxelles)... ont 
invité les éditeurs à joindie désormais à leurs livres nou- 
veaux des fiches bibliographiques toutes préparées, les 
unes pour les réi)erloires d'auteurs, les autres ])our les 
répertoires de matièi-es. A cette même fin, ils ont (h'mandé 
également aux (lii'e<-teurs de revues et aux sociétés scien- 
tifiques qui impriment des recueils périodiques de joindre, 



25 '4 LK LIVRE. 



l'n «i^rand nombre de difficultés peuvent se présen- 
ior dans la ré<la<.'lion el le classemonldes fiches, dans 
la fixation et la transcription de ce moi d'ordre dont 
nous parlions tout à Theure, ce mot à mettre en tête 
de la fiche, mot qui déterminera le classement et qu'il 
l'andra chercher ({uand on recourra au catalogue. 

Voici l<*s jdus fréquenles de ces difficultés et leurs 
solutions. 

Les noms précédés de la particule nobiliaire de ou 
//' se cliissiMil à ce nom, abstraction faite de la parti- 
r\\U\ Ainsi Joseph <1(* Maistre s'écrira, en tête de la 
liclie : MAisTiii: (Joseph de) ou Joseph de Maistre", 
ci se classera à Maistri:; 

Mme de Sévip^né s'écrira Sévigné (Mme de) ou 
Mme Di: Skvigm-:, et se classera à Sévigné; 

aux fascicules de clh-ujue publication, des feuilles volantes 
portant les sommaires do tous les articles et mémoires qui 
y sont contenus. »» (Offick international de bibliographie, 
CliissifinUion décimale, p. 20; Bruxelles, Office international 
de bibliographie, 1807.) 

1. Nombre de bibliothécaires, - qui n'ont pas tort à notre 
avis, — trouvent plus pratique etpluft simple, dans la rédac- 
tion des fiches, de ne pas séparer du nom de l'auteur les 
prénoms et la particule, et d'écrire ces mots dans l'ordre 
même où on les prononce. Ils écrivent, en conséquence : 
Victor Ilu(;o, et non Hrco (Victor); George Sand, et non Sand 
(George); Honoré d'Urfé, et non Urfé (Honoré d'), etc., 
en classant, bien entendu, ces fiches à Hugo, Sand et Urfé 



CATALOGIjES et classification. 255 

Comte d'Houdelot s'écrira Houdetot (comte li) 
ou comte d'Houdetot, et se classera à IIoudktot; 

M.-A.-P. d'Avezac s'écrira Avezac (M.-A.-P. d') ou 
M. -A. -P. d'Avezac, et se classera à Avezac. 

Évitez d'écrire Sévigné (de), Chateaubriand (de), 
Mai'passant (de), etc., aussi bien que de Sévigné, 
de Ciiateaubkiand, de Maupassant, etc., sans faire 
précéder cette particule de, soit d'un titre, soit d'un 
ou plusieurs prénoms. Écrivez Mme de Sévigné, ou 
Sévigné (Mme de), ou bien Sévjgné tout court; — 
vicomte de Cuateaubhjand, ou Chateaubriand 
(vicomte de), ou Chateaubriand ; — (iuy de Mau- 
passant, ou Maupassant (Guy de), ou Maupassant. 

Rappelons d'ailleurs ici, au sujet de la particule 
nobiliaire, les règles suivantes, admises par Littré 
et par les lexicologues et écrivains les plus compé- 
tents' : 

« Les particules de, dii^ de la, des, ne se placent ja- 
mais seules devant le nom. La politesse défend de 
signer, au bas d'un article de journal ou dans un acte 



I. Cf. Littré, op. cit., arl. Xohiliain», où les règles que 
nous allons in(li<iuer, d'après l'ouvrage de Louis Vian, la 
inarticulé nobiliaire, sont résumées. Ces règles sont éga- 
lement appliquées et patronnées par Sainte-Beuve. Voici le 
témoignage de son dernier secrétaire, M. Jules Trouiîat 
(dans les Nouveaux Lutulis, t. XIII, p. 5, noie) : « M. Sainte- . 
Benve m'a donné souvent cette leçon de goût à l'adresse 
de ceux à qui il voyait écrire de un tel, tout court, sans le 
faire précéder du mot Monsieur : « On dit M. de un tel, 
disait-il; ou bien on ne met ni Monsieur ni la particiile. ■• 



:>r>f^ LK MVllE. 

,nilh('iili«pH' : « <1(* Monliiiorency, de Binon, de 
« No.iillos. <It' Poli. » mais « Charles de Monimo- 
• iviicv. duc de Biroiî, Paul de Noailles, vicomte de 
« l*()li ». 

« Si vous adressez un billet à un ami, si même 
vous avez Tiionneurde prendre part à un traité inter- 
iialioual, mêliez simplement: « Gramont, Richelieu, 
« MorlcMuarl ». O serait d'un parvenu d'énoncer 
voire p(»lile syllabe et votre litre dans Tintimiié 
on à la l'ace de l'Europe, quand les empereurs et 
les rois siij^nriit : « Napoléon, François, Charles, 
'■ Louis ». 

H \a{ siisccplibililé du langage exige qu'on ne 
dise pas non plus : « Mon parrain (/(' la Rochefou- 
caiild; j'ai icMiconlré de Ségur; de Noé m'a salué; 
« (i('oi-^('s la Rorhefou(!auld, mon parrain; M. Noé 
« ma ]>laisanlé; j'ai rencontré le comte Ségur ». Car 
la pré])osilion, placée après les lilres de noblesse ou 
apivsj ((Hix de INIousieur ou de Monseigneur, se 
rcirauclie eu môme temps qu'eux : « Merci, que le 
tt ])iin('(Mlc Gon(lé,le vigilant Turenne, n'ont jamais 
« surj)ris dans nu mouvement irrégulier*.... Mon 
« (lier (irigiian, je vous embrasse*.... La Feuillade, 

1. « C'est Merci, avec ses l)r;ives Bavarois,... Merci, que 
le i>riiiee de Coudé, le vigilant Turenne, » etc. (Bossiet, 
Oraison fnnèlire de Louis de Bourbon, prince de Condé : 
Œnrrcti ///oisics, l. IV, p. 4l>'2: Paris, Hachette, 1865.) 

'1. Mme DE SÉvic.NK, Lettre du '27 mars 1071 : Lettres, t. I. 
p. 'XH. (Paris, Didot, 1807; vol. in-18.) 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 257 

« de dedans la porte qu'il n'avait pas eu le loisir de 
« dépasser, ressortit sur-le-champ*... » 

« Telles sont les traditions de Tancien régime.... 

« Toutefois il y a deux exceptions.... L'une veut 
qu'on laisse le c/e, même sans prénom, qualification 
ou titre, absolument devant les noms d'une syllabe, 
et volontiers devant ceux de deux syllabes, dont la 
dernière est un e muet : « de Bruc, de Thou ont bien 
« écrit; j'ai vu de Sèze, de Rhodes, ou de Pêne ». 
C'est une solution due à l'euphonie'. Cette cause fait 
encore garder le de devant les noms qui commencent 
par une voyelle ou une h muette : « L'armoriai de 
« d'Hozier.... A moi d'Auvergne!... Je vois le fils de 
€ d'Orléans écrire comme Dumourier*. » 

Quant aux noms propres précédés de l'article le 
ou /a, ils se classent à la lettre L : 

Jean Le Maire se classera à Le MAmE (Jean) ; 

Jean de la Fontaine à La Fontaine (Jean de) ; 

Duc de la Rochefoucauld à La Rochefoucauld 
(duc de). 

Notons, en passant, la règle typographique' qui veut 

4. Saint-Simon, Mémoires, année 1706; t. III, p. 526. (Paris, 
Hachette, 1865; 13 vol. in-18.) 

2. RoBESPiERHE, Séancc de la Convention, 10 avril 1795, 
Moniteur. — Louis Vian, la Particule nobiliaire^ pp. 61-64. 
(Paris, Dentu, s. d.; in-16.) 

5. Règle la plus généralement admise : cf. Daupeley- 
Gouverneur, le Compositeur et le Correcteur typographes, 
pp. 272-275; — l^^mile Leclerc, Nouveau Manuel complet de 
typographie, p. 133 ; — Règles typographiques adoptées dons 

LE MVÎIK. — T. IV. X'V 



--■ !^ 



•258 LK LIVRE. 

que rarti(rle simple prenne la majuscule quand il 
commence un nom de personne sans être précédé de 
la parlirulcM^' : La Fontaine, La Bruyère, La Roche- 
lonranliL Viclor I^e Clerc; et la minuscule, lorsqu'il 
rsl prrcrdé de celle particule : Jean de la Eonlainc, 
II» dur dt» la Hocliefoucauld, Mme de la Sablière. 

Mais on écrira : le Tasse, le Corrège, le Titien, TAré- 
lin. (»lc., av(»<* la minuscule à Tarticle, parce qu'ici 
Tarlicle ne* fait pas partie du nom, mais provient 
d'un nsat«^e de la langue italienne de placer ce le ou 
1(1 (Icvanl <*erlains noms ou surnoms*. Remarquez 

/r.s- jn(l'liciill(Hi!< <îe 1(1 lihruirie Hachette^ pp. 4Ô-44 ; — etc. 
Anirnslo Tassis {(iuidc du correcteur, pp. 51-52), qui suit et 
r«M'()min;m<le rorlhogrniilic du DicHoanaire de V Académie, 
ocril : la Foiilaine, la liochefoucauld, la Sahlière, etc., aussi 
l)itMi (pie : .loan do la l'^oiitaine, duc de la Rochefoucauld, 
Mme de la Sahlière, etc., toujours avec une minuscule à 
l'article. Celle ortho^naplie « n'est autre, dit-il, que celle qui 
élait en nsai^^e au xvir siècle, cest-à-dire à une époque où 
vivaieiil... la Fontaine, la Hochefoucauld, etc.Si l'on consulte 
les édilionsrrançaisesini])riniéesun siècle plus tard, on trouve 
encore la nièiiie invariahililé d'orthographe. Ainsi, dans le 
DicliontKiirciiii Morèri.lTM). comme dans les Lettres de Mme de 
Séviiiné, 1775, on trouve : la Baume le Blanc de la Vallière..., 
la Fontaine, la Bruyère, la Rochefoucauld..., du Gange, et cent 
autres noms. -M. Léopold Delisle [Instr^uctions élémentaires 
et terh)ii(jnes paur la mise et le i)i((i)itien en ordre des livres d'une 
hihludhè(fHe, pp. '2i, 01 et 56) écrit : La Fontaine et M. de La 
Fontaine; .1. de La Barre, etc., avec la majuscule à l'article. 
M. Alhert Maihe {op. cit., pp. 128-129) écrit : Jean de La 
Fontaine, E. de la Barrc-l)nparc(i, et La Barre-Duparcq 
(F. de). Le Minihy de la Villehervé, etc., c'est-à-dire qu*il 
met tantôt une majuscule tantôt une minuscule à l'article. 
1. Mais jamais devant un prénom : ne dites donc pas le 



CATALOGUES KT CLASSIFICATION. 259 

d'ailleurs que l'on dit ; le pinceau du Tilien, et non 
de Le Titien; la palette du Gorrège, et non de Le 
Corrige; etc.; tandis qu'on dit : l'art de Le Nôtre, 
et non du Nôtre; les calculs de Le Verrier, et non 
du Verrier; elc. 

On écrit de même : Louis le Gros, Philippe le 
Hardi, Gliarles le Simple, etc., avec 1'/ minuscule*, 
parce que ces mois le Gros, le Hardi, le Simple, etc., 
ne sont pas des noms, mais des surnoms. 

Pas plus qu'on ne dit : le pinceau de le Titien, 
de le Gorrège, etc., on ne dit : aller à le Havre, venir 
de le Mans, etc. ; mais aller au Havre, venir du 
Mans, etc. On écrira donc de môme, avec 1'/ minus- 
cule : le Havre, le Mans, la Rochelle*, etc., et si des 
fiches portaient ces noms comme mois d'ordre, elles 
se classeraient à Havre, Mans, Rochelle, etc. G'est, 
du reste, à ce rang, — ce qui confirme bien la 



Dante, mais Dante, ou bien l'Alighieri ; Dante n'est que l'ahré- 
viatif de Durante, pi-énom du grand poète, dont le nom de 
famille était Alighleri. (Cf. Larousse, op. cit., art. Dante.) 

t. Et sans trait d'union : « C'est à tort que quehjues cor- 
recteurs écrivent ces noms avec le trait d'union : Louis-le- 
Gros, Philip[)e-le-llaidi, elc. >• (Daupeley-Gouvehneur, op. 
rit., p. 275.) Cf. aussi Auguste Tassis, op. cit., p. 40. Mais si 
ces noms désignent des voies, places ou monuments, ils 
prennent des traits d'union : la rue Louis-le-Grand, la tour 
Jean-sans-Peur, etc. (Cf. Emile Leclerc. op. cit., p. 150.) 
Nous reviendrons d'ailleurs bientôt (p. 208, n. i) sui* celle 
question. 

2. Cf. Daui»kley-Goi:vernkur, op. cit., p. 272; et Emile 
l.F.CLKRf:, op. cit., p. 155. 



2*>U LE LIVRE. 

rè^lt' siisônoncée. — c'est à Havre (le), à Mans (le), 
à HociiKLLK (la), etc., que se trouvent les articles 
\r Havre, le Mans, la Rochelle, etc., dans la plu- 
part de nos dictionnaires et encyclopédies, dans ceux 
notammtMit <|ui sont les mieux désignés pour faire 
autorilt'* sur ce point, dans le Dictionnaire des Postes 
*'i /A'.s TrU'yrophes et dans le Dictionnaire géogra- 
ph'uiw et (f'Iministi^tif de la France de Paul Jeanne, 
par exemple, dans le Grand Dictionnaire de Larousse, 
dans le Dictionnaire des mots et des choses de Larive 
et Fleiirv, etc. 

Ajoutons que, si Ton avait à classer deux fiches, 
Iniit» au nom de LaBédoyère, en deux mots, l'autre 
au nom de Labédoyère, en un mot, c'est celle-ci 
qu'on devrait placer la première. 

Vax résumé : 

1'^ L'article qui précède un nom de personne, s'il 
est précédé lui-même de la particule t/e, ne prend 
pas la majuscule, pas plus que cette particule; 

'> L'article qui précède un nom de personne et qui 
n'est pas précédé de la particule de prend la ma- 
juscule; 

»> L'article qui précède un nom de lieu ne prend 
jamais la majuscule'. 

Arrivons aux noms propres précédés de la parti- 
cule du ou des. 

Ces noms se classent à la lettre D : 

1. Cf. Daupeley-Gouverneur, 0^. cil,, p. 274. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 261 

Joachîm du Bellay se classera à Du Bellay (Joa- 
chim) ; 

Jacques des Barreaux à Des Barreaux (Jacques). 

Du étant employé pour de le, des pour de les, il a 
été admis que c'est cet article contracté, qui, comme 
tout à l'heure l'article simple (Jean de la Fontaine 
classé à La Fontaine; duc de la Rochefoucauld, 
à La Rochefoucauld), devait déterminer le classe- 
ment. 

Il y a des typographes qui mettent môme ici volon- 
tiers une majuscule à la particule nobiliaire, écrivent 
Joachim Du Bellay, Jacques Des Barreaux, Guil- 
laume Du Vair, Pierre Du Puy, Charles Du Gange, 
le Père Du Gerceau, Mme Du Barry, Maxime Du 
Gamp, etc., comme s'ils supposaient ou voulaient 
faire entendre que la véritable orthographe du nom 
est Dubellay, Desbarreaux, Duvair, Dupuy, Ducange, 
Ducerceau, Dubarry, Ducamp, etc. 

D'autres imprimeurs, jugeant disgracieux l'aspect 
de deux de identiques placés l'un à la suite de l'autre, 
mettent de même une majuscule au second : les 
lettres de De Thou, la bibliothèque de De Sèzc, etc. 

Il est évident que si Ton pouvait remplacer toutes 
ces minuties et ces chinoiseries, — que j'emprunte, 
d'ailleurs, aux traités de typographie les plus auto- 
risés, aux meilleures marches d'imprimerie, — par 
une règle simple et uniforme, on éviterait bien 
des incertitudes, bien des contradictions et des 



•2*\'l 



LE LIVRE. 



iih«i|irnMïr<»<. Si, par «'xoinplr, on (lcci<lnit que « les 
nom< propres «loivenl se classer toujours à leurrang 
alphaiiélicpie, alt.^trfirtion faite do tout article^ de cfe 
au<si bien «jue de /e, de dt^ hf^ du et des^ » on ren- 
drait à roiioinasliqueei àronoinalologie (ovofjia, nom: 
srinire des noms propres, et science des classifica- 
\'u\\\< nominales), à la lexicologie cl à la bibliogra- 
l»lii(\ III) sifi^nalé service. Ainsi, de même que Ton 
(•l:i«^sr Joseph de Maistre à MAisTUE,Mmede Sévigné 
il Si:\ m;m-:. on classerait Jean Le Maire à Maire, 
Jc;m de la Konlaine à Fontaine, duc de la Roche- 
r< menu 1(1 à HocnEFoiCALLD, Joachim du Bellav à 
Tu 1 1 \\. JjM(|ues des Barreaux à Barreaux, et Ton 
nr Ncrrail pas de e(»s anomalies : Henri de Verdier 
rl.ïvvc' à \'i:ui)ii:n (llcMiri de), et Henri du Verdier 
<l;»<s<'' à l)i; Vi:i{i)iER (Henri)*. 



i 



I. Sur <olh' «'piiKMiso ol pointilleuse question de la parli- 
rulo n(»l)ili.nie, voir un arlicle de ]\L Kmile Fapruet, origi- 
n.'uiM'iiMMit p.ii'u d.uis le .tournai des Déhats, 14 juin 1005, et 
i'Opr(nluil dan?^ VlnlcrtiuhHnire des cherrhetirs et curieu.t, 
^20 juin lîMC), aA. 8î)S-iM)0. M. Kinilo Faguet me semble décla- 
rer, en résumé, qu'il no roronnaît aucune des règles ci- 
dessus menli(Muu'»es (« Dieu sait si je m'en mo(|ue!... C'est 
absolument comme vous voudn'z.... »• Etc.) Celle belle insou- 
ciance serait évidemment le parti le jilus conmiod<\ voire 
le plus sage; malheureuscmenl, loisqu'on a un catalogue 
à établir ou un dictionnaire à i)rcparer, il faut bien, il faut 
(ihsuhinient être fixé; on ne [)eut laisser au bon Dieu, |»as 
plus qu'au bon j)laisir, le soin de ranger les mots: // faut une 
raétbode, une règle, qui indi(|ue à quel endroit, à quelle 
lettre, vous placerez les articles La Rochefoucauld, du 
Bellay, du Barlas, des Essarts, etc. 



'^f , ' 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 263 

Les mômes singularités et conlradictions se 
retrouvent avec les particules étrangères : l'on, zum^ 
3ÎO' (allemand); — i'«n, len^ ter, de (hollandais); — (/c, 
(/«, (//, (fclla^ ilalla, degli^ etc. (italien); — fia (espa- 
gnol); — de^ da (portugais); — o\ wc, mac (irlandais 
et écossais); — etc. Von se rejette toujours après 
le nom : Mlller (Johann von); Sickel (Theodor 
von)'. Il en est de môme des particules italiennes : 
Amicis (Edmondo de), Vecchio (Alberto del), Cambio 
(Arnolfo del ou di), Avanzi (Jacopo degli)*; — et de 
la particule espagnole : OLAVARRiA(Marcialde). IVhris 
on écrit'» : Zum Bach (Karl. Ad.t),ZrR Hellen(D. A.); 
— Van Praet (J.-B.-B.^'), Van den Bergh (J.), Ten 
Brinck, De Dene (Ed.)*'; — Da Cinha (Pedro); — 

I. (^f. Lôopold Dklisle, oy>. ^i7.,p. 1%\ cl Albert Maire, op. 
cit., p. 129. 

1. Minenui, Jalirhurfi der (jelehrten WcU, 1904-1905 (pj). 549, 
âj'i,...), écrit toujours, dans ce cas, la particule italienne 
avec une majuscule : Alherto Del Vecchio. Francesco De 
Sarlo, I\icranlo Dalla Voila, etc. Le dictionnaire italien de 
Pctrocclu (Milano, lYatolli Trêves, 1902) et celui de Buttura 
et Hcnzi (2" édit., Paris, Baudry, 1861) emploient toujours 
ou ])res(|ue toujours la minuscule. 

5, ("f. Léopold Dklislk, ibùL, el Albert M.\ire, ihkL 

4. Les prénoms étraniîors ou leurs initiales ne se Joignent 
pas j>ar des traits d'union. 

T). Van Praet (bibli<>gra[)he) était naturalisé Français, c'est 
un auteur français : voilà pourquoi les initiales de ses 
prénoms sont accompairnées de traits d'union. 

()• Les Hollandais el les Flamands écrivent d'ordinaire De, 
Tkn, Teh, Van. Von. avec mu\ initiale majuscule : le peintre 
Paul De Vos. Van Dyck. et<:.(Cf. A.-J. Wauters, la Peintvve 
flamande^ p. 274 et passini.) 



264 LE LIVRE. 

O'Brien (Mallhcw), Mac-Kain (D.), Mac-Laurin (C), 
Mc-Chady, (J.) M'Chaw (W.)* ; — etc. 

D'autres bibliographes classent, au contraire, van 
Aolbroeck à Aelbroeck (van), van Praet à PRAET(van) 
et mOme von Schlcgel à Schlegel (von)', etc.; ce 
qui devrait bien, encore une fois, être la règle géné- 
rale et formelle : classer tous les noms propres selon 
r ordre alphabétique, abstraction faite de tout article. 

Ajoutons que, dans les noms allemands, les voyelles 
surmontées d'un Iréma «, o, w, sont considérées 

I. En Angleterre et en Amérique, on écrit généralement en 
un mot Mackain, Maclaurin, etc., comme Mackenzie, Mac- 
tlon.ïld, Macnulay, etc. (Cf. the Enayclopœdia britannica.) 

'2. Ainsi M. Jules (Voisin (De C organisation et de Vadminis- 
Inttiun (les itihliothèi^ues publiques et privées, p. 44) écrit Van 
MoNs (avec un V majuscule) et place ce nom à la lettre V; 
et van Aeliuîoeck et von Sciilegel (avec des v minus- 
cules), qu'il place respectivement aux lettres A et S. Il écrit 
de mônio De Bry (avec un D majuscule : pourquoi?), et 
classe ce nom à la lettre D, tandis que de Bris, de Bar, etc., 
se classent fi Bris (de), Bar (de), etc. M. E.-D. Grand {la 
Grande Encyclopédie, art. Bibliographie, t. VI, p. 615) est 
d'avis que « la particule néerlandaise van, analogue au von 
allemand, doit être rejetée après le nom : par une anomalie 
singulière, elle est classée avant le nom, d'après les règles 
de la Bibliothèque nationale, qui porte, par exemple, [van 
Praet] à Van Praet, au lieu de Praet (van) ». A propos du 
classement alphabétique des noms d'auteurs, le docteur 
Graesel déclare très justement {op. cit., p. 247) : « C'est là 
une source de discussions infinies, et le nombre des cas 
douteux qui peuvent se présenter est tellement considéVable 
qu'il nous serait impossible de les examiner tous, même 
superficiellement, sans donner à ce chapitre une étendue 
démesurée, et sans risquer de nous perdre dans des détails 
par trop minutieux. » 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 265 

comme l'équivalent de œ^ œ, ue; de sorte que les 
noms Hàhel, Lôwenfeld, Dummler seront placés 
comme s'ils étaient écrits : Haenel, Lcewenfeld, 
DuEMMLER. C'est même sous ces dernières formes, 
conseille M. Léopold Delisle *, qu'il sera bon d'inscrire 
ces noms au sommet des fiches. 






Si un nom est composé de plusieurs mots, c'est 
généralement le premier mot qui est le mot d'ordre*. 
On écrira donc, et l'on effectuera le classement en 
conséquence : 

Arnauld d'Andilly, et non Andilly (Arnauld d') ; 

Lenain de Tillemont, et non Tillemont (Lenain de) ; 

Malte-Bruin, et non Brun (Malte-); 

Barbey d'Aurevilly, et non Aurevilly (Barbey d'). 

De môme, comte d'Houdetot de la Live de Belle- 
garde se classera à Houdetot (de la Live de Belle- 
garde, comte d'). 

1. Op. cit. y p. 24. 

2. Contrairement à cette règle et cet usage, le Père A. 
PouRCELET (op. rit,, p. 29) déclare que, « quand un auteur a 
deux noms de famille, on traite le premier comme un 
simple prénom ou nom de baptême. Ainsi Guyard de Ber- 
ville s'inscrira Berville (Guyard de) ». Il conseille toutefois 
de placer une carte ou fiche de renvoi à Guvard (Guyard 
de Berville ; voir Berville). La plupart des bibliographes, 
et les plus autorisés (Léopold Delisle, op. cit.j p. 28; — 
Albert Maire, op. cit., pp. 127-128; — etc.), sont d'un avis 
contraire et classent Guyard de Berville à Guyard. 



'. ■ ï ■ 



266 LK LIVRE. 

(Irpt'uilaiil Poqm*liii de Molière, François de Sali- 
f,nia<*(lola Mol lie-Fénelon*,Aroueldc Voltaire, Charles 
(le Secondât de Montesqnieu, Caron de Beaumar- 
chais, etc., se classent à Molière, Fénelon, Vol- 
TAini:, Montesquieu, Beaumarchais, etc., parce que 
•ces noms, universellement connus, s'imposent 
comme mots d'ordre; et les fiches seront rédigées 
sous celle forme : Molière (Poquelin de), Fénelon 
(FraïKjois de Salignac de la Mothe-), etc. 

Les femmes auteurs sont désignées par le nom 
sous lequel elles ont publié leurs ouvrages : 

Dacikr (Aune Lefèvre, femme d'André); 

Si-viGNi': (Marie de Rabutin-Chantal, marquise de); 

Stmôl (iermaine Necker, baronne de)'; 

Sand ((ieorge — ; pseudonyme d'Aurore Dupin, 
baronne Du(levant). 

Lorscjue plusieurs auteurs portent le môme nom, 
on l(*s classe d'après leurs prénoms : Corneille 
(Pierre) avant Corneille (Thomas). 

Si les prénoms sont les mêmes pour plusieurs 
homonymes, les (jualités, grades ou professions, 
joints à ces noms par les auteurs eux-mêmes, ou 
ajoutés exeeplionnellement par vous, détermineront 

1. On micMix : « Traiirois i\o. Sohifindc de la Mollic-Féiielon ». 
(Guslavo I.ANSON, Histoire de Id fitlcmlKre française, p. OOi, 
noie 1.) 

2. C'est par une singulière inadvertance que M. Albert 
Mauik (op. rit., p. 130) considère les noms de Skvigné et de 
Staï^l comme des pseadonymes. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 267 

le classemenl. Dumas (Alexandre) fils se classera 
alphabétiquement avant Dumas (Alexandre) père*; 
Martin (Henri), archiviste paléographe, conservateur 
à la bibliothèque de FArsenal, avant Martin (Henri), 
historien^ membre de l'Académie française ; et ce der- 
nier avant Martin (Henri), professeur^ membre de 
l'Académie des inscriptions *. 

Les homonymes dont les prénoms seraient incon- 
nus se classeraient par ordre chronologique. 

Certains personnages, tels que les princes souve- 
rains, les papes, divers prélats et écrivains, etc., 
n'ont point, à proprement parler, de noms de famille, 
et ne sont communément désignés que par leurs 
prénoms : c'est ce prénom qui sera le mot d'ordre, 
« et l'on distinguera, dit M. Léopold Delisle'% les 

1. Quelques bibliographes n'hésitent i>ns à préférer ici 
l'ordre chronologique à l'ordre alphal)éti(|ue. 

'2. Cf. Léopold Delisle, op. cit.. p. 22. 11 est à remarquer 
que le ('atalogue qénéral de la librairie française <J'Otlo 
LoiŒNZ et 1). JoRDELL (L XII, p. 094, et t. XV, p. 518) écrit 
avec un y le prénom de M. Henry Martin, l'archiviste paléo- 
graphe, aujourd'hui administrateur de la bibliothèque de 
l'Arsenal, ce qui, à l'égard de cet érudit écrivain, tranche la 
difficulté, Henry se classant ai)rès Henri. Mais il faut obser- 
ver aussi ([ue la véritable orthographe de ce prénom est 
Henri, avec un /, comme le donne M. Léopold Delisle, et de 
même (fu'on écrit Henriette et uoq Henryette. Henry, avec 
un //, est une forme archaupie ou fanlaisisle. 

3. Instructions élémentaires et tec/initjues pour la mise et le 
mnintien en ordre des livres d\uie hihliothèijue, ]). 22. (Lille. 
Danel, 1890: in-8, 76 pp.) Cet opuscule, auquel nous venons 
encore d'avoir recours, est un des meiileiu'S guides qu'on 
puisse consulter sur la question qui nous occupe, et nous 



268 LE LIVRB. 

homonymes par le nom des Élals qu'ils ont gou- 
vernés, des églises qu'ils ont administrées, des locai- 
lités dont ils sont originaires. Dans la série des 
homonymes, les saints passent au premier rang. Les 
papes viennent à la place que Tordre alphabétique 
assigne au mot pape. » Exemples : 

('.iiAKLEs VIII, roi de F}^nce.... 

CiiARi.ES, duciï Orléans.,.. 

Paul (saint). 

Paii. Diacre, 

Paul dÈf/ine. 

Pai'l 111, pape. 

Paul I, empereur de Russie. 

Philippe, abbé de Bonne-Espérance, 

Philippe le Bon, duc de Bourgogne, 

Philippe II, roi d'Espagne. 

Pm LIPPE 111, roi de France. 

Philippe de Thessa Ionique. 

« Pour les personnages qualifiés de saints ou de 
hienlieureiu\ les mots saint et bienheureux doivent 
être mis de côté, tandis que ces mots font partie inté- 
grante <les noms de lieu ou d'institution dans la 
composition desquels ils sont entrés*. » On écrira 
donc : 

le suivons ici presque mot à motet pas à pas. Voir aussi Vin- 
alruction générale rclnlive au service des bibliol/iâquea uuiversi- 
taireu, du 4 mai 1878, ap. Albert Maire, op. rit., pp. 425- UO. 
1. Léopold Delisle, op. rit., pape 24. Cl'esl à tort que 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 269 

Benoît (saint), Règle..,, 

Louis (saint), Enseignements..,» 

Mais on mettra à la lettre S les articles : 

SAiNT-BENOiT-sur-Loire (Abbaye de).... 
Saint-Louis (Ordre de).... 
SAiNT-Louis-des-Français, à Rome (Église de).... 

On classera aussi < à la lettre S les noms d'hom- 



M. Albert Maire {op. cil. y p. 129) dit qu' « on peut adopter 
deux méthodes pour les noms de saints », et classer indiffé- 
remment saint Paul, par exemple, à Paul (saint) ou à Saint 
Paul. En suivant ce dernier mode, saint Simon, apôtre, 
classé à Saint Simon, se confondrait (à part le trait d'union) 
avec Saint-Simon, historien; saint Victor, martyr, classé 
à Saint Victor, se confondrait avec Saint-Victor, littérateur 
et critique; saint Martin, évêque de Tours, avec Saint- 
Martin, orientaliste ; etc. Rappelons d'ailleurs ici ces deux 
règles typographiques : 1" « Les mots saint et sainte ne 
prennent ni majuscule ni trait d'union quand ils se rap- 
portent aux personnages eux-mêmes ; » 2® « Les noms com- 
posés qui désignent des pays, des villes, des rues, des 
églises, etc., prennent des traits d'union entre tous leurs 
mots ». Ainsi on écrit : le martyre de saint Pierre, et l'église 
Saint-Pierre; le supplice de sainte Catherine, et les tours de 
Saint-Sulpice ; les villes de Saint- Valery-sur-Somme et de 
Bar-le-Duc ; l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, la rue 
Vieille-du-Temple, l'église de Saint-Louis-des-Français, etc. 
Cf. supra, p. 259, n. 1.) Seuls, et seulement d'après certaines 
marches typographiques, les noms composés étrangers font 
exception : New York, San Francisco, Civita Vecchia, etc. 
(Cf. Emile Leclerc, op. cit.^ pp. 134, 136 et 149-150; —Auguste 
Tassis, op. cit., pp. 42-45; — Desormes, Notions de typogra- 
pldCj p. 309; — Règles typographiques adoptées dans les publia 
entions de la librairie Hachette, pp. 35-56; — etc.) 



i 



'27U LE LIVRE. 

mes tirés d'un nom dans Jequel le mol iSalnt entre 
comme partie intégrante ' ». Exemples : 

Saint-Foix (G. -F. de), E.<!<ai!< historiqfœs sur 

Smnt-Pikiuu: (Bernardin de'), Paul et Virginie..,. 
Sai.nt-Vicïou (Paul de), Hommes et Dieux... 

1. LrojM>I(i Dklisle, o;>. cit. y p. 25. Jal, dans son Dictùm- 
ntiirr critii^ue fie. hiofjraphie et dliistoire, a eu la fâcheuse idée 
de niellre Jean-Bon Saint-André à André, Saint-Simon à 
Simon, t'U*. Sainte-Beuve, qu*il avait, en conséquence, mis à 
1H:( VE, dans la première édition, et dont le nom a disparu 
dans la seconde (1872), a vivement reproché à l*auteur ce 
l'iasscnionl l)aroquc : « Vous coupez les noms propres arld- 
Irniromenl ot en dépit de la raison », lui écrit-il. (Lettre du 
''l't mars ISC)" : Cinrespinid/inrr, t. II, p. 150.) Sur Jal et Sainte- 
Beuve, cf. .s////)vi, p. 2, note 4. 

'2. Beaucoup d'écrivains considérant ici Bernardin, non 
côimne nom de haptc^me, mais comme nom de famille, 
écrivent : Br.HNAnniN de SAiNT-Pinm^E, et classent par con- 
s<M[iicnt ce nom à la lettre B : cf. Sainte-Beuve, Causeries 
(Itf imidi. tome dernier. Table générale et analytique, art. 
Bcrn.'U'clin d<' Saint-Pierre: Laroisse, o;). cit., art. Bernardin 
<lc Sailli Pierre: etc. — Ouoique, comme il vient d'être dit. 
rarlicle sur Bernardin de Saint-Pierre soit classé à Beu- 
NAHDiN dans la Table générale et analytique des Cause- 
vic.<i du lundi, P<n'lvails de femmes, etc., table due à M. Ch. 
Pierrot, nous trouvons, dans les Causeries du hmdi mêmes, 
les renseignements suivants : « ... Si on lui donne, en lui 
écrivant (à Bernardin de Saint-Pierre), son prénom de Ber- 
nardin à coté du non) de Saint-Pierre, il s'en formalise éga- 
lement : « M. Panckoucke, dit-il en un endroit, est le pre- 
« mier de tous les hommes et le seul qui m'ait appelé 
« Bernardin. » (Saintk-Bei vk, op. cit., t. VI, p. 450.) «J'avais 
cru, comme tout le mon<le, que votre nom de famille était 
Bernardin. »(M. Hennin, lettre à Bernardin de Saint-Pierre, 
ap. iD.. Qp. cil. y p. 455.) « M. de Saint-Pierre, l'auteur de 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 271 

Pour les auteurs dont on possède des exemplaires 
des œuvres complètes, des œuvres choisies et d'ou- 
vrages s(^parés, on classe en premier lieu la fiche 
relative aux œuvres complètes, inscrites dans Tordre 
chronologique des éditions * ; puis la fiche concernant 
les œuvres choisies, rédigée de môme ; les fiches 
relatives aux ouvrages publiés séparément viennent 
après, rangées par ordre alphabétique des titres-. 
Exemples : 

CnATEAUBRiA>D, Œffvres complètes,,,.' 
Chateaubriand, Œuvres cJioisies,,.. 
Chateaubriand, Atala..,. 

Chateaubriand, Marlyn^, (les) ou les Martfp'.'i.,., 
Chateaubriand, Natchez (te) ou les Natchez.... 

Si un auteur a publié plusieurs de ses ouvrages 
sous des noms difîérents, on rédige la fiche complète 
ou fiche principale avec, pour mot d'ordre, le nom 
généralement le plus connu, et Ton met à chaque 
autre nom une fiche de rappel ou de renvoi. Ainsi 
Voltaire (qui est déjà un pseudonyme et représente 

Paul et Virginie, portait comme noms de baptême Jacques - 
llenri-13ernardln...; il signait : De Saint-Pierre. » {Vlnlcrmé- 
diiiive dea chercheurs et curieux, H) juillet lOO'i. col. 29-30.) Il 
résulte de ces documents <iue c'est bien à Saint-I^ieiuîe, et 
non à Bernardin. (piMI faut classer Bernardin de Saint-Pierre. 

1. Pour In rédaction détaillée d'une fiche relative aux 
œuvres comi)lèles,cf. iufra, pp. 295 et suiv. 

2. Cf. Constantin, o;>. ci7.,p. 125; et Léopold Delisli:, op. 
cit., p. 51. 



. . ^^ -^. 



272 



LE LIVRE. 



Arouet)a signé ses écrits de cen/ soixante noms diffé- 
rents*. Vous cataloguerez toutes ces publications à 
VoLTAiHE sous Cette forme : 



^<:oU' du catalogue 
méthodique.) 



VOLTAIRE [François-Marie Arouet deJ. 
[Docteur Ralph]. 

Candide ou rOplimisme, roman traduit de Talle- 
mand du docteur Ralph.... 

(N- 
du registre 
d'enlrée.) 



(Cote du catalogue 
méthodiciue.) 



VOLTAIRE [François-Marie Arouet de]. 
[Docteur Akakia]. 

Diatribe du docteur Akakia 

(N" 
du registre 
d'entrée.) 

1. On en trouve la liste dans Larousse, op. cit., art. Pseu- 
donyme. Voir aussi J.-M. Qlérard, ta France littéraire, t. X, 
art. Voltaire, pp. 437-439. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 273 

Et vous mettrez à Ralph (docteur) et à Akakia 
(docteur) uiie fiche de renvoi : 

RALPH (docteur). 
Voir Voltaire. 

Vous pouvez, mais ce nVst pas indispensable, 
ajouter, à l'angle gauche supérieur de la fiche de 
renvoi, la cote du catalogue méthodique inscrite 
sur la fiche principale, le plus valant mieux que le 
moins. 

Les premières éditions des ProvincAales de Pascal 
ont paru sous le nom de Louis de Montalte ; vous 
cataloguerez de la sorte un exemplaire d'une de ces 
premières éditions : 

PASCAL (Biaise). |Montalte (F^ouis i)e)|. 

JL^'s* Provinciales on le^ J.nUrps êcrilos par Louis de 
MonfaUe à un provincial de ses amis, et auxRli. PP, 
Jésiciles^ 9'' édit. 

Cologne, Nicolas Schonto, 1685. In-l'i. Rel. v. 

Et à Montalte vous placerez une fiche de renvoi : 

MONTALTE (Louis de). 
Voir Pascal (Biaise). 

Quelques bibliographes font l'inverse, placent la 
fiche principale au nom porté sur le titre, soit à Mon- 
talte dans le dernier exemple, et la fiche de renvoi 

LK LIVHE. — T. IV. V^ 



274 LE LIVRE. 

à Pascal: mais la plupart sont d'un avis contraire 
ri cslimonl qu'il faut prendre comme mot d'ordre le 
vrai nom ou le nom le plus connu. « C'est cette der- 
nière manière de faire qui a été en général suivie, et 
avec raison selon nous, dit le docteur GraeseP, 
parce» qu'elle est plus conforme à ce grand principe 
qui veut que tous les ouvrages d'un même auteur 
soient autant que possible réunissons son vrai nom', 
qu'ils aient paru sous ce vrai nom, sous un nom sup- 
pose, ou môme sous le voile de l'anonymat. • 

De môniOj s'il s'agit d'un nom traduit, d'une mé- 
lonoraasie : — Mélancuthon, traduction grecque de 
rallemand Schwarzerd (ou Schwartzerde) , terre 
noire; ( Hv'.oi.ampade, traduction grecque de l'allemand 
llausschein, lumière de la maison; Quercetanus, 
Iradiiclion latine (lu fran(;ais Duchesne ; Castella- 
NUS, traduction latine du français Duchâtel ; etc., — 
il faut prendre pour mot d'ordre le nom traduit, qui 
est le seul connu, le seul inscrit sur les titres des 
œuvres, et Ton mettra, si l'on veut, au nom véritable 
et qui ne figure sur aucune œuvre, une fiche de ren- 
voi. Contrairement à cette règle si rationnelle, la 
Bibliothèque nationale porte toujours l'auteur à son 
nom véritable^ : c'est comme si, dans un diction- 

1. Op. cit., p. 237. 

2. Son vrai nom littéraire : Vol taire, par exemple, et non 
Arouet; George Sand, et non Aurore Dupin ou baronne 
Dudevant; Champfleury, et non Fleury; etc. (A. G.) 

3. Gf. E.'D. Grand, la Grande lynn/clopcdie, avU Bibliogra- 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 275 

naîre biographique, il fallait chercher Mélanchthon à 
ScHWARZERD, OU OËcolampade à Hausschein, et, pour 
cela, d'abord se rappeler — ou plutôt savoir, savoir 
précisément ce que Ton cherche, — les vrais noms 
de Mélanchthon et d'OËcolampade. Ajoutons que 
c'est aux dictionnaires, à vrai dire, et non aux fiches 
de catalogues, à donner ces renseignements d'état 
civil et d'histoire littéraire. 

Pour les ouvrages faits en collaboration, vous 
rédigez une fiche complète ou fiche principale, que 
vous classez au nom du premier des auteurs, et des 
liches de renvoi au nom de l'autre ou des autres. 

phie, t. VI, p. 615, col. 2. — Voici ce que dit à ce sujet M. Léo- 
pold Delisle, administrateur général honoraire de la Biblio- 
thèque nationale (op. cit. y p. 23) : « Autant que possible les 
noms des auteurs doivent être relevés suivant la forme que 
ces noms affectent dans la langue maternelle des auteurs. 
Ainsi les ouvrages d'André Duchesne, de Henri Estienne et 
de Denis Godefroy seront mis sous les rubriques Duchesne, 
Estienne, Godefroy, et non sous les rubriques Querceta- 
NL's, Stephanls, Gothofredus. » Nombre de bibliographes 
repoussent, et avec raison selon nous, ce système de trans- 
cription et de classification. « Il serait absurde et contraire 
à tous les usages de cataloguer les ouvrages de Mélanchthon 
sous le nom inconnu de Schwarzerd, * écrit le docteur 
Graesel, op. cit., pp. 239-240. Le plus rationnel et le plus 
simple, encore une fois, nous semble de toujours s'en tenir 
au texte de la page de titre du livre, quitte à ajouter entre 
crochets sur la fiche le vrai nom à la suite du faux nom : 
VOLTAIRE [François-Marie Arouet] ou JFrançois-Marie 
Arouet de]; Mélanchthon [Philippe Schwarzerd] ; SAND 
(George) [Armandine-Lucile-Aurore Dupin, baronne Du de- 
vant]; etc. 



Ex.,,,,,1,.: 



Fiche principale : 



ALKXANbUE. PLANCHE el DEFAUCONPRET. 

Diclinnntiiii- français-grec, composé sur le plan 
(les int'ill(<ur:4 dictionnaires Français-IaliDS, et enrichi 
trnnc table des noms irréguliers, d'une table très 
roiii|>li'te (les verbes irréguliers ou difficiles, el 
tl'iiit vui'iibiilaire des noms propres. 

l'.ii'is. niiclirtlc, Ifttig. In-K. Cari, toile. 



Première fiche de renvoi : 

PLANCHE. 

Voir Alexandre, Planche et Defauconpret. 



Deuxième fiche de renvoi : 

DEFAUCONPRET. 

Voir Alexandre, Planche el Dlfauconphet. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. "277 

Si VOUS avez affaire à un ouvrage traduit, vous 
rédigez de môme deux fiches, Tune — fiche complète 
ou principale — au nom de l'auteur, l'autre — fiche 
de renvoi — au nom du traducteur. Exemple : 



Fiche principale 



(Cote du catalogue 
méthodique.) 



HOFFMANN. 

(Umle:^ fantaslùjues^ trad. par X. Marmier. 

Paris, Charpentier, 1S60. In IS. Br. 

(N" 
du res^istre 
d'entrée.) 



Fiche de renvoi : 

MARMIER (X.) 
Voir Hoffmann. 

De mc^me, les faclums et pièces de procédure sont 
portés au premier nom insoi'it dans l'énoncé du titre 
(demandeur ou défendeur), avec renvois au nom de 
la partie adverse, des avocats, etc. Exemple : 



278 LE UVRE. 

Mt'mvAre pour Claude Verney et Marguerite 
FoLi.Ev, sa femme, de la Chapelle^ terre de Ltioceuil^ 
fh'/endrurs nrit/inaire.% contre M, de Clermont* 
ToNNEiiHE, ttbb(* commendataire de Vahbaye de 
Lu.reuiL,, demandeur^ et Louis Montagnon, de Dam- 
lunioit, appelé dans la cause (au sujet du droit de 
l'ormariage ; 1786. In-4). 

La fiche principale doit être portée à Vèrney, et 
il faiil placer des fiches de renvoi aux autres noms^ 

11 est lin cas où la fiche de renvoi est particulière- 
ment ulile, c'est lorsqu'il s'agit d'un ouvrage de bio- 
graphie, ou d'une publication relative à la corres- 
pondance, aux mémoires, etc., d'un personnage 
célèbre. Soit le volume intitulé Champfleury inédit, 
par Paul Eudel (Paris, Bureaux de la « Gazette anec- 
(lolique », 11)0."). La première fiche devra, bien en- 
lendii, avoir pour mot d'ordre le nom de l'auteur : 
El DEL (Paul); mais c'est surtout la fiche de renvoi : 
« Ciiami»fij:ury, voir Eudel (Paul) », qui est destinée, 
dans l'espèce, c'est-à-dire pour une étude sur Champ- 
fleury, pour des recherches sur cet écrivain ou sur ses 
œuvres, à rendre service. De même, l'ouvrage tes Cœ*- 
respondants de J, Joubert, par Paul de Raynal (Paris, 
Calmann Lévy, 188")) : il est évident que, là encore, 
c'est la fiche de renvoi, placée à Joubert (J.), qui est 
de première importance. 

1. Cf. E.-D. Ghand, la Grande Encyclopédie^ art. Bibliogra- 
phie, t. VI, p. 017. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 279 

Po»r les ouvrages différents reliés ensemble, — • 
accouplement toujours fâcheux, comme nous Tavons 
expliqué*, — pour les recueilfi factices^ les fiches de 
renvoi s'imposent également. Supposons un exenw 
plaire de la Nouvelle Prosodie latine de Quicherat 
relié à la suite d'un exemplaire de la Grammaire 
latine de Lhomond. Au bas de la fiche de ce dernier 
ouvrage, nous ajoutons la mention: « Suivi de : 
QmcHEUAT^ Nouvelle Prosodie latine; Paris, Hachette, 
1880; in-16 »; et à Quicuerat nous ne manquons pas 
de placer une fiche de renvoi à Lhomond, Grammaire 
latine, ... 

Si, au lieu de deux ouvrages, nous en avions trois, 



i. Cf. supra, t. III, p. 354. Même pour des opuscules, des 
brochures ou plaquettes de quelques pages, il vaut mieux, 
encore une fois, des reliures distinctes. Afin de grossir ces 
plaquettes et d'aider à leur reliure, leur donner plus de lar- 
geur de dos, plus de consistance et de force, les relieurs 
y ajoutent souvent des feuillets de papier blanc, en nom- 
bre plus ou moins élevé, selon la minceur de la plaquette. 
Mais le plus simple, comme nous l'avons dit dans le cha- 
pitre de la Reliure (t. III, p. 355), ç,*esi de renfermer ensem- 
ble, dans une boîte ayant la forme d'un livre relié, les bro- 
chures traitant du môme sujet, de faire pousser au dos de 
ce livre fictif le titre de cette collection (Bibliographie, 
Esthétique, Imprimerie, etc.), et d'inscrire sur une étiquette 
collée au-dessous ou au-dessus de ce titre, — du moins 
pour les bibliothèques publiques, — les numéros ou cotes 
des brochures renfermées dans la hoUe-livre. Ces boîtes, 
dont il existe de nombreux spécimens, portent aussi les 
noms de boites-reliures, boîtes à dos de livre, volumes classeurs, 
cartons classeurs, etc. (Cf. Edouard Rouveyre, op. cit., t. IX, 
pp. 117 et ii8, et t. X, p. 117.) 



280 



LK LIVRE. 



i|unlro, cinq.... roliôs ensemble, c'est do même la 
firho du premier, la fiche de celui qui serait relié en 
lOlo, (|ui formerait la fiche principale, à laquelle se 
réforcraienl les autres. 



* 



Les fiches dos ouvrages anonymes se classent de 
phisieurs manières. On peut les grouper toutes 
(Miscndde, cl les classer, par ordre alphabétique de 
litres, au mot Anonyme ou en tête de la lettre A; — 
ou bien placer en tiMe de chaque lettre celles qui 
c(>iiuiienc(Mil par celle lettre ; — ou bien prendre 
|)our mol d'ordre le substantif principal du titre*: — 
ou encore |>ren<h*<' le premier substantif nominatif du 
lilr<' : c'est ce dernier système<|ue préconisent, sauf 
«picdcpics cas particuliers, MM. Léoj)old Delisle, Jules 
Cousin et GraeseP, et la plupart des bibliographes. 

I. C'(*sl lo coiif^cil donnô par Vlitstructian générale relative 
nu scfrirc (h\^ bibliot/u'tjnes iiiiirersitdires {np. Albert Maihe, 
4f/>. rit.j p. 4.'X) : « Si les ailleurs dV>iivrages ayant pour 
lilros : f^hhncnts d'tnintontie (}i CitUnredeahois sont inconnus, 
le promior de ros ouvroi^es sera catalogué à Anatomih, le 
second à Hois. • 

'2. Léopold l)Ki.isLi:,o;^ rit., pp.'i.'M'l suiv., et id.. Inlrodtn- 
litni au ratulof/iic (jénérni des livvrs imprimés de In Bihliu- 
thi'qm' nntitmnU', I. I. p. \.\\\\ — .îules (^.oi SIN, op. rif.^ p. 4*2 ; 
— (iii\ESEL. <>i>. rit., \). *2U. Cependant un volume dont les 
premiers mois du titre seraient : Département de la Seine, 
l'iUe (le /Vo'/'.v, Dirrrtion des Trnvtinj'. Xoles du Direrfetir à 
Cappni du Imdtfet de l'ej'errire\><Tl, se classera de préférence 
à Paius (Ville de); — Ministère du (lommerre. Lois et rcgfe- 
meitls sur... se classera à Lois; — elc.((lf. LéojKiId Delisli:, 



catawgues et classification. 281 
BOÎTES -LiVRES ou BOÎTES -RELJURES 




Reliure à fils (Grébiche) 



«I 



282 LE UVRE. 

Los explications fournies par le docleur Graesel à ce 
sujet sont très probantes et établissent bien la diffé- 
renco qui existe et doit toujours être maintenue entre 
les deux catalogues, Talphabétique et le méthodique. 

< En choississant, dit-il, comme mot dWdre, à 
Texclusion de tout autre, le mot qui indique le mieux 
quel est le sujet traité dans l'ouvrage, on arriverait 
proniptemont à confondre le catalogue alphabétique 
des noms d'auteurs avec le catalogue alphabétique 
dos matières (catalogue méthodique), bien qu'ils 
diffèrent l'un de Tautre du tout au tout.... Le cata- 
logue alphabétique (des noms d'auteurs) n'est pas 
fait pour (ju'on puisse y rechercher les livres dont on 
ne connaît que vaguement le titre, quand on ne Ta 
pas oublié tout à fait : dans ce cas, en effet, et pourvu 
qu'on se souvienne du sujet de l'ouvrage que l'on 
désire, il sera toujours possible de le retrouver au 
catalogue méthodique*. » 

Supposons un ouvrage anonyme intitulé Manuel 
de bibUoyraphie; le mot capital, le mot typique de ce 
titre est Bibliographie, et c'est à la lettre B qu'on 
est de prime abord tenté de classer la fiche. Mais, 
au lieu de ce litre très simple, supposez celui-ci : 
Manuel de bibliographie, bibliolechnie, typographie et 
reliure ; vous avez là quatre mots typiques, quatre 

Instructions élémentaires et techniques pour la mise et le main^ 
tien en ordre des livres d'une bibliothèque, p. 25.) 
1. GnAESEL, op, cit., pp. 244 et 240. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 283 

mois d*ordre par conséquent, etéquitablement il vous 
faudrait rédiger, pour votre catalogue alphabétique, 
quatre fiches complètes de classement. Au lieu de 
ces quatre fiches, on n'en fait qu'une en prenant 
le mot Manuel pour mot d'ordre de ce catalogue. 11 
va sans dire qu'au catalogue de matières, on classera 
la fiche complète dans la section de la Bibliographie, 
le mot Manuel servant encore de mot d'ordre alpha- 
bétique, et qu'on mettra des fiches de renvoi à Biblio- 

TECHNIE, TvPOGRAPmE et ReLIUBE. 

La détermination du mot d'ordre, fourni, non plus 
par le nom de l'auteur, mais par le titre de l'ouvrage, 
peut donner lieu à d'autres difficultés de classement. 
Où trouver, par exemple, le mot d'ordre dans ces 
titres de brochures ou de volumes : les Cent Nouvelles 
nouvelles^, la Grande Encyclopédie ^ C'est le secret de 
V histoire, D'après nature, S'ensuit le discours de.,., 
De Dijon à Brème, A mes amis les ouvriers, A Paris 
pendant le siège, A propos des égouts de Rennes, Une 
Vocation, Abrégé d'histoire de France, etc.? 

M. Léopold Delisle* résout ainsi cette difficulté : 
€ Pour le classement, il n'est tenu compte ni des 

1. Orthographe suivie par le bibliophile Jacob dans son 
édition des Cent Nouvelles nouvelles (Paris, Delahays, 1858; 
in-18). Nouvelles, avec un N majuscule, indique que ce mot 
est employé substantivement; celui qui vient ensuite, nou- 
velles, avec un petit n, est adjectif, le féminin pluriel de 
nouveau. 

2. Op. cit., pp. 31-52. 



. fi 



28^ LE LIVRE. 

nrlirlos siinpios (A», /a, /^s), ni des articles combinés 
av(M* la préposition de (du, de la, de les) ; mais on 
lient roniple delà préposition «, soit seule, soilcom- 
I)intM» avec les articles (ai/, à /a, attx), et de la pré- 
position de non suivie d'un article. On néglige les 
anciennes formules, telles que Ci commence... ou 
s'ensuit » 

Nous classerons donc dans cet ordre les titres 
précédents proposés comme exemple : 

-1 Iff mémoire de.... 

A moi^ amii^ les ouvrier. 

.\ Pffiis jtrudant le sirt/r, 

A iiritjujs drs rtjnuts dc ItcHHCii. 
Ahrryr d'hislnife dc Frwirc. 

( 'rut ( tt'x) Xouvellf'x )iouvclle>i ou CoU Nouvelles nou- 
ée/ 1rs (/rs). 

îfaprrs nature, 

Dr l)ijon f) Brème. 

Discours [s' ensuit le) du sirgo, et camp du.... 

Grande {la) Encyclopédie, ou Grande Encyclo- 
pédie [la). 

Secret de r/i'istoire (C'est le). 

Une Vocation. 

« On remarquera, ajoute M.LéopoId Delisle,que, 
dans ces exemples, l'ordre a été établi d'après la 
succession dos mois, et non d'après celle des lettres, 
c Vsl-à dire que le mot vi/>re^(^'... se trouve placé après 
tous les articles commençant par le mot A, tandis 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 285 

que, si Ton tenait compte de la succession des lettres, 
le litre : Abrégé dliktoire,., aurait été placé avant le 
litre A la mémoire de..,, t» 

On classerait pareillement, en prenant pour mot 
d'ordre le premier mot du titre, les ouvrages ano- 
nymes suivants : 

Ah! Seigneur! 

Cherchez la feiiDne. 

Chez les Indiens. 

En jouant, 

Haye {la) * et Amsterdam. 

La Fontaine^ et nos fabulistes. 

Mes amis et moi. 

Ni Dieu ni ma tire. 

mon Dieu! 

Saiîit-Qnentin'' et V Armée du X(n'd. 

Selon r Evangile, 

Il arrive fréquemment, pour les livres antérieurs 
au XIX** siècle, que le nom de Fauteur n'est pas indi- 
(jué sur le titre, mais se trouve soit au bas de la pré- 
face ou de l'épître dédicatoire, soit à la fin du volume, 
dans le privilège ou la permission d'imprimer. L'ou- 
vrage alors ne doit pas être considéré comme ano- 
nyme. Il faut inscrire sur la fiche le nom de l'auteur 
entre crochets et la classer à ce nom. 

i. Cï.sitpva. pp. 250-200. 
2. Cf. i<upra. p. 257. 
r>. Cf. fntpra, p. 200. 



286 JJS UVRE. 

Si le titre de Touvragene porte que les initiales du 
nom de Tauteur, tâcher d'abord de restituer ce nom 
dans son entier, et, si Ton y parvient, inscrire, encore 
entre erochets, ce nom ou sa partie manquante, à 
la suite des initiales, et classer en conséquence. 
Exemples : 

G. M. [klzi] : classer à Melzi; 

L.-E. J. [Louis-Ernest Jeandin] : classer à Jeandin. 

dioix de petits romans de différents genres^ par M. L. 
M. D. P. 

Londres, 1780. 2 vol. in- 18. 

Ces initiales signifiant : M. le marquis de Paulmy, 
mettre en It^le de la fiche, au-dessus du titre précé- 
dent, reproduit in extenso : 

[PAULMY (M. le marquis de)] 

et classer à Paulmy. 

Si le nom est inconnu, on peut: ou considérer l'ou- 
vrage comme anonyme,^- ou le classer à la dernière 
initiale qui figure sur le titre comme nom d'auteur, — 
ou, au contraire, selon d'autres bibliographes, à la 
première initiale ; c'esl-à-dire que ceux-ci considèrent 
cette première initiale comme étant celle du nom de 
famille de l'auteur, l'autre ou les autres initiales étant 
celles de ses prénoms ; tandis que ceux-là estiment 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 287 

que c'est la dernière initiale qui doit être celle du 
nom. Soit un ouvrage intitulé Pensées chrétiennes, 
par D. R. T., dont l'auteur est absolument inconnu; 
on classera la fiche ou comme celles des ouvrages 
anonymes*, ou à la lettre T, ou à la lettre D*. 

Quelques écrivains, parmi ceux notamment dont 
les nonis de famille sont très répandus, ont imaginé, 
pour éviter autant que possible toute confusion, de 
joindre, par un tiret ou trait d'union ',ce nom à leur 

« 

i. Voir supra^ p. 280. 

2. A la Bibliothèque nationale, les auteurs désignés par 
leurs initiales sont toujours classés parmi les anonymes, à 
moins qu*on ne puisse les identifler; au Musée britannique,au 
contraire,les initiales sont classées dans l'ordre alphabétique. 
— En France, les prénoms de Fauteur (ou les initiales de ces 
prénoms) sont joints par un trait d'union ; au Musée l)ritan- 
nique, les prénoms ne sont pas accompagnes de traits 
d'union. (Cf. E.-D. Grand, la Grande Encyclopédie^ art. 
Bibliographie, t. VI, p. 014.) Par ce que nous avons dit, il y 
a un instant, sur les incertitudes que présentent parfois les 
initiales, on voit de quelle utilité est ce trait d'union. Dans 
l'exemple donné ci-dessus : L.-E. J., nous sommes sûr, 
grâce au trait d'union entre L et E, que L.-E. sont les ini- 
tiales des prénoms (Louis-Ernest), et, par conséquent, J celle 
du nom de famille de l'auteur (Jeandin). Cette certitude 
disparaît si vous écrivez L. E. J. De même, l'absence de 
trait d'union entre ces deux lettres : R. P. — R. P. Benoît, par 
exemple, — nous fait lire : Révérend Père Benoît; le trait 
d'union, au contraire, — R.-P. Benoît, — nous annonce 
deux prénoms : René-Paul Benoît. Le bibliophile Jacob 
(pseudonyme de Paul Lacroix) a signé un grand nombre de 
ses livres : P. L. Jacob, c'est-à-dire Paul Lacroix Jacob, 
sans trait d'union entre P et L, puisqu'on n'en met pas entre 
un prénom et un nom. 

5. Quoique Littré, Larousse, Hatzfeld et tous les lexico- 



284 LE r,[VRË. 

]ii't'-iium. I.iiiiis-Airni^ Murliii, p»r exemple, l'édileur 
lie BiTiiardin de Saint-Pierre, signait ses livres : L. 
Aimé-Miirlin: do mi^mc le romancier Fernand Lafar- 
^iir a sifrn/' lu |>liipart de ses volumes; Fernand- 
l.afiir^iic. Il esl nécessaire, dans ce cas, de rédiger 
deux liclics, l'nne — principale — à Martin (L.-Aimé) 
ci 11 Lafaiicue (Fernand); l'autre — de renvoi — à 
ALMiVMAuriNel à Kernand-Lafargle'. 



Li's joiinianx et périodiques se classent, c 
les i.iivrjif,'fs anonymes, soit ii pnri, — ce qui nous 
si'iiiMc prélV-ralilf, — soil à Imr mot d'ordre', qui 
est, nous lavons vu. le premier substantif nominatif 
<]i] liln-. Ainsi, au catalogue alphabétique, h Magn- 
.«■|( jiilli.rftit/iif se elassera A Mac.asin ; le Mimheiir <lii 

l.iiinc-:* ilrijiiu-iil CCS ilvLix miiU tiret et trfiii <l'ii>tion coiume 
svMonynii's. il csl ijri'l'éi'.ibte d'employer ici le mot Irait 
•r,i,iin,i. II! lin-l, apiiclé moins pu typiif^rapliie, est bien plus 
iiKift c|ac le Liiiit iliitiioii (—V. il sert à marquer le chatige- 
miMil iriiilcrlociiteur dans un ilialogue, il tient lieu parfois 
(il! piii'crillirse. ri-nforrfi la pi il ici nation, etc. Le trait 
d'uni"» I-) pi^l luiti sciilciiieiil destiné à joindre les jiarlics 
(II! cci-lninH mois fom|iosi's ou de certaines locutions 
(ronli'C-iiniirnl. c\-minislrc. lerf-volaiil, Itar-lc-Diu-, nous- 
mêmes. ilil-il.<lîi.i-t-i>ii. elc), il s'cjiipliiie aussi pour cuu[>er 
le» mots, il la lin des lignes-, d'oil son nom trpograiiliiiiue de 
<l!i-i«loti. [CL Kniile LEi:i.Enc.,Smive«uM<iiiuet complet .letyp,,- 
gnii>lnr, pp. I i.".. I {."i et IW; — etc.) 

<ilS. 



r.f. v..-\ 


», r.HAN-T>, '., 


,., . ,7.. l. Vl. 


Cf. Alix 


>rt M.tiiiK. •) 


/>..■.(., p. ir.i 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION, 289 

Sport et de la Mode, à Moniteur ; au catalogue métho- 
dique, nous classerions ce dernier périodique à Sport 
(fiche principale) et mettrions à Mode une fiche de 
renvoi. Ne craignez pas d'ailleurs de trop multiplier 
les fiches de renvoi : « un catalogue bien ordonné 
ne contient jamais trop de renvois », affirme très 
justement Y Instruction générale^ du 4 mai 1878, rela- 
tive au service des bibliothèques universitaires*. 
Gomme nous l'avons dit*, une seule fiche (fiche 
principale), — ou plusieurs soudées par le talon, 
de façon à n'en former qu'une, — suffit pour cha- 
que journal ou périodique. 

Remarquons, à ce propos, que les périodiques, 
aussi bien du reste que tous les ouvrages publiés 
par livraisons, sont une source d'ennuis pour les 
bibliothèques publiques, surtout, — ce qui est le cas 
général, puisque tout périodique est presque tou- 
jours œuvre d'actualité, — surtout si ces livraisons 
sont communiquées aux lecteurs au fur et à mesure 
de leur apparition. Des numéros s'égarent en route, 
d'autres disparaissent à la bibliothèque même; 
d'autres, avant de reprendre place sur les rayons ou 
les tables où on les range à plat, par piles respec- 
tives, sont devenus subrepticement incomplets : on 
s'en aperçoit lorsqu'il s'agit d'envoyer le semestre 
ou l'année chez le relieur. On veut remplacer ces 



1. Ap, Albert Maiiu:, op. r.il., p. ir>8. 

LE UVKK. T. IV. V^ 



I.1-; 1,1 VRK 

lili's, iiiîiis il csl lro£i Ur«l. W 1 
iiiinii'ros soni /'imisi^s. Ou bien ce sont les oûuver- 
liirctipl Inblo!^, qui ne sont pas jointes à la dernièT» 
livrnison du !<<>niestrc ou de l'année, qui paraissent . 
(*ii ivlard, ijn'on ne retrouve pas, clc. 

Mi^mo pour la bibliothèque d'un simple amateur, 
tin |iotnt de vue strict du bon ordre et du rangement, 
les périodiques engendrent quantité de désagré- 
mcnts. DnnN Ips établissements publics où l'on 
re<;oil un grand nombre de ces imprimés, on a soin 
d'indiquer sur une feuille ad hoc, — portant, par 
exemple, dans la première colonne le titre des jour- 
naux ou revues, et dans les autres les dates du mois, 
(lu Iriiiu'sire ou du semestre; à moins qu'on ne pré- 
fère se servir d'une feuille ou fiche spéciale pour 
clijKjue périodiijue, — l'arrivée des numéros dès-le 
jour même de leur réception. On peut aussi n'inscrire 
que le numéro du fascicule, ce qui en indique la ré- 
ct'iition et ce qui est plus simple. On agirait de môme 
pour un ouvrage publiiï en livraisons. Exemple : 



Eugène Mint/., Histoii-e de Vnrtpendant la Retmissanct 
Ilacliellc, éditeur. 



î I. Livraisons I, 2, 5, i, o, fi,.. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 291 

Le numéro de chaque livraison, encore une fois, 
est porté sur la fiche au moment môme de l'arrivée 
de la livraison ^ 

Les fiches de collections d'ouvrages se rédigent 
comme celles des périodiques, c'est-à-dire qu'on 
inscrit sur une même fiche tous les volumes de la 
môme collection, d'après leurs dates ou, s'ils n'ont 
pas de millésimes, dans leur ordre de publication, 
et au fur et à mesure qu'ils arrivent. Cette fiche 
devient la fiche principale, et l'on porte à chaque 
nom d'auteur qui y figure une fiche de renvoi. 
Exemple (O : Belles-Lettres; — IX : Collections 
d'ouvrages... de difTérents auteurs^; — N° H 9 : 
numéro d'inscription sur le catalogue méthodique ; 
— N«^ 20915, 20916, 21205, 21204, 21500,... numé- 
ros d'inscription sur le registre d'entrée : ces numé- 
ros ne peuvent évidemment se suivre tous, puisque 
les volumes ne paraissent pas tous en même temps 
et n'entrent pas tous ensemble, du môme coup, à la 
bibliothèque) : 

1. Cf. Lcopold Delisle, op. cit.^ pp. 17-18 et 4*2; Albert 
^Laiuk, op. cil., pp. 157-1 o8. 

2. Classification de Jac(iucs-Cliarles Brunet; cf. infhi^ 
pp. 250-255. 



OIX 

Vlltf' 

AUTEURS CLASSIQUES FRANÇAIS ET 

ÉTRANGERS (LES MEILLEURS). 

l'arib, Mniiiiuariun, a. d. — In-Itl. Dcmi-rel. chagr. tr. jasp. 

I. N" aoUI*». BoiLEAU, Œuvres. 

'2. - 2(11)16. Pascal, Pensées, 

ô. 21 2«ô. Racine, Théâtre, tome I. 

•i. - 'IMQA. Raci.m;, — — 2'. 

.'». — 21 r)UO. L\ Bruyère, les Caractèi-es. 

I). — 22 017. Beaumarchais, Théâtre. 
Kfi-., de. 

A (fiiKiiii tic i-es noms : Boilëau, Pascal, Racine, 
La Biiuyèiii;, Beaumarchais, etc., on mettra une (iciic 
de renvoi : Voir Auteuhs classiques français et 
éthancer^ (Lus meilleurs), 

Li'scliill'iTs l,2,ri,4, j,6,... quiindiquenlle nombre 
de volumes piirus dans la collée lion, peuvent, dans les 
bîMIoLlièiiues publiques, afin de faciliter les recher- 
ches, iMrc inscrils sur l'étiquette collée au dos du 
volume, lorsque cette étiquette porte, au heu des 
numéros du rfgislred'entrée: 20yio, 201*10,21205 ... 
OIX 
H'J' 

s dit (p. yy.) .[u'il liliiit iir6fc.Ta!)l.\ daii:i u, 
s liclics, de su servir Ucs cliiffrL'iï arabes pour 



. Ik" 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 293 

lorsque les volumes sont classés d'abord par 
matières, au lieu de Têlre simplement par formats*. 
On pourrait agir de même pour les œuvres com- 
plètes d'un auteur, dont on détaillerait tous les 
titres d'ouvrages sur la fiche, avec un numéro d'ordre 
qu'on reporterait sur l'étiquette du dos du volume 
correspondant, afin de rendre les recherches plus 
faciles, surtout si ces volumes étaient en gi*and 
nombre. Exemple (O : Belles-Lettres; — VIII ; 
Polygraphcs; — 4 : Polygraphes français; — 
N** 921 : numéro d'inscription sur le catalogue 
méthodique; —" N»« 15216, 15217, 15319,... numé- 
ros d'inscription sur le registre d'entrée) : 

O VIII -4 

No 921 

HUGO (Victor). 

Œuvres complètes et Œuvres inédites posthumes, 
Paris, Iletzel et Ouanlin, s. d. — 81 vol. in-18. Demi-reL bas 

Poésie. 

1. N« ily'He, Oties et Ballades. 

2. — \b2\l. Les Orientales, 

5. — \^'5i9. Les Feuilles d'automne, 
A. — ïbbO'îy, Les Chants du crépuscule. 
5. — 15504. Les Voix Intérieures, 
(». — 15602. Les Rayons et les Ombres. 
Etc., etc. 

1. Cf. swpra, pp. 204-206. 



.nm-:. 

Lfs «livi-fH ouvrages qui çomposeat les œurres 
comjilrlcs lie Viclor Iliigo seront ainsi inscrits' sur 
la (iolie (liirgenrcs : FoAsie, Drame, Aomon, Philoso- 
phie, Histoire, rlc, et, <Ians chaque genre, selon 
l'ordre chronologique de leur publication, ordre 
suivi par l'éditeur. 

CVsl, du reste, toujours cet ordre de l'éditeur, 
toujours, en d'autres termes, les mentions portées 
imr lui sur li- litre des volumes, qui doivent vous 
guider diitis la rédaction de vos fiches, quitte, si ces. 
■■tentions no sont pas exactes, k ajouter sur la fiche 
■nie eourif.' ■lole qui les rectifie. Exemple : 

(■.„\>: <Ili caliilopic 
""'■""""'I'""' BALZAC (il. de). 

Œurres complèlfS. 

Paris. I.il.r.iirif nouvelle, Itourdilliat et Cie. 1856 cl suiv.— 
i:> vol. in-ltl j)r. 

(Nnl«K> ccltt Inilknlïu» : Œiii'rrt wiapU-lfit, iKoucoup d 'œuvres île 



Scènes delà vie privée. 
(N" Tome I. — La ^f'tison du Cliat-gtii- 

"llSr, P'""- - Le B.1 de 

Sceaux. — La Bourse. 
— La Vendetta. — 
Madame Firmiani. — 
Une Double Famille. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 295 

i 

(N" Tome :2. — La Paix du ménage, — La 

d'entrée ) Fausse Maîtresse. — 

Etude de femme. — 
Autre étude de femme. 
— La Grande Bre- 
tèche. — Albert Sava- 
rus. 

{^^ Tome 5*. — Méinoires de deux jeunes 

du registre ., ,, ^.,, 

marieei^, — Une Fille 



d'entrée.) 



d'Eve. 
Etc., etc. 



L'éditeur ayant eu soin d'inscrire un chiffre de 
tomaison sur chacun de ces volumes, — tomaison 
qui doit ôfre indiquée sur la fiche, et en chiffres 
arabes, encore une fois, les chiffres arabes étant 
bien plus faciles à lire et à écrire que les chiffres 
romains, et ne prêtant pas comme eux à d'incessantes 
confusions, — il va de soi qu'il est inutile ici de mettre, 
comme dans l'exemple précédent (fiche des œuvres 
complètes de Victor Hugo) et comme dans le sui- 
vant (fiche des œuvres complètes de George Sand), 
un numéro d'ordre devant chaque volume. 

La première des nouvelles figurant dans chacun de 
ces tomes de Balzac, et dont nous avons écrit le 

1. Nous rappelons que nous nous servons toujours de 
chillVes arabes pour rindicalion de la tomaison sur nos 
liches. 



iW' LE LIVRE. 

lilii' l'ii ilnli<|iic. donne son titre au volume : ce 
srniil ce liln' qu'il l'aiidrait faire pousscrau dos par 
li' n-lii'Tir, ilîins celle forme, par exemple : 

Balzac ■ 



()ii |iijiirriiil i-ncorc, el c'est ce que l'éditeur a fait 
ihiii-; l'cM'iiiiilf Piiivant, ranger lesœuvres complètes 
.riiti ('■■■riviiiii [ijir ordre alphabétique : 



"*"■' SAND (George). 

Oùivres complètes. 
iiinniiLévy, 1877pLsuiv.— ll)2vol.m-18,cart. brad. 



1 . /N" .lu 



Adrifini. 



y. — /.es Amours de l'âge d'or. 

7>. — André. 

■4. — Antonio. 

Ti. — Autour de la table. 

Elc, Ole. 

Mais, dans la plupart des cas, if suffit, pour les 
fiches d'œuvres complètes, d'inscrire le chiffre de 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 297 

chaque tome précédé du numéro du registre d'en- 
trée afférent à ce volume. Exemple : 

(Cote du catalogue 

méthodique.) MONTESQUIEU. 

Œuvres compté te^^, 
Paris, Hachette, 1805-1866. — 3 vol. in-i8. Demi-rel. veau. 

N«2241. Tome 1. 

— 2:242. - 2. 

— 224r). - 7k 

On pourrait même, nous Pavons dit*, grouper les 
trois dernières lignes en une seule et supprimer la 
mention : Tome i, 2, 3, qui se trouve comprise 
dans renoncé : 5 vol.; et Ton aurait: N^^ 2241-2245. 

Ou bien, au contraire, on pourrait, en précisant 
davantage, libeller ainsi la fiche * : 



(Cote du catalogue 
méthodique.) 



MONTESQUIEU. 

Œuvres complètes. 



N«2241 . Tomel. Paris, nacliette,1865.In-18. Demi-rel. veau. 
— 2242. - 2. - - 1866. - 

— 2245. — r.. — — 1866. — — 



1. CL supra, p. 245. 

2. CL anpra, p. 249. 



2*.» H LE LIVRE. 



♦ ♦ 



Outre le double calaloguemenl de rigueur, alpha- 
hrtiqur cl mélliodique, il est d'usage de cataloguera 
part les nianuscrils, les incunables, les volumes de 
ij^rande valeur, tous les joyaux d'une bibliothèque, 
ce qu'on appelle à notre Bibliothèque nationale, 
îiiiisi (jue nous Pavons dit déjà, la Jiése7*ve^. Comme 
il est souvent utile de décrire ces ouvrages en détail, 
(1(^1 n^produin* nic^me avec exactitude la disposition 
I vpo<i:rîiphi([ue du titre, de Tincipit ou du colophon, 
(Ml si^nialanl les particularités de l'exemplaire, le 
l'ormiU ih' notn» fiche habituelle (8 ou iO centimètres 
sur l'J ou 1 i) peut i^lre insuffisant pour de tels déve- 
l()p[)enienfs. On se servira donc, pour ce catalogue 
s|)écial, (le f(MiilIes de papier plus grandes (pot, 
lellière, etc.), qu'on renfermera dans des reliures 
mobiles, sortes de hU>lorhapiei>^^ et l'on rédigera ces 

1. (If. sn/tni, \). I8i. n. '2. On pourrait se conlenleririnscrîre 
<4 «le classer les incunables, « soit en suivant l'ordre alphabé- 
tiijue <les noms des auteurs, ou des premiers mots des titres 
quand les ouvrasses sont anonymes, soit en suivant Tordi-e 
(rhrcniol()gi<|ue des dates d'impression, el en rejetant i> la 
(in les incunables non datés, auxquels un classement alpha- 
bétique peut seul être appli(iué. La cote des incunables 
peut être l'abi'éviation Inc., suivie d'un chilîre : Inr. 1, ],tc. 2, 
Inc. r>, elc. - (Léopold Dpilislk, op. cit., p. 8.) 

2. « BiblorhaptC; s. m. (Bt6Xo;, papier, livre, el pâurw, cou- 
dre.) Couverture de livre dans laquelle on réunit les lettres 
ou les factures en les traversant d'un certain nombre de 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 299 

descriptions dans le genre des modèles suivants, 
empruntés, sauf de légères modifications, au Manuel 
du libraire de Jacques-Charles Brunet et à son sup- 
plément'. 

CONTENANCES (Les) || de la Table. || .S. /. n. d., 
in-4, de ff. 

Le premier feuillet contient le titre, qui commence 
par une grande L historiée de Vérard ; les deux feuillets 
suivants sont signés ^ni et uni. Le reste de la pièce 
est sans chiffres ni réclames; il n'y a pas de ponctua- 
tion. 

Le 10" quatrain, qui finit le verso du 2* f. et commence 
le 5% a cinq vers ; c'est-à-dire que le 2" vers se trouve 
répété en haut du .T f., ce qui constitue une sorte de 
réclame. 

Au verso du 5° f. commence une ballade de trois stro- 
plies octosyllabiques, plus un quatrain, et, à la suite, 

I)()intes sur les(|uelles elles sont maintenues par un ressort. 
Ces feuilles se trouvent alors reliées et consliluent des volu- 
mes faciles à consulter. » (Lahousse, op, cit., 2° Supplément; 
cf. aussi LiTTRÉ, op. cit., Supplément.) D'autres reliures 
jnohiles — il en existe un grand nombre de systèmes — 
portent les noms de reliures de sûreté à vis sans /în, reliure 
électrique {à i-essnrt), auto-relieur ^ classeur eurêka, etc. (Cf. 
(iRAESEi.,^>^>. cil-, pp. 'iOi-'iCo.) Mentionnons aussi les reliures 
à fils, les reliures grébiches (du nom de l'inventeur t) : 
" Grébiche, s. f. Reliure volante, munie de fils tendus le 
long du dos pour pouvoir y passer des cahiers. » (Larousse, 
op. cit., et LiTTRK, op. cit.) Voir les figures de la page 281. 
1. Pour l'explication des abréviations et des signes conte- 
nus dans ces exemples, voir notre tome V, Appendice: Abré- 
viations et Signes typographiques. 



:<0o I.E LIVRE. 

MM hns ()(i ivcto «lu rr f.. on lit : Cy /înissent les conte- 



(^IIROMOUES DE NORMANDIE. 

Li's rroiii<iuos de normondie |1 nouuellement jra- 
prinioos a 1 Rouen. Au verso du dernier f., 2** col., 
(»n lit : O/ fini.^xenf,.. lunnœUtnnêt îprimees a flou \\ en 
[louv Pierre ri'gwndt lihrairc de \\ luniiiersite \\ de caê 
ilt'iitotfràf m froi \^ de rue a Renseigne saint Pierre, 
(Sans <lal('). Pet. in-lbl. golh. à 2 col. de 46 lig. 

Mditioii l)elle cl rare, qui doit avoir paru vers 1500. 
Les IV'iiilhMs n'(Mi sont pas chiffrés, mais ils ont des 
siirnMhires.Lcs sixpnMniers feuillets contiennent le titre 
en trois litriios, et surmonté de la marque de Timprimeur 
tir<'*e en rouf^o. la table des chapitres, et, au verso du 
0* f.. une liiTiuv sur bois, avec le sommaire du texte 
imi)riinr en i^ros caractères. Ce texte commence avec le 
cahier a. et continue jusqu'au recto du 5'f. du cahier r, 
ri' col.; le i'f ï. est blanc. Tous ces cahiers ont chacun 
() l'euillets. A la seconde colonne du recto du feuillet qui 
suit la signature ii, se lit cette rubrique : Cy après 
ensuit viu/ /H'til iralcte leqlparlede la guerre côtlnxiee entre 
fr<m<y)ls et (tnglols dcjnds la mort du roy henn IJ. nOmc 
de lcncl((strc (sic) lus(jvci^ a hinnee destreues données et 
accordées en là mil cccc. xlllll^. 



1. Jacques-Charles Biunet, op. cit., Supplément, t. 1, 
col. ^20i>. 

2. II)., op. cit., t. I, col. 1875. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 301 

AMBROISE (S.). .Sensuyt le Traiclie sainct Am- 

broise 1| du bien de la morl. Au recto du 59^ f., lig. 6, 

on lit : ([ cy finist le liure de sainct Ambroise du 

Il bien de la mort. S. /. n. d. (vers 1510). Pet. in-8 

goth., de 39 (T., sign. A-E, grav. en b. sur le titre*. 

PLAI II SANT Blason || (Le) de la teste de || Boys. 
Il S. /. n. d. (Lyon, vers 1555). In-i6, de 8 ff. non 
chiff., de 23 1. à la page, en lettres rondes, sign. A-B. 
par 4. 

Pièce fort curieuse, que reproduisent MM. Anatole 
de Montaiglon et James de Rothschild au tome XIII de 
leur lieciieil de poésies françaises des xv* et xvi* siècles, 
d'après l'exemplaire unique, qui est conservé à Aix, 
dans la bibliothèque Méjanes, n" 50 047, dans un recueil 
qui contient en outre la Loitlrc de Tenot à Piarrol^ 
V Admonition contre la dissolution des Habitz^ etc.*. 



LESCARBOT (Marc). Histoire || de la novvelle 
France || contenant les navigations, découvertes, & 
habi II talions faites par les François es Indes Occi- 
den||tales, & Nouvelle-France^ souz l'avoeu et autho|| 

i. Jacques-Charles BnuNET, op, cit., Supplément, t.I, col. 37. 
« Sign. A-E» signifie que les signatures des cahiers qui 
composent cet ouvrage vont de A à E. Voir, d'ailleurs, encore 
une fois, pour ces descriptions d'anciens livres et ces repro- 
ductions de titres, notre lonie V, à TAppendice : Abrévia- 
tions, ChiflVes romains, Signes typographiques, etc. 

'2. Id., op. cit., Supplément, t. II, col. 247. 

5. Bien « Nouvelle-France » quoiqu'on lise « Novvelle 
France » trois lignes plus haut^el quinze et dix-huit lignes 
plus loin. 



:u\'l 



LK LIVKK. 



r\[r (Ir 110/ U«)is Trcs-Chreslions, & les diverses || 
l'orluiios tl'i<*(Mix (Ml Tcxéculion de ces choses, || de- 
puis coiit ans jusques à hui. ! En quoy est comprise 
rilisloire Moralo, Nalurclc, et Geo 1; graphique de 
ladih^ Province : Avec les Tables & || Figures d*i- 
ci'llc. I Par Marc Lescarbol Aduocat en Parlement, 
Triiioin oculaire d'vne partie des choses ici réci- 
Ircs. Multa ronascenlur qua» iam cecidere cadent- 
qu(\ A Pnrifi. '; chez ïenn Milof, tenant sa boutique 
si/r h's diujivz \ de la ymnd^salle du Palais. \\ M. DC. 
I\. Arcr Pririlétje du Hoy (du 27 novembre 1608). 
In s. ,!(' XXIV ir. lim. et Ut IV. chilT. Ala page 207 se 
Irnuvr In : Figvre dv j)ort de (ianabara av Brésil \ à 
<i jJîiirc ^ÔC) : l'ifjrre de la tnere neree, Grande Ri- 
vierr de (\i))ti(hi. rt rd/eîi de l'Océan en la Xovvel/e 
l'rdurr: i\ h\ ]>n^(' iSO : Figvre de Port Royal en la 
Snrrt'Ut' h'ninrc. Pnr Marc Lescarbot, 1609. (Jan 
Srrt'ltNr/,- >icid/t^it. J. Millot d'Cudil)^, 

LE SA(iE (Alain-René). 



Histoire | (!<» (lil Hlas |'| de Santillanne (sic), \\ Par 

M. Le Sap^e. ]; Dernière édition, revue et corrigée. 

[A Pfiris.l P'ir An Libraires f'/.ssocîVs. '1 M. DC(]. 



XLVIL \Aver Ajfitrnltalion Si Pririlége du Hoy. 
\ vol. in- 12. fie:. 



1. .laiMiucsCliailes Biilnkt, (>}>. <}i., Siipplénionl, !. I, 



CATALOGUKS ET CLASSIFICATION. 303 

Édition définitive du chef-d'œuvre de Le Sage, pu- 
bliée l'année même où il mourut à BouIogne-sur-Mer ; 
elle n'est pas rare, mais jolie et très recherchée.... 

Les premières éditions de ce livre célèbre sont moins 
bonnes, moins complètes et surtout moins recherchées 
que celle-ci '. 

Au lieu des litres in extenso et des remarques qui 
les accompagnent, il suffit, pour les fiches ordi- 
naires, d'une rédaction abrégée. Prenons, par 
exemple, le dernier ouvrage dont nous venons de 
donner la fiche détaillée, nous aurons, pour la fiche 
du catalogue alphabétique et celle du catalogue mé- 
thodique : 

LE SAGE (Alain-René). 

IHstoirc de G il Bla>i de Santillanne (sic). Dern. 
édit. revue et corrigée. 
Paris, Libraires associés, 1747. — 4 vol. in-12, fig. 

On réduirait de même les autres fiches détaillées, 
en ne laissant que les parties essentielles et de 
rigueur. 






Le catalogue par ordre de matières, le catalogue 
méthodique ou systématique, dont nous allons main- 
tenant nous occuper, forme le pendant ou comme 

\. .larqucit-Cliarlcs Brcnet, uj). cit.^ Supi>léineiil, l. I, 
col. 84y. 



3»4 M-: LIVRE. 

lu ■iiiitrc-jiailir ilii '■atiilofîuc alphatrlîque. Celui-ci 
-■|-jii|iliiii' MirUiiit, Jivonîs-iious dil', quand on con- 
iKiIt li: niiin ili- rniitcur cl i|ii'oii veut trouver le titre 
• l'un liviv: ri-hii-lii, au t-oulraire, i|uaDtl oo connaît- 
le liln- uu lurmi- sciik'uieiit le genre de l'ouvrage et 
i|iiiiii dôsirc savoir le iioui de Vaulcur, ou encore 
■ 1 -iiitoiil lorsjju'on tient à se renseigner sur la 
i|ii;iMlit>'- ilouvrages rolatifii à telle ou telle question 
i-l lui- il lit dispusition des lecteurs de (elle ou telle 
l>il>liollti'-i[n(-. 

1.C |iliis >iin|)Ii- et le mieux, (■'estdexécutcr siniul- 
l;iiiiiiniil l<'s deux ralnlogiies, de rédiger clinque 
lii.lii- IN diiiiiile rxrniiilairc=, el do classer l'un dans 
t» l>i>lli' ilii l'iitahigtic alphabétique, l'autre dans 
ci'llo du 'iilalii^ne mélliodique. Les diverses sec- 
li<>ii~ ilr •'<' dernier seront séparées par des fiches de 



■J, Ctsl le loiisi'il (liiiinô jiar Co>stastin (cp. cil., p. gij) : 
> 1.C itiLi-iix f~l ikiiic lie les exécuter simullanéiucnl {len 
liilics. liuIlcIiiiT ou viiLlfS des deux ontalo^ucs); ce qui cal 
Ui'> iù>r. t'ii l'ji^s:iJil uni.' i-i<|iie (rxuctc (lt<^ biilleliiis mi 
nirlL-- -, fl<-.; cl |i:ir M. Alliorl Maihe (o/i. rit., ]>. Hi3). 
M. riiailcs SiRï, liilili(jlliêr;iir(! de rUnivursité libre de 
r.i-iisrdks. dil niisSL lo/,. '-il., p. 10) ; ~ Lys fiches du caUiloguc 
^ï^lômaliiiue >onl eu tniit idenli(|ucs aux Itclicii du ciilalo- 
jrur onijiiinstiijuc - (aliiliiiljélique!. Ajoutons ce|icndaiU '|u'i] 
csl le plus !ji>uvcnt iinilik', \i<nn- le calalOKue sjsliimiitiiiue 
nu iin'lliiidi'iue, de prendru cniiic des /liiies itc rciti-ot du 
i';il;iiiii;ui.' ai|di!iljélique ; seules, les pvhcs ivmiitêlca ou /Irlies 
jiruirii„iirf diiiveiil l'Ii'c iiU'nti<iiiei[ienl lilicIR-cs en deux 
eM'iii|d;iitvii alTcclés aux iluux ciitulo^ues. (CI'. Léojiold Ue- 
Lisu:, ..;-..■<(., p. :'3.) 



CATAr.OGUES ET CLASSIFICATION. 305 

couleur, un peu plus hautes que les fiches ordinaires, 
des vedettes portant chacune le titre de sa section ; 
— absolument, ainsi que nous l'avons vu^, comme 
sont séparées les sections du premier, c'està-dirc 
les fiches de chaque lettre du catalogue alphabé- 
tique. 

Mais quelles seront-elles, ces sections du cata- 
logue méthodique? Dans quel ordre les ranger et les 
grouper, ces fiches? Ouel sera le système de classi- 
fication générale bibliographique que nous allons 
appliquer et suivre? 

Il ne s'agit de rien moins ici que de déterminer 
intégralement tous les éléments des connaissances 
humaines, de diviser et subdiviser logiquement 
tout ce vaste ensemble, et, rien qu'à l'énoncé du 
problème, on en pressent les difficultés, on devine 
combien la tâche est compliquée, ardue et épi- 
neuse. 

« La première chose à faire avant de mettre la 
main au catalogue méthodique , écrit M. Jules 
Cousin*, c'est de s'être tracé un système de classe- 
ment, avec des divisions et subdivisions plus ou 
moins nombreuses, suivant l'importance du fonds 
(fu'on se propose de cataloguer. Si Ton n'a pas, dès 
l'abord, fait ce travail préliminaire, si l'on n'a pas au 
moins marqué les grandes lignes du plan que l'on 

1. Supra, p. 220. 

2. Op. cit., p. 52. 



:k^6 le livre. 

s'îislnMiulra à suivre rigoureusement, on marchera 
au ha>anl, el. à la place de Tordre et de la clarté, on 
n'aura «juc confusion et chaos.'... Pour montrer le 
mi(Mix à faire, il n'y a, croyons-nous, rien de plus 
sa^e que d'indiquer ce qui s'est déjà fait, et d'inter- 
roger rexpérience des hommes les plus compé- 
lenls. » 

Jelons donc un coup d'œil sur les divers essais et 
syslùnies de classification pratiqués jusqu'ici*, et 
voyons ce qu'on en peut tirer et quel choix on doit 
faire. 



Un des plus anciens catalogues bibliographiques 
qui soient parvenus jusqu'à nous est celui de la 

1. Sur l'histoire de la classification bibliographique, voir 
rintrudurlion au tome VI (col. i ù xxvj) du Manuel du libraire 
de Jacques-Charles Brinet: c'est une étude succincte, mais 
très soigneusement faite. Voir aussi E.-D. Grand, la Grande 
Kncy dopé die j art. Bibliographie, t. VI, pp. 608 et suiv.; — 
Albert Maiuk, op. cit., i)p. 182 et suiv.; — etc. « On compte 
actuellenKMit 150 systèmes de classification bibliographique, 
répartis un peu sur toutes les époques. On en trouve, pour 
ne citer ((ue les plus importants: 1 au xiv siècle; — 
1 au XV'; -- 10 au xvr; — 17 au xvir ; -- 25 au xviir ; — 
et 06 au xix^ Toutes les nations importantes de l'Europe 
ont contribué à l'éclosion de ces divers systèmes; parmi 
leurs auteurs, on comj)te 46 Allemands, 41 Français, 14 An- 
glais, 14 Italiens, 4 Espagnols, 2 Belges, 2 Arabes, 2 Russes, 
1 Suisse, 1 Hollandais, 1 Danois, et 2 Américains. » (H. Le 
SouDiER; De la chtasi/lcation inélhodiquc... Rapport au Con- 
grès international des éditeurs,Bruxelles,juinl897, pp.64-G5.) 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 307 

bibliothèque de l'église de Saint-Emmeran de Ratis- 
bonne; il a été rédigé en 1547 et comprend douze 
divisions, consacrées la plupart aux livres saints : 
i<» Libri textuum Bibliœ] 2° Diversi expositores super 
Biblia ; 3** Doc tores ; 4° Libri Historiarum ; etc. 

Mais ce n'est pas là, à vrai dire, un système 
bibliographique; pas plus que ce catalogue publié 
en 1498 par Aide l'Ancien sur un simple feuillet, 
intitulé : Libri grœci impressi^ et contenant quatorze 
articles divisés en cinq classes : 1** Grammatica; 
2^* Poetica; 3*» Logica\ ¥ Philosophica; 5<* Sacra 
Scriptura, 

Le premier classement qu'on peut vraiment consi- 
dérer comme un système bibliographique date de 
cinquante ans plus tard ; il est dû au célèbre médecin 
suisse Conrad Gesner, qui, dans la deuxième partie 
de son ouvrage Bibliotheca universalisa imprimé à 
Zurich de 1545 à 1549, classa les Pandectœ^, c'cst- 

1. * Bibliotheca universalisa sive Catalogus omnium scripto^ 
runi lorupletissimus^ etc. (Tiguri, Christ. Froschover, 1545, 
in-fol. de 0.T1 ff.).... Ce laborieux écrivain (Gesner) avait di- 
visé son ouvrage en trois parties distinctes. La première, 
formant la Bibliothèque ci-dessus, contient les noms des 
savants, rangés selon Tordre alphabétique de leurs pré- 
noms, avec les titres de leurs ouvrages, le sujet qu'ils 
traitent, et les jugements que Ton en a portés. La seconde 
partie a pour titre : Pandectaruin sive partitionum univer- 
salium Conradi Gesneri.... libri XXI. seu Dibliothecx iom, 
secnndus. (Tiguri, Christ. Froschover, 1548-49, 2 parties en 
1 vol. in-fol. de 374 et 157 ff. sans les pièces liminaires.) 
L'auteur y a rangé par ordre de matières les ouvrages» <yk\A'a» 



:k»k lk livre. 

n-diro loni rr qiio rcspril humuin peut embrasser, 
(Ml viiii^l ri une raléfjforii^s : 1. drammnitca; — 2. Dia- 
h'ctirti; -- 7t. lî/if'lni'im: — i. Poeflca; — 5. Arii/t- 
lihUirn: — r». (inoniclria: — 7. Musica; — 8. Aslro- 
)ininia: - \K Axfro/ogiu; - 10. De Divinatione ci 
M(f(/itt : - 1 1. Geo(jr(i itliia \ — 12. Jlistona; — i5. De 
(llrrrfiis Artlhus: — I i. De naturall Philosophia; — 
IT). De jifiiiiff l*liiltiSopliia,et TfieologiaGentilium; — 
\i). De niornli DhUosopIda; — 17. De œcononiica 
P/nlos(fj)/(iff ; -- 18. PolUica; — 19. De Jure civili et 
pinili/îro : 20. Thcolofjia (ce litre devait être celui 
«In -M^ livre; mais la Médecine, qui en aurait formé 
1(^ 20', n'avîinl j>as paru, on la remplaça par la Théo- 

loillr). 

(Juant à la France. 1(^ premier système de classe- 
ment l)il>liographique qui y fut publié remonte à 
Tannée 1^87 ; il a pour auteur Christofle [Christophe] 
(h^ Savii»ny et pour litre Tableaux accomplis de touf^ 
les avis lihérau.r. 11 con lient seize sections et pré- 
sente plus (Tune analogie avec le système de Gesner: 

dans le premier volume, et en a ajouté de nouveaux qu'il 
n'avait pas connus d'abord. (Juoique le titre du volume 
impiimé en 1548 annonce 21 livres, il n'y en a que 19. Le 
21" {J\(rtili<ni('}i mcdiciiiiv) n'a jamais paru ; mais le 20" (Pan- 
(lectm thenUxju'x) s'est public séparément en 1549.... Quant à 
la troisième partie, elle devait présenter, dans Tordre alpha- 
bétique, les matières qui, dans la seconde, sont classées 
méthodiquement ; Fauteur y a renoncé, et il s'est contenté 
de mettre à la fin de ses Pandectes une tai)le alphabétique 
des matières pour faciliter les recherches. >» Etc. (Jacques- 
C.barles BnLNKT, op. rit. ^ t. II, col. ir>(M-l;)«i7i). 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 309 

Grammaire, Rhétorique, Dialectique, Aritlimétique, 
Géométrie, Optique, Musique, Cosmographie, Astro- 
logie, Géographie, Physique, Médecine, Éthique, 
Jurisprudence, Histoire, Théologie. Une nouvelle 
édition (Paris, Liber, 1619; in-fol. 57 pp.) comprend 
deux nouvelles sections, Poésie et Chronologie, 
dont la dernière manque à Gesner. « Le système de 
Savigny, observe la Grande Encyclopédie^ , est le 
premier exemple des remaniements que les auteurs 
de systèmes bibliographiques firent souvent subir 
à leurs méthodes, pendant les deux siècles suivants 
et môme encore au xix*^ siècle, malgré les progrès de 
la bibliographie et l'expérience des livres et des sys- 
tèmes de classement. » 

Un peu avant l'apparition de l'ouvrage de Chris- 
tophe de Savigny, en 1585, l'érudit Lacroix du Maine 
avait présenté à Henri HI un curieux et singulier 
projet « pour dresser une bibliothèque parfaite et 
accomplie de tous points* ». Ce parangon des 
bibliothèques devait comprendre dix mille volumes, 
renfermés dans « cent buffets..., chacun d'iceux 
contenant cent volumes ». Le « premier ordre » de 
ces buffets, du n" l au n^ 17, était consacré à la reli- 
gion; le « second ordre », du n" 18 au n° 41, aux arts 
et sciences; le « troisième ordre », du n° 4l2 au n*^ 6ti, 
à la description de l'univers; le « quatrième ordre », 

1. Loc. rit., l. VL p. 0(îO. 

'2. Albert Mauïe, op. cit., pp. 183 et 193. 



310 LE LIVRE. 

(In II" or» au II" 72, aux choses qui concernent le 
pMiro humain ; le cinquième, aux hommes illustres 
en guerre; le sixième, aux ouvrages de Dieu; et le 
sepliènie, aux mémoires et mélanges. 

Le pieux Jean Mabun (....-....), dont nous parle 
(iabriel Naudé*, ne trouva rien de mieux, lui, pour 
«lasser s(»s livres, que de se conformer à Tavertisse- 
nienl ■ du Psalmisle* : DiscipUnam^ bonitatem et 
scimfifDit dore me, » et de les partager ainsi en trois 
rjasses : Théologie, Morale et Sciences. 

Mt)ins .slricl, plus expérimenté et plus éclairé, Ga- 
briel Naudé (1600-1657)) estime que le meilleur ordre 
c>l le suivant : c Théologie, Médecine, Jurispru- 
d(Mi(M% Histoire, Philosophie, Mathématiques, Huma- 
nilés. el autres, lesquelles il faut subdiviser chacune 
(Ml parliculier suivant leurs diverses parties^, » etc. 

A peu [)rès à la même époque, le père jésuite 
(llaud(» (liénient (1594-1642) publiait, sous son nom 
lalinisc de Glaudius Clemens, un ouvrage intitulé : 
Muficly alvc bibliotliccœ lam privatic quam publicœ 
ej'.slnœlio^ liiiitructio, cura, usus.,, (Lugduni, 1655; 
in-i), où se trouve un plan de classement bibliogra- 



1. Adcia pour dresser une bibliothèque, chap. vu, p. 88. 

2. La Bible, Psaumes, CXVIII, 00. Le texte, dans la tra- 
duction de Le Maislre de Sacy. i)la(e la bonté en tète : 
« Knseij<nez-moi la bonté, la discipline et la science >•. 

7k Op. cit., p. 8l>. La i>remière édition de l'ouvrage de 
Gabriel Naudk, Advis pour dresser une bibliutltètjue, est de 
1027. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 311 

phique comprenant vingt-quatre catégories ou « ar- 
moires* »; Ismaël Bouilliau* (1605-1696) dressait le 
célèbre catalogue de la bibliothèque des de Thou; 
et un autre membre de la Société de Jésus, Jean 
Garnier (1612-1681), auteur du Systema bibliothecœ 
coUegii parisiensis Socletatis Jesu (Paris, 1678; in-4), 
réduisait à cinq les grandes divisions bibliographi- 
ques : Théologie, Jurisprudence, Sciences et Arts, 
Belles-Lettres, Histoire*. 

Plus tard vinrent Gabriel Martin et Prosper Mar- 
chand, Guillaume-François de Bure et son cousin 
Guillaume de Bure, Née de la Rochelle, d'autres 
aussi, qui remanièrent de maintes façons les divi- 
sions de ce dernier système. Modifié encore et 
complété dans la première moitié du xix^ siècle par 
Jacques-Charles Brunet*. Tauteur du précieux Ma- 

\. Cf. Albert Maire, op. cit., pp. 183 et 195. « La lenlalive 
faite par Louis Jacob (R. P. Ludovicus Jacob), pendant les 
années 1643 à 16i6 et 1651 à 1053, dit encore M. Albert Maire 
{op. cit., p. 183), de donner la liste des Hvres parus en 
France, mérite d'être signalée, bien que ses relevés soient 
forLincomplets. » 

'1. On écrit aussi, mais moins exactement, Bouillaud. 

3. Cf. Constantin, op. cit., p. 127. 

i. Il ne faut pas confondre, comme le font M. Albert 
Maire, op. cit., p. 565 et passim, et nombre d'autres écri- 
vains, Jacques-Cbarles Brunet, l'auteur dudit Manuel, né 
à Paris en 1780, mort en 1867, et Pierre-Gustave Brunet, 
né à Bordeaux en 1807, mort en 1896, l'auteur du Diction- 
naire de hibliologic catholique^ de la Reliure ancienne et 
moderne, des Fantai.'iies Oiblioffrapkiques, etc., et, en col- 
laboration avec M. Pierre Desciiamps, du Supplément an 
Manuel du libraire de Jacques-Charles Brunet. 



:\\'i 



LK MVHK. 



////»•/ //;/ lihnnrr rf de rnmnteur f/c livres^ il finit par 
piviloiniinM* ri s'imposor à la plupart des biblio- 
^rnphr<'. 

Oïl piMit adresser hiiMi des reproches à celte clas- 
sification (lile (le Hrunel : elle ne donne ni à la 
ir»'M»Lrraphi(\ ni à l'archéologie, ni à la bibliographie 
\r nintr <pi<* e(»s sciences mérilenl ; elle place la télé- 
trnipliie (devenue éleclrique) dans la même subdi- 
vi>-i<»n «pie la calligraphie et la sténographie; elle 
eni|»Ioie des e.\]»ressions mal définies, comme proie- 
^/"/y/c;/cs v[ pfindipimièneH^, etc.; néanmoins tous 
rru\ (jiii ^"o(rnp(Mil de livres et de calalogues sont 
dari'on! pour rendre hommage à cette œuvre^. 

I, . ('.«' ii'c^l ni i\ (iahriel Martin ni à Prosper Marchand, ni 
à (l.iniicr. m à lioiiillaml, que revient cet honneur (d'avoir 
n-iM" nn ^y>t<'rnc hihUoiriaphiqiie à peu i)r6s universellement 
«uinptri : V'itf'ni Mii/hrrhe vint n'est pas plus vrai, absolument 
l).*nl;inl. «mi hihliniirapliie qu'en lillérature. » (Gustave Mou- 
i;\vn. /'• Lirrr et ht l'rlitc ïiUdiolUèque d\imaleur^ p. 55'2.) 

"1. M. iM'inir. hil^lintlHM'aire des Facultés à Besancon, a 
fait nn rclcvr «les crilifpics auxquelles i>rète la classifica- 
tion do IJiniM'l; on en trouvera le résumé dans Albert 
MAinE.'7>. rit. s PI». 1S<)-180. 

5. « Colle classification, oMivre des maîtres, que nous 
ap|)ellerions vr)lordiers la classification des hommes de bon 
sens, <'t que l'Iiistoire, Dieu merci, nous permet d'appeler la 

rln.<.<i/}i'iil}nii fh'fi hihlintpuiplu'^.... » (Gusl.lve MorRAVlT, Op. 

rit.. ]).ôr»t.) — « ... ITn cadre bibno.irraplu«[ue... dont le Ma- 
niii'l (le llruncl foui-nit le modelé le pins souvent adopte en 
l'rance. » (Kôopold Di.mslk. o/>. c//., j». 5.'.) « ... Le système 
d<' lîrnnci,... après t<>ul. c'est encore la meilleure des classi- 
fications clablies jus^juMci. » (Albei't Maihe. o;>. rit.^ p. 11)0.) 
Le système français qui survécut aux innovations du 
XIX" siècle... est celui de I3runel, qui dérive directement de 



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CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 313 

Nous parlerons plus loin d'autres systèmes plus 
récents, plus pratiques que celui de Brunet, s'adap- 
tant mieux à nos divers genres de bibliothèques ; 
par exemple, la méthode de classement de M. Léo- 
pold Delisle pour une bibliothèque de petite ou 

Tancien mode de classement. Ce système est aussi celui qui 
fut le plus fréquemment appli(iué dans les pays étrangers. >» 
(E.-I>. Grand, la Grande Encyclopédie, art. Bibliographie, 
t. VI, p. 011.) — Ulnstriicliun générale relative au service des 
bibliolhèqnes universitaires du 4 mai 1878 i)orte (luc, dans ces 
bibliollicques, « la division adoptée pour le classement des 
matières sera conforme à celle du Manuel du libraire de Bru- 
net, comme étant la plus répandue ». (Ap. Albert Maike, op. 
cit., [}. i38.) — « Depuis le moyen Age, la classification des 
sciences humaines a extrêmement varié : la plus usitée en 
France aujourd'hui, et, à vrai dire, la moins imparfaite, malgré 
quelques défauts de détail, est celle qui, créée par les 
libraires érudits du xvup siècle, a été adoptée définitivement 
dans le Manuel du libraire de Brunet; elle fait encore auto- 
rité aujourd'hui, et ré[)ond à peu près à tous les besoins; 
les subdivisions intérieures peuvent varier, mais l'ensemble 
est satisfaisant. Los progrès des sciences obligent d'ail- 
leurs à créer sans cesse de nouveaux chapitres, principale- 
ment dans la médecine, et il serait puéril de considérer 
aujourd'hui l'histoire des États-Unis comme appartenant à 
l'histoire des colonies européennes; mais, moyennant quel- 
ques modifications de détail, ce cadre bibliographique, a 
l'avantage très appréciable de pouvoir s'appliquer égale- 
lenient h d'anciennes bibliothèques où dominent la théolo- 
gie, la jurispiMulence et l'histoire, et à des bibliothèques 
modernes où les sciences, la littérature, et l'archéologie 
occupent une place prépondérante. >» (A. Molinier, la Grande 
Encifclnju-dic, art. Bibliothèque, t. VI, p. 001.) — S'associant 
aux crili(iues exprimées par M. Prieur, M. Albert Maire 
[jense avec lui « que le système de Brunet, «luoique le 
meilleur encore, ne peut plus répondre actuellement à 
toutes les exigences du développement des sciences. Il 



31^ LE LIVRE. 

i\r iiKiyenno iinporlance*; mais le système de Bru- 
lu'l t'sl si (*oniiu, si souvent cité comme le modèle 
IvjM^ des classifications bibliographiques, qu'il s'im- 
posa» dès Tabord, comme sujet d*élude toutau moins. 

Il riait tout naturel que Brunel et ses devanciers 
pljïrass(Mil la théologie en lôte de leur liste. Dans les 
bii)li()lhèqnes d'autrefois, au moyen âge et même 
ciici^n» au xvni'' siècle, n'était-ce pas la Bihle^ avec 
les connnentaires sur les livres saints, les traités de 
scol;isli(|n(* et do casuistique, etc., qui occupaient le 
premier ran^ et la plus grande place? 

n.ins lin 1res b(viu chapitre, consacré à l'analyse 
el il liipolo^ie du système de Brunet, M. Gustave 
Mouravil, éuumérant les conditions que doit remplir 
une ])()nn(» méthode de classement bibliographique, 
écrit- : 

(IcinMiidcnnl un reinanicmcnl considérable à peu près dans 
lunt<*s srs parties, mais surtout dans les sciences expérimen- 
tales. 4ui sont trop sommairement exposées. HAtons-nous 
(lo dire loutclois (pu» ces changements ne peuvent s'effectuer 
du jour au lendemain, mais devraient être consacrés par 
ra<-coi)tation simultanée de tous ceux qui se servent de ce 
systèmo. Dans un congrès seulement..., on pourrait établir 
et arrétor une nouvelle base de divisions, ou proposer de 
réformer le système de Brunet, s'il est gardé. » (Albert Maiiœ, 
op. cit., p. 190.) (lomme nous le dirons plus loin, d'ailleurs, 
il n y a pas de système de ctassilication exactement appli- 
cable à toutes les bi!)liotlièques et absolument parfait, et 
nous ne donnons celui de Ilrunet et .les aulres «lue comme 
des cadres ou spécimens modiliables à volonté. 

1. V'oir in/'ra, pp. r>()l-ri(U. 

"1. Op, cit., pp. 514-517. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 315 

« Celte méthode sera à la fois synthétique et 
analytique : synthétique, en ce qu'elle présentera 
dans ses principales divisions les grandes sphères 
où se déploie l'activité de la pensée humaine; ana- 
lytique, en ce qu'elle offrira , dans ses moindres 
détails, les produits de cette activité, et cela en sui- 
vant la filiation et l'enchaînement des objets sur 
lesquels cette activité s'exerce : immense toile où 
devront être accusées, jusque dans leurs traits les 
plus délicats, les formes multiples sous lesquelles 
l'idée se montre et se propage dans le monde. 

« Il importe donc de saisir d'abord les rapports 
les plus naturels de la pensée avec les objets mômes 
de ses spéculations, pour tracer nettement le plan 
d'un catalogue. 

« Ainsi, au sommet des choses, l'homme voit 
d'abord Dieu, son auteur et sa lin. Les matières 
théologiques se grouperont dans une première 

DIVISION. 

« Après Dieu, au moment où l'homme se retourne 
vers le monde, il rencontre les hommes, ses sem- 
blables; alors se révèlent à lui les grandes notions 
du droit et du devoir, du juste et de l'injuste. La 
jurisprudence^ qui les approfondit, les formule et en 
règle l'application, formera une deuxième division. 

« Puis rhomme se replie sur lui-même ; il veut se 
connaître, et, avec lui, il veut connaître aussi le 
monde extérieur, les rapports plus ou moins étroits 



qui l'tiiiissiMil » VG monde, les modi fi cations qu'il 
«'•prouve à son occasion el celles qu'il lui fait éprouver 
à son tour. (Vest là proprement le domaine des 
Kcit'urt*^ t'f //t's artfi^ embrassé dans une troisième 

DIVISION. 

« Mois rintelligence humaine a sa vie propre; en 
nn^nic temps «[u'ellc cherche à étendre le champ de 
^rs «onnaissances, elle essaye de se traduire au 
«Icliors: (AW emprunte la forme du langage pour se 
iiionlrcr elle-mi^me comme une manifestation, le 
phis souvent d'un type rC'\6 par elle et qui réalise 
pins ou moins le henu en essence. Les éludes sur le 
lant^Mjjfe et sur les règles qui doivent présider aux 
rrralions di* l'esprit, les œuvres qui naissent sous le 
sounie (I(* rinU^lli^enee dans la vision d'un idéal 
(pH'lcon(iue, tout cet ensemble de connaissances 
el (le productions littéraires viendra se ranger, 
sous le litre de belles-lettres, dans une quatrième 

DIVISION. 

« l'^iilin, ai)rès Dieu, la justice, le monde exté- 
rieur, les manifeslalions plus ou moins brillantes de 
la pensée, Thomme veut connaître les destinées et 
de celle humanité dont il fait partie, et des choses 
mêmes qui l'environnent: il veut savoir les évolu- 
tions diverses qu'ont accomplies tant d'objets de ses 
spéculations ; après la notion, il veut le fait. Les 
xr,if>nrcyi ItUtoriquex, propres à l'éclairer à cet égard, 
se réuniront dans une clnouième division. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 317 

« Comme appendice, la biblioyraphie^ qui porte 
son flambeau investigateur dans toutes les parties 
de la science, aura sa place à part : sixième division. 

« Et, par une raison d'ordre, et de même qu'on 
réserve dans un vaste édifice des appartements pour 
la conservation des objets qui ne sauraient commo^ 
dément trouver place ailleurs, la polygraphie et les 
collections formeront la septième et dernière divi- 
sion. » 

Tel est, magnifiquement exposé, le plan du sys- 
tème de classification dit de Brunet, qu'en raison 
môme de son importance et de son universalité, 
nous allons continuer d'examiner, et que nous décri- 
rons, sinon complètement, du moins dans ses détails 
principaux. 

Ce système comprend cinq grandes divisions ou 
classes : Théologie, Jurisprudence, Sciences et 
Arts. Belles-Lettres, Histoire*. Chacune de ces divi- 
sions comporte un nombre de subdivisions plus ou 

\. La biblut'jvaphie^ que M. Gustave Mouravil, comme 
nous venons de le voir, place, sans doute par amour cl 
respect pour cette science qu'il possède si bien, dans un 
appendice spécial, et considère comme occupant une grande 
division, la sixième, ne forme, à vrai dire, qu'une sous- 
subdivision (le la cinquième classe, de I'IIistoirk (VI. 
Paralipomènes historicpies ; 0. Bibliographie : voir infra^ 
\). ôi^i.) De même la pohjyraphie et les cu/lertions, au lieu de 
former chacune, comme il vient encore d'être dit, une divi- 
sion spéciale, « la septième et dernière division », appar- 
tiennent toutes deux à la classe O. Belles-Lettres, dont 
elles fiM'menl les subdivisions VIII et IX. 



:US LE LIVRE. 

iiKiiiK I on>i<l('*riil»l«\ «lonl los premières sont indi- 
«|ui'v«» |i;ir «1«*^ diiffre^ romains. 

Vui«i U" labhsiu svnoplique de ces cinq grandes 
<li visions <iii rlassos avec leurs premières subdivi- 
>inii^. Kn trie do chaque colonne, nous avons ajouté 
mil' dr> rim| voyelles, de sorte que les cinq grandes 
«liNi'^ions sont n*speclivemenl représentées, selon la 
ini''llio(l(> suivie à la Kibliolhèque nationale (salle de 
Irrliim. pnr les voyelles A, E, I, O, U. On évite 
îiin^i. tlaii'^ la rédaction des fiches, de répéter sur 
rhîH'uin» «l»los la mention do la classe (Théologie, 
JiKi-iMM hF:\<:K, etc.), et Ton remplace cette mention 
jiai" la voyclh» (.'orrespondanle*. Ces voyelles majus- 
(•iil»'< ^niil «»xj>rinHV? en caractères gras, en égjrp- 
tienne ion jM^nrrait tout aussi bien employer des 
caracliTcs pmclirs, do Yilalique)^ pour ne pas Otre 
conroiulncs av(M' les majuscules servant, comme 
nous 1(* vcMTons tout à l'heure, d'indices aux troi- 
sirnios subdivisions. 

I. On i»oiirail do inomc, afin do faciliter la rédaction de?? 
lirlirs ol iU^ rôiinlarisor IVnsemblo du système, nuniérolor, 
«laiis la ciin|Mioino classe (U), les deux dernières sul)divi- 
sions à la suilo dos anlros : VII. Mklancîes et Diction- 

NAIIU:S KNCYCLOOKDinriCS; — ' VIII. XoTICK des I»RIN(:n»AL'X 

joi HNArx litti':iiaiim:s, scientifioik^ t.t politiques. — qui, 
dans lo lovlo de J.-Ch. IJrunel. no sont précédées d'aucun 
indice. 



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CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 



319 



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:V20 LE LIVRE, 

Ainsi <|iH' nous l'avons dit el que le montre le 
laMcNiii pivcôdent, les premières subdivisions des 
(•in«| i^n\in«l«'s r lasses sont indiquées par des chiffres 
nnimini^. Ces subdivisions sont à leur tour fraclion- 
nres en sous-subdivisions ayant pour indices des 
rlii/}Ve-'< arabes: ces secondes subdivisions donnent 
lieu de nn^me, s'il est nécessaire, à des troisièmes 
snlulivisions, marquées par les lettres majuscules de 
ralphabcl: puis ces troisièmes subdivisions, à des 
(|uali'iènios, précédées de lettres minuscules^. 

On conroil aisément, en effet, que ces fractionne- 
iiuMils puiss(Mit se prolonger presque à rinfini. 
Ainsi, dans la classe ou division histoire* (U), par- 
la^M'c rn six grandes subdivisions, la cinquième (V), 
TnisTonti: moderm:, est fractionnée, pour l'Europe 
seule, en (juinze sous-subdivisions ou secondes sub- 
divisions, indiquées par des chiffres arabes : 1. His- 
loire de France; — 2. Histoire de la Belgique; — etc.*. 

- r.a première de ces sous-subdivisions, 1 . Histoire 
(!(» France, est partagée à son tour en quatorze sous- 
sous-subdivisions ou troisièmes subdivisions, dési- 
gnées par les majuscules de l'alphabet : A. Géogra- 
phie ancienne et moderne; topographie; statistique; 

— H. Histoire celtique et gauloise; — G. Origine 

1. Ces minuscules. J.-Ch. Bruriet les exprime parfois en 
earaelèies romains, le plus souvent en ilalique. Nous avons, 
à l'occasion, uniformisé la marche, et employé partout, dans 
ce cas, la minuscule ilalique: a, h, c,... et non a, b. c,... 

1. Voir iti/rdj pp. 358-540. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 321 

des Français; établissement de la monarchie dans 
les Gaules; — D. Mœurs et usages; antiquités et mo- 
numents;... — 0. Histoire particulière des anciennes 
provinces et des villes de France. Nous avons de 
même, pour cette dernière troisième subdivision : 
a. Paris; — n bis. Résidences royales; — h. lle-de- 
Franco, Picardie, Artois; — c. Beauce, Orléanais, 
Blaisois, etc.; — (L Normandie; — etc. 

Plus une bibliothèque est nombreuse et variée, 
plus ces subdivisions sont nécessaires. C'est parce 
que J.-Ch. Brunet avait en vue « l'arrangement 
d'une grande bibliothèque formée sur un plan qu^ 
embrasse tous les genres* », que son système biblio- 
graphique est si développé et comprend tant de 
fractionnements et de ramifications. 

Comme suite au tableau précédent, voici un exposé, 
sinon complet, du moins suffisant pour avoir une idée 
exacte de ce système, et pouvoir cataloguer les livres 
d'une bibliothèque particulière, même de notable 
importance. Cette liste comprend in extenso les cinq 
grandes divisions, leurs premières subdivisions à 
chiffres romains, et leurs secondes subdivisions à 
chilfres arabes. Quant aux troisièmes subdivisions, 
indiquées par des lettres majuscules, et aux qua- 
trièmes, marquées par des minuscules, pour ne pas 
grossir cet ouvrage outre mesure, je ne les y ai fait 
figurer que partiellement, et je renvoie au Manuel 

1. Jacques-Charles Brunet, o/î. cit., t. VI, col. xv. 

LE LIVRE. — T. IV» ^V 



Mi LE U\"RE. 

■!•' lïniix-l. tome VI. lolroduction, colonnes xxvij i 
Ixij. ci*ux (les lecteurs qui désireraienl plus de pré- 
cisiiin el J>' "It-veloppi'mpnls. 

A. THÉOLOGIE 

I. K. KITLRE SMNTE. 

I . Tt'xte? et versions. 

■i. InUT|irt-les do l'Émlure saînlc. 

■. l'lMl..i..i.'iosa.;rée. 

H LlTlRIilK. 

I, rrail<'~ sur li-^ riles flcéréinonies'de rÉfflisc, 
ri |>rt[i'-i|>;deini-iil les oflicps divins. 

:J. ('.■■lli'L-Uuni de lit ui^ies en différentes langues. 

1^. Liliui,'ic> do< K^lises grecque*; et orientales. 

1. LLtiiri;ios de IKclise laline'. 

■ <. Lihiririi'^ gallicanes, 

*■'. Lilnririe mozarabe, et autres liturgies parli- 
.uliéivs. 

7. Liluriri<'* anirlicanes. 

III. Conçue^. 
1. Traités UuiclianI les conciles et les synodes. 
1. Collections de conciles. 
'i. Conciles eênéraux, 

l. Conciles nationaux, provinciaux el diocé- 
sains. 

1. Celle spclion -i poiiiTail iMi'c placi'c avant la sect[on 3. 
(Noie de J.-Ch. Brunel.) 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 323 

IV. Saints Pères. 

1. Introduction à rétudc des saints Pères. 

2. Collections, extraits et fragments d'ouvrages 
des saints Pères. 

5. Ouvrages des saints Pères grecs. 

4. Ouvrages des saints Pères latins et de quel- 
ques autres écrivains ecclésiastiques. 

5. Ouvrages des saints Pères arméniens. 

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V. Théologiens. 

1. Théologie^scolastique et dogmatique. 

2. Théologie morale. 

7). Théologie catéchétique*. 

4. Théologie parénélique* ou sermons, compre- 
nant aussi les homéhes, les prônes, etc. 

5. Théologie ascétique ou mystique. 

0. Théologie polémique. 

7. Théologiens chrétiens séparés de l'Église ro- 
maine. 

VI. Opinions singulières. 

1. Ochin, Postel, Bruno-Nolano, Beverland, etc. 

2. Illuminés et autres fanatiques. 

1. C'est-à-diro qui a rapport /i la catéchèse': « Instruc- 
tion orale sur les choses de rp^glise, par demandes et par 
réi)onsos » (d'où catéchisme). (Littrk, op. n't.y. 

'2. C'est-à-dire qui a rapport à la parénèse : « Discours 
moral, exhortation ». (Id., op. rit.) 



VII. BeUGION JURAÏeUE. 

Doctrines, cullc, inslitulioDS. 

VIII. RkLIGION des peuples ORIEKTAUX'. 

I. Recueil lie livres sacrés de dilTérenU peiipJes. 

i, Mahoniélisme. 

Ti. Magi^me ou religion des anciens Persans; 

Itridimanismc ou religion des Indiens. 
\. Itouddhisme et religions de la Chine. 
,">. Snbéisme, elc. 

IX. Ai'1"k\dil:e a l.\ tukologie. 

iiirrr-'ifi' pliilosoji/nqiies sur la dirinité et sur fes 

'■»'/-■.< rcliiji'-ux. 
I. Ht'-Ls!es t'I incrédules. 
:!. Alhéfs. 

E. JURISPRUDENCE 



A. llisloire de la législation et des tribunaux. 
H. Étude du droit. 

C. Philosophie du droit. 

D. nictioniiaires et traités généraux. 

I. L'Iiisloiro du paj-'anUme et celle des religions orien- 
Inles fnimcnt un appendice à l'hiâloire des religions. [Note 
de J.-Ch. Brunel-i Voir .n/^ci.p. 530 ; U. UcsToinE; — lU. His- 
toire DES RELIGIONS ET DES SUPERSTITIONS; — 2. Hisloire 

de^i religions, seconde partie: etc. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 325 

I. Droit de la nature et des gens. 

1. Traités généraux. 

2. Droit international. 

3. Ouvrages spéciaux qui se rapportent au droit 
des gens. 

IL Droit politique. 

III. Droit civil et droit criminel. 

1. Généralités. 

2. Droit des anciens peuples, autres que les 
Romains. 

5. Droit romain. 

4. Droit français. 

5. Droit maritime. 

6. Droit étranger. 

IV. Droit canonique ou ecclésiastique. 

1. Introduction; traités élémentaires, diction- 
naires, etc. 

2. Lettres des papes, canons, décrétales et 
bulles. 

3. Traités généraux sur le droit ecclésiastique, 
traités particuliers sur des matières cano- 
niques, et procédure contre les hérétiques. 

A. Juridictions ecclésiastiques de la cour de 
Rome. 



32ft LE LIVRE. 

f). Traités* pour cl contre Taulori té ecclésiastique. 

<). Klglise gallicane. 

7. Droit ecclésiastique étranger, et statuts des 

ordres religieux. 
X. Appendice : droit des Eglises non catholiques. 

I. SCIENCES ET ARTS 

* Introduction et dictionnaires. 

I. Sc.IKNCES PHILOSOPHIQUES. 

I. Introduction, histoire et dictionnaires. 

'i. Philosophie générale et mélanges. 

7}. L()fi^i(jii(\ 

i. Métaphysique. 

">. Morale. 

(i. Applications de la morale. 

A. Kcononiie. 
h. Politique. 

C. Économie politique, avec les applications 
de cette science à l'économie sociale. 

il. Sciences physiques et chimiques. 

1. Physique proprement dite. 

2. Chimie. 

111. Sciences natuiîelf.es. 

1. Généralités. 

2. Géologie. 



»r ■,_. * . 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 327 

0. Botanique. 

4. Zoologie, ou histoire naturelle des animaux. 

5. Mélanges d'histoire naturelle et de physique. 

6. Écarts de la nature; monstres; prodiges. 

7. Cabinets et collections d'histoire naturelle, 
préparation et conservation des objets. 

8. Appendice de l'histoire naturelle : agriculture 
et économie rurale. 

IV. Sciences médicales. 

1. Introduction. 

A. Histoire. 

B. Écrits sur la médecine et pour ou contre 
cette science. 

G. Dictionnaires et bibliothèques de méde- 
cine. 
D. Traités préparatoires à l'étude de la 
médecine. 

!2. Traités généraux, 
o. Anatomie. 

4. Physiologie. 

5. Hygiène. 

(). Pathologie médicale. 

7. Séméiologie, ou traité sur les signes des ma- ' 
ladies. 

8. Spécialités médicales. 

y. Thérapeutique; matière médicale, générale 

et spéciale. 
10. Médecine légale. 



:<28 LB LIVRE. 

1 1 . M^lan^es et journaux de médecine. 
Il^ dhirurgio» 

ir>. Pharmacie et pharmacopée; secrets de mé- 
decine. 
1 1. Médecine vétérinaire et traités d'hippiatrique. 

V. SciKNCESM.VTUÉMATIQUES. 

I. (lénéralités. 

A. Histoiro et traités préparatoires. 

h. Dictionnaires; traités élémentaires et géné- 

niux. 
Etc., etc. 

"2. iMalhcinati(juos pures. 

."►. Maliicinnlitpies appliquées. 

A. Calcul (les probabilités. 
II. Mrcaiii(|ii(». 
('.. Ash'ononiic. 

h. Opiiqiic. (Ho|)lrique, catoptrique et per- 
sjuMlivc. 

V, A ri inilitain». 

(i. Génie des ponts et chaussées; chemins de 
fer: canaux. 

VF. ApPKNHICE AIX SCIENCES. 



I. Philosophie occulte. 

A. Introduction et hisloire; diclionnaires. 
h. Cabale et magie. 

C. Apparitions, dénions, i)ossessions, exor 
cisnies, sortilèges et choses analogues. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 329 

D. Divination par les songes, par les signes* 
de la main, par les cartes. 

2. Alchimie. 

7). Astrologie, prédictions astrologiques et autres 
pronostications. 

VII. Arts. 

1. Mnémonique ou art de la mémoire naturelle 

et artificielle. 
!2. Ecriture et autres moyens de représenter la 

parole. 

A. Calligraphie, polygraphie, cryptographie, 

sténographie, tachéographie, télégra- 
phie, etc. 

B. Typographie. 

o. Beaux- Arts. 

A. Introduction, histoire, dictionnaires, philo- 

sophie des beaux-arts. 

B. Arts du dessin. 

a. Dessin proprement dit, litliographie. 

b. Photographie. 

c. Peinture. 

d. Gravure. 

e. Sculpture. 

f. Architecture. 

(1. Musique. 

1. Le texte de J.-Ch. Brunet [Manuel du libraire^ t. VI, 
col. XL) donne bien « Signes » et non : «lignes », comme Tin- 
fliquenl Edouard Holveyue, op. cit.y 5° édit., t. II, p. 50, et 
Jules Cousin, o]>. ct^,p. 01). 



x.\o 



LE Livnp. 



VllI. Al«l> MÉCAMOUES ET MÉTIKRS. 

I . liic'lionnuires et traités généraux, mélanges, 

^^\posilions. de l'industrie. 
-*. pyrotechnie : art de Tartificier; fonderie; 

vcrrerit», etc. 
r». Art de» tourner: industries manufacturières; 

travaux à Taiguille; métiers, 
i. Traités sur Tart culinaire. 

1\. KXEIICICES GYMN.VSTIQUES, 

I. Lull(» ci escrime. 

'i. K(|n liai ion. 

T). Nalalion. 

'i. Daii.-c. 

.*). (lliass(*s cl pôclu^fti. 

\. .Ii:rx DivKHS. 



O. BELLES-LETTRES 



i. LlNGL'Iî^TlOl i:. 

1. Inlroduclion. 

A. Rapports de récrilmo avec le langage. 

1>. Origine et l'ornialion des langues, étyino- 
logie générale. 

C (iranimaire générale el mélanges de gram- 
maire. 

1). Coni])araison des langues, alpliabels, gram- 
maires et vocabulaires polyglottes géné- 
raux. 



■I ._' * 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 331 

2. Langues eurc^éennes anciennes et modernes. 
7>. Langues asiatiques. 

4. Langi;es africaines. 

5. Langues américaines. 

n. Rhétorique. 

* lil lé Leurs. 

\. Introduction. 
2. Rhéteurs grecs. 

5. Rhéteurs latins anciens, et rhéteurs modernes 
qui ont écrit en latin. 

4. Rhéteurs français, italiens, espagnols et 

anglais. 

5. Rhéteurs orientaux. 

** Orateurs^. 

1 . Orateurs grecs. 

2. Orateurs latins anciens. 

o. Orateurs modernes qui ont écrit en latin. 

4. Orateurs français, italiens, espagnols et 

anglais. 

5. Orateurs orientaux. 



1. La distinction entre Rhéteurs et Orateurs est trop sub- 
tile, ces deux termes se confondent maintenant trop sou- 
vent, pour qu'une classification spéciale soit attribuée à 
chacun d'eux. — Je suis, autant que possible, la disposition 
typographique de Brunet, souvent bizarre ou vieillie. (A. C.\ 




111. l'OKSIE. 

• liiliodurtion et Irailég généraux sur la poésie. 

1 . Recueils de poésies en dilîérentes langues. 

'2. Poèlos grecs. 

Ti. Poêles lalins. 

■t. Poètes français. 

.■», l'oèles italiens. 

1). l'oètcs espagnols. 

7. Poètes portugais. 

X. Piièti's alleinantls. 

'.!. Poètes flamands et hollandais. 
III. PuMi'.s Scandinaves. 
1 1. Poèti-s anglais. 
11'. Porsii's écossaises et irlandaises. 
\Ti. Poèti'S illyricns, servions, roumains, hon- 
grois, bohoniiens, lithuaniens, csthoniens, 
polonais:, russes. 
I \. Poésie oi'ientale. 
Kl, Poêles hébreux et syriaques. 
10. Poêles arabes, persans, arméniens cl turcs. 
17, Poètes sanscrits, palis, htndoustanis, cinga- 
lais, eliinois et malais. 

III' PoKSTK (seconde partie). 
l'oi'itie ilraimditjui-. 

i. Histoire géni-rale des théâtres; écrits pour 

et contre le théâtre, et traités généraux sur 

l'art dramatique. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 333 

2. Poètes dramatiques grecs. 

f). Poètes dramatiques latins anciens. 

4. Poètes dramatiques du moyen âge et des 

temps modernes qui ont écrit en latin. 

5. Poètes dramatiques français. 
G. Poètes dramatiques italiens. 

7. Poètes dramatiques espagnols. 

8. Poètes dramatiques portugais. 

9. Poètes dramatiques allemands et hollan- 

dais. 

10. Poètes dramatiques danois et suédois. 

1 1 . Poètes dramatiques anglais, etc. 

12. Poètes dramatiques illyriens, polonais et 

russes. 
15. Poètes dramatiques turcs, indiens, chi- 
nois, etc. 

IV. Fictions en prose. 

1. Apologues ou fables en différentes langues. 

2. Romans, contes et nouvelles. 

A. Histoire des romans et collections de 

romans. 

B. Romans grecs. 

C. Romans latins, anciens et modernes. 
I). Romans français. 

E. Romans italiens. 

F. Romans espagnols, 

G. Romans portugais. 

H. Romans allemands, hollandais, flamands. 
Etc., etc. 



.Vi'pKNDic»; AU tithe IV. 

1. Fan'-IÎPspl pi^es burlesrjues. 
ï. l>i!'st'rlalions singulit'res, plaisantes el en- 
j ou (.•??. 

A. Difl'i^ronlfi sujets. 
H. llisKt>r(ntions 8ur l'amour. 
<:. Ouvraf^B erotiques. 

1>. Traitt.^sKinfïutici'spourct contre les femmes, 
sur le mariage, etc. 

V. l'ini.oLOGiK. 

I. l'Iiilolii^'LC proprement dite. 

■J. Saliri'-i f,a'iu'rales et satires personnelles. 

Ti. lliioiiiiiincFi : sentences, apophtegme)^, ain- 

tfi's. proverbes, 
1. [iiiiis ni()ts, ana, pensées, etc. 
,'i. Syinljiilfs, emblèmes, devises et énigmes. 



VII. l-;i>LSTOI.Ml.KS. 

I. Kpistolaires grecs. 

i. Kpislolai les latins anciens, 

r.. É|)istolaires modernes qui ont écrit en latin 

■i. Kpislolaires français. 

-■>. Épistolaires italii'ns, espagnols et portugais, 

fi, Épislolàires nliemands et anglais, 

7. Épistolaires orientaux. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 335 

VIII. POLYGRAPHES. 

1 . Polygraphes grecs. 

2. Polygraphes latins anciens. 

0. Polygraphes modernes qui ont écrit en latin. 

4. Polygraphes français. 

5. Polygraphes italiens. 

6. Polygraphes espagnols et portugais. 

7. Polygraphes allemands. 

8. Polygraphes danois, suédois, russes et hon- 

grois. 
1). Polygraphes anglais et anglo-américains. 

IX. Collections d'ouvrages et d'extraits de diffé- 
rents auteurs; recueils de pièces; mélanges. 

1 . Collections d'ouvrages anciens en grec et en 

latin. 

2. Collections d'ouvrages écrits en latin par 

des modernes. 

T). Collections et extraits d'ouvrages français. 

A. Collections et extraits d'ouvrages italiens, 
d'ouvrages espagnols et d'ouvrages por- 
tugais. 

h. Collections et extraits d'ouvrages allemands. 

0. Collections et extraits d'ouvrages anglais et 
anglo-américains. 

7. Collections et extraits d'ouvrages hébreux, 
arabes, persans. 



;:)« LE UVBE. 

s. Itei-itciU d'ouvrages en dilTéreiits dialectes 
initions, in do -chinois, chinois, etc. 

U. HISTOIRE 

I. I'liOI.LIIOMI'JM^S HISTOltlQUES. 

1. Troilés sur la manière d'écrire et d'étudier 

riiisloire; philosophie de l'histoire; atlas 
historiques; dictionnaires. 

2, Géofïraphie. 
■J-.V..vagi's. 

7t. i:iirori()h>ii;ic. 

II. HlSHmiËlNlVEliSlil.l.E, A>"CIK>MCET MODERNE, 

I. ATicicnncs chroniques générales. 

'.'. Ouvrages sur l'histoire universelle, écrits 
di'piiis le commencement du xvi^ siècle. 

Ti. Traités particuliers relatifs à l'histoire uni- 
verselle; mœurs et usages. 

III. IllSTOIIIE DES liELIGIONS ET DES SUPERSTITIONS. 

1 . Hisloire générale des religions. 
A. Iliîilnire de TÉgliso chrétienne. 
H. llisLoir-e générale et parliculière des hérésies 
et dos scliismes, 

"2. Histoire des religions, seconde partie ; his- 
toire des religioi>s païennes (le polythéisme 
et le panthéisme), considérées sous le 
rapport mythologique. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 337 

IV. Histoire ancienne. 

1. Origines des nations. 

2. Histoire générale et particulière de plusieurs 

peuples anciens. 

0. Mélanges historiques : civilisation, gouver- 

nement, etc. 
A, Histoire des Juifs. 
T). Histoire des Phéniciens, des Babyloniens, des 

Égyptiens, des Perses et de quelques 

autres peuples anciens. 
(). Histoire générale et particulière de la Grèce. 

7. Histoire de l'Italie avant les Romains. 

8. Histoire générale et particulière du peuple 

romain et de ses empereurs. 

IV* Appendice a i/histoirk ancienne. 

1. Histoire byzantine ou du Bas-Empire. 

2. Histoire des migrations des Scythes, des 

Goths, des Visigoths, des Huns, des Van- 
dales, etc., et de leurs invasions en Europe 
pendant les [)remiers siècles de Tère chré- 
tienne. 



LE LIVKK. — T. IV. 



^^1 



V. lIisTOini; MODEn>E. 

rtrilél-'iUlé". 

Kiiri>[ic'. 

A. Itinéraires généraux. 
11. Histoire générale de l'Europe, etc. 
Etc-, cti-. 

I. Histoire de France. 

.\. néoni-apliie ancienne et nfoderne; topogra- 

pliie; statistique. 
I!. Histoire celtique et gauloise. 
i;. (Iripiiie des Français; établissement de la 

monairliie dans les Gaules. 
1». Mienrsel usages; antiquités et monuments. 
!■:. Histoir<' gém raie sons les trois races des 

I'. C.illi'clious de cliri>nii(neK ft de m<''inn]t'efi 

i;. CiHiTtioiis ilr dissertations particulières: 
ifiiu'ils de di|)lùmefi et de cliartes. 

11. Mélanf-'L's liisloriqucs. 

J. tluvrat-'cs qui se rapportent à l'histoire géné- 
rali" de i-orlaines époques. 

K. Histoire particuliiM'e de la France sous 
cliaqne rviiuc. 

L. Histoire royale et princière, conleuaitt les 
orij^iiies. les gt-néidogies, titres, préroira- 
tives. elr.. des rois: droits de la couronne 
sur divers filais: liisloire des princes 
issus ilu s.ing royal, et celle des reines. 

1. Pnis'iit'il y n ri-.io^i>oiis iIcik osh'risijUL',^ (ievaiil A^-u: 
Irrits (Icv.iat Afiûiiie. elr.. il eiil vU- li)!;ii|ne il'oii ineltr<> un 
i.lcïarit Knrojio. i.\. i:.i 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 339 

M. Cérémonial français. 

N. Mélanges d'histoire politique et civile de 
France. 

0. Histoire particulière des anciennes pro- 
vinces et des villes de France. (On pour- 
rait ajouter à chaque paragraphe les 
noms des départements qui y corres- 
pondent.) 

a. Paris. 

a*''\ Résidences royales. 

6. Ile-de-France, Picardie, Artois. 

c. Beauce, Orléanais, Blaisois, etc. 

d. Normandie. 

c. Maine, Touraine, Anjou, Poilou. 

f, Bretagne. 

g. Nivernais, Bourbonnais," Berry. 
h. Champagne. 

i. Bourgogne et Franche-Comlé. 
Etc., etc. 

2. Histoire de la Belgique*, contenant les 
anciennes provinces de Brabant, de 
Flandre, du Hainaut, de Namur, de 
Luxembourg, de Limbourg, du pays de 
Liège, et la Hollande. 

2*. Histoire de la Belgique, seconde partie : 
Hollande. 

i. Le texte de Brunet — qui, malgré les mérites de l'im- 
primeur-éditeur Firmin-Didot, est loin d'être aussi correct 
et aussi convenablement disposé qu'il le faudrait — donne 
ici « Histoire belgique » (avec un b minuscule), et plus bas: 
« 2*. Histoire Belgique « (avec un grand B, et sans : de la). 
On pourrait d'ailleurs, pour plus de simplicité et de, clarté, 
supprimer cette subdivisrioii 2% (jui se confond avec la pré- 
cédente (2), ou la réserver à la Hollande exclusivement. 



ÏO IJ-: LIVBE. 

5. Histoire (l'ilalie. 
■i. iii^tolrcdostlcs loaienaes, de la Sardaigne, 

(11- la Corse el de l'Ile de Malte, 
y. Ilisloire de la Suisse. 
«. Histoire d'Espagne. 
7. Histoire de Portugal. 
7". Histoire des Iles Baléares, etc. 
H. Histoire d'Allemagne. 

M. Histoire de la Grande-Bretagne et de l'Ir- 
lande. 
Kl. Histoire Scandinave. 
1 1. Histoire de l'empire des Bussics. 
l'J. Histoire de la Pologne, de la Lithuanic et 

de l'Ukraine, 
I.". Histoire générale de l'empire ottoman, avec 
l'histoire des possessions turques en Eu- 
rope, y compris la Moldavie, la Valachic, la 
ISulgiU'ie t'I la Servie. 
1 1. Histoire de la Grèce cl de ses iles. 
!.■>. Histoire des hordes nomades, vulgairement 
nommées Bohémiens, qui parcourent l'Eu- 
rope, et auxquelles on suppose une ori- 
gine indienne. 
■|- Mélunyes i'elati/s à ridatoirc de l'A sic; de l'Afrique 
ni de l'Amérique, conipremml C histoire générajn 
deii culunies iiioderne^ fondées par les Européens. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 341 

** Asie. 

1. Histoire générale. 

2. Histoire des Arabes et de rislamisme. 

7). Histoire des possessions turques en Asie, 
y compris la Syrie et l'Arménie. 

4. Histoire d'une partie du littoral de la mer 

Caspienne et des contrées caucasiennes. 

5. Histoire de la Perse, du Caboul, du Tur- 

kestan, etc. 

6. Histoire de Tlnde. 

7. Histoire de l'Archipel indien : Ceylan, Su- 

matra, Java, les Philippines, etc. 

8. Histoire d'une partie de l'Asie centrale et 

septentrionale, comprenant l'Inde au delà 

du Gange, le Tibet, la Mongolie et la 

Tartarie. 
0. Histoire de la Chine et de la Corée. 
iO. Histoire du Japon. 
i 1 . Histoire des possessions russes en Asie. 
112. Appendice à l'histoire de l'Asie : Australie, 

Nouvelle-Zélande, Polynésie. 

*•* Afrique. 

1 . Histoire générale. 

2. Histoire de l'Egypte et de la Nubie. 

T). Histoire des États barbaresques, y compris 
l'Algérie. 



t4:i LE UVRË. 

-{. Hisluirc dos régions centrales, des riions 
ofoidenlales et des régions orientales de 
l'Afrique, 
•'i. llisluirc des Iles d'Afrique. 

Les deux Amériques. 
1. Histoire générale. 
1'. Amérique septentrionale. 

5. Iles Antilles. 

1. Anii-rique méridionale. 

VI. l'AHAI.lI'OMfcNKS niSTORIQlîES. 

1. lliHloiro de la clievalerie et de la noblesse. 
-', llisloircdes solennilés, pompes et cérémonies 

publiques. 
Ti. Archéologie. 

T)', Arcbéologie, seconde partie : Archéograpbie. 
\. Histoire lilléraire. 
■'>. Biographie, et spécialement la biograpbie 

littéraire et celle des artistes. 

6. Bibliogrupbie. 

A. Introduction. 

B. Trailés gOnérnux sur les livres, sur les 

hibijotlièques, leur histoire, et sur les 
devoirs des bibliothécaires. 

C. Histoire de l'imprimerie. 

D. Bibliographesg'énéraux, bibliothèques choi- 

sies, traités et dictionnaires des livres 
rares, mélanges bibliographiques. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 343 

E. Catalogues des livres des bibliothèques 

publiques et des collections particulières. 

a. Livres manuscrits. 
ff. Livres imprimés. 

F. Bibliographes spéciaux, 

a. Sur les ouvrages anonymes; sur les ouvra- 
ges condamnés. 

b. Dictionnaires, etc. 

G. Mélanges et extraits historiques. 
Mélanges et Dictionnaires encyclopédiques. 
Notice des principaux journaux littéraires et 

SCIENTIFIQUES [eT POLITIQUES]. 

I. Journaux français. 

a. Gazettes, journaux purement httéraires, 
et journaux politiques et littéraires. 

6. Journaux bibliographiques. 

0. Journaux religieux. 

(/. Journaux relatifs à la jurisprudence et à 
l'économie. 

e. Journaux scientifiques. 

f. Journaux relatifs aux beaux-arts, aux arts 

et métiers, etc. 

g. Journaux géographiques et historiques. 
Etc., etc. 

II. Journaux écrits en latin. 



111. Journaux étrangers. 



3'.;» 



LE LIVRE. 






Pour applicpior re syslèmo do classincation, dont 
ïun\< vouons de Iraror les grandes lignes, prenons 
r^x-rniplo qui nous a déjà servi à fjropos du catalogue 
nlpl)iil>rli(jne, soit un exemplaire de V Histoire de 
l*iin< ile hulîuire, dont il s'agit de déterminer la 
coh» <lu ralalogue méthodique. 

\oii^ rlirnlions dans la classe U. HISTOIRE; 
n<ni< nous arrélons à V. Histoire modkhne, puis à I 
lli-«loii(' <lr France, ensuite à (). Histoire particulière 
(lr< îinrirnni^s provinces et des villes de France, et 
cnlin à a. Paris. La fiche de celle Ilifilnifc (Jo Paris 
porlcra donc les mentions suivantes : U V I 0«. 

l/ouvraiic (nom <!(» l'auteur, titre, etc.) étant in- 
sciil sni' le registre ({(^nlrée, comme il a été spécifié 
à pi'opos du calaloguc* îdphahétique', nous l'inscri- 
V(MissMrle rcij^istre du catalogue méthodique afTecté 
à riIisUHre de Paris. Théoriipiement, chaciue subdi- 
vision des rïiu[ grandes classes (A, E, I, O, U), 
qn(» c(Mt(» subdivision soit marquée par un chifTre 
romain, un cjiiirre arabe, une battre majuscule ou 
une l(4lre minuscuhî (U — V 1 ()a), devrait avoir son 
n»gislre ou cahier spécial, aussi bien (jue sa section 
tlislincte dans la boîte à fiches du catalogue métho- 

1. Snprn, pp. titiU-tiâO. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 345 

clique* ; mais on se rend bien compte que nombre de 
ces sections se réduiraient parfois à très peu de 
chose, sinon à rien, et que, pour la plupart des cas, 
môme dans une bibliothèque importante, il est plus 
pratique et plus simple de s'arrêter, sinon à la pre- 
mière, du moins à la deuxième ou à la troisième sub- 
division*, de réunir, par exemple, dans un même 

1. Ces registres ou cahiers ne font pas double emploi avec 
les fiches du catalogue méthodique. D'abord, dans chaque 
section de ce catalogue, les fiches sont rangées d'après leur 
mot d'ordre, c'est-à-dire par ordre alphabétique; tandis que 
les ouvrages sont inscrits sur les registres ou cahiers des 
sections dans l'ordre où ils arrivent. En outre, les registres 
ou cahiers des sections du catalogue méthodi(iue servent à 
fournir, j)our chaque ouvrage nouvellement reçu, le numéro 
d'ordre à joindre à la cote, de môme que le ou les registres 
d'entrée (un par format) fournissent, pour cha((uc nouveau 
volume, le numéro d'ordre du catalogue alphabétique. Ces 
l'ogistres ou cahiers des sections sont, en d'autres termes, 
au catalogue méthodique ce que le ou les registres d'entrée 
sont au catalogue alphabétique. Enfin, dans une bibliothèque 
publique, les fiches des deux catalogues, renfermées dans 
leurs boites Bonnange, peuvent être laissées à la disposition 
des lecteurs, tandis que le ou les registres d'entrée et les 
rcgisti'es ou cahiers des sections, documents adminisiratifs, 
i*est<Mit à portée de l'employé chargé du cataloguement 
et ne doivent servir qu'au personnel de la bibliothè(iue. 

2. C'est aussi ce que dit M. Léopold Demslk {op. cit., 
p."»): « ... Il conviendra de distribuer (ces caries ou fiches) 
dans les difi'érentes divisions, subdivisions et paragraphes 
d'un cadre bibliographi(iue, plus ou moins détaillé, dont le 
Manuel de Brunet fournit le modèle le plus souvent adopté 
en France. Ce modèle pourra toutefois être simplifié dans la 
plupart des cas. Ouel (jue soit le cadre adopté, il est bon de 
ne ])afi jtousser le elnssement mêHiodique jusqu'aux dernières 
ra ni ifwa lions.... » 



34»; LE LIVRE. 

rririvin^ rili>liiirr «lo Paris (UV10«) à THisloire 
paiiiruliên» dos anciennes provinces et dos villes de 
Franct* (U V l O). «ronfondre mc^mc ces deux rubri- 
ijiirs <lan^ rilisloire de France (U V 1). Le nombre 
des n'iifistrcs ou cahiers des sections dépendra, en 
d'au 1res Icriues, de la bibliothèque même, de son 
^cnrc, de ses acquisitions, du nombre de livres 
qu'clN» possctle ou est appelée à posséder dans telles 
ou telles ma Hères, c'est-à-dire dans telles ou telles 
divisions, subdivisions, sous-subdivisions, etc., de 

son e;it;d(>i^u<*. 

Va\ -supposant doue que Touvrage en question, cet 

exein[)I;ûrede V Histoire de Paris de Dulaure, soit le 

soixîuile-deuxièine inscrit sur le registre du catalogue 

inéllnxlique alï'ecté à la subdivisions, nous aurons 

pour la (.oie : 

U V 1 O a 

S'agil-il de cataloguer le Théâtre de Racine?Nous 
prenons la classe O. BELLES-LETTRES, puis la 
division Poksii: el son appendice III*. Poésie dhama- 
TiQLi:, et nous nous arrêtons à 5. Poètes dramati- 
ques IVançais. Nous inscrivons l'ouvrage sur le re- 
gistre ou cahier du catalogue méthodique affecté à 
cette section, et, on supposant qu'il y reçoive le 
numéro 8lM), nous avons la cote : 

O iir : > 



CATALOGUES ET CFASSIFIGATION. 347 

Dans les bibliothèques publiques, comme nous 
l'avons dit*, on supprime d'ordinaire, faute de place, 
sur l'étiquette collée au dos du livre, l'abréviation 
N^ et l'on écrit : 

UVlOa , O 111*5 

Très fréquemment il arrive que le même ouvrage 
peut être classé à plusieurs endroits, c'est-à-dire 
qu'il traite de matières différentes et intéresse plu- 
sieurs branches des connaissances humaines. Dans 
ce cas, on le catalogue dans la section (division, sub- 
division, sous-subdivision, etc.), qui paraît la plus 
directement intéressée, et l'on place dans les autres 
des fiches de renvoi. Ainsi, et selon la remarque de 
J.-Ch. Brunet lui-même', « les ouvrages sur le Ma^ 
riage se placent dans neuf classes différentes, selon 
le point de vue sous lequel le sujet est traité. Le ma- 
riage, considéré comme sacrement, appartient à la 
Théologie et au Droit canonique; — comme acte 
civil, et pour ce qui regarde les droits réciproques 
des époux, au Code civil; — quant aux infractions 
qui y sont faites, au Gode pénal; — considéré dans 
les devoirs des époux, à la Morale ou à l'Économie ; 
— dans ses rapports avec la population, à l'Écono- 
mie politique; — sous le rapport médical, à la Mé- 

1 . Supra y pp. 244-245. 

2. Op, rit., t. VI, col. XV. 



:^^8 LE LIVRE, 

ilofiiii'; — commp appartenant aux mœurs el aux 
iisjiKi's <li's nni'icns, aux Antiquités; — enfin, envi- 
sîifîr- ()ii côW: plaisant, aux Facéties. » 

OnanI anx pulygraphes (Voltaire, Diderot, Jean- 
Jni'i|uos ItouRsrnu, de), nous avons vu qu'ils for- 
ini'nl uno snbilivision spéciale de la classification dt 
ISriiui-l (O VIII). La Bibliothèque nationale, comme 
nous II- ritiislalerons tout à l'heure, les classe aussi 
sous uni' mi^me rubrique (Z). 

Il y a des litres trompeurs, qui peuvent être diffé- 
n"nimf'iit interprétés ou ne répondent nullement au 
l'iinli'nti (les mivrapes. Ainsi il ne faudrait pas clas- 
ser lo Jin-'Un '/''S t-ncines t/rfcques de Lanoelot dans 
l'Ile. rliriiltun'; ni dans la Médecine le Traité des 
/?((.;i";(s(inulbéniatiqiies) du géomètre écossais Mac- 
L;iuriri', on VHi'^loin' <le In Diète de Po/o^w^; ni dans 
l;i Théulufïio les Mihunii-p'i pour servir t) l'histoii-p de 
lu Viih'lli\ roniine l'a fait jadis un libraire, aussi 
ij;nin!iiil qiiiiTévérenciens, chargé d'inventorier la 
bihliollirqin' de Lamennais'; ni dans la <îéograpbie 
les Vdj/iii/ff lilléniiirx sin- li-s i/tmit de Parisôe Fon- 
laine de Hesbecq; etc. 

[. C.r. Naml-h. .l/.<»i<e) du hiUhth^raire. |i. 25. 
'J. C.r. Li'oii llK\^F.T,/e Wi/tmciir rfc(.( r(ifo(le,Pr.'race,i).l. 
il'ai'is. l.il)i-.-iirie il<v bil)li'>|ihjli-s. iSWi.) 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 349 



* 



Les systèmes de classification bibliographique 
sont, nous l'avons vu*, très nombreux. Étroitement 
rattachés qu'ils sont à l'inventaire général et à la 
méthodique coordination des connaissances hu- 
maines, il faudrait, pour en faire une étude complète, 
remonter jusqu'à Aristote (384-322 av. J.-C), l'ency- 
clopédie vivante de l'antiquité; rappeler le Noviem 
Organum du chancelier Bacon (1561-1626), et son 
mode de dénombrement et de classement de nos 
connaissances suivant ces trois facultés : 1** Mémouie 
(Histoire, etc.); 2** Raison (Philosophie, Mathéma- 
tiques, etc.); 3^ Imagination (Poésie, Beaux- 
Arts, etc.), que d'Alembert a repris et si brillam- 
ment développé dans son Discours prélwiinaire de 
V Encyclopédie, Il faudrait ne pas omettre surtout les 
lois promulguées de nos jours par Auguste Comte, 
sa loi d'évolution notamment ou loi des trois étals: 
état théologique ou fictif, état métaphysique ou 
abstrait, élat positif ou scientifique; ni sa classifica- 
tion des sciences : mathématiques, astronomie, phy- 
sique, chimie, biologie ou science des corps vivants, 
et sociologie ou science des sociétés*. 

En nous en tenant strictement aux bibliographes, 

\. Siipra^ p. 500, note \. 

"1. Cf. Auguale Colite, Cours de philosophie positive, passim. 



3o0 LE LIVRE. 

il faudrait citer, outre les premiers classements et 
1rs essais dont nous avons parlé", qui ont inspiré, 
voire enlanlé la classification de Brunet, le système 
de Parent aîné*, celui du marquis de Fortia d'Ur- 
han"'. «le l'Anjj^lais Bentham*, qui avait si joliment 
imaginé de classer les livres d'après le bien-être 
qu'ils peuvent procurer, du bibliothécaire belge Na- 
niur\ d'Aimé-Martin', de Tabbé Girard, de Gabriel 
Peijjfnol. de ('amus, d'Ameilbon, Massol, Coste^, etc. 
Kn insérant celui de Jacques-Charles Brunet, le 
plus réputé et le plus usité de tous, nous avons 
vcMilu (loiMKM* une idée type de ces méthodes, cha- 
cun restant libre de modifier à sa convenance, de 

1. Sti]fni, ]»|». 50(i el siiiv. 

*J. pAHiNT (.lîiK';, K.^saî mir la bibliographie et sur les lalem 
(sio ihi hihlinthci'airc, pp. 4(>-r>0. (Paris, an IX. In-8.) 

.". 1 OI5TIA n'L'r.iJAN {iniiVi\uiy^ DE), Nottveaii Syslènie de biblio- 
tinifiliir al}>hiibétiijue. 2«^ c(Jil., précédée par des considéra- 
lions sur rorlhoi^naphc fran(;aisc.... (Paris, 1822. In-12.) 

■4. Jérrniio Bkntifam, lissai sur la nomenclature et la classi- 
fîralion des prinriitales foajiches d'art et de science. (Paris, 
I8'25. In-S.) C.r. la (irande Encyclopédie, art. Bibliographie, 
l. VI. p. <)I2. 

T). Namuh, Manuel du bibliothécaire^ pp. 57 et 243-270. 
(Bnixolles, 185i. In-8.) 

6. Afmk-Martin. Plan d'une bibliothèque universelle..., suivi 
du Cahflof/ar des che/'s<Vœuvi^e de toutes les langues, pp. 538- 
ôiô. (Paris, 1X57. In-8.) 

7. <:r. LAiîorssi:, oy>. cit.. art. Catalogue. Voir aussi une 
« Lislc chronologique des systèmes bibliographiques et des 
ouvrages qui en sont le déveloj)pement » ap. Ferdinand De- 
nis, P. Pinçon, el di: Maiîtonne, Xnuveau Manuel de bibliu- 
ijvaphic unioersc/le, t. I, préface, i>p. x-xvi. (Manuels Horel: 
Paris, RorcI, 1857. 5 vol. in-I8.) 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 351 

développer ou de restreindre selon ses besoins, 
selon le genre et la ou les spécialités de sa biblio- 
thèque, les diverses subdivisions et sous-subdivi- 
sions de ce système. 

Nous allons en passer rapidement en revue quel- 
ques autres, choisis parmi les plus caractéristiques 
et les plus importants, qui pourront également ser- 
vir de base, de modèle plus ou moins rigoureux, pour 
la mise en ordre et le cataloguement de toute col- 
lection de livres. 

BIBLIOTHÈQUE NATIONALE. 

M. Léopold Delisle, administrateur général hono- 
raire de la Bibliothèque nationale, trace en ces 
termes l'exposé du classement des livres de cet éta- 
blissement* : 

c Les livres imprimés de la Bibliothèque natio- 
nale sont répartis en trente grandes divisions, dont 
chacune a pour marque caractéristique une grande 
lettre de Falphabet, accompagnée ou non d'une 

1. IS'otesurles catalogues de ta Dibtiothèque nationale, pp. i-2, 
(Lille, Dancl, 1889. Iii-8, 15 pp.) Il s'agit ici des hnpriméSj 
de la salle de travail, accessible seulement aux personnes 
munies de cartes spéciales délivrées par le secrétariat de la 
Bibliothèque. Pour la salle de lecture, salle publique, dont 
les volumes sont distincts de ceux de la salle de travail^ la 
Bibliothèque nationale emploie, comme nous l'avons dit 
(l).318), la classification de Brunet, avec les indices respec- 
tifs A, E, I, O, U pour les cin(i grandes classes : Théoloirie, 
Jurisprudence, Sciences et Arts, Belles-Lettres, Histoire. 



3&2 I.E livre;. 

étoile, d'iui chiffre ou d'une minuscule. En Toici le 
tableau : 

A. Ki-riliiro sainte. 

lî. Liturgie et conciles. 

C. Pi-rcs (le rÉglisc. 

1). Thoolofïie ic»fUoli(iiie. 

U-. Tliéolugie non catholique. 

K. Droil canon. 

' E. Droit de la nature et des gens. 

F. Droit civil. 

(i. tico^raphic et llisloirc générale. 

11. llisloirc eculési astique. 

J. llisloirc iincicniic ; Grecs, Byzantins, Turcs. 

Uoniains. .Viiliquitcs. 

K. Histoire d'ilalio. 

L. llisloirc de l'rance, 

M. Histoire dWUeinagne, des Pays-Bas, des 

I)ays (lu Nord cl de l'Est de l'Europe. 

N. Histoire de la Gninde-Rretagne. 

O, llisloirc d'Espagne et de Portugal. 

()'. Histoire d'Asie. 

O^. Histoire d'Afrique. 

P. Histoire d'Amérique. 

P'. Histoire d'Océanio. 

Q. lîihliographic. 

H, Sciences philosophiques, politiques, écono 

iniques, morales et physiques. 



'V 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 353 

S. Sciences naturelles. 

T. Sciences médicales. 

V. Malhémaliques, sciences et arts. 

Vm. Musique. 

X. Linguistique et rhétorique. 

Y. Poésie et théâtre. 

Y*. Romans. 

Z. Polygraphie. » 

BIBLIOTHÈQUE 
DE L'UNIVERSITÉ DE FRANCE. 

I 

(SORBONNE *.) 

Cadre de classemeut. 
B. Bibliographie. 
B. G. Bibliographie générale. 

B. S. b. Bibliographie spéciale (bibliothè- 
ques). 
B. S. r. Bibliographie spéciale (répertoires). 
B. S. a. Bibliographie spéciale (amateurs). 

I. Nous avons vu (p. 313) que « la division adoptée pour le 
classement des matières » dans les bibliothèques universi- 
taires (autres que la Sorbonne) est celle de J.-Ch. Brunet. 
Pour le cadre de classement de la Sorbonne, nous ne don- 
nons non plus que les grandes lignes, en suivant les dispo- 
sitions typographiques adoptées par M.Albert Maire, biblio- 
thécaire à la Sorbonne, dans son Manuel pratique du biblio- 
ihécaire, pp. 224-229, où se trouve le texte complet de ce 
classement : grandes divisions, petites capitales ; — pre- 
mières subdivisions, italiques; — deuxièmes subdivisions, 
romain (bas de casse). 

LE L/VJ«ii'. — T. IV. ""^^ 



354 


I.E LIVRE. 




T. Théologie. 


T. É. 


Théologie. Écriture. 


T. K. l. 


Textes. 


T. É. V. 


Versions. 


T. K. e. 
T. É. e. a. 


Exégèse. 

ExC'fïèse de l'Ancien Teslamenl. 


T. L. 


Lilmyie. 


T. L. f,'. 
T. !.. p. 


Lilui^ie générale. 

Liturgie particulière. 


T. C. 


Concil'-s. 


T. S. 


^niiilu Pèrrs. 


T. I'. 
T. 1'. 

T. U. 


Thi-iilngion-i. 

Polémique. 

Ilktoire (•rrU-iinstiiitic. 


T. D. 


Dfnit ration. 




S. Sciences. 


S. D. 
S. P. 
S. (i. 


Di'-lkinnaircs. Encyclopédien. 
Scii'.nr.fs phi/osophiques. 
Sciences politiques cl gouwrm'.mc 
Iules. 


S. N. 


HciencfS nalurcUes. 


S. M. 


Scii'itrc^ mêilicnles. 


S. 0. 


^VvVHa-.. ocrulu-s. 


S.1-. 


Sciences physiques. 



( 


:'ATA[.OGUES ET CLASSIFICATION. 355 


s. X. 




Mathématiques pures et appliquées. 


S.A. 




Beaux-Arts. 


S. I. 




Arts industriels. 


S. J. 




Journaux scientifiques. 
L. Littérature. 


L. P. 




Philologie. 


L. P. 


C. 


Philologie générale et comparée'. 


L. P. 


0. 


Philologie orientale. 


L. P. 


0. s. 


Philologie orientale, sémitique. 


L. P. 


ce. 


Philologie celtique. 


L. P. 


g- 


Philologie grecque. 


L. P. 


1. 


Philologie latine. 


L. P. 


f. 


Philologie française. 


L. P. 


f. p. 


Philologie française, patois (dialec- 
tes). 


L. H. 




Histoire littéraire. 


L. D. 




Traités didactiques. 


L. M. 




Littérature du moyen âge. 


L. G. 




Littérature grecque. 


L. L. 




Littérature latine. 


L. L'. 




Littérature latine moderne. 


L. F. 




Littérature française. 


L. F. 


c. 


Collections. 



1. Le texte de M. Albert Maire (op. rit., p. 22t)) donne 
Philologie générale et composée ». 





356 


LE LIVRE. 


L. F. p. 


Poètes. 


L. F. pp. 


Patois. 


L. F. 1. 


Théalre. 


L. F. o. 


Orateure. 


L. F. r. 


Romans et contes. 


1.. F. K. 


Genre divers, lettres, dialogues 




poèmes. 


L. F. 1,. 


Polygraphes. 


L. É. 


Littérature étrangère. 




H. Histoire. 


11. U. 


Histoire universelle. 


11. U. i. 


Introduction. 


II. U.c. 


Ciironologie. 


II. U. h'. 


Histoire générale. 


II. A. 


lltsioire ancienne. 


H. A. g. 


Histoire générale de l'antiquité. 


II. M. 


Histoire moderne de l'Europe 




{France exceptée). 


H. M. g. 


Histoire générale. 


II. M. i. 


Italie. 


H. M. e. 


Fspagnc 



Sic, bien <)u'lI j ait |i)us bas H. A, g. Histoire général 
intiquilé, H. M. g. Hii-loirc moderne générale, etc. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. . 357 
H. F. Histoire de France,. 



H. F. c. 


Collections. 


H. V. g. 


Histoire générale. 


II. F. 0. 


Origines, Mérovingiens, Carolin- 




giens. 


H. F. ca. 


Premiers Capétiens, premiers Va- 




lois. 


H. F. V. 


Deuxièmes Valois. 


II. F. h. 


liourbons. 


H. F. r. 


Révolution. 


H. F. e. r. 


Empire et Restauration. 


H. F. p. 


Histoire des provinces. 


H. F. m. 


Histoire municipale. 


H. F. i. 


Institutions. 


H. V. 


Géographie et voyages. 


H. V. a. 


Atlas. 


H. L. 


• 

Législaiion, 


H. yR. 


Archéologie, 


H. J. 


Journaux et recueils littéraires his- 


V 


tonques. 



M. Musique (Partitions). 

U. Universités françaises. 



IS. LIVRE. 
I. Incunables. 



M. S. Manuscrits. 



BIULIOTHÈOUE DE LA VILLE DE PARIS'. 

(Musée Carnavalet.) 

Histoire de Paris. 

T'ilili-'iux lies divisions. 

I. — BiRLIOCIHAPHIE. 

A. Iiibliof,'rapliie de Paris. Éludes bibliogra- 
phiques iutércssanl l'histoire de Paris. 

I!. (.lalakïgiies de bibliothèques riches en 
bisloiri; de Paris 

II. — Histoire physique et naturelle. 
A. Mi-léorologie parisienne, faune, bota- 
nique cl horlicullure, paléonlologie, 

gi-'ologie ■ . . . . 

AppendicK : carri(;res sous Paris, cata- 
combes 

1. Cf. Albert Maire, op. rit., pp. 2S5-2i6. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 359 

SECTIONS bXnfES 

B. Hydrographie. 

Eaux naturelles. — La Seine, la Bièvre, 
inondations, puits et sources, eaux de 
Passy. — Appendice : ports et navi- 
gation 5 

Canaux. — Canal de TOurcq, l'Yvette, 
et projets divers ; Paris port de mer. 6 

G. Population, statistique 8 

III. — Histoire GÉNÉRALE. 

A. Histoire de Paris formant corps d'ou- 

vrage, et généralités 9 

B. Descriptions et guides cicérones. ... 10 
G. Histoire particulière des quartiers de 

Paris 11 



IV. — Topographie. 

A. Généralités. Plans et enceintes. 

Généralités. — Études sur la topographie 

de Paris 51 

Plans par ordre chronologique 52 



• 



lUi LE LTVRE. 

V. — MOMÏIRNTS ET AltClIlTECTUni;. 

A. Monumoiils publics. 

Los inuniimonlsdc Paris en général, iii- 
s.Ti|ilions iS 

VI. — HlSTOlHK ItEMGIEUïïE. 

A. <ic'n.'Talil.'>s. 

l.iliirgii- parisienne, oflicialilé, adminis- 
Irnliun f<cli'',sia5tique, ancienssermoii- 
nain'ii inléressanirhistoiredes mœurs. 50 

Vli. — IlisTOntE DEsi Letthes, Sciences et Arts 
A Paris. 

A. IiielcuL-lion publique. 

(«■•m-rjilikV 5fi 

Anrif'mip Université de Paris el ses coi- 

l'-gf-s :.7 

VIII, — IIlSTOIHE Di;S M(KUHS ET COUTUMES. 

A. (ii-néralili'S. 

llisliiiro Rf'iH'rale des mcciirs el coulu- 
mes des Français 75 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 361 

SECTIONS SÉRIES 

IX. — Fêtes et Divertissements. 

A. Fêtes officielles, cérémonial, etc. ... 88 

B. Théâtre. 

X. — Histoire civile et administrative. 
XI. — Police et Histoire judiciaire. 

XH. — Environs de Paris. 

A. Environs de Paris en général. — Cartes 

et vues 158 

Histoire, dictionnaires et documents di- 
vers 159 

B. Histoire particulière des villes, villages 

et châteaux IGO 






Un des meilleurs systèmes de classement, surtout 
pour une collection de petite ou de moyenne éten- 
due, comprenant des ouvrages de toute sorte, est 
celui qu'indique M. Léopold Dclisle, et qu'il recom- 



362 LE LIVRE, 

mande comipe ■ un cadre dans lequel trouveraient 
nisf-meiiL place tous les ouvrages dont se composent 
In plupart île nos bibliothèques municipales' », 

Ici, comme précédemment, les diverses matières 
sont désignées chacune par une lettre majuscule : 

A. Théologie. 

B. .lurisprudencc. 

C. Sciences philosophiques, politiqueset morales. 

D. Sciences physiques et chimiques. 

E. Sciences naturelles. — Agriculture, 
r. Médecine. 

(;. Sciences mathématiques et applications. — 
Mécanique. — Astronomie. — Marine. — Art 
militnire. — Jeux. 

II. Beaux-Arts. 

I. Linguistique et littérature. — Généralités. — 
Mélanges. — Langues et littératures autres 
que celles pour lesquelles il existe des divi- 
sions spéciales. 

J. Langues cl littératures de l'Orient. 

K. Langues et littératures classiques (la Grèce et 
Rome). 

L. Langue et littérature françaises. 

M. Langues et littératures des États de l'Europe 
autres que la France. 

I. Léopolil Delisle, Inslrticlions élémentaires et techniques 
jioitr la mise et le maintien en ordj-e dea livres dune biblio- 
Ihique, p. 7. (Lille, Danei, 1890. In-8, 7Ô pp.) 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 363 

N. Histoire universelle. — Généralités delà géo- 
graphie et des voyages, de la chronologie, 
de la biographie, de l'archéologie, de la pa- 
léographie et de rhistoire ecclésiastique, y 
compris les croisades. 

0. Histoire ancienne de TOrient. — Juifs. — 
Égyptiens. — Assyriens, etc. — Indiens. — 
Chinois. 

P. Histoire ancienne des Grecs et des Romains. 
L'empire byzantin. 

Q. Histoire de France. 

R. Histoire des États européens autres que la 
France. 

S. Histoire de TAsie et de TAfrique. On y pourra 
comprendre la Turquie. 

T. Histoire de l'Amérique et de l'Océanie. 

U. Bibliographie et histoire littéraire. 

V. Mélanges encyclopédiques et autres. — Col- 
lections. — Polygraphie. 

Les subdivisions, dont le nombre peut s'étendre à 
volonté, seront marquées par des lettres minuscules, 
placées à la suite de la majuscule annonçant la divi- 
sion. Exemple : 

Q. HisTomE DE France. 

Qa. Généralités de l'histoire de France. — 
Géographie. — Histoires générales. — 
Résumés. — Collections de documents. 



LE LIVRE. 
Oh. Ili'-lnils de rtiistuîre de France par 

ptViudos et par règnes. 
Oc. Publient ions périodiques relatives à 

l'histoire de France. 
tji\. Histoire dos institutions et des usages 

[>o)itic[ues, ecclésiastiques, adniinis- 

tratirs, militaires, commerciaux, etc., 

de In France. 
o<-. Histoire provinciale et locule. 
(Jt. ilisluirc des familles et des individus. 

(Gcuf'-alogies et biographies.) 

iTjirrnanl ici notre exemple, la cote à donner 
i--il"iiv 'II- l'inh de Dnlaure, nous aurions, avec 
ndi' d.' .lasse me ut : 

(ic 





N" d'i' 


i-:i si 


jii sulnlivision Qo. HiSTOinE provinciale tx 


111. M. K 


.'■tail. à son tour, comme la subdivision cor- 


■spoml 


iuilc (le iiniuet, sectionnée eu : 


(>;.. 


Paris (Histoire, mœurs et usages). 


yeb. 


lIc-dc-Francc. 


Occ. 


Ben n ce. 


Ood. 


Norman dii'. 


Etc. 


..clc, 


iU9. au 


l'iiins pintr la susdite cote : 




Qca 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 365 



* 



On voit, d'après ce qui précède, combien les clas- 
sifications bibliographiques offrent de divergences 
et de latitude. Chaque bibliothèque spéciale donne 
tout naturellement et forcément à sa spécialité, à ce 
qui la préoccupe le plus, une place à part et la plus 
grande place ; elle attribue à cette spécialité des divi- 
sions distinctes, accompagnées de nombreuses sub- 
divisions et sous-subdivisions. Ainsi la bibliothèque 
de l'administration des postes et des télégraphes, 
organisée en 1878 par M. Ernest Jacquez, porte en 
tête de son catalogue l'électricilé et le magnétisme ; 
puis viennent les sciences physiques, chimiques, 
naturelles, mathématiques, philosophiques, etc., et, 
dans deux sections particulières et parallèles, les 
ouvrages exclusivement consacrés aux postes, à la 
télégraphie et à la téléphonie, avec ces numéros et 
lettres d'ordre : 

1. Électricité et magnétisme. 

2. Sciences physiques (électricité exceptée). 

3. Sciences chimiques. 
A. Sciences naturelles. 

5. Sciences mathématiques. 

6. Sciences philosophiques, morales, sociales et 

économiques. 



366 I-E LIVRE. 

7. Publi<.'alions encyclopédiques, mélanges, arts. 
s. Lilléralure, linguistique, polygraphie, histoire 

cl géographie, 
t). Jurisprudence. 
10. (Parles et atlas. 
V. Postes. 
T. Télégraphie et téléphonie. 

El comme exemple de subdivisions : 

1. Kl.ECTIUClTÉ ET MaGNÉTISME. 

A. Histoire de Télectricité, et du magnétisme. 
Biographie des électriciens. . . Congrès des 
électriciens.... 
1>. Diverses sources d'électricité et de magné- 
tisme. Piles; accumulateurs.... 
C Traités complets et partiels anciens et mo- 
dernes d'électricité et de magnétisme.... 

D. Applications de l'électricité et du magné- 

tisme. Télégraphes. Télégraphie sous- 
marine. Téléphones. Électro-mécanique. 
Eclairage électrique.... 

E. Journaux, revues et annuaires français et 

étrangers concernant l'électricité. Dic- 
tionnaires.... Bibliographie des sciences 
électriques et magnétiques.... 

2. Sciences physiques (Électricité exceptée). 

A. Histoire des sciences physiques. Traités 
préparatoires.... Congrès de physique. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 367 

B. Cours et traités généraux (électricité excep- 

tée). 

C. Traités des diverses parties de la physique : 

pesanteur, hydrostatique, chaleur, acous- 
tique, optique.... 

D. Ouvrages physico-mathématiques. 

E. Physique appliquée. Problèmes de physique. 

Aérostats. Machines à vapeur.... 

F. Journaux, revues et annuaires français et 

étrangers. Dictionnaires. Bibliographie 
des sciences physiques.... 

». Sciences chimiques. 

A. Histoire des sciences chimiques. Traités 

généraux. Congrès de chimie. 

B. Chimie appliquée. Traités spéciaux. Pro- 

blèmes de chimie. . . . 

C. Journaux, revues et annuaires français et 

étrangers. Dictionnaires. Bibliographie 
des sciences chimiques.... 



s. llttéhatuhe, linguistique, polygraphie, 
Histoire et Géographie. 

A. Grammaires. Linguistique. Philologie. Lit- 
térature française et étrangère, ancienne 
et moderne (Poésie, théâtre, roman, cri- 
tique, etc.). Polygraphie. Pédagogie ... . 



ï LE UVRE. 

B, Histoire de France el des pays étrangers, 
ancienne et moderne. Archéologie. Nu- 
mismatique. Art héraldique. Géographie. 
Voyages. Ethnographie.... 
('.. Journaux, revues et annuaires. Almanachs. 
Dictionnaires français et étrangers, des 
langues anciennes et modernes. Diction- 
naires d'histoire, de géographie, dehio- 
graphie, de bibliographie, etc. Biblio- 
graphie générale, bibliothèques (voir 
7 C. Librairie).... 



On pi'iil (:onsullerencore,sur ces arides questions 
de cliissificalion, la table systématique de la BibHo- 
yi'apl'ie lie la France, Journal générât de l'impri- 
merie cl- lie la librairie; celle du Catalogue général 
lie la librairie française, d'Otto Lorenz et D. Jordell; 
tlii Mémorial de la librairie française, dirigé par 
M. 11. Le Soudier; du Polijbiblion, Revue biblioora- 
phiqiir, mensuelle; ainsi que les nombreux cadres de 
classement des collections et pubhcations étran- 
gères; el l'on se convaincra de plus en plus qu'il 
n'y a pas de système bibliographique absolu et 
infaillible, pouvant cgalenient convenir à tout le 
monde et sur lequel tout le monde soit d'accord ' ■ 

1. - Il faut bien se pénétrer de rinipossibilité de créer un 
lijsLèinc à la sotlsfaclion de tout le monde; les habiludey 
lea prédilections pour certaines études, les opinions reli- 



CATALOGUES KT CLASSIFICATION. 369 

on reconnaîtra de plus en plus la justesse de la 
remarque de J.-Ch. Brunel, qu' « il est naturel que 
chaque possesseur de livres classe sa bibliothèque 
selon la nature de ses études, selon ses propres opi- 
nions, et qu'au besoin il rattache à sa spécialité tout 
ce qui, de près ou de loin, semble s'y rattacher * ». 



* 



Faisant abstraction de toutes ces complexes et in- 
terminables divisions et subdivisions encyclopé- 
diques, des bibliographes des États-Unis ont con- 
seillé d'inscrire simplement sous les mots du diction- 
naire la liste des ouvrages qui se rapportent à ces 

j<ieuses et politiques de chacun y demanderont toujours des 
changements et même une interversion complète de l'en- 
semhle. » (Constantin, op. cit., p. 105.) Signalons aussi, sur 
ce point, un intéressant article de M. Amhrosio L. Hamasso, 
dans la revue Evulucion, de Montevideo, juillet 1900, pp. 442- 
444 : P(ira lai hiblioteca^ Fragmento de un estudio sobre 
hibliogralia. 

1. Op. cit., t. VI, col. xv-xvj. — Le Congrès bibliographique 
(jui s'est réuni à Paris en 1878, à l'occasion de l'Exposition, 
avait émis le vœu qu'une réunion générale des bibUothé- 
caires fran(;ais eût lieu l'année suivante, afin de discuter, entre 
autres (juci^Uons, celle de l'adoption d'un système bibliogra- 
phi(iue uniforme pour toutes les bibliothèques de France. 
Cette réunion n'a pas eu lieu, et ce projet, par conséquent, 
n'a pu être discuté. (Cf. Graksel, op. cit., p. 452.) La même 
question d'uniformisation de système bibliographique est 
revenue, et sans plus de succès, devant le Congrès interna- 
tional des bibliothécaires, qui s'est tenu à Paris, en 1900, du- 
rant l'Exposition universelle. 

LK MVIIE. — T. IVi '^IV 



37U r.E LIVRE. 

iin)ls. An ino) Amk, par exemple, vous trouvez les 
lilres clos ouvrages qui Irailent de l'âme; au mot 
AifiicNT, ceiisqiii traitent de largcat; à Astronomie, 
ceux ([ui traitent de cette 8ciencc;etc. C'est ce qu'on 
apjielle le I>icliontir!/-Catalo)jiie\el aussi Classement 
par innls-KOïu:hes, — en allemand, au singulier, 
Hchlaijworl {fchltii/en, frapper; Wovt, mol : mot frap- 
pant) : en anglais, ^iibject, sujet, matière en question. 
Avec celte méthode disparaissent radicalement et 
d'emlili'O les exlrfimes et innombrables diffîcullés 
<Iiie présente tout essai de classification biblio^ra- 
phi<]iie, tout système de filiation et d'enchaînement 
des connaissances humaines, puisque de prime 
abord cette classification ou Gliation se trouve elle- 
mfinic supprimée. 

A vrai dire, les Américains ne sont pas les inven- 
teurs de ce mode de cataloguement : dès 1839, dans 
son petit traité de Bibliotliéconomie^, Constantin le 
signalait et l'expliquait en ces termes : ■ Classer 
mélliodiquement tous les écrits sur un même sujet, et 
réunir ensuite ces catalogues spéciaux dans l'ordre 
alphabétique de la matière qu'ils renferment, sans 
établir ui classes, ni divisions, ni subdivisions, c'est- 
à-dire : Bible, non à Théologie, mais à la lettre B...; 
È" Code, non à Juhispiiudence, maisâlalettreC... ; Lo- 
f- gique, non à PmLOSOPHiE, mais à la lettre L. . . » ; etc. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 371 

M. Léopold Dclisle écrit, de son côté, et on ne lira 
pas sans intérêt ces lumineuses considérations : 

« Combien de fois n'est-il pas arrivé aux meilleurs 
bibliothécaires de ne plus savoir exactement, quand 
ils reçoivent la suite d'un ouvrage, dans quelle case 
du catalogue méthodique ils en ont, peu d'années 
auparavant, placé les premiers volumes? Comment 
les différents employés qui travaillent simultanément 
ou successivement dans une bibliothèque peuvent-ils 
s'astreindre à suivre, avec une rigoureuse unifor- 
mité, des règles qui n'ont rien d'absolu, qui reposent 
parfois sur des idées vieillies et dont la raison d'être 
a disparu dans les évolutions ou les révolutions qui, 
de temps à autre, viennent transformer le champ des 
sciences et des arts comme celui des institutions? 
L'expérience n'a-t-elle pas d'ailleurs suffisamment 
démontré que très peu de lecteurs sont en état ou 
prennent la peine de s'orienter dans le dédale des 
catalogues méthodiques les plus perfectionnés? De 
là le discrédit dans lequel sont tombés les catalogues 
méthodiques, auxquels tendent de plus en plus à se 
substituer des bibliographies spéciales, dans les- 
quelles celui qui étudie un sujet déterminé trouve 
l'indication de tout ce qu'il a intérêt à connaître, 
non seulement en fait d'ouvrages proprement dits 
et de mémoires publiés à part, mais encore en fait 
de travaux ou de communications insérés dans des 
recueils de tout genre. 



372 LE LIVRE. 

« Mais, si roii peut renoncer à un catalogue métho- 
dique, ou du moins en ajourner Texéculion, il 
ronvien! d't^lre toujours à même de connaître les 
ress()ur<*es qu'une bibliothèque présente pour l'étude 
d'une question, et de trouver une publication dont 
on ignore le nom de Tauteur. On atteindra ce but à 
Taide d'un répertoire dans lequel les ouvrages seront 
enregistrés suivant Tordre alphabétique des mots qui 
caractérisent les sujets traités dans ces ouvrages. 
Pour établir ce répertoire, il faut relever chacun des 
mots caractéristiques que renferme le titre du livre, 
en prenant soin, autant que possible ; 1° de traduire 
ces mots on français, quand le livre est écrit dans 
une langue étrangère, morte ou vivante; 2« de 
ramoner à un type unique les diverses formes sous 
losquellos se présentent les noms d'hommes et de 
lioux; T)^ d'adopter toujours le même mot pour 
répondre à la même idée, quand cette idée peut être 
oxpriniéo par plusieurs synonymes*. » 

C'est là, en elîet, on le devine aisément, le point 
délicat et difficile : adopter toujours le même mot, 
— le môme mol-souche^ — pour répondre à la môme 
idée ou à dos idées de môme genre, quand surtout 
les litres des ouvrages « renferment des mots très 
différents pour exprimer des idées semblables ou 
analogues^ ». 

1. Léopold Delisle, op. cil., p. 5i* 

2. Id., op. cit., p. 57. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 373 

Prenons pour exemple, toujours avec M. Léopold 
Delisle*, — « les récentes publications relatives à 
Taéroslation. Si l'on s'en tonait strictement à Ténoncé 
des titres, ces publications seraient partagées en 
plusieurs groupes, sous les rubriques : Aérien 
(Navire), Aérienne (Locomotion), Aérienne (Navi- 
gation), Aériens (Voyages), Aéronautes, Aéronai - 
TIQUE, Aérostat, Aérostation, Airs (Voyages dans 
les) Ballons. Ce système est admissible, surtout 
pour le premier établissement du répertoire; mais, 
à un moment donné, il sera bon de rassembler sous 
une seule et même rubrique toutes les indications 
relatives à l'aérostation, sauf à représenter les autres 
rubriques par une simple mention avec renvoi à la 
rubrique adoptée comme type principal. On aurait 
ainsi ces articles de rappel : 

Aérien (Navire) : voir Aérostation. 

Aérienne (Locomotion ou Navigation) : voir Aéro- 
station. 

Aériens (Voyages) : voir Aérostation. 

Ballons : voir Aérostation. » 

Et, sous cette rubrique générale Aérostation, on 
rangerait tous les titres d'ouvrages se rapportant aux 
rubri(|ues particulières : Aérien, Aériennes, etc. ^ 

1. Op. cit., p. 57. 

2. Voir, dans l'ouvrage cité de M. Léopold Delisle, 
pp. 57-59, la bibliographie détaillée de ce mot-souche 

AÉROSTATION. 



37 il LE LIVRE. 






Mais, comme un lien existe entre toutes les bran- 
dies (lu savoir humain, et qu'on peut avoir besoin, 
«laiis les travaux bibliographiques, de saisir ce lien, 
<le I tMiir ce fU, pour se guider à travers ce lacis de rami- 
ficalions, et se reporter d'une science à une autre, les 
Américains ne se sont pas arn^lés à leur Dictionary- 
(\iUilof/fœ: ils ont cherché un système qui pût 
embrasser toutes les questions, même les plus 
menu(»s, et aussi qui fût indépendant des pays et des 
lan^ut's. susceptible d'être rapidement sinon instan- 
lanément compris de tous les bibliographes, de tout 
le monde. 

La (^/tfx^ifirntion décimale^ imaginée par M. Melvil 
D(»wey, directeur de la Bibliothèque de l'Etat de 
New- York et président de l'Association des biblio- 
thécaires américains, a fait grand bruit, il y a une 
dizaine d'années, et l'on a pu croire un instant qu'elle 
serait à même de remplir ces desiderata. Au mois 
de s<^ptembre 1895, une Conférence bibliographique 
internationale s'est tenue à Bruxelles, sous le patro- 
nage (lu gouvernement belge; elle a décidé la création 
d'un Institut international de bibliographie, et pro- 
voqué la formation d'un Office international, subven- 
tionné par les gouvernements, « pour préparer un 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 375 

Répertoire bibliographique universel, et assigner aux 
publications faites dans les divers États la cote de 
classement que devra recevoir chacune d'elles, et qui 
sera apposée sur les exemplaires de toutes les biblio- 
thèques affiliées à l'Office international * ». D'autres 
conférences analogues eurent lieu à Londres en 1896, 
et à Bruxelles en 1898 ; mais de nombreux désaccords 
se sont produits entre les promoteurs de ce mouve- 
ment ^ qui s'est peu à peu trouvé enrayé et arrêté. 

Néanmoins, l'Office et l'Institut international de 
bibliographie, fondés à Bruxelles en 1895 pour pro- 
pager la « géniale invention^ » de M. Melvil Dewey, 
subsistent toujours, et c'est à une publication de cet 
office^ que nous empruntons la plupart des détails 
suivants. 

M. Melvil Dewey répartit l'ensemble des connais- 
sances humaines en neuf classes principales numé- 



1. Lcopold Delisle, Journal des savantSj 1896, p. 100 : Dé- 
cimal Classification..., pp. 155-170. 

2. Cf. Marcel Baudouin, Revue scientifique, 21 août 1897^ 
pp. 235-239 : La seconde conférence bibliographiciuc interna- 
tionale de Bruxelles en 1897; — et Ctiarles Richet, loc. cit., 
1 1 juin 1898, pp. 7i9-752 : Le projet de la Société Royale de 
Londres et la classification décimale. 

3. L'expression est de M. Marcel Baudouin, Revue scienti- 
fique^ 50 mai 1890, p. 681 : La classification décimale et les 
sciences médicales, pp. 681-086, 

4. Office international de bibliographie, Publication 
11" 9, Classification décimale, Tables générales abrégées. 
(Bruxelles, Office international de bibliographie, 1897. In-8, 
73 pp.) 



376 LE LIVRE. 

roléos cha<Minc par un chiffre, de 1 à 9. Les encyclo- 
péilirs. les pério<li(|iies et les ouvrages d'un caraclèrc 
général et c|ui n'appartiennent à aucune de ces 
classes sont désignés par un zéro et forment une 
classe à part, une classe préalable, dite des « Ou- 
vrages généraux » ou < Généralités »*. On a ainsi : 

Ouvrages généraux*. 

1 Philosophie. 

2 R(»ligion. Théologie. 

o Sciences sociales et Droit. 

\ Philologie. Linguistique. 

l) Sciences mathématiques et naturelles. 

(» S<'iences appliquées. Technologie. 

7 Beaux-Arts. 

S Littérature. 

1) Histoire et Géographie. 

1. 11 osl i\ remarquer que c'est toujours en lête des sec- 
tions, fl.uis la première subdivision, que se placent les 
« (iénéralilés ». La raison de cette affectation, c'est que les 
ouvrages irénéraux initient le lecteur à la question, et lui en 
ofTrent une sorte de bibliothèque résumée et complète. C'est 
d'après ce principe que les fréop^raphescommencentleurs atlas 
])arla mapiicmoiide et le planisphère ; viennent ensuite sépa- 
rément les cartes des cinq [parties du monde; puis celles des 
Klats divers, puis celles des provinces, etc. On va ainsi tou- 
jours de l'ensenible h la fraction, du i^'énéral au particulier. 
(A. le Père A. Pouhcklkt, Ir (initie du Oihlinthênure r/tins Ica 
rnllrffrx f't Icf! ('(n)t77)(nicuif(''!<^ p. ii<. 

t>. Il est d'usage en typographie de mettre un point après 
un chiflVe ou nond)re servant d'indice et suivi d'un texte 
(note, énumératioU; etc.), d'écrire, par conséquent : 0. Ou- 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 377 

Chacune de ces dix grandes classes est partagée 
en dix subdivisions, ayant chacune pour indice ou 
symbole le chiffre de la classe à laquelle elle appar- 
tient, suivi d'un autre chiffre variant encore de à 9. 
Voici la liste de ces (lOx 10) subdivisions : 

Ouvrages généraux. 

00 Généralités. 

01 Bibliographie. 

02 Bibliothéconomie. 

05 Encyclopédies générales. 

Oi Collections générales d'essais. 

05 Périodiques généraux. Revues. 

06 Sociétés générales. Académies. 

07 Journaux. Journalisme. 

08 Bibliothèques spéciales. 

09 Manuscrits et livres précieux. 

1 Philosophie. 

10 Généralités. 

il Métaphysique. 

l!2 Divers sujets métaphysiques'. 

vragcs généraux; — 1. Philosophie; — 2. Religion, etc.; 
mais j'ai tenu à me conformer, autant que possible et stric- 
tement, au mode de rédaction et de disposition de l'Office in- 
ternational de Bruxelles, malgré les nombreuses fautes et 
(^xpiilles ({uc renferme cet exposé de la Cla$sificalion déci- 
male : cf. pp. '29 et suiv. 

1. Article omis dans le texte de l'Office international de 
Bruxelles, p. 50. J'ai réparé cette omission ici et plus loin 



378 LE LIVRE. 

ITi L*espril et le corps, 
li Systèmes philosophiques. 
!.'> Psychologie. 
10 Logique. 

17 Morale. 

18 Philosophes anciens. 
11) Philosophes modernes. 



2 Religion. Théologie, 

20 Généralités'. 

21 Tliéologic, religions naturelles*. 

22 Hiblo. Evangile. 

2e" Théologie doctrinale. 

2i Prati(ju(* religieuse. Dévotion. 

2.') Œuvres pastorales. 

2(; L'Église. 

27 Histoire de TÉglise. 

2S Kglise et sectes chrétiennes. 

2î> Religions non chrétiennes. 



CM me référant au loxlc donné par M. Kd. Sauvage, Revue 
xrientififpie^ 10 septembre 1898, pp. 525-351 : Classification 
l)il)liograpliique décimale. 

1. Omis dans le texte de l'Office international de Bruxelles, 
p. 50. 

2. Le texte de l'Office international donne : Théologie, re- 
ligion naturelles (si'); d'où probablement celte double hypo- 
thèse : religion naturelle ou religions naturelles. J*ai suivi 
la leçon de M. Ed. Sauvage, /of. vit. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 379 

T) Sciences sociales et Droit. 

00 Généralités'. 

01 Statistique. 

52 Science politique. 
55 Économie politique. 

54 Droit. 

55 Administration. Droit administratif. 

56 Assistance. Assurances. Associations. 

57 Enseignement. Éducation. 

58 Commerce. Transports. Communications. 

59 Coutumes. Costumes. 

4 Philologie. Linguistique*. 

M) (iénéralités\ 
41 Philologie comparée. 
A2 Philologie anglaise. 
45 Philologie germanique. 
\ï Philologie IVançaise. 
45 Philologie italienne. 
40 Philologie espagnole. 
47 Philologie latine. 
4S Philologie grecque. 
49 Autres langues. 

1. Omis par l'Office intcrnalional de Bruxelles. 

2. L'Office international de Bruxelles donne ici (p. 50) seu- 
lement : Philologie : et plus loin (p. 40) : Philologie. Linguis- 
tique. 

ô. Omis par l'Oflice international de Bruxelles. 



380 LE LIVRE. 

5 Sciences mathématiques, physiques et naturelles*. 

50 Généralités'. 

51 Mathématiques. 

52. Astronomie. Géodésie. Navigation. 

53 Physique. 

5i Chimie. Minéralogie. 

55 Géologie'. 

56 Paléontologie. 

57 Biologie. Anthropologie. 

58 Botanique. 
5î> Zoologi(^ 

Sciences appliquées. Technologie*. 

()0 Généralités^. 

fil Médecine. 

62 Art de l'ingénieur. 

65 AgricuUure. 

64 Économie domestique. 

1. L'office international donne, page 30 : Sciences natu- 
relles: et, page 42 : Sciences mathématiques, physiques et 

NATURELLES. 

2. Omis par l'Office international. 

5. L'Office international donne, page TiO : 54 Chimie et 
minéralogie; 05 Géologie; 5(> Paléontologie; etc., etc.; 
M. Ed. SAUvAr.E (hc. cit., p. .726) : 54 Chimie ; 55 Géologie et 
météoroloLrie : 50 Paléontologie ; etc. Ne faudrait-il pas lire : 
54 Chimie; 55 Géologie et minéralogie; 56 Paléontologie ; etc.? 

4. L'Office inlernalional donne, page 50 : Sciences appli- 
quées; et. page 45 : Sciences appliquées. Technologie. 

5. Omis par l'Office international. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 381 

65 Commerce. Transports*. 

66 Industries chimiques. 

67 Manufactures. 

68 Industries mécaniques et métiers. 

69 Construction. 

7 Beaux- Arts. 

70 Généralités*. 

71 Paysages de jardins. 

72 Architecture. 

75 Sculpture. Numismatique. 

74 Dessin. Décoration. 

75 Peinture. 

76 Gravure. 

77 Photof^raphie. 

78 Musique. 

79 Divertissements. Jeux. Sports^. 

8 Littérature. 

80 Généralités. 

81 Littérature américaine*. 

82 Littérature anglaise. 

1. « Tran:^porl » au singulier, dans le texte de l'Office 
international. 

2. Omis par l'Office international. 

3. L'Oflice international donne, page 30: Sport (au singu- 
ier), et, page 50 : Sports (au pluriel). 

4. L'Office international, page 30, omet cette subdivision 8i, 
donnée par M. Kd. Sauvage, lue, cit., p. 326. 



382 LE LIVBE. 

85 Lilléralure germanique. 

84 Littérature française. 

Xiy Littérature italienne. 

8() Littérature espagnol. . 

87 Littérature latine. 

88 Littérature grccquc\ 
81) Autres littératures. 

y Histoire et Géographie 

90 Généralités*. 

ÎM (iéographie et voyages. 

t)l2 Hiographie. 

\)7) Histoire ancienne. 



1)5 
î)6 


c 
o 

s , 


1 Europe. 
, Asie, 
j Afrique. 


*)7 


0) 

su 

.M ; 


j Amérique du Nord. 


1)8 


1 


' Amérique du Sud. 



î)i) "^ \ Océanie. Régions polaires. 

Ces cent premières subdivisions (de 00 à 91)) for- 
ment à leur tour chacune dix deuxièmes subdivi- 
sions, fractionnées elles-mêmes chacune en dix troi- 
sièmes subdivisions, etc., toutes numérotées, d'après 
le même principe, de à 9. On obtient ainsi des 
nombres de trois, quatre, cinq... chiffres. Afin d'ac- 
centuer l'intelligibilité « des nombres un peu longs », 
i. Omis par l'Office international. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 383 

il est d'usage d'y intercaler un point, ordinairement 
après le troisième chiffre. Ce point, bien entendu, 
n'a rien de décimal* ». 

Prêtions, par exemple, la subdivision 55 Écono- 
mie POLITIQUE, nous aurons comme deuxièmes 
subdivisions* : 

550 Généralités. 

551 Capital, main-d'œuvre et salaires. 

552 Banques; monnaie; crédit. 

555 Propriété immobilière; rente foncière; pro- 
priété des forêts, des mines. 

534 Coopération. 

555 Socialisme et communisme. 

556 Finances publiques. 

557 Protection ; libre-échange ; tarifs douaniers. 

558 Production des richesses. Industrie. 

559 Paupérisme. 

Puis, en agissant de même sur une quelconque 
de ces deuxièmes subdivisions, 551 Capital, main- 
d'(h:uviœ et salaires, je suppose, nous aurons : 

551 .0 (jénéralités. 

551 .1 Rapports du capital et de la main-d'œuvre. 

1. Clarification décimale^ p. 7. 

2. Cf. Classification décimale, p. 37 ; et Ed. Sauvage, loc, 
cit., p. 527. Je suis de préférence ici ce dernier texte, moins 
compliqué et plus clair. 



•^^k LK LIVRE. 

531 .tJ Stibiros. Participation aux bénéfices. Assu- 
rance obligatoire. 

TCi\.7} Travail des enfants. (Voir 170.2 Cruauté 
envers les enfants.) 

TmI.! Travail des femmes. (Voir r>t)6.r) Occupa- 
tions des femmes.) 

r»r»l.5 Travail des déportés, des prisonniers. 

7>TA.ù Travail des indigents. Travail à bas prix 
des étrangers, des Chinois. 

7)31 .7 Main-d'œuvre habile et brutale. 

331.8 Classes ouvrières. 

(^omme on le voit, il n'est pas toujours nécessaire 
dopuiser les dix chiffres pour une subdivision; ici, 
nous nous arrêtons au 8. On laisse ainsi des cases 
vacantes, qui pourront être utilisées plus tard. On 
n^marquera aussi, dans ce dernier tableau, deux 
exemples de renvois à d'autres catégories, • renvois 
fort utiles, ajoute M. Ed. Sauvage*, car il arrive fré- 
({uemmcnt que la limite entre deux sujets apparte- 
nant à des divisions différentes ne peut être tracée 
avec précision ». 

Prenons encore une de ces catégories, la sous- 
subdivision 331.8 Classes ouvrières. Elle se subdi- 
visera à son tour comme il suit : 

351.80 (iénéralités. 

331 .81 Ilciues de travail. 

1. Lo(\ cit., p. 3'i7. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 385 

551.82 Places de travail. Dangers. (Voir aussi 
615.6 Hygiène; 622.8 Mines; 6U.8 
Sauvetage.) 

551.85 Nourriture. Vêtements. Habitations. 

551.84 Moralité; habitudes. Intempérance; tem- 

pérance. Amusements. Tentations. 
(Voir aussi 17 Morale; 79 Exercices; 
265.6 Dimanche.) 

551.85 Aides. Conférences. Bibliothèques. Salles 

de lecture. (Au point de vue seulement 
de la science économique et des 
classes ouvrières.) 

551.86 Formation de l'ouvrier. Apprentissage. 

551.87 Organisation du travail. 

551.88 Sociétés pour régler le travail {traders 

îinioYhs). 

551.89 Grèves. 

Le principe sur lequel repose ce système de clas- 
sification est, sans conteste, des plus ingénieux : 
les nombres classificateurs définissent entièrement 
la division à laquelle ils s'appliquent. C'est ainsi que, 
dans la dernière cote que nous venons de citer, dans 
ce nombre 551 .89 attribué aux travaux traitant des 
grèves, nous voyons d'abord le 5, qui indique les 
Sciences sociales; ce 3, suivi d'un autre 5, 35, dé- 
signe l'Économie politique; 551, le Capital et la 
main-d'œuvre ; 531 . 8, les Classes ouvrières ; enfin \a. 

LE LIVRE. — T. IV. 'ÏSi 



386 I.E LIVRE. 

<Iucslion particulière considérée, les Grèves, est 
Jéfiiiic par Taddition du 9 final*. 

Quant aux fiches rédigées selon les règles de la 
classification décimale, le type adopté par l'Office et 
rinstitut international de Bruxelles est « la fiche 
blanche de 125x75 millimèlres, posée en largeur 
et perforée à la base, pour en faciliter la conserva- 
lion dans des tiroirs à tringles mobiles^ ». Contrai- 
rement, en effet, à Tusage, généralement suivi, 
(Fécrire sur les fiches dans le sens de la hauteur, 
lo sens le moins large, c'est dans le sens de la 
largeur que l'Office et l'Institut international con- 
seillent de transcrire les mentions^. 

Nous donnons ci-contre un spécimen d'une de 
ces fiches, emprunté aux règles de la Classification 
(Icrunale^ publiée par ledit Office*. 

1. Cf. Ed. Sauvage, locj. cit., p. 327. 

"1. Classification décimale, p. 18. 

7). Cf. supra, p. 225. Non seulement, pour l'écriture comme 
pour l'impression, le sens de la hauteur, le sens le moins 
larere, est le sens ordinaire et normal, mais il faut remar- 
quer, en outre, que les fiches, mises en boîte dans le sens 
de la hauteur, et offrant, par conséquent, plus de prise et 
plus de jeu, se feuillettent plus aisément que dans le sens 
le moins haut, le plus étroit, le sens de la largeur. L'In- 
stitut bibliographique de Bruxelles, qui préconise l'écriture 
en largeur, qui range ses fiches dans le sens le plus étroit, et 
qui foliote sa plaquette de la Classification décimale au bas 
des pages, a omis de nous faire connaître les raisons et les 
.•nantages de ces changements. 

4. P^ge 19. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 



387 





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388 LE LIVRE. 

Le chiffre 537 indique la cote du livre, la subdivision 
Électricité (5 Sciences mathématiques, physiques el 
naturelles ; 53 Physique ; 537 Électricité), et Ton re- 
marquera que le format de l'ouvrage n'est pas seule- 
ment désigné par la mention in-8 raisin, mais par la 
mesure métrique entre parenthèses (0,17 x 0,26)*.. 

Le cercle tracé dans la partie inférieure de la fiche 
indique le trou par où passe la tringle dans laquelle 
sont enfilées toutes les fiches. Inutile de faire 
observer que ce système, où, pour ôter ou intercaler 
une fiche, il faut nécessairement et tout d'abord 
retirer la tringle, c'est-à-dire en faire sortir toutes 
les fiches, est de beaucoup inférieur au système 
Bonnange, précédemment décrit. En revanche, et 
comme conséquence, les fiches pour tringle coûtent 
bien moins cher que les fiches Bonnange. 

Bien entendu, comme dans les autres modes de 
calaloguement*, des fiches divisionnaires de cou- 
leur, un peu plus hautes que les fiches blanches, 
des vedettes, portant en tête l'énoncé et la cote, 
c'est-à-dire les chiffres de chaque grande division 
(53 Physique, 54 Chimie, etc.), séparent les unes des 
autres les diverses sections du catalogue et facili- 
tent les recherches. 

1. Tels sont les chiffres qui figurent dans l'exemple donné 
par la Classification décimale de l'Office international, p. 19 : 
nous avons vu, dans notre tableau des formats, t. III, p. 9i, 
que rin-8 raisin a pour dimensions exactes : 0,162x0,25. 

2. Cf. supra, pp. 226 et 505. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 389 

« Pour que la classiflcation décimale abrège autant 
que possible la tâche du bibliographe et le travail de 
classement des livres, il serait fort commode que le 
nombre classificateur fût inscrit d'avance sur les 
livres et les divers documents. Pourquoi laisser à 
chaque possesseur d'un livre la peine de rechercher 
ce nombre, de l'inscrire avec des chances d'erreur 
inévitables ? On sait combien il est difficile, dans 
certains cas. de juger du contenu d'un livre à la 
simple lecture du titre. Imprimé à l'avance sur le 
livre, le nombre classificateur en permet le classe- 
ment sans recherche et sans erreur possible. 

« Dans cette voie, on peut aller plus loin. Dans 
toutes les bibliothèques bien tenues, les livres sont 
représentés par les fiches du catalogue ; ces fiches 
sont établies au moins en double, une pour le clas- 
sement méthodique, l'autre pour le catalogue alpha- 
bétique des noms d'auteurs. La rédaction de ces 
fiches est longue ; elles risquent d'être incomplètes 
ou entachées d'erreurs. Il serait bien facile de géné- 
raliser une méthode déjà adoptée par certains édi- 
teurs*, et d'imprimer à l'avance, en double ou en 
triple, sur une feuille spéciale, la mention que doii 
porter la fiche ; il suffirait de découper ces mentions 
et de les coller sur fiches. Ce procédé serait extrême- 
ment commode, surtout pour les particuliers.... Il 
est clair qu'on pourrait aller plus loin encore, en 
1. C'est ce que nous avons déjà vu, pp. 252-253. 



390 LE LIVRE. 

livrant avec le livre les fiches elles-mêmes impri- 
mées suivant un format uniforme *. • 



Le système de classiGcalion décimale, qui paraît 
si séduisant, n'a cependant pas séduit tout le monde, 
tant s'en faut : nombre d'objections y ont été faites, 
et par des érudits et spécialistes des plus compétents 
et des plus autorisés, nommément par MM. Léopold 
DelisIeV F. Funck-Brentano', Ch.-V. Langlois*, 
Henri Stein% l'éditeur H. Le Soudier*, Ci. Fuma- 
f^alli, l'éminent J)ibIiographe italien"; etc. 

1. Ed. SalvaoEj loc. rit. y p. 530. 

2. Léopold Delisle, Journal des savants, mars 1896: Déci- 
mal (Classification and Relative Index for libraries, by Mel- 
vil Dewcy....Cet article est suivi de la mention : « La fin à 
un prochain cahier •. Cette fin ne se trouve dans aucun dos 
cahiers i)ostérieurement parus. 

3. F. Fi nck-Brentano, Correspondance historique et archéo- 
lofjiijue ,3'" année, n" 26 : L'Office international de bibliogrn- 
\)\\'u\... 

i. Ch.-V. Langlois, Revue internationale des bibliothèques, I. 
1896 : A propos de l'Institut international de bibliographie. 

T). II. S. (Henri Stein), ibid. : La Conférence bibhogrn- 
jihique internationale de Bruxelles. 

6. II. Le Soi'DiER, De la Classification méthodique dans Ica 
catalogues de librairie : Rapport présenté au Congrès inter- 
national des éditeurs/! Bruxelles, '25-26 juin 1897. 

7. G. Flmagalli, bibhothécaire à l'Université de Naplos. 
la Conférence internationale de bibliographie de Bruxelles et le 
ftépertoire bibliogra}thique universel. (Document aulogra- 
phié.) 



CATALOGUES ET GLASSEFIGATION. 391 

« Le plan général (de ce système) est des plus 
«impies, écrit M. Léopold Delisle* ; l'ensemble et les 
détails en ont été empruntés au système décimal, 
comme l'indique suffisamment le titre : Décimal Clas- 
sification, C/est là ce qui fait la force apparente des 
théories de M. Dewey. Malheureusement, Tétude des 
phénomènes de la nature et des événements de l'his- 
toire, les fruits de l'activité humaine, les travaux 
scientifiques, artistiques et littéraires, les produits 
de l'esprit ou de l'imagination, sont loin de toujours 
se prêter à la rigueur des divisions et subdivisions 
décimales. » 

• Le grand défaut du système de Dewey, dit de 
son côté le docteur Graesel', c'est de donner à toutes 
les classes le même nombre de divisions el la même 
ampleur, alors que chacune des branches des con- 
naissances humaines a son étendue particulière et 
demande, par conséquent, à être divisée d'une façon 
différente des autres. » 

Pour comble, et comme nous le remarquions tout 
à l'heure^, de nombreuses divergences se sont pro- 
duites entre les pr'^ moteurs de ce système; les 
mêmes nombres, les m^mes cotes ont fini par repré- 
senter des matières différentes, par recevoir des si- 
gnifications contradictoires. • 

1. Op. cit., p. 150. 

2. Op. rit., p. 50X. 
.", Siipra^ p. 575. 



5^ LE LIVRE. 

Aux États-Unis mêmes, la classification décimale 
a ôtè loin d'obtenir renlhousiaste accueil qu'on au- 
rait pu supposer, et elle a rencontré quantité d'ob- 
je^'tions el de résistances. * En 1893, l'Association 
des bibliothécaires américains a fait une enquête sur 
les diffèn^nls svstèmes de classification dont se ser- 
vent les grandes bibliothèques des États-Unis, et 
elle est arrivée à ce résultat : sur 191 bibliothèques 
qui ont rvpondu. 15 seulement avaient adopté fran- 
ehement le système décimal, tandis que 89 se ser- 
vaient du catali^rue-dictionnaire*. » 

« Le système Dewey, dit M. Billings, le savant 
biblii^nipho de New- York*, n'a été introduit aux 
Ktals-Unis dans aucune des bibliothèques relevant 
de l'Klat. dans aucune bibliothèque universitaire, si 
ce n*o<l dans celle d'Albany, dont M. Dewey est le 
bibliotliécaire en chef. La bibliothèque de l'Univer- 
sité de C.olumbia. à New-York, employait la classi- 
licalion décimale du temps où M. Dewey en était le 
directeur, mais depuis que le directeur a changé, on 
a changé aussi le système, car on y a trouvé une 
foule d'inconvénients. » 

En Europe, ce système semble avoir été accueilli, 
par les gens de lettres et les bibliographes de profes- 
sion, avec une méfiance plus ou moins caractérisée ; 
tandis que les hommes de science, médecins, phy- 

ï. H. Le SoiDiEiî. op. cit.. p. 6C. 
2. Ap. ID., ibi(f. 



CATALOGUES ET CLASSIFICATION. 393 

siologistes, etc., n'y ont pas trouvé les mêmes imper- 
fections et s'y sont, au début tout au moins, volontiers 
ralliés*. Nombre d'entre eux, pour le cataloguement 
de leurs livres et la rédaction et la mise en ordre 
de leurs fiches bibliographiques ou autres, ont 
adopté des méthodes où les combinaisons de chiffres 
remplacent toutes les mentions de classes et catégo- 
ries, toutes les lettres indices de divisions et subdi- 
visions des anciennes classifications. 

Il est même à remarquer que, dès Tannée 1879, 
c'est-à-dire bien avant l'introduction en Europe du 
système de M. Melvil Dewey*, un médecin de Paris, 
très connu depuis par ses travaux de laryngologie, 
le docteur Baratoux, employait un procédé de nota- 
tion chiffrée reposant sur le principe même de la 
classification décimale. Ce n'est qu'en 1897, alors que 
cette classification provoquait tant de controverses 
dans le monde bibliographique, que M. le docteur 
Baratoux, jusque-là étranger à ces questions, et qui 

1. Voir notamment la Revue scientifique ^ 30 mai 4896 et 
21 août 1897, art. de M. Marcel Baudouin; — 11 juin 1898, 
art. de M. Charles Riciiet ; — 10 septembre 1898, art. de 
M. Ed. Sauvage. 

2. Quoique la première édition, tout à fait rudimentaire, 
de l'ouvrage de M. Melvil Dewey date de 1876 {A Classifica- 
tion and subject Index for cataloging and arranging the books 
and pamphlets ofa library; — Amherst, Massachusetts, 1876: 
in-8 de 44 pp. ; — réédité, modifié et complété en 1885, 1888, 
1890 et 1894), la classification décimale n'a guère été connue 
en Europe qu'après 1890, et surtout depuis la Conférence de 
Bruxelles de septembre 1895. 



39(1 



LE LIVRE. 



iravait pas soupçonné l'importance de sa méthode 
«lo cataloguement, en publia dans son journal, la 
Pratique médicale^ le tableau détaillé explicatif*. 

Quant aux libraires et éditeurs, ils semblent de 
plus en plus préférer, à la classification par chiffres, 
à la classification décimale, le Dictionary-Catalogiie, 
la classification par mots-souches, d'une simplicité 
si élémentaire et d'un usage si pratique*. 

L Voir la Pratitjue médicale, journal des maladies des 
oreilles, du nez et du larynx, du i" janvier au 15 juillet 
1897. 

2. - Le meilleur des systèmes de classification, et le plu? 
simple, le plus pratique, le plus à la portée de toutes les 
intelligences, estle catalogue-dictionnaire; il répond à toutes 
les exigences, et permet de faire les recherches plus promj)- 
tement «pietout autre classement. » (H. Le Soudier, op. cit., 
p. 08.) « Le Congrès [de Bruxelles, juin 1807J... approuve et 
recommande le classement suivant : 4° Table alphabétique 
par noms d'auteurs; 2" Table systématique par ordre d(* 
lualiéres ; o" Table alphabétique des matières au moyen des 
mots-souches avec rappel du nom d'auteur et du titre su<- 
rinct. » (\d , op. cit., p. 80.) 



INDEX ALPHABÉTIQUE' 



About (Edmond) : 8J. 

Académie française, projet 
de publication d'une col- 
lection des grands au- 
teurs du XVII" siècle : 24 
et s. ; 1!28-iî20. 

AcHARD (Amédée) : 126. 

Achat des livres : 1 et s. 

Adam (Paul) : 107. 

Adresse bibliographique (Ca- 
talogues) : 228. 

Aimé -Martin (L.) : 288, 
550. 

Aluanv (comtesse d*) : 09. 

Albert (Paul) : IC. 

Alde l'Ancien : 507. 

Alembert (d') 4,219, 549. 

Aligiiieri (Dante) : 259. 

Alran aîné : 155. 

Aloysia Sigea : voir Sigée. 

Amateurs et collection- 
neurs, leur nombre : 01. 

Ambroise (saint) : 501. 

Ambroisienne , Bibliothè- 
que — , à Milan : 149. 

Ameilhon : 550. 

Amyot (Jacques) : 107. , 

Angelot (Mme) : 70. 

André (Paul) : 49. 



Anonymes, classement des 
ouvrages — : 280 et s. 

Anouetil : 127. 

Appui-livre : 187, 189. 

Argent (F), « le nerf et le 
dieu de la littérature 
d'aujourd'hui » (Sainte- 
Beuve) : 106 et s.; « tout 
homme riche est un mal- 
honnête homme ou Thé- 
rilier d'un malhonnête 
homme » (saint Jérôme) : 
107. 

Akistote : 219, 549. 
Arsenal, Bibliothèque de 

r - : 190, 197. 
AssELiNEAu (Charles) : 08. 
AssÉzAT : 5. 
Alger (L.-S.) : 127. 
Auguste, empereur : lOi. 
AuLARD (A.) : 72. 
AvENEL (Georges) : 25. 

Babou (Ilippolyte) : (i8. 
Bacon, chancelier : 219, 

549. 
Baedeker : 17,' 157, 185. 
Bailly (Benoist) : 57. 
Balard de Lancy : 09, 70. 



1. Les cliiffrcs gras (égyptiennes) indiquent des pages 
<'onten<ant des renseignements détaillés. 



396 



INDEX ALPHABÉTIQUE. 



Ralza<: <H. dk) i 60, G4, 73, 
80, Bll. 37, '.P8, 1», 134, 
■in, SDù, 3»(l. 

IU:iviLLK iTlit-otlore de) : 

ItARATUUK (docteur) : 593. 

II.MIHEV U'AUBKVILLY : 90, 

Dl, 100. m. 

ItABiiiiiiH ( Antoine- Alexan- 
lirei, bibliograplie : 7; 
(.'urieuxpror.édé qu'il em- 
ploie |)Our déménager la 
bibliothèque du Conseil 
d'l^:iat : IU9. 

ItAHBiKii, médecin de 
Louis XV : M9. 

llAHiiiK. libraire : -il, 4:2. 
17. 

llAiiKniN (Marcel) : 375. 

Havlk iPieiTft): i, 1»8. 

lÎKACHIHT : Si. 

ItKAI MAHCIIAIS : i9. lOD. 

I-J:!. I-J7. IM. 
ItKcyuK (Henry) : 100. 
[ti>iiédictiiig de Sainl-Maur 

(les) : l-'), llî. 

.1 (Jérémie) : 5J0. 



Bks 



: 12. 



.1 (Henri) : 184. 

Hehaiii.i (G.) : 28. 

IU;i<NAi»u(Chai-les*B):i'25. 

ItKnsAKi.iN DK Saint - 
l'ii nui-: : voir Saint- 
l'iKURi-; (Itornardin dkI. 

ISkhoaldk i.kVkhville : !I8. 

Ilibliograpliic (la) est, plus 
que toute autre, une 
science d'cxaclîtude et de 
détails minutieux : 77. 



Bibliomanes(les),geDslieu- 

BiBuopuiLË Jacob : voir 
LAcnoix (Paul). 

Bibliothèque, aménage- 
ment d'une — : 135 et s. ; 
bibliothèques anciennes : 
156et s. ; — en épis oue^ii- 
tiea : 145,183, 185; situa- 
tion et emplacement des 
— :148ets.,^^^6ets.;humi■ 
dité dans.lcs —, moyens 
de la combattre : J54et s. ; 
rayonnage des — i 159 et 
s., 165, 168-169; différents 
modes de supports des 
rayons : 163 et s. ; noms 
des d i verses parties d'une 

— :lti8-tli9;-àéchelles 
en fci- i 170-177; — sys- 
tème G&lante,à supports 
à coulisses : 177 et s.; 

— extensibles : 181, 183; 

— tournantes : 181 et s.; 

— de Uble i 182, 183; 
meubles accessoires des 

— {appuis -livres, fantô- 
mes, pupitres, etc.) : 180 
et s. 

Bibliothèque de l'Arsenal : 
196, 197. 

Bibliotlièque Méjanes , à 
Aix-en-Provence ; 501. 

Bibliothèque nationale 
17l;fiés(?ii'e:184,2St8;rari- 
gementdeslivresàla — : 
211 et 9.; 232, 271 et s. 
286, 2'JH, 318, 348; classo- 
menl des livres à la — : 
351 et s. 



INDEX ALPHABÉTIQUE. 



397 



Bibliothèque Sainte-Gene- 
viève : 232. 

Bibliothèques universitai- 
res : 16i, 204, 211 et s., 
229 et s., 232, 268, 280, 
289, 513 ; classement des 
livres dans les — et à la 
Sorbonne : 553 et s. 

Bibliothèque Ambroisien- 
ne, à Milan : 149. 

Bibliothèque Laurentienne, 
à Florence : 137, U3, 144, 
173. 

Bibliothèque Malatestien- 
ne, à Cesena : 157, 142. 

Bibliothèque Marciana (ou 
Saint-Marc), à Venise : 
185. 

Bibliothèque de T Univer- 
sité de Leyde : 159, 140- 
141, 144, 145. 

Bibliothèque de la cathé- 
drale d'Hereford : 157, 
159. 

Bibliothèque du Trinity Col- 
lège, à Cambridge : 185. 

Bibliothèque nationale, col- 
lection des meilleurs au- 
teurs anciens et modernes : 
29 et s. 

Biblorhapte (reliure mo- 
bile) : 281, 298. 

BiERSTADT (Edward Haie) : 
259. 

Billard, poète : 95, 94. 

BiLLiNGS : 592. 

Bismarck : 96. 

Blanc (Charles) : 17. 

Blanc (Louis) : 8, 9, 98. 

BoccACE : 12. 



Bodin : 115. 

BoiGNE (Charles de) : 85. 

BoiLEAU : 24,29,42,71,106, 
201. 

BoiSLiSLE (A. de) : 15. 

Boîte-livre ou boîte-reliu- 
re : 2'/9, 281. 

Bonald (vicomte de) : 74. 

BonaventuredesPeriers : 
voir Des Periers (Bona- 
venture). 

Bonheur du lettré (le) : 
155-154. 

BoNNANGE (Ferdinand), 225, 
227, 228, 245, 244, 545, 
588. 

Bonnet (Max) : 104. 

Bordier (Henri) : 15. 

BossuET : 45, 66-67, 114- 
118, 256. 

Boucher, peintre : 255. 

Bouchot (Henri) : 156, 157, 
255. 

Bouilliau ou Bouillaud : 
511, 512. 

Boulard (Antoine- Marie- 
Henri ) : 79, 80. 

Boulard (Martin- Sylves- 
tre) : 62, 80. 

Bouquinistes des quais 
(les) : 46 et s. ; portrait 
du bouquiniste-étalagis- 
te : 50; habitudes et ma- 
nies des — : 51 et s. ; se 
méfier des bouquinistes 
qui n'indiquent pas d'a- 
vance le prix de vente de 
leurs volumes : 55. 

BouRBON-BussET : 258. 

Bourdaloue : 114. 



398 



INDEX ALPHABÉTIQUE. 



Hoi'RtîET (Paul) : 16. 
IJOURGOUGNON (G.) : 252. 

BouvENNK (Aglaûs) : 235. 

Hbissart-Binet : 37. 

Brisson (Adolphe) : 28. 

BRi'NET(Guslave): 242,311. 

Brun ET (Jacques-Charles) : 
7, 219, 245, 245, 291, 290, 
300,501,302,303,306,308, 
311 et s., 318, 319, 320, 
521, 322, 324, 329, 351, 
559, 545, 547, 550, 551, 
555, 569. 

Bri'netière (Ferdinand) : 
14, 16. 

IUffon : 29, 155. 

lu ncuARD : 255. 

lU'BCKIIARDT : 17. 

lÎL'RK (les DE) : 48, 511. 
HiRY (Richard de) : 75. 
HissY-RAnuTiN : 116. 
HuTTURA : 263. 

(Iabanès (docteur) : 8. 
Cabriolet (boîte à fiches) : 

224, 225. 
(Ialonnk (M. de) : 95. 
Calvls, poète : 105, 104. 
Cambridge, Bibliothèque 

du Trinily Collège, à — : 

185. 
(LvMPiiELL (lord) : 15. 
(Iampenox : 128. 
(Jamus : 350. 

(^ARLYLE : 8 

Carné : 128. 

Caro : 128. 

(^ARRÉ (Eugène) : 111. 

Cartier (Jacques) : 15. 

Cartouche, criminel: 15, 89. 



Castellanus (Duchâtel) : 
274. 

Castille (Hippolyte) : 9. 

Catalogage ou Catalogue- 
ment? 220. 

Catalogues (Classification), 
différentes sorte de — : 
219 et s. ; — alphabéti- 
que, le plus important : 
222 et s., 282; — méthodi- 
que ou systématique : 222 
et s., 282,305 et s.; tim- 
brage des volumes : 252 
et s. 

Catalogues (Librairie), — de 
livres d'occasion :54ets.; 
qu'ils ne soient pas trop 
volumineux. : 59; éviter 
de les expédier roulés : 
59-60. 

ra/e>îa<2 (livres enchaînés) : 
159 et s. 

Catherine de Médicis : 
196. 

Catherine, impératrice de 
Russie : 96. 

Catulle : 105, 201. 

Cayeux, collectionneur : 
81. 

Cazin, «es éditions : 36-37. 

CÉSAR : 97. 

Chamfort : 9G, 98. 

Champagny : 128. 

Champfleury : 46, 94, 241, 
274, 278. 

Charles, éditeur : 95, 04. 

Charles X : 8. 

Charpentier, Classiques 
publiés par l'éditeur — : 
26. 



INDEX ALPHABÉTIQUE. 



399 



Chartier (Alain) : 248, 249. 

Charton (Edouard) : 15. 

Chateaubriand : 64. 

Châtelain (Emile) : 247. 

Chatelet (Mme du) : 154. 

Chauvelin : 31. 

Chénier (André) : 5, 129. 

Chesterfield (lord) : 4. 

Chevalet-liseuse : 188, 189. 

Chevillier (André) : 59. 

Chiffres arabes (les) préféra- 
bles aux chiffres romains : 
245, 292, 295. 

Chipiez il"/. 

CicÊRON : 105,104,151,144, 

156, 20J. 

Cimelia, Cimeliens (trésors 
des bibliothèques) : 184- 
185.. 

Cinna, poète : 105. 

CLARETiE(Jules): 9, 15,111. 

Claretie (Léo) : 16. 

Clark (John Willis) : 136, 

157, 159, 142, 144, 185. 
Classement des livres et 

des fiches, — des noms 
propres précédés de la 
particule nobiliaire : 254 
et s. ; — des homonymes : 
266 et s.; — des noms 
propres précédés du mot 
Saint ou Sainte, saint 
ou sainte : 268 et s. ; — des 
pseudonymes : 271 et s.; 

— des ouvrages faits eu 
collaboration : 275 et s. ; 

— des ouvrages traduits : 
277; — des pièces de pro- 
cédure : 277 et s. ; — des 
anonymes : 280 et s. ; — 



des polygraphes : 548 ; — 
par mots-souches ou ca- 
talogue-dictionnaire ( D//- 
tionary-Catalogue) : 570 
et s., 594. — Voir Ran- 
gement. 

Classification bibliogra- 
phique, histoire delà— : 
506 et s. ; nombre de sys- 
tèmes de — : 50<^; — de 
J.-Ch. Brunet : 512 et s.; 
différents systèmes de — 
549 et s. ; — décimale : 
225 et s., 254, 374 et s. 

Claudin (A.), librairie : 57. 

Clément (dom), bénédic- 
tin : 16. 

Clément (Claude), (Clau- 
dius Clemens), jésuite : 
76, 219,510. 

Clément VII, pape : 157. 

CociiiN : 56, 255. 

COLKRIDGE : 100. 

Collé, chansonnier : 242. 
Collectionneurs (les), gens 

heureux : 80-81. 
Collections d'ouvrages, leur 

cataloguement : 291 et s. 
CoLLiGNON (Albert) : 85, 107. 
CoLOMBEY (Emile) : 85. 
Comte (Auguste) : 219, 549. 
Condé, prince de — : 256. 
Constantin (L.-A.) : 199. 

204,210,222, 271,504,511, 

569,570. 
Contades (maréchal de) : 

111. 
Contemporaine (une) : voir 

Saint-Elme (Ida). 
CoppÉE (François) : 241. 



400 



INDEX ALPHABÉTIQUE. 



Corinne, poétesse : 103,104. 
Corneille (Pierre) : 25, 26, 

29, 41, 45, 63, 65, 128. 
Corneille (Thomas) : 127. 
CoRNÉLY (J.) : 28, 102. 
CoRROENNE, libraire : 37. 

COSME DE MÉDICIS : 137. 

CosTE : 550. 

To^e (Catalogues) : 230 et s., 
244 et s. 

Courier (Paul Louis) : 99, 
129. 

Cousin (Jules), bibliogra- 
phe : 155, 228, 264, 280, 
305, 329. 

Cousin (Victor), philoso- 
phe : 68. 

Crapelet (G.-A.) : 26, 92. 

Crapelet (Mme) • 92. 

Crépet : 68. 

Crétin (Guillaume), poète : 
H2. 

Critique littéraire (la) : 
120. 

Cuvillier-Fleury : 220. 

Dante : 21, 29, 122; — et 
non le Dante : 258-259. 

Darche (Jean) : 52. 

Daremberg (Charles) : 17. 

Darmesteter (A) : 220. 

Daudet (Alphonse) : 21, 
129, 245, 246, 249. 

Daunou : 15. 

Daupeley - Gouverneur : 
257, 259, 260. 

Davray (Henri-D.) : 32, 34. 

c/e, du, d\ de la, des : noms 
propres précédés de la 
particule nobiliaire, com- 



ment les classer : 254 et 
s. ; les particules de, du,,.. 
ne se placent jamais seules 
devant le nom, ne pas 
écrire de Montmorency, 
de Biron... : 255 et s.; 
particules étrangères , 
von, zum, zuv. van, ten: 
degli.., 263 et s. 

Dédicaces manuscrites {ex- 
dono) : 234. 

Delavigne (Casimir) : 121. 

Delille (Jacques) : 111- 
112, 201. 

Delisle (Léopold) : 221, 
228,245,258,263,265,267, 
268,270,271,275,280,285, 
284,291,298,304, 312,313, 
345, 351 ; système de clas- 
sement des livres propo- 
sé par M. — : 361 et s. ; 
370, 372,373,375,390,591. 

Delord (Taxile) : 9, 92. 

Delorme (Philibert) : 32. 

Delvaux : 36. 

Déménagements : 157; ter- 
reur des véritables gens 
de lettres : « un homme 
de lettres ne devrait ja- 
mais déménager » (Res- 
TiF DE LA Bretonne) : 
198; curieux procédé em- 
ployé par A. -A. Barbier 
pourdéménager labiblio- 
thèque du Conseil d'État : 
199. 

Démosthene : 104. 

Denis (Ferdinand) : 57,350, 

Derome (L.), bibliographe : 
50. 



INDEX ALPHABÉTIQUE. 



401 



Derome, relieur : voir 

Rome (de). 
Descartes : 45. 
Deschamps (Gaston), jour- 
naliste : 102. 
Deschamps (Pierre), biblio- 
graphe : 511. 
Deschanel (Emile) : Ifi, 

192, 198, 200-202. 
Deshoulières (Mme) : 110. 
Desormes : 269. 
Des Periers (Bonaven- 

ture) : 51. 
Despréaux : voir Boileau. 
Destutt de Tracy : 21. 
Develay (Victor) : 98. 
Dewey (Melvil) : 374 et s , 

591, 592, 595. 
DiBDiN : 92. 
DiCK : 128. 
Diclionary-Cataloyue : 570, 

574, 594. 
Dictionnaires, au lieud'ini 
tiales, dans le titre cou- 
rant, inscrire en entier le 
nom du dernier article de 
la page : 6. 
Diderot :4, 05, 81, J19, 129. 
DiDOT (Pierre) : 50. 
Didot (les), collections d'ou- 
vrages publiés par — : 
7, 26 et s.; 559.— Voir Fir 
min-Didot (Ambroise). 
Didron : 14. 
Division (Typogr.) : voir 

Trait-d*union. 
DoMAT, janséniste : 107. 
Dorez (Léon) : 2i7. 
DouMic (René) : 16. 
Du Bartas : 1J5. 



Ducange {Glossarium.,. 

par) : 6, 184, 190. 
DucHATEL (Castellanus) : 

274. 
DuçHESNE (André) (Qwer- 

cetanus) : 274, 275. 
DuDLEY (Joseph) : 258. 

DUFRENY : 52. 

Du Jardin (Carie): 120. 
DuLAURE : 245, 244, 544 et s. 
DupoNCHEL : 56. 
DuguET (Alfred) : 9. 
Duras (Mme de)*: 121. 
DuREL (A.), libraire : 57. 
DuRET (Théodore) : 9. 
DuRu Y (Victor) : 7. 
Du Vair (Guillaume) : 113. 

Écriture, — droite préfé- 
rable à r — penchée : 249- 
252. 

Éditeur, importance d'un 
bon éditeur pourla vente 
des livres : 86. 

Edition, — variorum : 26; 
en quoi consiste une belh» 

— : 38-39 ; — fn^inceps : 59 ; 

— fictives : 95 et s. 
Egger : 10*2. 

EisKN : 255. 
Elzevikr : 28. 
Emerson : 155. 
Empis : J28. 
Ennius : 105. 
Épaminondas : 9lî, 97. 
Épi, bibliothèque rangé*' 

en — : 145, 182, 185. 
Epiiic, synonyme d'épi : 1-45 

182. 
Ésope : 105. 



LE LIVRE. — T. IV. 



=i.v\ 



^02 



INDEX ALPHABÉTIQUE. 



EsTiENNK (Henri) : 275. 
EsTRÉKS (J. d') : 256. 
EuDRL (Paul) : 278. 
KuPHORiON : 101, 103, 111. 
Euripide : 104, 119, 202. 
E»r-dono : 254. 
f:jC'Hbris : 252, 235 et s. 

Fabre (Ferdinand) : 123. 

FaURE d'ÉGLANTINE : 108. 

Faguet (Emile) : U, 10, 
102, 262. 

Fallières; ministre : 235. 

FantÔtne (Bibliolh.) : 188, 
180. 

Fauiuki. : 15. 

Félhtz : 128. 

FÉNKLON : 29, 266. 

Fhrnand-Lafargue : 288. 

Fkhtiault (F.) : 58, 81. 

Feydeau (Ernest) : 126. 

FiAux (Louis) : 9. 

Fiches ou cartes (pour 
catalogues) : 225 et s.; 
boîtes à — 22 4 et s. ; ré- 
daction des — :245 et s., 
291 et s., 504 et s.; — im- 
primées : 255, 589 et s. ; 

— complète ou princi- 
pale : 271, 275 et s., 50i; 

— de rappel ou de ren- 
voi : 271, 275 et s., 504. 
r»i7. 575 ; — d'ouvrages 
signés de pseudonymes : 
271 et s.: — d'ouvrages 
anonymes : 280 et s.; — 
de journaux et pério- 
diques : 290 et s.; — de 
collections d'ouvrages : 
291 et s. ; — d'incunables : 



298 et s. ; — du catalogue 
méthodique : 545 et s. ; 

— rédigées selon les 
règles de la classification 
décimale : 586-588. 

FiNOT (Jean) : 104. 

Firmix-Didot (Ambroise) : 
16. 

Flammarion, nouvelle col- 
lection : les Meilleurs 
Auteurs classiques fran- 
çais et étrangers, publiée 
par l'éditeur — : 29, 292. 

FLAUBERT(Gustave): 99,129. 

Florian : 100. 

Fontaine de Resbeco : 47, 
548. 

Format des livres, incom- 
modité des volumes de 
grand format : 22-25: 
rangement des livres par 

— : 205 et s.; — in-8 pré- 
féré par Talleyrand : 214. 

Formey : 2. 

Fortia d'Urbin : 350. 

FouRNiER (Edouard) : 68, 

156. 
Français (les) s'engouent 

aisément de l'étranger, 

et sont leurs propres mê- 

priseurs : 31-34. 
France (Anatole) : 16. 
Frédéric le Grand : 96. 
Frelnd : 6. 

FuGAiRON (Jean) : 154, 155. 
Fumagalli (G.) : 590. 
Funck-Brentano (F.) : 590. 
FuRETiÈRE (Antoine) : 77, 

84. . 

FUSTEL DE COULANGES : 8. 



INDEX ALPHABÉTIQUE. 



(i03 



Gaillard (le Père) : 1U. 

Galante (Emile) , inven- 
teur : 177, 180, 181, 224. 

Gallus, poêle : 103, 111. 

Gariel : 251. 

( xARNiER, Collection des meil- 
leurs ouvrages français et 
étrangers..., publiée par 
réditeur — : 27. 

Garnier (Jean), jésuite : 
219, 511, 512. 

(jarnier-Pagès : 9. 

Gassendi : 154. 

Gauthier-Villars : 251. 

Gautier (Tliéophile) : 55, 
123, 129, 240. 

GaV ARRET : 251. 

Gazier (A.) : 10, 75, 115, 

119. 
Gebhart (Emile) : 17. 
GÉRAUD (H.) : 105, 150. 
Gesner (Conrad) : 219, 507, 

508, 509. 
^ Girard (abbé) : 550. 
GiRARDiN (Mme Emile de) : 

91. 

(iLADSTONE : 182, 184. 

Gloire (la) littéraire et le 
eabotinage : 97 et s. ; — 
déesse aveugle : 110 et s. ; 
« rechercher la — est un 
anachronisme » (Prou- 
dhon) : 151. 

(ioDEFROY (Deuis) : 275. 

(ioDEi-TiOY (Frédéric) : 0. 

Goethe : 2. 

GotDSMiTH : 154. 

Goncourt( Edmond ot Jules 
DE) : 12, 13, 91, 132, 240. 

Gonzague (Anne de) : 110. 



GoNZAGUE (Bénédicte de) : 
110. 

GossoT (Emile) : 51. 

GoTHOFREDus (Dcuis Godc- 
froy) : 275. 

GouRMONT (Remy de) : 102. 

GozLAN (Léon) : 120. 

Graesel (docteur Arnim) : 
140, 147, 148, 104, 175, 
184, 204, 210, 221, 225, 
252, 255, 204, 280, 282, 
299, 509, 570, 591. 

Grand (E.-D.) : 204, 274. 
278, 287, 288, 500, 515. 

GRAND-CARTERET(John) : 10. 

Grande Encyclopédie (la) : 

4 et passim. 
Gravelot : 255. 
Grébic/ie (reliure à fils) : 

281, 299. 
Grenier (Edouard) : 95. 
Grimm, critique, auteur do 

la Correspondance lillé- 

raire : 115. 
Grimm, philologue : 14. 
GrollierdeServière: 104. 

195, 190. 
GuÉRiN (Maurice de) : 125, 

120. 
Gui Patin : 2. 
GuiGARD (Joannis) : 255. 
Guise (Henri II de Lorrai- 
ne, duc de) : 1 10. 
GuizoT : 9, 2L 
Guyot-Daibès : 18, 10, 20. 

100, 104,200,^207,215,210. 

252. 

Habert (François), poète : 
112. 



404 



INDEX ALPHABÉTIQUE. 



Hachette, Collections de : 
les Grfiru/.s Ecrivains de la 
France vi Œuvres des prin- 
cijxiux écrivains français, 
publiées par— : 25 et s.; 
251, 209. 

Hale Iîierstadt (Edward) : 
239. 

II A M EL (Ernest) : 9. 

Hanotaux (Gabriel) : 46. 

Hatzfeld (Dictionnaire gé- 
néi*al-de la langue fran- 
çaise... p&vXdolphe Hatz- 
feld, Arsène Darmeste- 
ter et Antoine Thomas) : 
5, 190, 220,287. 

IIaussciiein (OEcolampa- 
do) : 274, 275. 

Havari) (Henry) : 158. 

Havin (Léonor) : 92. 

IIendel (Otto), éditeur à 
Ilalle-sur-Saale : 54. 

Hknnkt (Léon) : 348. 

Hi-NNiN : 270. 

Hi:nui II, roi de France : 
112. 

Henri II de Lorraine, duc 
de Giiiso : llC. 

Henri III, roi de France : 

509. 

Henriette d'Angleterre : 
117. 

Herroiville (M. d') : 217. 

Herdkh : 147. 

Hereford (Angleterre), Bi- 
bliothèque de la cathé- 
drale d'— : 137,139, 144. 

IIÉRicAULT (Charles d') : 08, 
112. 

HiPPOCRATE : 151. 



iloEFER (Nouvelle Biogra- 
phie générale, publiée 
sous la direction du doc- 
teur) : 4, 15. 

Homère : 29, 100, 101, 104, 
112,119,201. 

Homme heureux, portrait 
deT— (par Buffon) : 135; 
le lettré, « le plus heureux 
des hommes » (Emerson^ 
134. 

Homme sage, portrait de 
V— (par Buffon) : 133. 

HoR.\CE : 2J, 71, 103, 104, 
119. 

HoussAYE (Arsène) : 128. 

HoussAYE (Henry) : 9. 

HoziER (L.-P. d') : 257. 

HuET, évéque : 131. 

Hugo (Victor) : 63, 60, 67, 
94, 107, 111, 112,128,190, 
254, 293 et s. 

Humidité (1') dans les bi- 
bliothèques, moyens de 
la combattre : 155 et s. ; 
— la grande ennemie des 
livres : 155. 

Imola (Benvenuto d') : 12. 
Incunables, leurcatalogue- 

ment : 298 et s. 
Index alphabétique, son 

utilité : 15. 
Intermédiaire des chercheurs 

et cumeux (/') : 18 et pas- 

sim. 
IsAMRERT (Gustave) : 108. 

Jacob (le Père Louis) : 311. 
Jacquez (Ernest) : 365. 



J^J^Ji? 



INDEX ALPHABÉTIQUt:. 



405 



J AL (Dictio7inaire cHtique de 
biographie et (T histoire... 
par) : 4-5, 270. 

Jamati : 181. 

James (William) : 53. 

Janin (Jules), a « le don de 
l'inexactitude » : 77, 78. 

Jannet, Bibliothèque elzévi- 
rienne fondée par — : 29. 

Jannet- Picard, Nouvelle 
Collection — : 29. 

Javal (docteur Emile) 
249, 250, 251, 252. 

Jean de Médicis : 157. 

JÉRÔME (saint) : 107. 

Joanne (Paul) : 17, 260. 

JoRDELL (D.) : 7, 267, 368. 

JosÈPHE (Flavius) : 71. 

JouAusT (Damase) : 27-28. 

JouBERT (J.) : 278. 

Jourdan (Louis) : 92. 

JouRDAN, maréchal : 237. 

Journaux, leur action sur 
la vente des livres : 86 et 
s., 91 et s.; — et périodi- 
ques, leur classement : 
288 et s. - Voir Pério- 
diques. 

JouY, littérateur français : 
83. 

Jules de Médicis^ cardi- 
nal : 137. 

Kipling (Rudyard) : 128. 
Klett (Harold) : 157. 
KozAKiEWicz (B.) : 32, 54. 

La Bédollière (Emile de) : 

92. 
La Bruyère : 25, 29, 45, 95. 



Lacordaire : 2. 

LACROIx(Paul)(BlBLIOPHILE 

Jacob) : 40, 46, 50, 156, 

145, 283, 287. 
Lacroix du Maine : 219, 

309. 
Lacuée de Cessac : 128. 
Lafaugue (Fernand) : 288. 
La Fayette (Mme de) : 42. 
La Fontaine :fl, 22, 25, 

29,45,65,71,105,106,208. 

La Gorce (Pierre de) : 9. 

La Harpe :,115. 

La Haye, criminel : 89. 

Lalanne (Ludovic) : 4, 130 

Lamartine : 8, 66, 67, 95, 
121. 

Lambert (Mme de) : 108. 

Lamennais : 89, 548. 

La Monnoie : 84. 

La Mothe-Le Vayer : 2. 

Lancelot : 348. 

Lancy : voir Balard de 
Lancy. 

Langlois (Ch.-V.) : 590. 

La Noue : 115. 

Lanson (Gustave) : 16, 65, 
115, 122, 266. 

Laporte, bouquiniste : 54. 

Larive et Fleury {Diction- 
naire des mots et des cho- 
ses, par) : 220, 260, 

La Rochefoucauld : 25, 
129. 

Larousse (Pierre) (Grand 
Dictionnaire universel du 
XIX" siècle, par) : 3, 15, 
124, 145, 190, 220, 259, 



260, 
550. 



270, 272, 287, 299, 



^06 



INDEX AIJ>HABÉTIQUE. 



La RuK(lc Père) : lU. 

Las Navas (comte de) : 90. 

Laudr (Jules) : 146. 

Lalnay (vicomte Charles 
DE), pseudonyme de 
Mme Emile de Girardin : 
1)1. 

Laurent I*' DE MÉDicis: 137. 

Laurentienne, Bibliothèque 
— , h Florence : 137, 143, 
U4J75. 

Lavallke (Théophile) : 14. 

Lavisse : 7. 

Lavocat, libraire : 8. 

le, la^ noms propres précé- 
(U^s de Tarticle (Jean Le 
Maire, Jean de la Fon- 
taine,... le Tasse, le Cor- 
rège,... Le Nôtre, Le Ver- 
rier,. ..Louis le Gros, Phi- 
lippe le Hardi,... le Ha- 
vre, le Mans,...), com- 
ment les écrire et où les 
classer ? î257 et s. 

Le Houx, évt^que : 114. 

Lkclerc (Emile) : 257, 259, 
2GÎ), 288. 

Lk Clkrc (Victor) : 15. 

Leclkrcq (Théodore) : 122. 

Lectrin (lutrin) : 190 et s. 

Lecture, ne lire que les 
chefs-d'œuvre :2. — Voir 
Livre. 

Lpji èvre-Deumier : 122. 

Legouvé (Ernest): 118, 121. 

Lehautcourt : 9. 

Le Maistre de Sacy : 510. 

Lemaître (Jules) : IG; les 
Vieux LivreSy par — : 40- 
45. 



Lemerre (Alphonse), édi- 
teur : 68. 

Lemice-Térieux : voir Mas- 
son (Paul). 

Lenôtre (G.), écrivain : 8. 

Le Nôtre, dessinateur de 
jardins : 200. 

Léon X, pape : 137. 

Leopardi : m. 

Le Petit (Jules) : 77, 78. 

Le Sage : 129, 502,505. 

Lescarbot (Marc) : 501, 302. 

Le Soudier (H.) : 54, 55, 
506, 568, 590, 592, 594. 

Lespinasse (Mlle de) : 108. 

Le Tellier (Michel) : 117. 

Lettré de), « le plus heu- 
reux des hommes » (Emer- 
son) : 154. 

Levallois (Jules) : 11, 12, 
14, 15, 16, 68, 118, 124, 
125, 155. 

Leyde, Bibliothèque de l'U- 
niversité de — : 159, 140- 
141, 144, 145. 

L'HÔPITAL : 115, 117. 

Librairie d'occasion : 35 
et s. 

Ligne (prince de) : 99. 

LiTTRÉ {Dictionnaire de la 
langue française.., par) : 
5-6,26, 118,^190, 220, 255. 
287, 299, 525. 

Livres, achat des — : 1 et 
s. ; choix des — : 2 et s., 
20 et s. ; — de référence : 
5; — de classes ou d'éco- 
lier : 19 ; — de grand for- 
mat, sont consul tés plutôt 
que lus : 22-25 ; — à bon 



INDEX ALPHABÉTIQUE. 



407 



marché : 26; — anglais 
comparés aux livres fran- 
çais : 32-34 ; — <d'occa- 
sion : 35 et s., 46 et s.; 
les Vieux Livres^ par Jules 
Lemaître : 40-45; moyen 
de se renseigner rapide 
ment sur le contenu et 
le mérite d'un — : 52- 
53; moyen de s'assurer 
instantanément qu'il ne 
manque pas de pages à 
un livre relié : 53; multi- 
plicité des — (œuvres 
complètes et œuvres 
choisies) : 63 et s.; — 
expurgés et altérés : 68 
et s.;, le livre, étrange 
marchandise : 68 et s. ; 

— ad usum Delphini : 71 
et s. ; comment et quand 
doit-on acheter des — ? 
75 et s. ; — nouveaux : 
77 et s.; amour des — , 
jouissances qu'il procu- 
re : 81 ; pourquoi achète- 
t-on un livre? 82 et s.; 
titres des — , leur impor- 
tance : 83 et s.; sort des 

— : 86-87 ; les journaux, 
la réclame et la vente des 

— : 87 et s.; « Silence au 
pauvre » : 89 ; le théâtre 
et les — : 90 et s. ; lance- 
ment et succès des — : 
96 et s., 105 et s. ; « de 
combien d'infamies se 
compose un succès? » 
(Balzac) : 96 ; Habent sua 
fata libelli (Terentianus 



Maurus) : 105; « un livre 
est une bouteille jetée à 
la mer.... attrape qui 
peut » (Alfred de Vigny) : 
110; rangement des — : 
135ets., 168-169, 198 et s.; 

— enchaînés (catenati) : 
139 et s.; l'humidité, la 
grande ennemie des — : 
155; — ont besoin d'air : 
157 et s.; rangement des 

— par formats : 203 et s. ; 
classement vertical : 215; 
mettre les plus beaux 
livres devant : 217 ; — 
ayant des titres trom- 
peurs : 348. 

LocK (Frédérip) : 196. 

LoRENz (Otto) : 7, 267, 368. 

Lorrain (Claude) : 120. 

LouANDRE (Charles) : 20. 

Louis XI : 96. 

Louis XIH : 153. 

Louis XIV : 56, 113, 115, 

116. 
Louis XV : 89. 
Louis-PniLippE : 9. 
LouiSY (P.) : 136. 
Lucien de Samosate : lOi. 
Lutrins : 188 et s. 
Lysias, orateur : 102. 

Mabun (Jean) : 219, 310. 

Mag-Laurin : 264, 348. 

Magasin pittoresque (le) : IS 
et passim. 

Maire (Albert) : 145, 160, 
163,164,204, 211,222,228, 
230, 249, 258, 263, 265, 200, 
208,269,280,288,289,291, 



INDEX ALPBABÉTIOUE. 



S'il. »r^,.^m.3If. ^13.513. 

:m. îiii. s:», s&v SM. 

MAt.tTK^T.i fiominiqnei 

137, 
MalMlfT^li'-nn':. BiblioUiè- 

qiifi — . à <>«ena ; 157, 

1(2. 
MAI.HKKflK : £>. 
M*l,rTtolH^B : 1, 

Mahk. ifii(>ri«ieiir-«^<lileur: 

M;iM^ lltaaieh : M*. 
MAi<i.-.\iiikt.F. : i. 
Mnni.ii.\tii i|'r()K[wrj ; 3fl, 

■,)iî. 
MiiF<i;iri!i S;iinl-.\lar<-.. lîî- 

\.\i;ti,i'\ui- . Il Vfinift.! : 



Mai 



llftnrvi : III. 



r.sv -Jil. 
.■ti;i. '.Ji 

-■UN -r; 


.- i.r, : 7a. 

Ii:s, : ÔH7. 
hmI,:2l'J, 3H, 


<T..N /Il 

v'.liivisl 

l.o'll.V,, 

n-fN (H 
lO.ïilT 


iiri (111 }U:nryj, 

liuk-of^raphe, 

iiUmii- lie la lii- 

c lie l'Arsenal: 

iirii, liiHtoricn : 


.■ji> ( 


Icrii-i), profes- 



HAs>.iuj,7t : 114. 

Ma.sso> g. : 35t. 
>Iaaso:« <Paal<. dit Lcmicc- 

Tériem : «T- 
MALPAiiSA.^T .Guy dk) ] : 

159. 
MACBi'sfTerenliaDus) : lOJ, 

127. 
Malky (cardinali : 117. 
MAZAbE «Charles db) : 9. 
Mazarix : M. 
Mazrl iHenri) : 4, 307. 
MéDtciM < Cosme DE 
M^fiiciN iJean de| 
MÉDicisicardinaIJulc» 



137, 



M Kl 



< fLaui 



nt 1" 



F.) : 



Médiocrité liai, ses suç- 
oirs ; tOli. HO. 

Méjanes, Bibliothèque —, 
â Aix-eo-Provence ; 301. 

MÉLANCHTHON : 274, 275. 

Mémoires historiques : 7-9. 

MÉ>-ANDtiii: dS, 103. 

Menou, général : 97. 

Mkhci ou Hhucy, général 
bavarois : 250. 

Mkrlkt (Gustave) : 10, 68, 
105, 115. 

Mkdy : 120. 

.Mettkbmch (prince de) : 
81. 

MBi!><i (Jean de): 112. 

MiansiL-s (Jean) : 70. 

MiciiAun {Biof/raphie uni- 
verselle ancienne et mo- 
deime, publiée sous la di- 
reclionde) : 4, 13, 70,157. 



' '■ ! ■ t^ J ' 



*.-:g£^sff7: 






'■'jjjtlj' 



/. 



INDEX ALPHABÉTIQUE. 



409 



MiCHAUD (Collection des Mé- 
moires relatifs à V Histoire 
de France^ par Michaud 
et Poujoulat) : 7. 

JIichel-Ange : 157. 

MiCHELET (Jules) : 7, 8, 10- 
U, 120, 124,129. 

MiCHELET (Mme) : 11. 

Mirabeau . 98. 

MiRBEAU (Octave) : 75. 

Moins (Typogr.) : voir Ti- 
ret. 

Moïse : 119. 

MoLAND (Louis) : 68. 

MoLÉ : 128. 

Molière : 15, 21,25, 26,41, 
45, 45, 65, 69,72,121,126, 
129. 

MoLiNiER (A.) : 515. 

MONTAIGLON (A. de) : 68, 
501. 

Montaigne : 2, 21, 26, 28, 
45, 65, 71, 79, 98, 190. 

Montalte (Louis de), pseu- 
donyme de Pascal : 275. 

MONTAZET : 128. 
MONMERQUÉ : 7. 

MoNTÉGUT (Emile) : 16,126. 

MoNTEiL (Alexis) : 8. 

Montesquieu : 129, 297. 

montmahou : 251. 

Moreau (Georges) : 18. 

MoRÉRi : 258. 

Mortet (Victor) : 146. 

Mot d'ordre (Catalogues) : 
221, 228,247; détermina- 
tion du — : 254 et s. ; — 
des ouvrages anonymes : 
280 et s., 285 et s. 

Mots-sov>che$ (Catalogues), 



classement par *■ : 570 

et s. 
MoTTEViLLE (Mme DE) : 1 16. 
Mouravit (Gustave): 2, 24, 

57, 76, 77, 78, 512, 514, 

517. 
MunTz (Eugène) : 17. 

NiEvii s, poète : 105. 
Namur (P.), bibliographe : 

155, 254, 548, 550. 
Napoléon I" : 57, 90, 97, 

199. 
Naudé (Gabriel) : 20, 147, 

148,151,152,156,219,510. 
Née de la Rochelle : 511. 
NicoLARDOT (Louis) : 77. 
Niebuhr : 52. 
NiSARD (Désiré) : 6,16,105. 

151, 151. 
Nobiliaire, particule — , son 

emploi : 254 et s. 
Nodier (Charles), avait «le 

don de l'inexactitude » : 

77. 
Noël (Eugène) : 68, 151. 
Noms propres précédés de 

la particule nobîHaire, 

leur classement : 254 et 

s.; — précédés du mot 

Saint ou Sainte, saint ou 

sainte, leur classement : 

268 et s. 
Nordau (Max) : 102. 
NoRiAc (Jules) : X'iio. 
Normand (Jacques) : 20. 

UEcolampade : 274, 275. 
Oraisons funèbres, ne soni 
que des déclamations et 



ISDBX AiJHADÉTIQUK. 



des tissus de mensonges 
I1(U1I7. 
OviDi-: : 105, 148. 



I>A 



iKLOL'p ; ■in. 
: 251. 



, 370. 



I'anckoick 

l*ANïA8is, imi'le : iOI, ill. 

I'a|iier. avant la seconde 
moitié (tu \ix' siècle, 
ne savait jian faire de 
mauvais — : 55. 

I*ARK\T AtNK : 3r>0. 

Paris (Gaston) : Hi, 

I'aris (Paulin) : 113. 

Piii'is. < 011 tout est caltoli 
naKe. . . «(Octave Uzaivmî): 
!)7; - .t|n grande rabri(]uc 
des n-putations lilti^rai- 
ios.iPaulSTAPFKR):ll)y. 

PAHTIItfNIU!i. poète : 103, 

ii).i. m. 

Pascal : S."., 2tl, 2H, 45, 45, 

'.l!t, i-l'.\, 2iK. -JW. 275. 
Pati> (Gui) : 2. 
I'aii.my (marquis dk) : 28ii. 
I'allicci Dt Calholi (mar- 

(fuis R.) : lOa. 
Pauvreté (la), ■ rien ne dé- 

coiisidèi-c, fors la — • 

[Paul Ai.AM) : 107. 
Peihnot (Gabriel) : 3, 37. 38, 

39. Ht. 87, lui», 208, 350. 
Pkli.issiëh ((!eorf,'es) : Ifi. 






; 202. 



Pei'Oli (coiiito Carlo): IM. 

l'ériodiqiies , les collec- 
tions do — perdent de 
leur vateuron vieillissant: 
iî'2; leur classement ; 388 



et s.; —, source d'ennuis 
pour les bibliothèques : 
389 et s. 

Pbbbin : 231. 

Pf-bbot : 17. 

Pbtit de Jclleville : 16. 

Petitot [CoHeclion des Mé- 
. moires ivlatifstt CHisloirc 
lie France, par Petitot 
et MoNMBRçuÉ) : 7. 

PiTHARQUE : 3, 31, 98, 144. 

Petrocchi : 363. 

PETZHOLnx (Jules) : 148, 225. 

Peyre (Roger) : 10. 

PnËDRE, fabuliste: 104-105. 

PiiiLETAs, poète : loi, 105, 
Ht. 

PiBKRON (Alexis) : 105. 

Pierrot (Ch.) : 370. 

Pinçon (P.) : 37,550. 

Pini>are: 105, 104, 119. 

PiNGREXON (Mme Renée) : 

PiTHOU (François) : 105. 

PiTHOC (Pierre) : 105. 

Plantin Moretus: 28. 

Pléë (Léon) : 92. 

Pline l'Ancien ou le Na- 
turaliste : 71. 

Pline le Jeune : 2, 21. 

Plutarque : 107. 

Politique (ta) : • il estim 
possible de vaquer aux 
choses publiques en hon- 
ni^le homme» (Socrate): 
96-97. 

Politiques, ■ les grands —, 
tous de grands dissimu- 
lateui-s • (Sainte-Beuve) : 
07. 




INDEX ALPHABÉTIQUE. 



411 



PoLLioN, poète : i03. 

PoNCY (Charles) : 13. 

PoNSABD (François) : 107. 

Postérité, «l'équitable — » : 
99 et s. ; « sa justice est 
une chimère » (Henry Ma- 
ret) ilH; 124-125; «on ne 
va point à la postérité 
avec un si gros bagage » 
(Voltaire) : 125. 

PoTTiER (Edmond) : 17. 

PouiLLY. écrivain français: 
32. 

poujoulat : 7. 

Poulet-Malassis : 235. 

PouRCELET (le Père A.) : 
171, 199, 222, 223, 229, 
265, 576. 

Prélaces, leur utilité : 52-55. 

Prévost (abbé) : 125. 

Prieur, bibliothécaire 
312, 313, 319. 

Properce : 103. 

Proudhon (P.-J.) : 89, 108, 
123-124, 131. 

Psaume (Etienne) : 39. 

Pseudonymes, classement 
des ouvrages ayant pour 
auteurs des — : 269 et s. 

Publicité dans les journaux 
(la) : 91 et s. 

Pupitres : 188 et s.; — em- 
ployé dans le sens de 
rayons ou tablettes de bi- 
bliothèque : 192 ; — tour- 
nant : 194 et s. 

Quérard (J.-M.) : 7, 272. 
QuERCETANus (André Du- 
chesne) : 274, 275. 



QUICHERAT : 6. 

QuiNET (Edgar) : 8. 
QuiNQUET (le Père) 



114. 



Rabelais : 21, 45, 72. 

Racine : 2, 13, 25, 26, 41, 
45, 65 ; — jugé trop libre 

et obscène: 71-72; 129. 

Ramasso (Ambrosio L.) : 
369. 

Ramond de Carbonniéres : 
120-121. 

Rangement des livres : 198 
et s. — Voir Classement. 

Raphaël : 69. 

Raynal (Paul de) : 278. 

Rayonnage (Biblioth.) :159 
et s. ; « partie essentielle 
des bibliothèques » : 163 
et s., 165, 168-169; rayons 
mobiles Staender : 175- 
176; rayons nommés pu- 
pitres par Montaigne : 
192. 

Reclam (Philippe), éditeur 
à Leipzig : 32. 

Réclame, la — dans les 
journaux : 88, 91 et s. 

Reclus (Elisée) : 17. 

Recueils factices, leurcata- 
logucment : 279. 

Registre d'entrée (Catalo- 
gues) : 229 et s., 544 et s. 

Regnault (Elias) : 9. 

Régnier (Adolphe) : 25. 

Régnier (Mathurin) : 21, 
101, 124. 

Réimpression, cause de dé- 
préciation pour les vo- 
lumes rares : 62. 



412 



INDEX ALPHABÉTIQUE. 



Heliure, mcxlèles de — (ti- 
tres à pousser) : ^296. 
l^eliures mobiles {biblo- 
rhnptej fjrébiche, — élec- 
trique, etc.) : 271», 281, 
298 et s. 
Hbmbrandt : 69. 
Rknan (Ernest) : 7, 16, 65, 

115, \U, 150, 156, 157. 
Renduel, éditeur : 94. 
Henouard (A. -A.), libraire 
et bibliographe : 24, 99. 
Renzi : 265. 

Réserve (Bibliothèque na- 
tionale) : 18i, 298. 
Rkstif dk la Brktonne : 

198. 
Uetz (cardinal de) : 25,116. 
Revue e)tci/clopêdique ou 
u)ii verset te (Larousse) : 
18 et passhti. 
Heybaud (Louis) : 126. 
Riijou, libraire : 42. 
Hicn (Anthony) : 17. 
HicHAiU) (Jules) : 25, 24,61, 

76. 158, 220, 224. 
UlCHARDSON : 119-120. 
HicuELET {Dictionnaire de) : 

56. 
hiciiELiEi' : 96. 115. 
RiCHET (Charles) : 575, 

595. 
Rivet (doin) : 16. 
RoiŒSPiERRE : 257. 
RoBOiiN (C.) : 250. 
RoD (lïdouard) : 16. 
Roger, académicien : 128. 
RoLLiN : 58. 

Romans (les) encombrent 
« le marché » : 85 ; — se 



vendent de moins en 
moins : 86. 

Rome (de), relieur : 217. 

Rondage (Catalogues) : 254. 

Ronsard : 112, 115. 

Rothschild (James de) : 
501. 

Roucher, poète : 242. 

Roud d'étude (Bibliotb.) : 
192 et s., 195, 196, 197. 

Rouleau, éviter d'expédier 
les papiers, brochures, 
plaquettes, etc., en — 
(roulés), les expédier à 
plat : 59-60. 

Rousseau (Jean-Baptiste) : 
119. 

Rousseau (Jean-Jacques) : 
27, 29,65, 88, 98, 129. 

RoussET, lieutenant-colo- 
nel : 10. 

RouvEYRE (Edouard) : 154, 
158,145,161,164,181,184, 
191,194,195,218,220,255, 
256, 279, 529. 

RuBENS : 15. 

Rudyard Kipling : 128. 

RusKiN (John) : 154. 

Ryp :94. 

Sacy (S. de) : 48. 

Sacy (Ustade de) : 57. 

Saglio (Edmond) : 17. 

Saint ou Sainte, saint ou 
saintes noms propres pré- 
cédés de ces mots (Fhis- 
torien Saint-Simon, l'apô- 
tre saint Paul, etc.), 
comment les écrire et où 
les classer ? 268 et s. 



INDEX ALPHABÉTIQUE. 



413 



SAiNT-ELME(Ida) {Mémoires 

d'une Contemporaine y 

par) : 7-9. 
Saint-Évremond : 2. 
Saint-Just : 97. 
Saint-Marc, Bibliothèque, 

— à Venise : voir Mar- 

ciana. 
Saint-Marc Girardin : 14, 

16. 
Saint-Pierre (abbé de) : 

117. 
Saint-Pierre (Bernardin 

DE): 71, 108, 270-271,288. 
Saint-Simon : 15, 25, 29, 

257. 
Saint -Yves - Michaud 

(Mme) : 93, 94. 
Sainte-Beuve : 4-5, 12, 15, 

21,50,51,32,08,74,77,81, 

84, 91, 92-93, 90, 97, 98, 

99, 101, 106,107,108, 111, 

112,115; 114, 117,119,120, 

121,122, 12i, 126, 151,255, 

270. 
Sand (George) : 10, 64, 12i, 

126, 249, 251, 254, 274. 

275, 295, 296. 
Sapiio : 201. 
Sarcey (Francisque) : 3, 63, 

64, 65, 127. 
Sauvage (Ed.) : 578, 580, 

3X1 , 385,384, 586, 590, 395. 
Savart (C.-M.) : 125. 
Savigny (Christophe de) : 

219, 308, 509. 
Savot (Louis) : 155. 
Scaliger (Joseph) : 144. 

SCHELHORN LE JeUNE : 148. 
SCIIWARZERD ou SCHWART- 



ZERDE (Melanchthon) 

274, 275. 
Scribe (Eugène) : 84. 
Scriptionale (pupitre) : 190. 
Sénac de Meilhan : 81. 
Sénèque le Philosophe : 

2, 20,21, 201. 
Seré (Ferdinand) : 156. 
Serpentante, méthode — 

(Rangement des livres) : 

204, 205. 
SÉviGNÉ (Mme de) : 25, 29, 

42, 72, 256, 258, 266. 
Shakespeare : 21, 69, 12(». 
SiEYÈs : 21. 
SiGÉE (Louise) (Aloysia Si- 

gea, de Tolède) : 70. 
SiMiER, relieur : 217. 
Simon (Jules) : 100, 128. 
Simon (Richard) : 32. 

SiMOMDE : 102. 

SoANEN, oratorien : 114. 

wSoCRATE : 97. 

wSolitude (la), « bonne inspi- 
ratrice » (Renan) : 156- 
157. 

Sophocle : 104, 119. 

Sorel (Albert) : 9. 

SoREL (Charles) : 85. 

Souscription, se méfier des 
ouvrages publiés par — : 
60. 

SouvKSTRE (Kmile) : 12r». 

Staaff : 99. 

STAiiL (Mme de) : 260. 

Staexder, bibliothécaire : 
175, 176. 

Stainville (maréchal ijk) : 
111. 

Stapfkr (Paul) : 16, 05, 11*). 



101-102. Ifli, 106.10». MO. 
US. 115, 118, 11». I2Ô, 
lir». 138, IS». 

Stkin iHeiiril : 3»0. 

STK.KmiAL:85, 106, 13». 

Stkpiiamis (Henri-Eslicn- 
nt-i : iVy. 

Stkh:* ilianiel) : 0. 

STËHKLiiftRK. poète : 103, 

Stb.viss, Ihi^oloRieii : ^i. 

Stu'Cês (le), • de coiuhien 
d'infamies sr> compose un 
succès > !Ralzac) : SO et s. 

Supports des rnvons df 
l>ibliot)ièi|ue. diiïéreiils 
sysièmes de — : 105 et s., 
165; — h coulisses isys- 
lèiiie (Jîdnntel: 177 et s. 

Suiiï iClinrles) : 'l'ÎTi, 501. 

SVU.A ; 107. 

TaMe des matières. Table 
iii)idylii|ue et alplialié- 
liijiic on Index, leur im- 
portance : 10-15, .'i2-â3. 

Tac.iti:, empereur : 71. 

Tacith. hislorien : 71. 

Taink (Hippolyte) i », IC. 

■lALi.ANi.iKii (doml i 16. 

Tai.li;\ianti.esRéaux: 116. 

Tm.t,i:yhami : 3(1. 214. 

Tassis [Auguste) :'iôB,2M. 



INDEX ALPHABÉTIQUE. 



Tliétllrc (le) et les livres : 
»0 et s.; — , < la littéra- 
ture des gens du monde 
qui n'ont pas le temps de 
lire » (Sainte-Bf.uve) : 
91. 

TiiÉoCRiTB 1 101, 105. 

TuiRRRY (Augiistini : 8, 
I2Ï, l.'îi. 

TniKRs: 8, ». 

Tuomas (Antoine-Léonard . 
1732-1785), littérateur : 
117. 

Thomas (Antoine), pliilo- 
lo^uecontentporaiii : 230. 

Thoo (Jacques- Auguste, el 
son fds François-Auguste 
DK) : 242. 257, 261, 51t. 



Tai 



, collection - 



; 104. 



; 217, 



Timbrage des volumes (bi- 
bliothèques publiques) : 
252 el s. 

Tiret ou moins, différence 
entre le — et le Irait d'u- 
nion on dû-ision : 288. 

TissANuiER (Albert) : 239. 

TissoT, académicien : 128. 

Titi-e d'un livre, son impor- 
tance : 83 et s. ; < le vrai 
proxénèle d'un livre » 
(FrnKTifeREi 1 84i — ii 
pousser iReliure) : 20li: 



-- trompei 



518. 



Tiait d'u 
emploi de ce signe entre 
les mots (le roi Louis le 
Gros, la rue LouIs-le- 
Grand) ; 25», iùd; ne se 



INDEX ALPHABÉTIQUE 



415 



met pas entre les pré- 
noms étrangers ou leurs 
initiales (J. W. Clark) : 
203-269 ; se met entre les 
prénoms français ou 
leurs initiales (L.-E. Jean- 
din) : 287 ; différence en- 
tre le trait d'union ou di- 
msion et le tiret ou moins : 
288. 

Trinity Collège, à Cam- 
bridge, Bibliothèque du 
— : 185. 

Troubat (Jules) : 95, 255. 

TuRKNNE : 256. 

Ulbach (Louis) : 126. 

Université de France, Bi- 
bliothèques universitai- 
res : 164, 204, 211 et s., 
229 et s., 232, 268, 280, 
289, 313; classement des 
livres dans les — et à la 
Sorbonne : 353 et s. 

Urfé (Honoré n') : 254. 

UzANNE (Octave) : 46, 77, 
90,95,97, 122, 218. 

Van Praet (J.-B.-B.) :26'), 

264. 
Vapereau : 4. 
Variorunij éditions — : 26. 
Varius, poèlo : 101, 103, 

104, 111. 
Varron de Narhonne : 103. 



Vedette (Catalogues) : 226, 

305, 388. 
Vérard : 299. 
Vernier (Valéry) : 68. 
Veuillot (Louis) : 74-75. 
Vian (Louis) : 255, 257. 
Victoire (Mme), lille de 

Louis XV : 236. 
ViDi (docteur) : 249. 
Viennet : 99. 
Vigny (Alfred de) : 110. 
ViLLAR : 128. 

ViLLEMAIN : 16, 68. 

Villemessant (H. de) : 85. 
ViNET (Alexandre) : 67-68. 
ViHGiLE : 69, 71, 100, 101, 

105, 104, 112, 201. 
ViTRUVE : 151, 152. 
VoLNEY : 120, 121. 
Voltaire :2, 21, 24, 25, 27, 

63, 64, 65, 72, 101, 107, 

112, 116, 118, 125, 271- 

272, 274, 275. 

Washington : 90, 97. 
Watiielv : 32. 
Wauters (A.-J.) : 13, 263. 
Wells (H. G.): 32-34. 
Werdet (Edmond) : 60, 

77. 
WiLSON (Francis) : 239. 
WouDANi s (JeanCornelis) : 

140-141, 144. 

Zola (Emile) : I2i, 129. 



57 957. — Pnris. Imprimerie Lahihk, 9, -rue de Floiuns. 



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